Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à RMC le 8 décembre 2000, sur la présidence française de l'Union européenne, les manifestations anti-mondialisation lors du sommet de Nice, l'affaire du financement du RPR et l'inversion du calendrier électoral. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à RMC le 8 décembre 2000, sur la présidence française de l'Union européenne, les manifestations anti-mondialisation lors du sommet de Nice, l'affaire du financement du RPR et l'inversion du calendrier électoral.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles, LAPOUSTERLE Philippe.

FRANCE. RPF, président

ti : P. Lapousterle Le sommet des quinze pays de l'Union européenne à Nice en ce moment même : on connaît vos réticences sur l'Europe, telle qu'elle fonctionne au moins en ce moment. Est-ce que vous souhaitez tout de même que ce sommet aboutisse ?

- "Aboutisse à quoi ? Je regrette que le Président de la République n'ait pas choisi l'occasion de la présidence française, qui ne reviendra pas avant longtemps, pour promouvoir, pour proposer un profond changement dans les institutions européennes, pour faire en sorte qu'enfin cela marche. Or, il est englué dans un système, qui est celui de la recherche à tout prix d'un compromis avec les uns et les autres et donc, il faut s'attendre à ce que cela débouche sur quelque chose qui ne sera ni fait ni à faire."

Dans les objectifs, il y a effectivement que l'Europe fonctionne mieux, avant d'accueillir de nouveaux pays. C'est au programme.

- "Tout le monde a ce souhait, seulement l'Europe telle qu'elle existe aujourd'hui, telle qu'elle fonctionne à Quinze, marche mal. Est-ce qu'on va changer les choses suffisamment profondément pour que cela aille mieux ? La réponse est non, il ne se passera rien. D'abord, il faudrait supprimer la Commission, elle ne sert à rien. Deuxièmement, il faudrait que le Conseil européen, le seul organisme, réellement représentatif des états et des peuples puisqu'il est composé des chefs d'Etat et de gouvernement, assume ses responsabilités complètement. Qu'il commence par décider ce qui doit rester au niveau des états, c'est-à-dire l'essentiel, et ce qui ne peut être traité qu'au niveau européen, c'est-à-dire lorsque cela déborde le cadre d'un seul état. Le Conseil des ministres n'a qu'à jouer son rôle, on n'a pas besoin d'une Commission composée de technocrates qui, en réalité, ne fait rien de positif et de concret pour les peuples. Il faut toujours attendre des catastrophes pour qu'à la fois les dirigeants de l'Europe se réveillent et que la Commission fasse quelque chose. Il faut remettre tout cela en chantier, profondément, mais sérieusement."

Ce qui s'est passé récemment, les décisions qui ont été prises sur la sécurité alimentaire, qui vont être prises sur la sécurité maritime¿

- "Sur la sécurité maritime, il n'y a eu aucune décision."

Qui vont être prises.

- "Celles qui vont être prises... On peut toujours espérer, rêver. Il y a eu une première catastrophe avec l'Erika, une deuxième avec le Ievoli Sun : on a bien vu qu'en réalité les intérêts d'un certain nombre de pays s'opposaient et c'est la raison pour laquelle rien n'a été décidé. Sur l'affaire des vaches folles, à ma demande, le Parlement européen engageait un débat et à l'unanimité il a voté un texte demandant l'interdiction des farines animales et des tests systématiques. Qu'a fait la Commission ? Rien du tout ! Qu'ont fait les chefs d'Etat et de gouvernement ? Il a fallu attendre qu'il y ait à nouveau des cas de vache folle en Allemagne et ailleurs pour que l'on se décide enfin à faire quelque chose. C'est un peu triste, parce que contrairement à ce qu'on raconte ici ou là, je ne suis pas un adversaire de l'Europe. L'Europe, il faut la faire, mais il faut la faire d'une manière positive et avec l'accord des peuples et pas avec tous ces bureaucrates, grassement payés, qui ne servent à rien."

Quand vous voyez des manifestations anti-mondialisation, comme celles qui se déroulent en ce moment à Nice, cela ne vous paraît pas étrange que les manifestants manifestent au moment d'un sommet européen contre la mondialisation, alors que l'Europe même, son objectif, c'est de faire précisément que la mondialisation ne rentre pas portes et fenêtres ouvertes en Europe ? Est-ce que ce n'est pas un peu contradictoire ?

- "Il faut distinguer un certain nombre de choses. Je crois que les manifestants qui sont allés à Nice - je ne parle pas des casseurs, parce que les casseurs, il faut les mettre hors d'état de nuire, d'ailleurs à ce propos, il faudrait demander au ministre de l'Intérieur quelles dispositions il avait prises et au préfet qui est responsable du maintien de l'ordre, ce qu'il a fait, alors que les manifestants sont arrivés jusqu'à l'entrée où allait se tenir la conférence."

Vous trouvez que c'est un peu amateur ?

- "C'est le moins que l'on puisse dire ! Je crois que là, il y aurait des décisions à prendre, il y a des responsables. Il y a donc deux choses différentes. Il y a des gens qui sont allés à Nice pour, en quelque sorte, dire aux dirigeants européens : "défendez les intérêts des peuples et ne vous contentez pas seulement de discuter entre vous de problèmes que nous ne comprenons pas et qui ne nous intéressent pas. Et faites preuve de plus de dynamisme pour vous opposer aux intérêts des grandes entreprises multinationales américaines." C'est un langage que je comprends et qui est logique, mais c'est vrai qu'ils se trompent un peu d'objectif, parce que ce n'est pas en manifestant à Nice qu'on obtiendra quelque résultat que ce soit."

Sur les affaires qui continuent malheureusement de rythmer notre vie politique, beaucoup de Français pensent que le Président de la République devrait leur parler. Vous pensez que le Président de la République devrait entendre ce raisonnement ?

- "Ce qu'il y a de certain, c'est que le Président de la République a autre chose à faire à l'heure actuelle : il est président de l'Union européenne. Ce que je regrette, c'est que ces affaires aient terni la présidence française et qu'à chaque fois que le Président de la République donnait une conférence de presse, on l'interroge là-dessus. Je ne vois pas trop ce qu'il peut dire, sauf laisser la justice suivre son cours. Qu'est-ce qu'il y a d'autre à dire ?"

M. Barre a dit ce matin dans Lyon Magazine que lorsqu'il y a un soupçon sur un responsable, il devrait démissionner.

- "On ne peut pas me soupçonner à l'heure actuelle d'être un chiraquien inconditionnel, j'ai des désaccords profonds avec J. Chirac sur le plan de la politique et notamment sur le plan de la politique européenne et je suis conduis à m'opposer à lui. Il est Président de la République, élu au suffrage universel - c'est Chevènement qui rappelait dernièrement mais je l'avais dit avant lui - que c'est le peuple qui juge les hommes politiques, cela ne doit pas être les juges. A l'heure actuelle - je ne voudrais pas employer de mot trop fort - il est clair que dans l'esprit d'un certain nombre de gens on voudrait utiliser les affaires comme une voie d'appel contre les décisions qui ont été prises par le peuple lors d'élections. J. Chirac s'expliquera quand il y aura des élections présidentielles. Quant à ce que dit R. Barre, je suis un peu étonné de le voir prendre des positions pareilles. Quand on voit la délectation de Giscard d'Estaing, etc - je ne dis pas que c'est le cas de R. Barre -, tout cela a un côté un peu lamentable qui n'a rien à voir avec la République et la démocratie."

Est-ce qu'à votre avis, dans cette affaire, les juges, notamment dans la manière qu'ils ont eue d'incarcérer Michel Roussin ou encore, le non-respect du secret de l'instruction, vont trop loin ?

- "Le secret de l'instruction n'existe plus, il a été remplacé par le secret de polichinelle. C'est-à-dire que les journalistes savent tout en même temps que les juges, je ne sais pas qui leur communique mais c'est comme cela et c'est anormal. Deuxièmement, les juges doivent se souvenir qu'ils sont là pour prendre leurs décisions en fonction des lois votées par le Parlement et non pas pour faire ce qui leur semble convenir ou qui convient à leurs idées. La détention provisoire doit être l'exception, c'est ce qui est inscrit dans notre code. La détention provisoire est l'exception et la liberté la règle. Il ne faut pas utiliser la détention provisoire pour essayer de faire craquer les gens, ce qui est souvent le cas, et ce qui est contraire au principe d'une bonne administration de la justice diraient les spécialistes."

Sur le calendrier électoral, on sait que vous êtes favorable, pour le respect des institutions de la Vème, à ce que le Président soit élu avant les députés. De nombreux députés de l'opposition répondent : "on a la possibilité d'avoir une victoire politique contre L. Jospin, pourquoi abandonner cette possibilité ?"

- "Je ne veux pas participer au débat politicien actuel, ce n'est pas mon affaire. Le soir même du résultat du référendum sur la réforme du mode de scrutin du Président de la République, ou du moins sur la durée du mandat, j'ai dit qu'à partir du moment où le mandat a été ramené à cinq ans, il était bien évident qu'il fallait faire en sorte que le Président soit élu avant l'Assemblée nationale. Faute de quoi, les Français se prononceraient sur un programme, éliraient des députés et un mois ou deux après, sur quoi éliraient-ils un Président? Le Président serait l'otage des partis politiques parce que les élections législatives sont les partis politiques, l'élection présidentielle, c'est le contact entre un homme et les Français. Je crois que c'est la logique, mais je ne participerai pas à cette espèce d'opération politicienne où Jospin fait cela parce qu'il pense que de cette manière il a un avantage sur J. Chirac ; J. Chirac au contraire pense qu'en gardant les élections législatives avant, c'est lui qui a un avantage, parce qu'il oblige les gens à se réclamer de lui. Cela n'a pas grand chose à voir avec les institutions."


(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 8 décembre 2000)

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