Déclaration de M. François Bayrou, président de l'UDF, sur les institutions, notamment les modalités et le calendrier de l'élection présidentielle, l'activité du Parlement et la stragégie à mener pour les prochaines échéances électorales, Angers le 3 décembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Bayrou, président de l'UDF, sur les institutions, notamment les modalités et le calendrier de l'élection présidentielle, l'activité du Parlement et la stragégie à mener pour les prochaines échéances électorales, Angers le 3 décembre 2000.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF, président;FRANCE. Force démocrate, président

Circonstances : Congrès de l'UDF à Angers (Maine-et-Loire), du 1er au 3 décembre 2000 ; discours de clôture le 3

ti : Chers amis,

Après un certain nombre de choses dites ce matin dans les interventions, je préfère répondre aux questions importantes qui ont été posées. Mais auparavant, je veux me faire l'interprète de beaucoup d'entre vous, et vous dire le sentiment de fierté qui a été le mien à suivre heure par heure, depuis vendredi soir, le congrès remarquable que nous avons vécu ensemble à Angers.

Je le dis pour les organisateurs : je demande à Dominique Richard, Annie Ruguet et à d'autres de transmettre à tous leurs militants qui ont été formidables notre gratitude. On le leur rendra dans deux ans, dans une autre de nos grandes villes. Et puis c'est l'équipe nationale, à qui je veux dire la gratitude qui est la nôtre. Ils sont une toute petite équipe et ils réussissent à organiser un congrès dont je crois que l'on peut dire qu'aucune formation politique française ne peut faire mieux. Peut-être quelques unes peuvent faire aussi bien, j'en doute, mais je veux bien leur faire crédit, mais mieux, je ne le crois pas. Donc je veux dire merci à tous ceux-là car on ne parle jamais de toutes les heures qu'ils passent pour que nous puissions être bien ensemble.

Il y a une deuxième chose qui m'a frappé, c'est la vraiment très remarquable collection de talents que nous avons. Hier soir, pendant des heures et des heures on a entendu venant de la tribune et venant de la salle des interventions soit de personnalités notoires soit de militants et militantes inconnus de la presse, qui ne le resteront pas longtemps, qui étaient excellentes et qui méritaient me semble-t-il que nous réfléchissions ensemble à ceci : si tous ces talents-là, si toutes ces capacités-là, si toutes ces consciences-là marchent ensemble, cette équipe, personne ne l'arrêtera.

Encore faut-il que ce soit une équipe, c'est à dire que tout le monde décide d'aller dans le même sens. Et un congrès cela sert à ça. Un congrès cela sert à ce que chacun arrive avec ses idées, - Maurice Leroy a eu une très bonne formule hier sur l'Elysée où il entrait avec ses idées et où en ressortait avec ses idées - mais un congrès ça sert à venir, je le dis à tous les amis, chacun avec ses idées, à les confronter, à en débattre ensemble et à en sortir avec une ligne.

Autrement mes chers amis, la démocratie dont nous nous réclamons, les mots, les phrases, le verbe, les épithètes que nous ajoutons à la démocratie autour de laquelle nous brodons, dont nous ornons la démocratie, qu'est-ce que cela voudrait dire ?

Alors je veux dire pour que ce soit clair que nous avons eu un débat à Angers, et je me souviens de François Léotard que j'ai eu au téléphone jeudi et on discutait de choses différentes - je vais y revenir dans une minute car nous avons un débat de fond - il me disait tu as bien raison de faire fixer une ligne à Angers pour que l'on sache où est la direction que nous avons arrêtée ensemble. Je veux vous rappeler que naturellement il n'y a pas de mandat impératif, je me suis moi-même opposé à telle ou telle expression dans ce sens quand je présidais la séance, il n'y a pas de mandat impératif mais il y a un devoir de solidarité. Et cette ligne de solidarité que nous avons fixée ensemble, je veux rappeler le score qui a permis de la fixer hier soir au vote, il y avait quelque chose, on n'a pas pu compter, comme 2.500 voix pour, 13 voix contre et 17 abstentions. Ça c'est le score que nous avons eu hier soir, où chacun pouvait exprimer sa différence, je dis cela simplement pour la clarté, et maintenant je voudrais en venir au fond du débat que nous devons avoir ensemble.

A mon avis, il y a trois débats.

Le premier, c'est profond, important, sur nos institutions. C'est principalement avec François Léotard que nous l'avons, nous avons une différence d'appréciation. Je vais essayer de montrer dans une minute qu'elle n'est pas aussi importante que vous pouvez le supposer.

Nous avons un deuxième débat sur le calendrier. Et sans rappeler encore une fois le vote, je vais essayer de dire les raisons pour lesquelles nous avons fait ce choix.

Nous avons un troisième débat beaucoup plus important, beaucoup plus marquant, majeur, sur lequel l'unanimité s'est prononcée hier soir, qui est celui de la stratégie qui doit être la nôtre et cette stratégie n'est rien sans une analyse. C'est cette analyse qui fera pour moi l'essentiel.

- Le débat sur les institutions

Je reprends le débat sur les institutions. Au fond nous sommes tous d'accord. Mais nous ne le savons pas. Certains parmi nous, c'est mon cas, s'expriment dans le sens d'un régime présidentiel que j'ai appelé dans un article du Monde " équilibré ". D'autres s'expriment avec force pour les droits du Parlement. Mais, mes chers amis, un régime présidentiel équilibré et les droits du Parlement, c'est la même chose !

Pardonnez-moi de vous dire qu'au comble du régime présidentiel, qui est la situation des Etats-Unis d'Amérique avec une séparation absolue des pouvoirs, on peut dire, puisqu'il forme le gouvernement sans aucune contrainte, que le Président est à son pouvoir maximum et que le Parlement est à son pouvoir maximum. Et dans le régime que nous espérons un jour voir construire en France, que nous attendons de voir rééquilibrer et remettre en place en France, notre idée est que le Président de la République portera le choix du peuple et que le Parlement jouera pleinement son rôle.

Je vais dire dans une minute à quel prix, mais je veux m'arrêter, l'ayant fait déjà hier mais tous le monde n'était pas là, il y a eu plus de 4000 participants au congrès mais tous non pas pu rester à toutes les séances, pourquoi avons-nous fait depuis longtemps, depuis Giscard d'Estaing en 1962 et depuis Lecanuet en 1965 et tous les autres à la suite, le choix d'accepter l'élection présidentielle au suffrage universel ? Pourquoi ? Pour deux raisons.

C'était que l'on venait de vérifier avec la IVe République que le régime parlementaire non dirigé, était un grave échec. Les Français l'ont vécu douloureusement.

Il y a une deuxième raison, qui à mon avis est encore plus profonde et plus juste, c'est que le Général de Gaulle a eu l'intuition, et puis d'autres l'ont vérifié après, que le choix d'un peuple lorsqu'il s'exprime au travers d'un homme ou d'une femme, ce n'est pas le même que lorsqu'il s'exprime au travers d'une coalition de partis. Voilà la lecture que nous en avons faite. Et simplement, pour ouvrir un débat, je veux vous dire ceci, et vérifier, discuter après dans des colloques que nous pourrions avoir : le général de Gaulle ne serait jamais sorti d'une coalition de partis. Georges Pompidou ne serait pas sorti d'une coalition de partis. Valéry Giscard d'Estaing ne serait pas sorti d'une coalition de partis, il avait une poignée de députés. François Mitterrand ne serait pas sorti d'une coalition de partis. C'est la présidentielle de 1965 qui a fait le Mitterrand de 1971. S'il n'avait pas eu cet engagement, cette aventure, naturellement il ne serait pas sorti. Et donc les Présidents marquants auxquels nous nous référons, qui nous ont pour les uns ouvert la voie, pour les autres donné matière à réflexion, de la Vème République, ils ne seraient jamais sorti d'une coalition de partis.

Pourquoi ? Vous le savez. Parce qu'un homme, quand il vient devant le peuple, il vient, la plupart du temps, comme un bloc ! Il a sa vision, sa cohérence, sa manière de sentir les choses et de parler la langue de la raison ou celle du c¿ur. Et ce qui se passe à ce moment-là dans le choix d'un peuple, c'est plus profond que l'adoption des 110, 120, 150 propositions d'un programme durement négocié pour faire en sorte que Madelin et Séguin ou Léotard et Juppé se mettent d'accord sur les mêmes thèses. Ça ce sont les coalitions de partis. Dois-je ajouter enfin, et je m'arrêterai là pour ne pas trop approfondir la question, mais je prends François Léotard au mot : nous aurons dans cette enceinte un débat institutionnel sur le fond de nos institutions, pour savoir réellement où nous allons, et je défendrai cette idée et simplement cette idée.

On dit que nous sommes environnés de régimes parlementaires, l'Espagne, l'Allemagne... En réalité la différence n'est pas telle. Lorsqu'en Allemagne on vote pour le SPD on vote pour Schröder et quand on votait pour la CDU on votait pour Kohl. Et il n'y avait aucune ambiguïté dans l'esprit de l'électeur. Pierre Méhaignerie me le disait à l'instant, les régimes démocratiques sont personnalisés dans la plupart du monde et ceux où ils ne le sont pas ça ne marche pas. Donc cette personnalisation est naturelle, voilà la raison pour laquelle nous avons fait le choix de donner à l'élection présidentielle cette vertu de permettre au peuple de s'exprimer, comme je l'ai dit hier, fort et clair. Voilà le choix que nous avons fait nous, toute notre famille, depuis longtemps, et nous aurons un débat sur ce sujet.

Je reviens maintenant au Parlement. Oui, il y a un problème du Parlement en France. Pardonnez-moi de vous le dire, je crois que Jean Arthuis ne me démentira pas, c'est une phrase qu'il utilise souvent : il y a un problème des droits du Parlement en France non pas tant parce que le Parlement n'a pas de droits mais parce qu'il n'utilise pas ses droits et que, ne les utilisant pas, ceux-ci tombent peu à peu en désuétude.

Il y a un problème plus profond encore que la plupart d'entre nous ne le croyons. J'ai un souvenir précis, peut être Jean-Louis Pérès et mes amis des Pyrénées-Atlantiques s'en souviendrons-t-ils. Nous avions un soir une réunion de section comme cela nous arrive très fréquemment dans une fédération qui marche bien. Est venue à cette réunion de section une jeune femme de 27 ou 28 ans, et c'était la première fois qu'elle venait. Elle a demandé la parole, et dit " ne vous moquez pas de moi avec ce que je vais dire, mais j'ai besoin de vous le dire parce que vous êtes des hommes politiques et moi je suis mal dans ce système-là ". Elle a dit, " moi j'ai des petits enfants, j'en ai trois, je les élève à la maison et le mardi et le mercredi après-midi je repasse, et tous les mardis après-midi et tous les mercredis après midi je regarde la télévision pour écouter les questions à l'Assemblée nationale ". Et elle nous a dit -c'était très émouvant - " ne vous moquez pas de moi, mais j'ai honte. J'ai honte deux fois. J'ai honte parce que je ne comprends rien à ce que vous dites, pas un mot sur deux, pas une phrase sur deux de ce que vous dites que je comprenne. Et puis deuxièmement j'ai honte parce que vous ne vous tenez pas bien : les insultes, les invectives d'un bout à l'autre, les uns dorment, les autres crient, les autres aboient...".

C'est l'impression que ça donne. Naturellement les députés ne le voient pas parce qu'ils ne sont pas devant leur poste- j'avais même dit autrefois du temps où j'étais Président de groupe, j'avais dit à Fabius - Président de l'Assemblée à l'époque, tout change - qu'il faudrait bâtir un hémicycle spécial pour être filmé. Celui-là n'est pas fait pour être filmé, les avachissements et les attitudes que l'on y prend ou la trop grande agressivité, viennent en partie de la forme. Je ferme la parenthèse. Mais mes amis elle nous a dit " j'ai honte ". En disant cela, elle avait des larmes dans les yeux. Et bien c'est moi qui avait honte.

Il me semble que tant que nous ne serons pas capables d'abord de nous intéresser à la manière dont cette fonction parlementaire est remplie, avec les bancs vides, avec les députés qui, il y en a un certain nombre, ne viennent jamais, - je connais un député socialiste de mon département et même maire d'une ville importante de mon département, il y a des années qu'il n'est pas venu à l'Assemblée nationale, il ne sait même plus où est son banc et il s'en vante ! Ce n'est pas pour des accusations personnelles, mais ceci est la vérité, il le dit - je dis que les absences, le fait qu'il n'y ait qu'un petit nombre de parlementaires qui participent aux votes, tout cela n'est pas bien, et il existe des Parlements où ce n'est pas comme cela.

Au Parlement européen, pardon de vous le dire, et j'ai fait avec votre confiance ce choix, cela peut être moqué ou brocardé, il n'y a pas un vote qui ne soit émis par un député personnellement, le vote ne pouvant être délégué. Je sais bien que les parlementaires français verront cela d'un oeil narquois, mais je dis qu'il y a là une réflexion à conduire sur la manière dont on peut assumer personnellement sa fonction. Je signale au passage que dès l'instant que les députés votent personnellement, les votes ne sont pas les mêmes, et que des majorités d'idées se forment transfrontières parce que dans le Parti Populaire Européen, où il y a 220 membres, il n'y pas 220 personnes qui pensent exactement la même chose. Cela donne une tonalité beaucoup plus individuelle quand sur tel ou tel amendement, suivis un par un, on ne vote pas tous de la même manière. Je trouve que cela donne à réfléchir.

Mais il y a d'autres réformes plus profondes à faire. En effet, poursuivant la logique que François Léotard a développée à cette tribune, moi je suis prêt, je regarde favorablement le fait que nous examinions le problème des modes de scrutin. Je regarde favorablement le fait que puisse être introduite une dose de proportionnelle dans l'élection des députés à l'Assemblée nationale pour qu'il y ait davantage de cohésion ou de relations entre les groupes parlementaires et les partis politiques dont ces groupes expriment la vie à l'Assemblée nationale. Je trouverais cela juste.

Je suis même prêt à ce que l'on aille plus loin. Jacques Barrot autrefois défendait l'idée qu'il fallait réfléchir à un régime présidentiel, à la fin de la double dissuasion, dissolution d'un côté et censure de l'autre, pour que chacun accomplisse sa tâche et que l'on soit obligé de trouver des compromis. Cette question n'est pas une question bannie de nos débats, c'est une question parfaitement légitime que nous pouvons nous poser pour l'évolution ultérieure de la République dans laquelle nous vivons.

Je suis prêt à ce que les débats institutionnels nous permettent de regarder cette évolution fondamentale qui en effet rétablirait le Parlement dans la plénitude de ses droits, et la présidence de la République dans sa fonction de conduire et d'orienter la politique du pays. Voilà des évolutions que nous pouvons naturellement conduire. Le débat que nous avons est un débat majeur et profond et nous ne sommes pas si éloignés les uns des autres.

II - Le débat sur le calendrier

Maintenant le calendrier. Un débat que nous avons eu longuement hier, qui a été tranché dans les conditions que j'ai dites par un vote mais que je veux bien reprendre, Philippe ayant dit à la tribune qu'il avait entendu le congrès, je suis moi aussi ravi de cette affirmation. Cela va nous permettre d'avancer.

Premièrement, il n'y a dans cette affaire, et il ne peut y avoir de la part de quiconque aucune arrière pensée d'aucune sorte parce que celui qui prétend qu'il peut savoir 18 mois à l'avance ce qui va se passer dans la politique française, dans la société française, dans l'économie française, celui-là veut dire qu'il est vraiment tombé de la dernière pluie. Je rappelle ce que je disais hier, on a dissout en 1997, contre l'avis de quelques uns d'entre nous parce que paraît-il on avait des études et des sondages, absolument certains qui garantissaient qu'on allait gagner avec une marge dont l'auteur de la dissolution s'inquiétait de ce qu'elle fut trop grande. Et puis la croissance, disaient les prévisionnistes, était absente pour des années. On a perdu le 25 mai et le 1er juin et la croissance était là le 1er septembre.

Alors qui peut imaginer que, sans une dose de naïveté effrayante, il y ait dans cette affaire des arrières pensées crédibles ! Qu'il y ait un énième épisode des relations entre les deux pôles de la cohabitation : vache folle contre calendrier électoral pour parler simplement. Ceci n'est pas totalement impossible, parce qu'en histoire comme en politique on sait que les relations inter-personnelles et les mouvements psychologiques jouent quelque fois un certain rôle. Ça nous est déjà arrivé de le vérifier, j'espère le moins souvent possible. C'est imaginable, mais allons encore plus loin : ils sont évidemment à contre emploi. S'il y a un mouvement politique en France qui devrait porter l'idée de remettre le calendrier de la Vème République sur ses pieds en donnant la priorité à l'élection présidentielle, évidemment, c'est le mouvement gaulliste. Et s'il y a, pardonnez-moi de le dire, une personnalité et une fonction qui devraient porter cette idée, c'est le Président de la République appartenant à l'inspiration gaulliste.

Je n'ai aucun doute. J'étais même persuadé, quand nous avons lancé cette idée dans la solitude du calendrier dingo, j'étais même persuadé que le premier qui dirait un jour, voilà, cette idée est légitime, normale, elle est juste, réfléchissons-y, que le Parlement y réfléchisse, ce serait le Président de la République. Et je l'ai dit, et je n'ai pas perdu tout espoir parce qu'au fond c'est quand même ça la logique des choses. Et d'un autre côté il est parfaitement vrai que le parti socialiste, le gouvernement et Lionel Jospin sont, étaient plutôt, dans leur expression, hostiles au changement de calendrier. On est donc à fronts renversés. Les seuls qui n'aient pas changé d'avis sur le sujet, qui ne soient pas à front renversé, qui défendent une logique cohérente, qui sont fidèles à leurs idées et à leurs déclarations, les seuls, c'est nous !

Et alors quelle est cette interrogation de métaphysique masochiste qui voudrait que l'on renonce à soutenir ses idées parce que d'autres s'y rallient !

Alors voilà Philippe, tu as dit que tu avais entendu le congrès, et bien moi je dis sans pression, sans mandat impératif, en pensant seulement au devoir de solidarité et de cohérence, je trouve, j'espère que le déroulement du débat va permettre au plus grand nombre de nos parlementaires de rejoindre la ligne que le congrès a exprimée à sa presque unanimité.

Et pour cela, mes chers amis, il y a une condition et elle n'est pas entre nos mains, elle est entre les mains du Premier ministre. Valéry Giscard d'Estaing a fait une proposition que je trouve juste, excellente, fondée, capable de dépassionner le débat. Il a dit, pour que les grandes analyses s'expriment, organisez un débat d'orientation qui permettra au gouvernement de dire quelle est sa vision des institutions et qui permettra à chacune des voix autorisées, porte-parole des mouvements politiques ou bien ayant une certaine expérience de l'exercice de la fonction de dire aux Français l'enjeu de ce qui est en train de se passer et les raisons de fond qui autorisent ou encouragent à cette évolution. Je dis, nous l'avons dit dans la motion hier soir, je dis au gouvernement et au Premier ministre que si vraiment ce sont des raisons de fond qui inspirent son action et pas des affaires partisanes d'avantages de l'un contre l'autre, il faut que ce débat de fond soit organisé. Nos institutions méritent que l'on se rencontre, que l'on se retrouve y compris au-delà des frontières. Il ne s'agit pas d'une querelle de partis.

Il y a un dernier point dans cette affaire de calendrier, qui sont les rapports entre formations politiques à l'intérieur de l'opposition. Ont été révélés des rapports qui ne sont ni normaux ni respectueux, et il a été juste et normal qu'à cette tribune de nombreux députés ou parlementaires, Claude Gaillard en particulier que j'entendais à nouveau à la radio ce matin, disent au nom des parlementaires que les menaces, les invectives, nous ne les acceptions pas. Point à la ligne.

Vous voyez mes chers amis, on s'interroge souvent sur cette différence, qui est une malédiction, cette différence entre la gauche et la droite. On dit, comment se fait-il qu'avec autant de mouvements de chaque côté, la gauche soit plurielle et la droite divisée. Vous avez là une explication. J'attire votre attention sur le fait que le PC a annoncé qu'il ne voterait pas avec le PS et qu'au contraire contre le changement de calendrier il voterait avec le RPR. Est-ce que vous avez entendu la moindre insulte à leur endroit ? Est-ce qu'on les a traités de traîtres et de félons ? Nous ne gagnerons que si nous sommes capables d'imposer dans l'opposition, et c'est notre responsabilité de l'imposer bon gré mal gré, la culture du respect réciproque.

III - Le débat sur la stratégie

Troisième et ultime point de cette intervention : la stratégie. Et là j'ai un débat avec ce que Philippe Douste-Blazy a exprimé à cette tribune, et même un peu avec Hervé de Charette. Je veux exprimer simplement le fond de ce débat. Vous avez tous les deux présenté la situation dans laquelle nous vivons en en tirant pas exactement les mêmes conclusions, si j'ai bien compris non pas la lettre mais l'esprit des discours. Vous avez exprimé tous les deux la situation que nous sommes en train de vivre comme si c'était une situation qui se résumait à la lutte entre la droite et la gauche. Et mes chers amis, je vous le dis du fond du c¿ur, je ne le crois pas. Je ne crois pas que la situation politique dans laquelle nous sommes se résume, soit toute entière dans la lutte entre la droite et la gauche. La situation politique dans laquelle nous sommes est celle de la lutte entre un ancien monde qui ne veut pas disparaître et un nouveau monde qui demande à naître. Voilà ma conviction de fond.

Et mes amis, si vous ne voyez pas où nous en sommes, la question est, Philippe, à quelle heure sommes-nous ? A mon avis, il est minuit, docteur Schweitzer. Si vous ne voyez pas, en tout cas c'est ma lecture, je le dis comme je le pense, que l'addition de l'anéantissement des institutions par l'intérieur, duel cohabitationniste, pièges et coups de poignards variés, ajouté à la succession des affaires, cette espèce de mani pulite à la française dans laquelle nous sommes engagés - et à propos de laquelle nous sommes pour la plupart dans un sentiment d'inquiétude, car cette onde, on sait d'où, quand et comment elle part, on ne sait pas où elle arrive -, la succession des affaires ajoutée à la cohabitation, ajoutée à la profonde et angoissante inquiétude démocratique qui est celle de notre peuple sur le thème de " nous citoyens, quand nous prenons notre bulletin de vote, est-ce que nous avons encore du pouvoir, par rapport à ces immenses machines, aux marchés universels, aux milliards de dollars de tous les jours, par rapport aux puissants, que désormais on découvre dans les pages des magazines avec des salaires dont 90% des Français ne peuvent même pas envisager ce qu'ils représentent réellement, avec les hyper-puissants de la planète, les Etats-Unis d'Amérique, demain la Chine, l'Inde, et puis ce sentiment que, au fond, ça ne se jouerait plus là. "

Ces trois inquiétudes ajoutées, à mon avis, décrivent la fin d'un cycle, la fin d'une histoire. Nous sommes à la fin d'un siècle, mais aussi à la fin d'un cycle. Voilà ma lecture. On est libre de ne pas être d'accord avec moi et dire qu'après tout, peut-être, tout va aller encore un peu bien. Mais ma conviction, c'est que cette crise qui se noue, qui ne cesse de grandir, et dont à chaque fois on a un indice de plus¿ J'étais l'autre jour au sommet de l'Internationale démocrate-chrétienne avec le président du Costa Rica, au milieu de la pléiade de chefs d'Etats qui appartiennent à cette grande famille en Amérique latine. Il m'a dit que ce n'était pas facile pour la démocratie, qui n'est pas encore très bien enracinée, qu'il y avait des indices inquiétants. Par exemple, me disait-il, aux dernières élections, savez-vous que nous avons eu 30% d'abstention ? Je lui dit que nous, il y a quinze jours, on était au début octobre, on a eu 71% et encore 20% de ceux qui sont allés voter ont mis un bulletin blanc ou nul dans l'urne.

Je ne crois pas que l'on conjurera cette crise simplement en prenant les mêmes qu'avant et en recommençant. Je vous le dis, du fond du c¿ur je ne le crois pas. Et je ne pense pas que le débat se résume à cela. Je pense que le socialisme est d'un archaïsme terrible. Je pense que la droite ne répond pas comme elle est aux attentes des gens. Je vais vous lire, c'est le seul endroit du discours que j'avais écrit et que je vous lirai. C'est un écrivain qui m'a écrit, à qui j'avais simplement adressé une lettre pour lui dire que j'avais aimé son roman. Il m'a fait une réponse très gentille à laquelle il ajoute en post-scriptum ces lignes : " J'observe depuis des années votre action et votre carrière. Permettez-moi de vous souhaiter plein succès pour le prochain congrès de l'UDF que je suivrai avec l'intérêt et la sympathie d'un vieux partisan de l'union de l'Europe - et le regret de vivre dans un pays où je vois la gauche incapable de se déprendre de son idéologie gauchisante (à force d'être infantile, cette maladie-là finit par relever de la sénilité) et le centre, votre centre, pencher irrésistiblement vers une droite de moins en moins généreuse ".

Voilà la lettre que j'ai reçue avant hier. Je veux vous dire qu'il y a là à mes yeux une clé. Si peu de jeunes, sympathisants de l'opposition, je ne dis même pas militants - c'est formidable qu'on en ait eu autant durant le congrès, mais ce sont des hirondelles qui ne font pas encore le printemps-, vous savez bien que l'immense majorité des jeunes, elle n'est pas tournée vers l'opposition. Pensez à vos enfants. Si peu, presque aucun, des intellectuels, des universitaires, des chercheurs français, si peu de salariés français. Et nous prenons pourtant la grosse caisse pour expliquer toutes les excellentes raisons que nous avons pour ne pas être d'accord avec ceux qui sont en place et vouloir les remplacer, et que cela résume tous les combats politiques. Mais ils ne nous entendent pas, ils ne nous écoutent pas. Et je crois que mon ami écrivain a mis le doigt sur la plaie. Tant que nous ne bâtirons pas une droite généreuse, il n'y a aucun espoir de les rattraper, de les conquérir et de les convaincre. Et ça devrait être notre mission, précisément la nôtre, de dire, de mettre devant nous comme une obsession que nous voulons construire cette droite généreuse-là, où le centre et la droite généreuse se retrouveront. C'est le plus grand service que nous pourrions rendre à la vie politique française.

Et il y en a un autre, je finirai sur ce mot. Nous voulons défendre nos idées, les faire triompher, nous avons des stratégies compliquées pour cela d'alliances avec Pierre, Paul, ou Jacques. Le meilleur moyen de défendre ces idées, c'est de descendre dans l'arène, de les porter, de se battre pour elles, de convaincre et de gagner. C'est cela que nous avons décidé au Congrès.

Je vous remercie.

(Source http://www.udf.org, le 29 décembre 2000).

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