Interview de M. Jean-Luc Bennahmias, secrétaire national des Verts, à RMC le 4 décembre 2000, sur les affaires et le financement des partis au moyen de commissions des marchés publics, sur l'agriculture industrielle et l'interdiction des farines animales pour l'alimentation des bovins et sur la représentation électorale à la proportionnelle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Luc Bennahmias, secrétaire national des Verts, à RMC le 4 décembre 2000, sur les affaires et le financement des partis au moyen de commissions des marchés publics, sur l'agriculture industrielle et l'interdiction des farines animales pour l'alimentation des bovins et sur la représentation électorale à la proportionnelle.

Personnalité, fonction : BENNAHMIAS JEAN Luc, LAPOUSTERLE Philippe.

FRANCE. Les Verts, secrétaire national

ti : P. Lapousterle Les affaires n'en finissent plus d'empoissonner la vie politique. Ce week-end, l'affaire des marchés truqués d'Ile-de-France a rebondi avec l'incarcération de M. Roussin et la mise en examen de nouvelles personnalités. Est-ce que nous sommes ce matin dans une crise politique ?

- "La crise politique continue. Depuis le référendum sur le quinquennat, on est bien dans une crise de confiance entre la population et les hommes et les femmes politiques. Les affaires dont on parle aujourd'hui sont des affaires qui durent depuis très longtemps."

Vous voulez dire qu'elles sont anciennes ?

- "Pas si anciennes que cela."

Cinq ans : 1995.

- "Elles touchent à des dizaines de centaines de millions de francs. Elles sont extrêmement graves et extrêmement importantes mais elles ne sont pas surprenantes, malheureusement. Deux chose par rapport à cela. Evidemment, M. Chirac va devoir s'expliquer un jour ou l'autre. Cela le regarde. Deuxièmement, il serait temps que les partis politiques qui ont touché cet argent - je vous dis tout de suite les Verts ne sont pas dedans - pensent à dire: "nous allons rembourser des centaines de millions de francs qui ont été pris sur les moyens publics et sur les fonds publics." "

Les marchés publics ?

- "Les marchés publics ou les fonds publics, puisque ce ne sont pas les seules affaires qui continuent."

Le Président de la République, vous l'avez dit à l'instant, devrait s'expliquer. Il y a une demande maintenant. Son nom est prononcé dans les affaires depuis plusieurs mois. Disons que l'opinion devient de plus en plus exigeante.

- "Plusieurs séries d'affaires - à la mairie de Paris, au Conseil régional d'Ile-de-France. A un moment donné, on demande des explications et je pense que c'est normal."

Est-ce que vous pensez que d'ores et déjà le fait que son nom soit prononcé à plusieurs reprises atteint le pouvoir de la fonction ?

- "Malheureusement, cela atteint le pouvoir de toutes les fonctions. On n'arrête pas d'entendre sur toutes les antennes que l'ensemble des formations politiques est touché. Je le répète : les Verts ne sont pas touchés dans ces affaires, même s'ils étaient déjà là en tant qu'élus."

Parce que vous ne comptiez pas à l'époque sur la scène politique peut-être ? Vous n'avez pas été sollicités.

- "Nous avons été sollicités en tant que groupe Verts au Conseil régional d'Ile-de-France et nous avons refusé."

On vous a proposé de l'argent ?

- "On nous a proposé en tant que groupe Verts, au Conseil régional, de participer à ce partage. C'est connu : 2 % pour chaque formation. Pas 2 % légaux, pas 2 % sur le financement des partis par les entreprises quand c'était autorisé, mais 2 % pris sur les appels d'offre, sur les commissions des marchés si vous voulez. Cela n'a rien à voir. C'est là que je parle de remboursements. Car c'est pris sur quoi ? C'est pris sur le financement des lycées notamment. On parle de 600 millions dans cette affaire-là sur le Conseil régional d'Ile-de-France. 600 millions, c'est le prix en gros de trois lycées. Trois lycées, cela n'est pas rien."

M. Séguin disait hier qu'on atteint le degré zéro de la confiance dans les politiques. Vous croyez qu'il a raison ?

- "A un moment donné, on pensait depuis quelques années que les affaires étaient terminées et qu'on avait vu le premier socle se terminer avec quelques mises en examen et quelques mises en prison. Je ne parle pas de prison pour M. Emmnauelli, mais de M. Carrignon notamment. Et puis, non, ce n'est pas terminé car tout cela n'a pas été jusqu'au bout. La justice est lente, c'est ainsi. Elle fait sont travail mais elle est lente. Elle est peut-être trop lente d'ailleurs par rapport à ces affaires."

Il faut aller au bout quand même ?

- "Il faut forcément aller au bout. On ne parlerait pas d'argent public, on ne parlerait pas de fonds qui ont été détournés ou d'appels d'offres qui ont été faits où il y a eu manipulation. C'est important."

Quand le RPR parle de manipulations et d'opérations orchestrées pour atteindre le crédit du Président de la République...

- "Quand il s'agit de la Commission des marchés d'Ile-de-France, le RPR est touché, l'UDF est touchée, le PS est touché, le PC est touché. Je ne vois pas très bien où il y a manipulation par rapport au RPR."

Mais M. Alliot-Marie disait hier que tout avait commencé en septembre, bizarrement avec la baisse de L. Jospin dans les sondages

- "La justice va à son rythme, je l'ai déjà dit. Les avocats en savent quelque chose et les greffiers aussi quand ils revendiquent plus de moyens. Cela n'a rien à voir."

Autre problème du jour : les ministres européens de l'Agriculture se réuniront en début d'après-midi à Bruxelles. Deux sujets sont à l'ordre du jour : l'interdiction des farines animales dans toutes l'Europe et l'aide aux éleveurs qui sont sinistrés. Cela peut aboutir aujourd'hui ?

- "Je ne suis pas dans le secret des dieux par rapport à l'Europe, mais il faudrait que cela aboutisse. Il est temps de dire que ces farines animales sont une horreur absolue. Rien que l'idée d'avoir créé des farines animales pour nourrir des herbivores est une aberration. Quant aux éleveurs, il faut bien comprendre qu'avec toutes les conditions qu'a mis la France - certes trop tardivement mais depuis maintenant cinq ans - malheureusement, il y a des arrivées de farines animales importées de manière de plus en moins clandestines. On n'est donc malheureusement pas très sûr de la qualité de l'alimentation. Les éleveurs doivent être aidés, c'est évident. Ils ne peuvent pas survivre à une crise pareille mais c'est quand même le schéma idéal qu'ont dénoncé les Verts et les écologistes depuis plusieurs années. L'agriculture productiviste ou industrielle telle qu'elle a été faite amène à cela. L'ensemble des paysans en France est en capacité aujourd'hui, s'ils ne sont pas trop surendettés ou endettés, de produire une agriculture de qualité saine."

Le Gouvernement a fait ce qu'il fallait dans cette affaire ou a pris du retard en France ?

- "On a pris du retard. Le Gouvernement a fait ce qu'il fallait un peu tardivement, mais moins tardivement que dans d'autres pays. Tardivement quand même : cela fait dix ans qu'on aurait dû le faire. Dix ans de manière absolument radicale. Et surtout depuis trente ans, on n'aurait pas dû mettre l'agriculture française et européenne dans une voie d'agriculture industrielle c'est-à-dire avec tout ce qui est élevage en batterie, tout ce qui est qualité de l'alimentation absolument non saine. On voit bien aujourd'hui qu'il y a une possibilité. On sait faire de l'agriculture saine en France et en Europe."

Vous dites que cela fait dix ans qu'on le dit. On ne l'entendait pas vraiment.

- "On n'arrêtait pas de le dire mais on a toujours traité les Verts et les écolo de catastrophistes par rapport à tout cela. Le bilan est là. Plus personne ne sait ce qu'il a dans son assiette."

Sur le calendrier des élections : le Congrès de l'UDF a massivement soutenu l'idée que l'élection du Président devait précéder celle des députés. Vous, les Verts , êtes toujours opposés. Cela apparaît logique à tout le monde ?

- "Cela apparaît logique à tout le monde ?! C'est aussi logique que l'histoire du quinquennat ! C'est aussi loin des préoccupations des Françaises et des Français que l'histoire du quinquennat. Quand j'entends les hommes et les femmes politiques ne parler que de cela depuis plusieurs semaines et plusieurs mois, je comprends l'intérêt des hommes et des femmes politiques. Je ne suis pas certain que la population y comprenne grand chose et se dise : "oui, vraiment, j'y pensais en me lavant les dents le matin : il faut absolument que le Président soit élu avant mes députés." Il y a déjà les municipales cette année. Ils ont déjà du mal à y penser parce que tout cela est mélangé. Les Verts disent qu'il faut surtout que le Parlement retrouve un pouvoir réel. Et puis comme les règles changent pendant la partie, on pense que les demandes que l'on fait régulièrement.."

...Ce n'est pas pendant la partie : c'est dix-huit mois avant !

- "Vous le dites vous-mêmes : dix-huit mois avant, ce n'est pas dans la partie. Donc rien n'empêche un Gouvernement - et d'ailleurs pourquoi pas avec l'aide des centristes et autres - de voter une part de proportionnelle pour les élections législatives, puisque la partie n'est pas démarrée. On peut donc changer les institutions et donner une représentation réelle des partis politiques vis-à-vis de la population. J'entends régulièrement que les Verts ne pèsent rien parce qu'ils ne sont que cinq à l'Assemblée nationale. S'il y avait la proportionnelle, aujourd'hui, nous serions cinquante. Là, on ne dirait pas la même chose ! Cinquante députés pèsent un peu plus que cinq."

Dans 90 minutes vous serez dans le bureau de M. Jospin. Qu'est-ce que vous allez lui dire ?

- "Ce que je viens de vous dire là."

Il va vous dire "non" !

- "Nous verrons bien. Ce sont les combats qu'on ne mène pas qu'on a forcément perdu d'avance. Globalement, si nous voulons à un moment donné peser réellement - ce que nous voulons - et notamment par rapport au vraies raisons de l'existence des Verts c'est-à-dire pour améliorer la vie quotidienne des Françaises et des Français, faire que la crise de l'alimentation n'existe plus, qu'on aille vers une qualité saine, que la sécurité maritime soit réellement régulée, la pollution de l'air, l'effet de serre... C'est ce qu'on attend de nous. Plus nous pèserons dans l'Assemblée nationale notamment ou l'Assemblée européenne, plus ces choses-là avanceront."

Vous n'êtes jamais là quand il y a des grands problème de ce genre ! On entend toujours M. Gayssot, on entend très peu les Verts s'exprimer, ceux qui sont au Gouvernement.

- "Je ne peux pas entendre cela ! M. Voynet se fait entendre. Vous savez, les prérogatives du ministère de l'Environnement ne sont pas celles du ministère des Transports. Tout ce qui arrive en ce moment au niveau sécurité maritime, c'est bien l'affaire du ministère des Transports ou du ministère de la Défense. C'est bien là le problème : à un moment donné, il faudrait plus de moyens - et plus de ministres Verts bien évidemment, avec plus de moyens pour eux."

A Toulouse vous avez moins parlé des farines que des...

- "Vous avez raison notre Congrès n'était pas ce qu'il y a de plus merveilleux sur la planète politique française."


(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 4 décembre 2000)

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