Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à France info le 19 décembre 2000, sur l'inversion du calendrier électoral pour 2002, sa candidature pour l'élection présidentielle et sur les marchés de rénovation des lycées d'Ile-de-France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à France info le 19 décembre 2000, sur l'inversion du calendrier électoral pour 2002, sa candidature pour l'élection présidentielle et sur les marchés de rénovation des lycées d'Ile-de-France.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles.

FRANCE. RPF, président

ti : L'invité d'aujourd'hui est Charles Pasqua, président du RPF. Charles Pasqua, bonjour.

Bonjour.

L'assemblée a débattu ce matin des institutions et cet après midi du calendrier. Alors le Premier ministre a défendu l'inversion en expliquant que cela remettrait à égalité les candidats à l'élection présidentielle. Vous qui êtes candidat, cet argument vous va droit au c¿ur ?

Non, pas du tout. Je trouve que ce sont des arguments électoralistes. Chacun a bien compris que Monsieur Jospin pense avoir trouvé le moyen pour avoir un petit avantage sur le président actuel. Parce que, si le calendrier était maintenu, il est bien évident que dans l'esprit de certains, les députés seraient tributaires de l'investiture du président de la République.
Alors, Monsieur Jospin essaie de se donner des airs de penseur, des airs de philosophe.
Cela n'a strictement rien à voir. Il est en train de faire une petite combine politicienne.

Mais pourtant, vous êtes pour l'inversion du calendrier électoral ?

Oui, naturellement.

Et vos amis vont voter pour, d'ailleurs.

Oui. Dès l'adoption du quinquennat, j'ai dit que la logique à partir du moment où le quinquennat a été adopté, était de modifier le calendrier.
Parce qu'il est vrai que l'élection principale est l'élection du président de la République et que personne n'imagine que le président soit élu après que les partis politiques aient fait en sorte qu'une majorité se soit constituée à l'Assemblée sur un programme qu'ils auraient présenté et que le président de la République n'aurait plus qu'à exécuter.
Donc, sur le fond, je suis d'accord.
Mais je constate que dans cette affaire, il y a premièrement une intention maligne de la part de l'ancien président de la République, Valéry Giscard d'Estaing. Que, d'autre part, Monsieur Jospin a saisi la balle au bond.
Et que si l'on avait été honnête dans cette affaire, s'agissant des conséquences sur l'élection du président de la République, la sagesse eut été qu'il y eut discussion et accord entre le président de la République et le Premier ministre. Il n'y a eu aucune tentative dans ce sens.
Mes amis voteront l'inversion parce qu'il faut être logique avec soi même et avec les idées que l'on défend. Mais cela ne nous empêche pas de voir dans toute cette affaire une magouille politicienne.

Et que devrait faire le président Chirac, selon vous ? Qu'est ce que vous feriez à sa place ?

Moi, je ne suis pas à la place du président de la République. Chacun se détermine en fonction de son tempérament, son caractère et puis aussi en fonction de la perception qu'il a des choses. Mais je pense que le président de la République dans la mesure où il a été défié dans cette affaire et où on essaie de faire en sorte que l'Assemblée nationale ait le dernier mot, le président peut toujours dissoudre. C'est à dire : vous voulez aller devant le peuple ? mais je vais vous y envoyer le plus tôt possible !

Mais cela ne lui a pas réussi la dernière fois.

Oui, mais nous ne sommes plus tout à fait dans le même contexte.

On change de République en ce moment ou non ?

Manifestement, oui. C'est clair. On a déjà commencé à en changer dès lors qu'on est passé d'un mandat de 7 ans à un mandat de 5 ans. Ce que je regrette un peu, c'est que le président de la République, lorsqu'il a accepté cette réduction du mandat, n'ait pas anticipé les conséquences. Or, nous étions un certain nombre à les voir. Voilà.

Et Lionel Jospin, dans cette affaire, il endosse une jaquette présidentielle dans le débat ?

Non, pas du tout. Je crois qu'il aura encore du chemin à faire avant qu'il ait un costume d'homme d'Etat. Ce costume ne peut lui être donné que par un tailleur approprié. Et ce tailleur, c'est le peuple, c'est le suffrage universel.
Ce n'est pas en prenant des mesures de cet ordre et en se léchant les babines à l'avance, à l'Assemblée nationale, sur les perspectives de son élection. Il en est encore loin.

En tout cas, il y en a beaucoup qui sont sur les rangs. On ne frôle pas un peu le trop plein à droite : vous, Bayrou, Madelin, Jacques Chirac et tous les autres derrière ?

Oui, mais la présidentielle n'a rien à voir avec la droite ni avec la gauche. Ce ne sont pas les partis, c'est un contact entre l'homme et le peuple.
Alors, partant de là, il s'agit de voir quel est la démarche que l'on a choisie. Je constate que Monsieur Bayrou, Monsieur Madelin, à la limite le président de la République actuel sont à peu près sur la même ligne. Les uns et les autres sont libéraux, centristes et européens.
Ce n'est pas ma démarche. Je compte bien m'adresser aux Français pour leur proposer autre chose. Pas seulement la défense de la souveraineté nationale qui est l'objectif numéro un, mais aussi la déclinaison de ce que devrait être une politique nationale acceptant la coopération mais refusant la subordination ou l'inféodation à des intérêts étrangers.

Revenons à l'actualité de ces dernières semaines. Jacques Chirac a dit jeudi : " je ne peux pas y croire ". Et vous, Monsieur Pasqua ?
Moi, non plus.

Vous ne pouvez pas croire qu'il y ait eu une entente entre les partis en Ile de France pour percevoir des commissions sur les travaux de rénovation des lycées ?

Cela me paraît aberrant. Cela étant, moi je n'ai pas à porter de jugement pour l'instant. Parce que c'est très joli tout ce que racontent les journaux. Il est vrai que nous sommes dans un système où le secret de l'instruction a été remplacé par le secret de Polichinelle. Tout le monde prétend tout savoir. On dit tout dans la presse, tout et son contraire.
Attendons d'y voir clair.

Mais vous, président du département des Hauts de Seine¿

Les juges n'ont qu'à avancer dans leur¿, mais qu'ils le fassent dans la sérénité et dans la confidentialité.
Et que l'on cesse de jeter en patûre des noms de gens qui ne peuvent pas se défendre, dans la mesure où ils n'ont pas été inculpés.

Les Hauts de Seine, c'est bien en Ile de France.

Tout à fait, oui.

Donc vous, en tant que président du Conseil Général des Hauts de Seine, vous n'avez jamais entendu parler de cela et vous ne pouvez pas y croire ?

Mais, moi en tant que président du Conseil Général des Hauts de Seine, je n'étais pas responsable de la construction des lycées. Il est arrivé que nous ayons été choisis pour construire des lycées, nous n'avons jamais fait l'approche d'une démarche de ce type. Voilà.
Pour le reste, je n'en sais rien. Je ne suis pas en mesure de dire si cela s'est fait ou si cela ne s'est pas fait.
La seule chose que je dise est : dans la mesure où le président de la République dit " je n'étais pas au courant ", je suis porté à croire le président de la République.

Donc, selon vous, il ne devrait pas répondre à l'invitation d'un juge comme il l'a dit lui même.

Mais bien entendu.

Par exemple, Monsieur Badinter dit : " et pour le concours de la justice, par esprit civique et citoyen¿ ".

Ecoutez¿ qui est Monsieur Badinter ?

L'ancien président du Conseil Constitutionnel.

Je crois que cela n'a rien à voir. Ancien, cela ne veut rien dire. Monsieur Badinter été avocat, un bon avocat. Avocat quelquefois de causes discutables, c'est son problème.
Aujourd'hui, il est parlementaire.
Et à ce titre, il contribue à faire la loi. Mais cela ne va pas, tout d'un coup, le transformer en oracle.
J'ajouterai que les socialistes feraient bien de se regarder un peu dans la glace. Parce que je ne les ai jamais trouvés aussi susceptibles de voir respecter la loi et la morale du temps de l'ancien président de la République, François Mitterrand.
Que je sache, une famille adultérine du président de la République a bien vécu sur les fonds de la République. Tout le monde le sait.
Est ce que Monsieur Badinter s'en est préoccupé à l'époque ? Nous, en ce qui nous concerne, nous n'en avons jamais parlé.

Merci. Charles Pasqua, président du RPF, était l'invité de France Infos.

(Source http://www.rpfie.org, le 08 janvier 2001).

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