Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à Europe 1 le 14 novembre 2000, sur les mesures prises par le gouvernement sur l'interdiction des farines animales dans l'alimentation des bovins et sur sa proposition de faire subir des tests de dépistage à tous les bovins à l'entrée des abattoirs. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à Europe 1 le 14 novembre 2000, sur les mesures prises par le gouvernement sur l'interdiction des farines animales dans l'alimentation des bovins et sur sa proposition de faire subir des tests de dépistage à tous les bovins à l'entrée des abattoirs.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles.

FRANCE. RPF, président

ti : Charles PASQUA bonsoir. J'aimerais savoir finalement si vous êtes content de cette décision de Lionel JOSPIN, ce que vous pensez ? Et puis aussi avoir l'écho justement de ce qu'on en dit par exemple du côté de Strasbourg.

Ainsi que vous le savez, moi, j'ai demandé à Madame FONTAINE par une lettre qu'il y ait un débat au Parlement européen. J'ai demandé à ce que la Commission vienne nous expliquer quelle était à la fois son analyse et les mesures qu'elle comptait proposer. Et ce débat aura lieu demain matin.

Donc, nous sommes en plein dans l'actualité, si j'ose dire.

En fait, il y a deux problèmes en ce qui concerne notre pays.

Il y a un problème qui relève de la santé publique et un problème économique. Depuis plus d'un an, les scientifiques avaient alerté les pouvoirs publics sur le fait que la crise de la vache folle ou plus exactement que le nombre d'animaux atteint allait se développer.

Et moi, j'ai eu un certain nombre d'informations parce que j'étais en contact avec les milieux scientifiques, les mêmes informations que d'autres ont pu avoir.

Là dessus s'est greffée cette psychose qui est due probablement au fait que l'on a vu des images à la télévision de personnes malades qui ont profondément choqué, dans le bon sens du terme, les Français et qui les ont amenés à réagir. Le président de la République a pris l'initiative.

Moi, je n'ai pas à me prononcer sur cette initiative sauf pour dire qu'effectivement, compte tenu de ce que l'on sait de cette maladie, il faut prendre des mesures immédiates.

Les mesures que le gouvernement a proposé par la voix du Premier ministre aujourd'hui sont insuffisantes.

Pourquoi ?

Elles sont insuffisantes parce qu'elles ne répondent pas au double défi qui nous est lancé. Les Français, si l'on veut éviter que la filière bovine ne s'effondre et si dans le même temps, on veut rassurer les Français, il y a un seul moyen qu'il faut utiliser, qu'il faut utiliser tout de suite et systématiquement, c'est les tests pour tous les animaux entrant dans le circuit alimentaire.
C'est à dire qu'au moment de l'arrivée aux abattoirs, tous les animaux doivent être testés.
Or, les tests existent notamment le test français qui a été établi par les biologistes du CEA et qui est considéré à l'heure actuelle comme le plus efficace de tous les tests.
Alors évidemment, vous me direz que cela va coûter cher, c'est vrai. Cela coûtera environ 400 francs par animal.
Mais son réel avantage considérable c'est que les Français seraient totalement rassurés sur la qualité des animaux entrant dans le circuit alimentaire.

Petite quand même question politique, Charles PASQUA, effectivement quand le président de la République est intervenu, la gauche a hurlé à la démagogie puis finalement, d'une certaine manière bien que ce ne soit pas le même plan, c'est l'interdiction des farines qui intervient.

Alors quel est votre jugement politique sur cette navigation bizarre de la cohabitation ces dernières semaines ?

Ecoutez, moi, je ne suis pas sûr qu'il faille parler¿ Dans tous les cas, moi, je n'ai pas du tout l'intention de m'immiscer dans ce débat sur la cohabitation, ce n'est pas mon problème.

Vous savez ce que je pense de la cohabitation. De toute façon, c'est un mauvais système.

Mais cela étant, je pense que le président de la République a dû être alerté par un certain nombre de représentants des milieux scientifiques sur le fait que nous allions, compte tenu de toute manière du fait qu'on fait davantage de tests, qu'on va dépister davantage d'animaux malades, ça c'est clair.

Donc, il a dû, le président de la République a dû percevoir le fait que ces annonces répétées jour après jour créerait une psychose dans l'opinion et qu'il fallait probablement dire les choses avec une certaine force pour qu'on se rende compte d'une part que les pouvoirs publics étaient conscients du problème et que d'autre part, il fallait intervenir.

Mais Monsieur PASQUA dans le droit fil de ce que vous venez de dire, finalement il y a les services vétérinaires dans tous les départements. A priori, ces services vétérinaires peuvent parfaitement sans finalement avoir l'aval de l'Etat prendre la décision de faire ces tests que vous réclamez.

Oui. Mais seulement s'agissant d'un problème de santé publique, je ne vois pas pour quelle raison on laisserait à la responsabilité des vétérinaires dans les départements la décision. Je crois que la décision relève du gouvernement, des pouvoirs publics. C'est une décision générale.

Il faut décider que tous les animaux entrant dans le circuit alimentaire, qu'ils aient été produits en France ou qu'ils viennent de l'étranger parce que si on ne fait pas la même chose pour les animaux arrivant de l'étranger, alors cela ne sert à rien.

Charles PASQUA, une question vous est directement adressé par Elisabeth MARTICHOUX.

Oui, puisque les auditeurs d'Europe 1 sont en fait très réactifs. Par exemple, Jean, qui, lui, met le réalisme en avant et vous demande, Charles PASQUA, comment est-il possible de tester à l'entrée des abattoirs 5 à 6 millions d'animaux puisque c'est le chiffre qu'il donne et il est dans le vrai par an à l'entrée. Donc comment faire pour financer ces tests ? D'autant que Thierry, lui, de la Marne, ajoute on ne peut pas créer des postes de vétérinaires du jour au lendemain. Il nous dit il faut cinq ans pour former un vétérinaire. Voilà deux questions en une sur le réalisme des propositions que vous faites, Charles PASQUA.

Le réalisme des propositions que je fais ne sont pas seulement les miennes. Ce sont celles des milieux scientifiques. Et dans une certaine mesure, le gouvernement les avait retenues en partie, puisque lui-même considérait qu'il fallait développer les tests de dépistage.

Si l'on veut rassurer pleinement les Français, maîtriser ces problèmes de santé publique, il faut s'en donner les moyens. Combien vont coûter les tests ? On sait qu'un test coûte en moyenne, on évalue cela à 400 francs par animal, cela fait à peu près donc environ un franc du kilo.

Ce n'est pas une dépense insupportable ni pour la filière, ni pour les consommateurs pour être rassurés.

Mais sont ils disponibles d'ailleurs, ces tests ?

Ces tests peuvent être facilement lancés sur le marché, notamment le test français qui a été mis au point par les biologistes du CEA, qui s'appelle test Biorad maintenant, qui a été d'ailleurs validé au niveau européen par la DG 24, ce test est considéré comme 10 à 300 fois plus sensible que les autres. Et je pense qu'au niveau de la production de ces tests, il n'y a pas de problème.

Donc ce n'est ni un problème de production, ni un problème de maîtrise des tests parce que si on veut le faire, on peut s'en donner les moyens, c'est un problème de volonté politique.

Et je crois que les Français ont le droit d'avoir le maximum de garanties concernant leur propre santé et celle de leurs enfants.

Est ce que je peux vous poser, Charles PASQUA, une question. Au fond ce qu'on a entendu quand même depuis plusieurs semaines, malgré cette inquiétude des Français qui est compréhensible, c'est quand même que les farines aient été sécurisées et que finalement le muscle de la viande de b¿uf était sans danger.

Alors comment se fait-il qu'à partir d'une conception scientifique qui écarte le danger même si on ne peut pas arriver au risque zéro, on en arrive à un état de panique puis à des décisions qui sont totalement contradictoires avec ce qu'on avait dit il y a plusieurs mois ?

Ecoutez, je crois que l'état de panique, je vous ai dit tout à l'heure ce que je pensais. Je pense que les images qui ont été montrées de malades notamment de jeunes malades en phase terminale à la suite de la contamination par l'ESB ont provoqué un choc dans l'opinion.

Un malade en France et on a également vu des images de malades en Grande-Bretagne.

Oui, mais enfin, que ce soit un ou deux, ça suffit pour créer un choc dans l'opinion. D'autre part, moi, je¿

Mais c'est irrationnel.

Oui, bien entendu, c'est irrationnel. Mais autre part, je vous trouve bien affirmatif lorsque vous dites qu'on est à peu près certain maintenant qu'il ne peut pas y avoir contamination par le muscle.

C'est ce qu'on nous a dit. Ce n'est pas moi qui le dit.

On est pratiquement certain mais il y a quand même une petite marge d'inquiétude. Donc la seule possibilité pour, je le redis une nouvelle fois, pour rassurer les Français, c'est d'ailleurs ce que je dirai demain à la Commission européenne, ce n'est pas valable seulement pour les Français, je veux dire que le seul moyen c'est effectivement le test de dépistage systématique.

D'autre part, je ne veux pas ajouter à l'inquiétude mais si on regarde les graphiques concernant le développement de la maladie, on s'aperçoit aussi que ça touche les animaux beaucoup plus jeunes que ce qu'on pouvait imaginer. Il y a donc deux possibilités, soit on a continué au mépris des mesures déjà édictées d'interdiction des farines animales à utiliser ces farines animales¿

C'est ce que dit José BOVE. Il dit qu'il y a eu des tricheurs.

C'est probable. Dans tous les cas, c'est possible. Soit, il y a eu contamination à la suite de manipulations, etc¿ Soit, troisième élément et celui-là sera encore plus inquiétant, il entrait dans les farines animales telles qu'elles existent maintenant dont un certain nombre de produits à risques avaient été éliminés, etc, un certain nombre d'éléments contaminants qui n'ont pas encore été décelés. Pour toutes ces raisons, je crois que si les mesures du gouvernement concernant l'interdiction des farines animales pour toutes les filières est une bonne mesure, si le fait de recruter des vétérinaires, etc, tout ça est très bien.

Mais il n'en reste pas moins qu'il y a un problème immédiat concernant la santé publique et il faut donc prendre deux mesures.

Premièrement, il ne faut laisser abattre aucun animal de moins de 24 mois sans test de dépistage. Et deuxièmement, il faut vraiment que ces tests de dépistage soient systématisés. Et pour cela, il suffit d'une décision sur le plan gouvernemental.

Merci Charles PASQUA d'avoir été avec nous.

Je vous en prie.

Bon débat demain au Parlement européen à Strasbourg.

(Source http://www.rpfie.org, le 8 janvier 2001)

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