Discours et interview télévisée de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur la démocratie, la réforme de l'Etat, le référendum instituant le quinquennat, l'affaire Méry, le financement des partis politiques, la question Corse, le partage des fruits de la croissance, la décentralisation et le développement de la Région Poitou-Charente et de la Charente, Rouillac le 21, Angoulême les 21 et 22 septembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Discours et interview télévisée de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur la démocratie, la réforme de l'Etat, le référendum instituant le quinquennat, l'affaire Méry, le financement des partis politiques, la question Corse, le partage des fruits de la croissance, la décentralisation et le développement de la Région Poitou-Charente et de la Charente, Rouillac le 21, Angoulême les 21 et 22 septembre 2000.

Personnalité, fonction : CHIRAC Jacques, LUCET Elise, GAILLARD Stéphane.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Déplacement de M. Jacques Chirac, Président de la République, en Charente, les 21 et 22 septembre 2000

ti : Discours aux maires de la Charente, à Rouillac, le 21 septembre 2000


Monsieur le Ministre, Président du Conseil Régional,
Madame et Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Président du Conseil Général,
Mesdames et Messieurs les Maires,
Mesdames, Messieurs,

Merci, Monsieur le Maire de ROUILLAC, de votre accueil dans ce superbe centre culturel et de vos paroles de bienvenue auxquelles j'ai été sensible.

Arrivé ce matin en Charente, j'ai rencontré les fondateurs du nouveau "Carrefour pour l'innovation sociale, le travail et l'emploi", ainsi que des responsables d'associations d'insertion et des représentants des partenaires sociaux. Nous avons discuté de leurs actions et de leurs projets au service des hommes et des territoires.

Le territoire crée un lien entre les hommes et assure la cohésion sociale. C'est le bon niveau pour engager notre démocratie sur des voies nouvelles. Communes, départements ou régions, nos collectivités territoriales savent associer la société civile à l'action publique. C'est leur grande force pour répondre aux attentes de nos concitoyens, qu'il s'agisse d'attirer l'activité, de développer l'emploi, d'adapter la formation des femmes et des hommes, ou de mettre en oeuvre une solidarité plus responsable.

Cette première rencontre m'a rempli du sentiment que votre département, votre région sont en initiative, avec audace, avec générosité.

Elle m'a aussi conforté dans l'idée que, pour servir toujours mieux l'intérêt général, démocratie locale et dialogue social se renforcent mutuellement.

Bien sûr, tout paraît plus simple à qui veut décider seul en se tenant à bonne distance des réalités. Mais ce n'est pas ainsi que l'on progresse, ce n'est pas ainsi qu'évolue la société. C'est, au contraire, en prenant la mesure de la diversité, en se donnant le temps de l'écoute. C'est en reconnaissant l'autonomie des acteurs de la société civile, en encourageant les initiatives qui sont à l'oeuvre partout en France.

Ce n'est certainement pas en voulant toujours agir d'en haut, de loin, comme si notre République était une hiérarchie avant d'être une démocratie.

Mes déplacements dans les départements et les régions de France sont toujours riches de ces rencontres vivantes avec nos concitoyens et avec vous, leurs élus. La démocratie locale a valeur d'exemple. C'est grâce à vous que la démocratie signifie service, proximité, participation, au lieu d'être seulement une idée, un rite, un moyen d'organiser la compétition pour le pouvoir.

Et c'est justement de notre démocratie que je suis venu vous parler aujourd'hui, à la veille du référendum du 24 septembre. J'ai appelé les Français à dire oui au quinquennat. C'est un changement important, une étape essentielle pour resserrer le lien entre les Français et la République.

Ce lien, c'est d'abord à vous de le faire vivre et de l'exprimer.

En France, chacun connaît son maire. C'est vers lui que l'on se tourne en cas de difficultés. Tous, vous en faites chaque jour l'expérience. Vous l'avez faite plus encore après la tempête du 27 décembre dernier, je devrais dire l'ouragan, qui laisse aujourd'hui tant de cicatrices sur votre terre de Charente.

Ce n'est pas facile d'être maire aujourd'hui. Il faut être disponible. Il faut être efficace. Il faut savoir prendre ses responsabilités, ne pas se laisser écraser par les réglementations, les contrôles et les risques juridiques. Assumer l'impopularité parfois. Etre imaginatif, créatif, et en même temps bon gestionnaire, rigoureux et organisé. Prévoir, mais aussi être capable de réagir à l'imprévu. Ecouter, dialoguer, prendre en compte tous les points de vue, et pour autant ne pas se laisser influencer, ne jamais se détourner de l'intérêt général.

Ce qui est vrai dans chacune de vos communes l'est aussi à l'échelle de la Nation.

La recherche de l'intérêt général, du bien commun, de l'efficacité au service de tous est en effet l'un des principes qui, avec l'égalité des citoyens devant la loi et le respect du droit, fondent la démocratie.

Dans le pays des droits de l'Homme, l'égalité des citoyens par l'exercice du suffrage universel efface toutes les différences. Devant les urnes, chaque Française, chaque Français pèse du même poids. La République fait confiance à tous de la même façon. Son destin appartient au même degré à chacun. Chacun est l'égal de l'autre et chacun est également responsable.

La force du peuple français, c'est d'avoir su, avant tous les autres, affirmer sa souveraineté en proclamant l'égalité de tous les hommes. La démocratie donne au faible la même place qu'au puissant. Elle scelle l'union de tous au sein de la Nation.

Quand la démocratie s'affaiblit, quand elle est délaissée, quand elle devient silencieuse, ceux dont la parole porte loin continuent toujours à se faire entendre. Mais les autres, ceux qui n'ont pas d'autre moyen que le bulletin de vote pour dire leur mot, que leur reste-t-il pour ne pas devenir des oubliés de la République ? C'est d'abord pour eux que la démocratie est faite, pour qu'ils puissent être écoutés, pour qu'ils puissent décider, pour que le choix n'appartienne pas toujours aux autres.

La démocratie, c'est aussi le respect du droit. Son avènement a mis fin à l'arbitraire et au pouvoir absolu. La démocratie fonde la légitimité de la loi commune. Elle la rend acceptable pour tous. Elle garantit les libertés. Elle pacifie la vie politique, la soumet à la règle constitutionnelle, assure l'équilibre des pouvoirs. La démocratie organise le débat, permet à tous les points de vue de s'exprimer, impose la transparence de la décision. Et parce qu'elle garantit à chaque citoyen la libre expression de son choix, elle doit aussi faire respecter la volonté de la majorité, sans violer, bien sûr, les droits de la minorité.

Aucun scrutin n'est jamais joué d'avance. Quand le vote a eu lieu, la décision, même adoptée à une voix de majorité, devient la décision de tous. Il est trop tard, alors, pour regretter de ne pas s'être exprimé.

On ne peut vouloir d'un côté plus de démocratie et d'autonomie, moins de décisions imposées d'en haut et, en même temps, abandonner les choix aux autres quand on peut y participer soi-même.

La démocratie appartient à chaque Français. Chacun en est responsable vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis des autres.

La démocratie, c'est le vote, ce sont des élections libres, disputées, sous le contrôle des citoyens.

Mais la démocratie ne s'arrête pas là. Elle doit se renouveler et s'approfondir. De ce renouveau, de cet approfondissement, nous trouverons aisément les voies si nous sommes fidèles à cette belle idée qu'en démocratie c'est le citoyen qui est premier et non l'État. Référendum, réforme de l'État, démocratie locale, dialogue social, et quinquennatà l'avenir de la citoyenneté se construit maintenant. Je veux y engager tous les Français.

Pour que chacun d'eux se sente plus écouté et mieux entendu, je souhaite que le recours au référendum soit désormais plus fréquent. Il apporte en effet à nos institutions une respiration supplémentaire.

C'est par le débat que se clarifient les choix. Le travail de la démocratie est là, dans l'explication et dans l'échange, dans la pédagogie aussi, afin que se dissipe l'opacité derrière laquelle l'action publique s'abrite trop souvent. Pour les responsables publics comme pour les citoyens, le référendum, sous ses diverses formes possibles, s'impose comme une exigence et une responsabilité.

La démocratie forme un tout. Elle vivra, elle se développera, elle rayonnera si nous prenons l'habitude de solliciter plus souvent les Français sur les grands choix qui leur sont offerts. Sinon elle risque la sclérose et le dépérissement. Parce que je suis du parti de la démocratie, j'estime qu'il faudra étendre de nouveau le champ du référendum législatif, élargir les possibilités de référendum local et organiser enfin le référendum d'initiative populaire. Les prochaines années doivent nous permettre d'intégrer pleinement le référendum à notre culture et à nos pratiques politiques. Dès dimanche, avec le référendum sur le quinquennat, nous aurons franchi une étape dans cette direction.
Discours aux maires de la Charente, à Rouillac, le 21 septembre 2000


La réforme de l'État est importante, elle aussi.

Nous ne pouvons plus nous accommoder d'une approche de l'action publique qui conduit à concentrer les principaux pouvoirs entre les mains d'un Etat centralisateur. Erigé en grand ordonnateur de la sphère économique et sociale, il prélève plus que sa part de la richesse nationale. Il ne fait pas assez confiance aux acteurs de la démocratie locale et aux forces vives de la société.

Dans les conditions de la vie moderne, l'Etat ne peut plus assurer seul la prospérité de la Nation et l'équilibre de ses territoires. La concentration et la centralisation ne peuvent conduire qu'à l'impuissance publique et à la congestion. La mise en place d'une nouvelle gouvernance, fondée sur la responsabilité, l'éthique et la transparence, est désormais un impératif national. Ce sera l'une des grandes ambitions collectives des prochaines années.

Il faut donner à l'Etat sa juste place, faire évoluer les formes de son action. C'est un point de passage obligé pour le renouveau de notre démocratie.

Mais je veux être clair : pour être plus efficace au service de l'intérêt général, l'Etat ne doit pas être affaibli. L'Etat, c'est la loi égale pour tous partout en France. Un Etat faible serait un Etat injuste. L'Etat doit faire respecter son autorité.

L'Etat c'est aussi l'unité de tous les Français au sein de la Nation. Contrairement à beaucoup de ses voisins, la France n'est pas l'héritière d'une alliance de principautés, de duchés et de villes franches. Elle est une et indivisible. Le peuple français est un seul peuple. L'Etat républicain est son expression la plus forte. Il est responsable de la cohésion sociale et de la solidarité nationale.

Il garantit l'exercice des libertés fondamentales. Il définit le cadre de la vie économique et sociale. Il rend la justice. Il veille à la sécurité des Français sur les plans extérieur et intérieur. Il défend leurs intérêts sur tous les continents. L'Etat doit ouvrir les chemins d'une mondialisation maîtrisée. Il contribue avec nos partenaires à la construction d'une Europe de la paix, des libertés et de la prospérité, respectueuse de toutes les identités nationales.


Les Français ont besoin de leur Etat. Ils ont besoin qu'il assume toutes ses missions, et notamment ses missions essentielles de service public. Ils ont besoin qu'il les rassemble autour d'un projet commun. Mais ils ont besoin aussi d'un Etat qui ne prétende pas exercer un pouvoir sans partage sur l'économie et la société. D'un Etat plus ouvert à ce qui ne vient pas de lui. D'un Etat qui donne plus d'oxygène à toutes les forces d'initiative et de progrès par lesquelles notre pays entrera dans le nouveau siècle.

Les habitudes centralisatrices, cette sorte d'exclusivité que l'Etat a voulu se donner à lui-même pour répondre aux attentes des Français, ont appauvri notre démocratie, la rendant moins vivante et moins efficace.

La vitalité de notre démocratie passe aujourd'hui par l'essor de la démocratie locale : au lieu d'être étouffée, encadrée, entourée de méfiance, l'action de proximité, sous toutes ses formes, doit être encouragée. L'autonomie financière des collectivités locales doit être respectée. C'est la condition de leur liberté d'action et de leur efficacité au service de tous. Il n'est pas normal que les régions et les départements de France soient dépendants de l'Etat pour plus de la moitié de leurs ressources. Les responsabilités doivent être clarifiées. De nouveaux transferts de compétence devront être réalisés. Il est indispensable qu'ils s'accompagnent des moyens financiers nécessaires à leur exercice et d'un statut des élus adapté à leurs responsabilités croissantes.

Le renouveau de la démocratie exige aussi que la place du dialogue social soit pleinement reconnue. Vouloir transformer la société par voie d'autorité, c'est un réflexe dépassé. Il conduit au blocage et donc à l'inefficacité. La France du XXIe siècle progressera sur le plan social comme sur le plan économique par la participation, l'innovation et l'initiative, par l'expérimentation et la reconnaissance de la diversité, et donc par le dialogue et le contrat. L'Etat doit encourager le dialogue social. Il doit comprendre que c'est un atout pour notre démocratie, non une menace.

Notre société est vivante. Elle est le lieu d'initiatives foisonnantes. Les pouvoirs se démultiplient. L'action publique ne doit pas s'enfermer dans des démarches unilatérales. La discussion, le débat, l'envie de comprendre, la relation de partenariat, l'accord pour conduire changement et progrès, c'est ainsi que nous sortirons des logiques de pouvoirs descendants. C'est ainsi que nous fortifierons le lien entre les citoyens. C'est ainsi que les énergies qui sont à l'oeuvre dans notre société feront progresser la France.

L'Etat et les collectivités territoriales doivent se donner pour mission d'en faciliter l'expression, de les encourager, de les mettre en cohérence.

Les progrès de la citoyenneté supposent aussi de rendre plus faciles, plus fréquents et plus denses les échanges à l'intérieur de la cité, en usant de toutes les possibilités offertes par l'internet et les nouvelles technologies de l'information.

Les silences de notre démocratie entre deux scrutins nationaux sont trop longs, trop lourds, trop profonds, malgré l'intensité des débats politiques et la vigueur, dans notre pays, des querelles entre partis.

Ma conviction est qu'il faut non seulement remplir ces silences, en donnant à la citoyenneté sa pleine dimension, mais aussi réduire leur durée en rendant plus fréquente l'expression du suffrage universel ; c'est notamment l'ambition du quinquennat.

La plupart des grandes démocraties ne connaissent pas le septennat.

En 1973, le Président Pompidou fit adopter le quinquennat par les deux chambres, mais sans pouvoir mener à bien la procédure de révision constitutionnelle. Ses successeurs, pendant trois septennats, ne jugèrent pas possible ou opportun de reprendre la réforme. J'ai, pour ma part, décidé de l'engager, puis de la soumettre aux Français.

La France change. Elle change vite. Au nom de quoi les rythmes de notre démocratie devraient-ils rester immuables ? Dès lors que nous prenons la précaution de ne pas toucher à l'équilibre entre les pouvoirs publics, oui, résolument, il faut faire le quinquennat !

Il insufflera une énergie nouvelle à nos institutions. Il donnera plus de force au suffrage universel. Les Français éliront plus souvent leur Président. Ils participeront plus fréquemment au grand débat national qui engage leur avenir et celui de la Nation. Plus qu'aujourd'hui, ils pourront être présents et actifs dans la République, exigeants, vigilants et responsables.

C'est parce que tous les Français sont concernés que j'ai voulu qu'ils se prononcent sur cette modification constitutionnelle par voie de référendum.

Je n'ignore pas et je comprends les préoccupations pressantes que chacun peut avoir aujourd'hui, qu'elles concernent l'emploi, le pouvoir d'achat, la sécurité, l'éducation, le logement, les moyens de transport. Mais s'agissant d'une réforme qui touche au lien essentiel unissant le Chef de l'État et la Nation, il est important pour la démocratie qu'elle soit approuvée directement par le peuple français.

* * *

Voilà, Mesdames et Messieurs les Elus, l'idée que je me fais de la démocratie vers laquelle nous devons avancer ensemble.

Elle aura besoin de chaque Français. Enracinée dans nos traditions, fidèle à notre génie national, elle prendra mieux en compte les évolutions de notre temps et les aspirations profondes de nos compatriotes. Ne vous y trompez pas, tous veulent s'exprimer, s'engager, participer, être décideurs plutôt que spectateurs. C'est une formidable chance pour notre pays. Ne passons pas à côté !

La République, c'est notre maison commune. Chacun y a sa place, son rôle, ses responsabilités. Donnons à chaque Français le désir, l'envie, les moyens, de l'habiter, de la transformer, de l'embellir. Construisons ensemble une démocratie apaisée, une démocratie respectée, une démocratie de dialogue et de confiance.

Je vous remercie.

Interview sur France 3, le 21 septembre 2000 à Angoulême

ELISE LUCET - Monsieur le Président, nous reviendrons dans un instant, si vous le voulez bien, sur le référendum sur le quinquennat qui est le but de votre visite, ici, à Angoulême. Mais, d'abord, dans son édition d'aujourd'hui, donc, Le Monde publie une interview posthume de Jean-Claude MERY que nous avons entendue, où vous êtes personnellement mis en cause. Il affirme avoir remis une valise de cinq millions de F à Michel ROUSSIN, en votre présence, et cela pour le financement occulte du RPR.

J'ai envie de vous demander quelle est votre réaction à la fois sur la forme et sur le fond ?

LE PRESIDENT - Ma réaction : je suis indigné. Indigné par le procédé. Indigné par le mensonge. Indigné par l'outrance. Mme LUCET, il doit y avoir des limites à la calomnie. Hier, on faisait circulait une rumeur fantaisiste sur une grave maladie qui m'aurait atteinte -sous-entendu je ne serais plus capable d'assumer mes fonctions-.

Aujourd'hui, on rapporte une histoire abracadabrantesque. On fait parler un homme mort il y a plus d'un an. On disserte sur des faits invraisemblables qui auraient eu lieu il y a plus de quatorze ans. On exhume un enregistrement fait il y a plus de quatre ans et dont le journal lui-même, qui publie ces propos, les qualifie " d'invérifiables " et de " sans valeur juridique ".

Tout cela, comme par hasard, trois jours avant un référendum visant à améliorer le fonctionnement de notre démocratie.

Alors, je vous le dis, ces allégations sont indignes et mensongères. Voilà, pourquoi, je demande que ces éléments soient transmis à la justice afin que la vérité balaie la calomnie.

ELISE LUCET - Monsieur le Président, sur le fond, sur le système de financement occulte des partis et donc du RPR décrit par Jean-Claude MERY, ce système extrêmement organisé, extrêmement précis, je veux dire, quelle est votre réaction ? Est-ce que vous avez eu des contacts avec Jean-Claude MERY ? Est-ce que vous le connaissiez ? Comment réagissez- vous sur le fond ?

LE PRESIDENT - Je vous dis que : " tout ce qui est dans ce pseudo-message, est pour moi sans fondement, mensonge, calomnie. Et pour tout dire, manipulation ". Et je n'ai pas d'autre chose à dire.

ELISE LUCET - Avez-vous le sentiment que la campagne électorale pour l'élection présidentielle est lancée ?

LE PRESIDENT - J'espère que ce n'est pas le moyen choisi par certains pour la lancer.

ELISE LUCET - Revenons, Monsieur le Président, sur l'objet premier de votre visite, ici, à Angoulême. Pourquoi, avez-vous décidé d'intervenir à trois jours, justement, du référendum ? Est-ce que vous craignez une abstention record ?

LE PRESIDENT - J'avais décidé de venir en Charente notamment pour voir quelles étaient les initiatives locales prises à partir des territoires dans le domaine social, de l'emploi et de l'insertion. Naturellement, m'adressant à tous les maires de la Charente, j'en ai profité pour faire une réflexion sur la démocratie, son adaptation au monde d'aujourd'hui et notamment par la voie du référendum qui aura lieu dimanche.

ELISE LUCET - Ce n'est pas anodin, pour un Président, de s'engager dans une campagne à trois jours d'un scrutin. Est-ce que c'est une manière pour vous de répondre à Charles PASQUA qui affirme que vous vous moquez de ce référendum ou encore à François HOLLANDE qui déclare que le PS est le seul parti à être clair sur ce référendum pour le quinquennat ?

LE PRESIDENT - Je ne réponds à personne. Et surtout, dans la fonction qui est la mienne, je ne polémique avec personne. Je parle aux Français. Je leur dis simplement : nous avions un système que l'on essayait de changer depuis bien longtemps, et que les circonstances n'avaient pas permis de changer, et qui était, à l'évidence, inadapté. Il faut avoir un Président de la République élu pour une durée qui permette, par ailleurs, aux Français de dire plus régulièrement, tous les cinq ans et non pas tous les sept ans ce qu'il pense des grandes options qu'on propose pour la France, de la vision que l'on a pour l'avenir de notre pays.

Cela passe par le quinquennat. Et, bien entendu, pour le faire voter, j'ai proposé, j'ai demandé que l'on fasse cela par référendum. D'abord, parce que c'est la voie normale. La Constitution dit que : " c'est le référendum qui conclut la réforme constitutionnelle, sauf si le Président considère qu'il y a des raisons particulières ". J'estimais que les Français qui élisaient leur Président au suffrage universel devaient, le cas échéant, modifier la durée du mandat par le suffrage universel. Par conséquent, j'ai proposé ce référendum.

Je demande aux Français de comprendre qu'il s'agit là, au-delà même du quinquennat, de la mise en place d'un nouveau système de consultation, de lien, de rapport entre ceux qui dirigent et les citoyens. Il faut que l'on puisse interroger régulièrement les Français et qu'ils répondent simplement et sans dramatiser.

Nous avions eu là une occasion de le faire. C'est une culture à adopter. Je souhaite que tous les Français prennent les dix minutes nécessaires, dimanche, pour aller voter

ELISE LUCET - Alors, justement on parle beaucoup du taux d'abstention au record possible. En tout cas, c'est ce que disent les sondages. Est-ce que l'on peut vraiment reprocher aux Français de ne pas se mobiliser pour ce référendum, alors qu'on a le sentiment que tous les partis politiques, ou presque, ont un peu fait le service minimum pour cette campagne ?

LE PRESIDENT - Attendez. Moi, je ne reproche rien aux Français. Si les Français, aujourd'hui, ont l'impression de vivre dans une démocratie un peu essoufflée -en témoigne l'abstention croissante et le vote protestataire croissant depuis déjà quelques années-, c'est probablement pas parce que, eux-mêmes ne seraient pas des citoyens ou que les hommes politiques ne seraient pas de qualité, c'est simplement parce que le système est usé. Il faut, aujourd'hui, dans une démocratie de notre temps, avoir la capacité d'interroger davantage les Français, de leur permettre de participer davantage à la prise des décisions qui les concernent. Et le référendum est un de ces moyens. La décentralisation, dont on parlait tout à l'heure, en est un autre, la déconcentration. Tout ce qui rapproche le pouvoir, la décision des français va dans le bon sens. Et ce que je demande aux Français de dire, dimanche, c'est non seulement qu'ils estiment qu'il est légitime de réduire le septennat à un quinquennat ; mais deuxièmement qu'ils entendent être consultés lorsque quelque chose d'intéressant ou d'important les concerne. C'est cela que je leur demande de dire, qu'ils veulent être consultés.

ELISE LUCET - Monsieur le Président, a priori, ce référendum en tout cas le quinquennat devrait amoindrir les risques de cohabitation, est-ce que c'est une bonne chose pour vous ?

LE PRESIDENT - Oui, la cohabitation n'est pas un système idéal. Et par conséquent, le quinquennat qui a pour résultat automatique de réduire ces risques, est une bonne chose en soi, mais ce n'est pas la seule raison, je les ai évoquées tout à l'heure.

ELISE LUCET - On va surveiller avec beaucoup d'attention les chiffres de l'abstention dimanche soir à 20 H, quelle leçon allez-vous en tirer si l'abstention est très forte, une leçon personnelle, une leçon politique ou les deux ?

LE PRESIDENT - Une leçon politique, essentiellement politique. C'est-à-dire la confirmation qu'il y a quelque chose qui doit être changé et qu'il appartient aux hommes politiques responsables de diminuer cette incompréhension qui s'est développée entre le politique, la décision qui vient d'en haut et les citoyens qui, aujourd'hui, se rendent compte que c'est de plus en plus à leur niveau que se font l'initiative, la responsabilité, la création ; que sont assumés les difficultés, les problèmes. Ce matin, j'étais en Charente dans une réunion et qui avait pour objet de régler les problèmes d'insertion par une association que le faisait très bien, parce qu'elle avait compris que là aussi c'est à partir du territoire, à partir de la base, à partir des citoyens sur des problèmes concrets, connus que l'on pouvait, le mieux, progresser pour améliorer la situation de chacun.

ELISE LUCET - Cela veut dire que vous envisagez un système un petit peu comme celui que l'on voit en Suisse, celui des votations qui sont des référendums ?

LE PRESIDENT - Ne prenons pas d'exemple ailleurs. Il est normal et légitime, et c'était d'ailleurs l'un des grands aspects de la Constitution de la Ve République en 1958, qu'avait voulue le général de Gaulle, que l'on puisse interroger les Français par la voie du référendum. Malheureusement, les circonstances tragiques de la période 58-62 ont conduit les Français à considérer que le référendum était une sorte plébiscite et cela a en quelque sorte dénaturé le référendum. Il faut aujourd'hui, le recrédibiliser et nous avons une occasion, dimanche, les Français ont une occasion, dimanche, de dire " nous voulons, nous ne voulons pas être des spectateurs, nous voulons être des acteurs et quand il y a quelque chose d'important, nous devons pouvoir nous prononcer ".
Interview sur France 3, le 21 septembre 2000 à Angoulême

ELISE LUCET - Nous allons passer à un autre sujet. A propos de la Corse, nous avons vu ces dernières semaines, que le processus lancé par le Gouvernement suscitait une forte émotion chez certains politiques de droite comme de gauche, d'ailleurs le ministre de l'Intérieur a même démissionné, est-ce que vous comprenez cette émotion et toutes les interrogations qui se font jour à ce sujet ?

LE PRESIDENT - Oui, naturellement, je comprends cette émotion. La Corse connaît des difficultés depuis longtemps et la situation se dégrade à tous égards. Les Corses, dans leur immense majorité, veulent sans aucun doute mieux affirmer leur identité, leur épanouissement dans l'ensemble qui est le leur et qui est un ensemble national, méditerranéen et européen. Donc, j'ai eu l'occasion de le dire -je suis intervenu deux fois sur ce sujet corse- il faut faire des réformes, elles sont nécessaires, elles sont souhaitables, elles sont indispensables. Alors, à partir de là, je n'ai pas l'intention de me prononcer sur ce qui est encore aujourd'hui qu'un projet, que des déclarations des uns ou des autres y compris du Gouvernement. J'attendrai d'avoir un texte, le projet de loi qui est prévu pour dire ce que j'en pense. Mais dès à présent, je peux vous dire qu'il y a des limites qui ne doivent pas et qui ne peuvent pas, selon moi, être franchies. Elles tiennent à l'unité de la République et elles tiennent à la condamnation de la violence.

ELISE LUCET - Justement, Monsieur le Président, Jean-Guy TALAMONI, l'un des nationalistes qui a participé au processus de dialogue lancé par Matignon, a affirmé ce week-end, qu'il souhaitait une amnistie pour tous les prisonniers politiques corses, sans exception, y compris d'après lui pour les assassins du Préfet ERIGNAC, comment réagissez-vous à ses déclarations ?

LE PRESIDENT -Je considère qu'il est inimaginable, pour moi, que l'on puisse amnistier des crimes de sang ici ou ailleurs.

ELISE LUCET - Venons-en maintenant à la redistribution des fruits de la croissance. Hier, en Conseil des ministres, vous avez souhaité que des choix clairs soient faits pour assurer une croissance durable où, d'après vous, le Gouvernement manque-t-il de clarté ?

LE PRESIDENT - Là encore, je le répète, je ne suis pas en train de polémiquer avec quiconque. Je dis simplement que nous sommes dans une période de forte croissance où chacun sait que les recettes rentrent à flot dans les caisses de l'Etat, et que -je ne connais pas de précédent- malgré cela, le pouvoir d'achat du salaire mensuel n'augmente pas. Il reste stable. Ce qui, d'une certaine façon, est inacceptable pour des hommes, des femmes, des travailleurs qui, pendant plusieurs années, ont dû faire des sacrifices importants à cause de la faible croissance que nous avions, à cause des efforts que nous avons dû accepter pour rentrer dans l'Europe et dans l'euro. Par conséquent, aujourd'hui, ils ne comprennent pas pourquoi ils ne reçoivent pas leur juste part de cette croissance. Alors on sait très bien que c'est dû, notamment au blocage en quelque sorte des salaires provoqués par les lois sur les 35 heures. Je crois que le ministre des Finances, dans une ou deux interventions récentes, a eu raison de dire qu'il faudrait assouplir l'application des 35 heures ce qui prouvait effectivement qu'elles ne sont pas adaptées à la situation d'aujourd'hui. Mais on ne peut pas accepter que dans une situation qui est celle de la France, aujourd'hui, on ne réponde pas à deux objectifs, à deux nécessités.

La première, c' est de faire baisser nos dettes qui sont très excessives, ce qui suppose aussi que l'on fasse baisser naturellement les impôts et donc les dépenses de l'Etat, parce qu'il n'y a pas de baisse durable des impôts si parallèlement on ne fait pas les réformes nécessaires pour diminuer non pas la qualité ou la quantité des services publics naturellement mais leurs coûts, c'est à dire moderniser les choses.

Deuxième objectif, il faut faire en sorte que ceux qui ont fait les efforts, il y a quelques années, et jusqu'à une époque récente, trouvent aujourd'hui la récompense de ces efforts dans une amélioration de leur pouvoir d'achat, le pouvoir d'achat de leurs salaires. C'est tout à fait essentiel.

ELISE LUCET - Est-ce que vous êtes inquiet de l'infléchissement possible de la croissance. On en parle beaucoup ces derniers jours ?

LE PRESIDENT - L'objectif d'un gouvernement, aujourd'hui, c'est d'assurer une croissance durable. J'observe dans le budget un infléchissement fort par rapport à tout ce qui c'est passé dans les dernières années. On est reparti dans le sens de la dépense. Je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure voie. Je sais, en revanche, qu'il peut y avoir des inquiétudes sur la croissance, je ne suis pas personnellement inquiet, je vous le dis, je crois que c'est un élément passager. En revanche, on voit bien aujourd'hui qu'il y a des blocages qui sont en train de se faire. Il y a de plus en plus d'entreprises qui ont des problèmes de recrutement, d'approvisionnement, des délais de plus en plus importants, que nous avons en réalité un chômage qui baisse, mais une exclusion qui, elle, ne diminue pas. Les bénéficiaires des minima sociaux restent stables, alors qu'ils devraient diminuer, on a donc un vrai problème aujourd'hui à assumer, nous devons faire les réformes qui s'imposent pour permettre d'éviter ce genre de blocage.

ELISE LUCET - Justement en parlant de carburant, on a senti une très forte attente de la part des Français sur ce dossier. Des mesures ont été annoncées hier. Comprenez-vous cette montée en puissance de la contestation contre la fiscalité d'ailleurs plus globalement ?

LE PRESIDENT - Ce n'est pas seulement en France, vous avez observé, c'est à peu près partout, notamment en Europe. Il faut d'abord comprendre que les Français souhaitent que tout le monde soit traité de la même façon. Pour la grande majorité d'entre eux, la voiture est un instrument de travail tout comme elle l'est pour certaines professions. Quand vous partez à votre bureau le matin, et que vous prenez votre voiture, c'est votre instrument de travail. Par conséquent, il y a là une grande irritation. J'ajoute qu'à partir du moment où, je le disais tout à l'heure, le pouvoir d'achat des salaires n'augmente pas, cette augmentation du prix de l'essence est ressentie comme une ponction supplémentaire sur leur pouvoir d'achat d'où cette grande irritation. Il est normal que l'essence soit taxée, pour bien des raisons et notamment parce qu'elle comporte des risques de pollution importants. Il n'est pas normal, je l'ai dit depuis longtemps, que l'Etat profite de l'augmentation par une fiscalité inadaptée du prix du pétrole pour recevoir des recettes supplémentaires. Les mesures qui viennent d'être prises pour réduire cet effet, sont des mesures souhaitables.

ELISE LUCET - Monsieur le Président une dernière question. D'en haut, comment avez-vous ressenti la libération de Jean-Jacques LE GARREC et de Roland MADURA, nos deux confrères de France 2 ? Je sais que vous avez été très présent lors des négociations pendant ces longs mois.

LE PRESIDENT - J'ai, hélas !, été présent dans beaucoup de négociations pour les otages. Quand il y a un otage qui est pris quelque part, j'ai un peu le sentiment que c'est un membre de ma famille, mon fils ou ma fille, et je trouve cela tellement injuste, dramatique que je comprends ces sentiments de désespoir, d'angoisse que ressentent les parents et tout doit naturellement être fait. Mais il n'est pas facile d'agir dans ces cas là et de surcroît, il n'est pas facile de dire les choses exactement, pour une raison simple c'est que certaines peuvent être secrètes et d'autres sont si incertaines que l'on ne peut pas les dire, ce qui crée toujours une difficulté de contact. C'est pourquoi, j'ai essayé de garder le contact avec les familles, au moins sur le plan affectif. J'ai dit plusieurs fois aux uns, aux autres, si vous avez envie de parler, appelez- moi. Si vous avez quelque chose à me dire, dites-le moi. Evidemment, je suis très heureux que Jean-Jacques LE GARREC et Roland MADURA se soient évadés avec un courage et une détermination tout à fait remarquables. Les circonstances s'y sont prêtées, mais ils l'ont fait avec un grand courage. On peut être fier du comportement de nos deux otages. Fiers !

ELISE LUCET - Monsieur le Président, merci infiniment, d'avoir accepté l'invitation du 19/20.

Interview sur France 3, à Angoulême, le 21 septembre 2000

STEPHANE GAILLARD - Merci, Monsieur le Président, d'avoir accepté notre invitation. Je rappelle que cette interview se déroulera en deux temps. Vous êtes l'invité du journal régional et ensuite vous répondrez aux questions nationales et internationales avec Elise LUCET dans le 19/20, partie nationale.

Revenons un petit peu sur la journée. Ce matin, vous avez rencontré des acteurs de ce qu'on appelle " le carrefour pour l'innovation sociale, le travail et l'emploi ", c'est-à-dire que les initiatives- pour la réinsertion, pour un meilleur dialogue social- peuvent partir du terrain.

LE PRESIDENT - Je voudrais tout d'abord dire que je suis heureux de me trouver ici, vous remercier de votre accueil et dire à tous les habitants de ce beau département et de cette région, mes sentiments d'estime et d'amitié.

Oui, ce matin, j'ai vu sur le terrain une organisation regroupant à la fois les pouvoirs publics, des associations, des organisations professionnelles et syndicales, ayant pour objet de faciliter l'insertion et donc de lutter contre le chômage et contre l'exclusion.

Je crois, en effet, que dans le monde d'aujourd'hui, si le cadre de la solidarité doit être fixé par l'Etat, des actions de solidarité les plus efficaces émanent, finalement, du territoire. J'en ai eu ce matin une preuve supplémentaire, cela m'a beaucoup impressionné.

QUESTION - Une décentralisation qui tarde tout de même à se mettre en place. On sait que la Commission mise en place justement par Lionel JOSPIN est mal en point avec le départ des huit Présidents de régions de droite. Cela veut-il dire que la décentralisation se bloque en ce moment et y-a-t-il une difficulté de financer les collectivités territoriales ?

LE PRESIDENT - Je ne voudrais pas politiser les choses. Ce n'est pas dans ma vocation. Mais je voudrais dire que la décentralisation, de même d'ailleurs que ce que l'on appelle la déconcentration, le transfert aussi, d'un certain nombre de responsabilités exercées aujourd'hui par des fonctionnaires à des élus. Je pense, par exemple à la police de proximité. Tout cela est indispensable si l'on veut adapter notre démocratie à notre temps, si l'on veut être efficace, si l'on veut respecter les droits des uns et des autres, si l'on veut profiter de tout ce que les hommes, chaque homme, chaque femme dans notre pays portent de capacités et d'initiatives, de progrès.

Cette décentralisation, pour ne prendre que ce sujet-là, a été engagée il y a maintenant plus de vingt ans et elle n'est pas achevée, elle doit se poursuivre. C'est un problème qui touche à la vie dans notre pays et dans un monde marqué par la mondialisation, les progrès, les technologies de communication, etcà

Donc, je crois qu'il faut faire un très grand effort pour adapter nos systèmes, décentraliser, donner le droit à l'expérimentation, faire en sorte que dans le respect de notre pacte social, c'est-à-dire, dans notre Constitution que l'on ait la possibilité de bénéficier de toutes ces énergies. C'est très exactement ce que j'ai vu ce matin. J'ai vu ce matin, vous l'évoquiez à l'instant, des hommes et des femmes qui donnaient le meilleur d'eux-mêmes à partir d'une parfaite connaissance du terrain pour régler des problèmes concrètement, qui sont ceux que l'on voit ici ou ailleurs et qui ne peuvent pas être appréhendés de la même façon naturellement par des responsables parisiens.

QUESTION - Alors, vous savez que vous êtes dans une région où la tempête a sévi, on a vu une véritable cohésion sociale autour de cette tempête. Est-ce que cela ne vous ennuie pas, un petit peu, de ne pas voir cette même mobilisation autour d'un acte de démocratie qu'est le Référendum ?

LE PRESIDENT - Le Référendum n'est pas un ouragan ! N'est-ce-pas ? Il ne faut pas le prendre ainsi. Je voudrais d'abord dire que cette région a été particulièrement touchée, la solidarité départementale et régionale s'y est exprimée de façon exemplaire et ceci à tous les niveaux. Les niveaux des citoyens, les niveaux des responsables locaux, départementaux et régionaux, naturellement de l'EDF, des services, de tous les services de l'Etat, des pompiers, etcà Il y a eu une mobilisation, ici, ailleurs aussi, d'ailleurs, mais particulièrement ici parce que l'ampleur du désastre était très grande. Et dans leur douleur, les Charentais peuvent être fiers de l'image qu'ils ont donné de la solidarité. Ils lui ont donné un véritable visage. Alors, à partir de là, naturellement, maintenant, il faut réparer, il y a encore beaucoup à faire et beaucoup doit être fait. Demain, nous allons en discuter au Conseil Général du département où je suis invité et des efforts supplémentaires doivent être fait notamment, naturellement, dans le domaine forestier.

QUESTION - Alors, un mot puisque vous allez rencontrer les élus locaux. Vous leur avez bien vanté le Référendum. Est-ce que vous pensez que vous allez être suivi, écouté ? Est-ce que vous avez entendu de leur côté une certaine compréhension ?

LE PRESIDENT - Oh, ce n'est pas au niveau des Maires que les problèmes se posent. Les Maires sont des gens engagés civiquement et politiquement, au sens noble du terme, mais pas au sens partisan du terme. Et qui savent parfaitement ce qu'est la démocratie dont ils représentent un des aspects les meilleurs, les plus exemplaires. C'est au niveau des citoyens qui doivent prendre conscience de l'importance qu'il y a à participer au destin national. Ils peuvent prendre conscience que le vote est le seul moment où il y a une égalité parfaite entre tous les citoyens, sans aucune espèce de restriction et que par conséquent il faut participer.

On ne peut pas à la fois s'interroger sur la décentralisation, sur le fait que des ordres viennent d'en haut, que l'on ne participe pas à l'élaboration des décisions, que l'on ait pas entendu ou écouté. Et puis le jour où on vous demande de participer, d'être non pas un spectateur mais un acteur, dire : " moi, j'ai autre chose à faire ". Il y a là, une certaine contradiction. Mais tout cela est un problème de culture.

Il est important que dans l'évolution de notre société, le Référendum parmi d'autres réformes comme la décentralisation permette de rapprocher les citoyens des décisions qui sont prises et qui les concernent en premier chef.

Et donc, je souhaite qu'on utilise davantage le Référendum, chaque fois que cela est nécessaire, tant sur le plan local que d'initiative populaire ou le Référendum national comme celui de dimanche, de même que je souhaite que l'on accélère la décentralisation et l'adaptation de notre démocratie.

QUESTION - Bien, Monsieur le Président, je vous remercie, je rappelle que vous êtes toujours l'invité du 19/20 dans quelques instants pour évoquer cette fois les questions nationales et internationales. Merci.

LE PRESIDENT - Je vous remercie
Discours prononcé à l'Hôtel du département de la Charente le 22 septembre 2000


Monsieur le Président du Conseil Général,
Monsieur le Président du Conseil Régional,
Madame le Préfet,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Conseillers généraux et régionaux,

Je suis heureux de me trouver, aujourd'hui, parmi vous et j'ai été particulièrement sensible à la qualité des différentes interventions qui viennent d'avoir lieu et qui ont, d'une part, analysé le drame auquel votre département à dû faire face et les perspectives que vient d'évoquer à l'instant, M. RAFFARIN.

Je vous remercie d'abord, Monsieur le Président, de votre accueil et je tiens à vous dire combien je suis heureux d'avoir pu répondre à votre aimable invitation et de me retrouver, aujourd'hui, parmi vous, en Charente et ici.

Qu'il me soit permis de saluer collectivement les conseillers généraux et leurs collègues de l'assemblée régionale. Je sais, vous en avez porté, tout à l'heure, témoignage, que votre mobilisation, en dehors du sujet qui nous réunit ce matin, est active sur beaucoup de fronts et je vous en félicite très sincèrement.

Votre département connaît de grandes réussites. Vous l'évoquiez à l'instant, Monsieur le Président, et je l'ai constaté moi-même hier : le développement du " pôle Image " d'Angoulême est la marque d'un talent créatif, d'une ouverture d'esprit et aussi d'un appétit de conquête riches de promesses pour le département et pour la région, pour le pays aussi, vous l'avez souligné.

La Charente n'en connaît pas moins des difficultés que vous avez rappelées. La reconversion des bassins industriels, la poursuite du désenclavement, la restructuration du vignoble du cognaçais, constituent notamment des préoccupations légitimes. Nous les avons évoquées hier avec les parlementaires et je vous redis mon souhait que les efforts déployés par les collectivités et par l'ensemble des acteurs économiques et sociaux soient, dans chacun de ces domaines, appuyés, comme c'est le cas, par l'Etat.

Monsieur le Président, vos propos, comme les témoignages que j'ai recueillis tout au long de la journée d'hier, comme ce qui a été dit ce matin, en attestent : le capital humain constitue l'un des atouts maîtres de votre département et la dimension humaine est au coeur de vos préoccupations, comme l'a justement souligné à l'instant, fortement, le Président du Conseil régional.

La Charente est engagée sur la voie d'un développement qui s'attache à associer le plus grand nombre et à mobiliser tous les talents, tous les moyens. C'est la voie, pour ma part, que je souhaite pour la France, convaincu qu'il n'y a pas de croissance durable qui ne soit fondée sur la libération des énergies et sur une volonté partagée d'avancer ensemble dans le cadre d'une vision contractuelle de notre société.

Cette volonté d'agir ensemble se manifeste, me semble-t-il, quotidiennement en Charente, à travers une pratique de l'intercommunalité qui est tout à fait remarquable et que l'on peut citer en exemple. En Poitou-Charentes, de nombreux projets associent spontanément et régulièrement les collectivités concernées.

La solidarité est alors un précieux ferment de progrès et d'épanouissement pour tous.

Cet esprit d'entraide s'est manifesté à l'occasion de circonstances hélas dramatiques lorsque, le 27 décembre dernier, la Charente a été confrontée à une tempête d'une gravité exceptionnelle, on peut dire historique.

Vous rappeliez à l'instant, Monsieur le Président, l'ampleur des dégâts : des pertes humaines, hélas ! Des personnes isolées, un désastre écologique, la paralysie des voies de communications et de la vie économique, des bâtiments et des habitations gravement endommagées. Les mémoires sont encore chargées de ces souvenirs cruels, en Charente comme aussi dans les départements voisins.

Les témoignages que nous avons entendu, tout à l'heure, concernant plus particulièrement le milieu rural et le milieu urbain, ont apporté une preuve poignante. Ils ont mis en évidence ces témoignages, et vous-même également Monsieur le Président, qu'il y a eu ici une remarquable mobilisation de tous. Cela doit être souligné dans un temps où, parfois, on serait amené à douter du sérieux ou de la solidarité : les services de l'Etat, de la Région, du département, des communes, les associations, les particuliers et naturellement E.D.F. Il a ainsi, dans l'urgence, été répondu aux besoins les plus pressants le plus vite et de la façon la plus humaine.

Je tiens à rendre hommage à celles et ceux qui n'ont pas compté leur peine pour porter secours aux victimes, les réconforter par une aide matérielle ou un soutien moral. Ils ont, ce jour-là, donné à la solidarité des visages qui resteront, j'en suis sûr, gravé dans les mémoires.

Quant à eux, les services de l'Etat, de la région et du département, des communes, ont assumé leur rôle de soutien à la population et aux secteurs d'activité les plus touchés avec une efficacité et un souci de coordination qui a partout été souligné comme exemplaires.

Aujourd'hui, nous sommes réunis pour marquer plus particulièrement les efforts menés conjointement par les collectivités territoriales au cours des mois passés, ainsi que leurs engagements, aux côtés de l'Etat, pour contribuer, dans les années à venir, à la reconstruction des territoires sinistrés.

S'ajoutant aux crédits d'urgence alloués par le Gouvernement, des moyens financiers exceptionnels ont été dégagés par le département et par la région. Près de 300 entreprises, m'a-t-on dit, en ont déjà bénéficié.

En outre, je sais que face aux conséquences terribles de la tempête sur le patrimoine forestier, les élus du département et de la région ont rapidement mis en place un dispositif spécifique et ils ont recherché avec les propriétaires -pour la très grande majorité des propriétaires privés- des débouchés pour les chablis. J'ajoute que je partage le sentiment exprimé par le Président du Conseil général, compte tenu des circonstances, il y a urgence nécessité de trouver une solution pour ce qui concerne le financement de la reforestation.

Tout en poursuivant cette action essentielle en faveur des secteurs économiques les plus touchés, les collectivités territoriales ont décidé de prendre une part significative de l'effort de remise en état du tissu économique et de restauration du patrimoine national et culturel que consacrera l'avenant tempête du Contrat de Plan entre l'Etat et la région qui sera, je crois, bientôt fini.

J'ai tenu, Monsieur le Président, à venir rendre hommage avec respect et saluer cette mobilisation remarquable de vos collectivités et des élus de Charente et de Poitou-Charentes. Elle est un bel exemple de ce que nos territoires peuvent donner de meilleur, dès lors qu'ils disposent des moyens et des procédures nécessaires, comme le soulignait, tout à l'heure, Monsieur RAFFARIN.

Eclairés par une parfaite connaissance du terrain, les engagements pris ici témoignent d'un grand sens des responsabilités, d'un souci d'efficacité et d'un esprit de solidarité exemplaires, sur lesquels l'Etat peut s'appuyer pour donner à sa propre action sa pleine dimension.

Monsieur le Président du Conseil régional, Monsieur le Président du Conseil général, Mesdames et Messieurs les élus, vous avez tiré des épreuves une capacité de mobilisation et des réflexes de solidarité accrus. Il s'agit là d'atouts majeurs dans la compétition des territoires qui est aujourd'hui engagée.

Aussi, je voudrais vous dire, en même temps que ma reconnaissance et mon estime pour votre exceptionnelle mobilisation, ma confiance dans l'avenir de votre département au sein d'une région de progrès et d'équilibre. La Charente saura, avec, j'en suis sûr, le soutien confiant et attentif de l'Etat, forte de ses propres atouts, de son énergie, de son imagination, de sa vision de l'avenir, poursuivre sur la voie d'un développement économique qui soit profitable à tous.

Je vous remercie.

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