Interview de M. Denis Kessler, vice-président délégué du MEDEF, à Europe 1 le 26 décembre 2000, sur les indemnisations versées par les sociétés d'assurance après les tempêtes de décembre 1999 et les négociations des partenaires sociaux sur les retraites complémentaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Denis Kessler, vice-président délégué du MEDEF, à Europe 1 le 26 décembre 2000, sur les indemnisations versées par les sociétés d'assurance après les tempêtes de décembre 1999 et les négociations des partenaires sociaux sur les retraites complémentaires.

Personnalité, fonction : KESSLER Denis.

FRANCE. MEDEF, vice président délégué

ti : A. Chabot

Il y a un an, les Français se réveillaient, j'allais dire sous la tempête, commençaient à constater les dégâts. Il y aura d'ailleurs une deuxième tempête quelques heures et quelques jours plus tard ; un an après, avez-vous chiffré le coût de cette tempête pour les assurances ?

- "Le premier effet de ces tempêtes, il faut le rappeler puisque nous sommes à la date anniversaire, c'est malheureusement la disparition de 80 victimes lors de la tempête Lothar, la première, et de 45 victimes lors de la tempête appelée Martin qui s'est déclenchée deux jours plus tard, le 27 décembre 1999. Ce sont donc des tempêtes qui ont eu un coût humain important. Et puis, à côté, il y a le coût matériel. Les destructions ont été très importantes, par exemple dans des régions comme l'Ile-de-France et l'Ouest. Nous avons maintenant un chiffrage précis du coût de ce qui a été versé par les assurances au titre de la réparation des dommages qu'ont subit les ménages et les entreprises. Nous avons un chiffre qui est de l'ordre de 45 milliards de francs, ce qui est tout à fait considérable."

Du jamais vu ?

- "Oui, parce que vous vous souvenez qu'il y a eu une grande tempête en 1990 qui avait touché la Bretagne et une bonne partie de l'Ouest de la France. Le coût à l'époque avait été de l'ordre de 10 milliards de francs. Nous sommes donc inquiets de l'augmentation du nombre de tempêtes, ce qu'on appelle la fréquence ; nous sommes inquiets également de l'augmentation de la gravité des tempêtes : lorsqu'elles se produisent, les destructions sont beaucoup plus importantes aujourd'hui qu'elles ne l'étaient. Il y a une violence des éléments de la nature qui est beaucoup plus forte que par le passé. "

Ce chiffre recouvre évidemment ce que vous avez versé à la fois aux particuliers et aux entreprises, parce que l'éventail est très vaste de ceux qui ont demandé des indemnisations.

- "Beaucoup d'entreprises ont été touchées, elles ont été bien souvent l'objet de fermetures pendant un certain temps puisqu'il n'y avait plus d'électricité pendant une bonne partie du mois de janvier de l'an 2000. Elles ont subi de véritables dégâts. En moyenne, cela a coûté 40 000 francs par entreprise. Il y a eu un nombre considérable de ménages qui ont été touchés puisqu'on estime à peu près à 3 millions le nombre de ménages dans 69 départements qui ont subi des dommages. Le coût moyen par dommage est de l'ordre de 10 000 francs pour un particulier."

Vous le disiez tout à l'heure, la région finalement la plus touchée, où vous avez versé le plus, est l'Ile-de-France¿

- "C'est l'Ile-de-France qui a été très touchée : il faut se souvenir de ces photos, par exemple, du parc de Versailles ou du Champ de Mars ; il y a eu des destructions extrêmement importantes. C'est effectivement l'Ile-de-France qui vient en tête, suivie des départements de l'Ouest, souvenez-vous, par exemple, des dégâts considérables en Charente-Maritime. Parce que, quand il y a une tempête, c'est à la fois les effets du vent, puis des coulées de boue, puis des inondations : tout s'est enchaîné. Et il y a les destructions de valeur économique dues, par exemple, aux fermetures, aux coupures d'électricité qui se sont produites. De même, il y avait beaucoup de routes qui ne marchaient plus. Bref, cela a vraiment été une catastrophe de très grande ampleur. On estime qu'une catastrophe comme cela se produit tous les cinquante ans et avec, malheureusement le réchauffement du climat, nous avons beaucoup travaillé tout l'an 2000. Nous avons le sentiment que nous allons passer d'une tempête de ce type tous les cinquante ans à une tempête tous les vingt ans. Vous voyez que c'est une accélération."

Comment faites-vous ? Est-ce que vous avez déjà anticipé les risques, les remboursements ? Comment allez-vous financer ? Cela veut-il dire pour les assurés que leurs primes vont être augmentées ?

- "Le prix de revient augmente puisque les risques, c'est la matière première de l'assurance. Lorsque les risquent augmentent, il faut bien entendu augmenter à terme les cotisations puisque c'est une opération de répartition."

On en a déjà une idée ?

- "Non, mais il faut savoir que si, par exemple, on passe d'une fréquence d'une tempête tous les cinquante ans à une tempête tous les vingt ans, le coût moyen augmentera de l'ordre de 30 %, ce qui relativement considérable."

30 % ! Il y a beaucoup de conflits avec les assurés. Est-ce que les remboursements se sont bien passés, est-ce que vous avez beaucoup de protestations un an après, beaucoup de cas qui ne sont pas encore réglés ?

- "Vous le sauriez s'il y avait eu beaucoup de protestations et vous seriez les premiers à attirer notre attention ! Nous sommes assez contents puisqu'il y a eu un nombre considérable de dossiers mais que nous avons à l'heure actuelle réglé à peu près 96 % des dossiers de particuliers, ce qui est exceptionnel. Les problèmes qui restent sont souvent les problèmes les plus difficiles à régler. Et nous avons réglé à peu près 80 % des problèmes d'entreprises mais, comme tout le monde le sait, c'est un peu plus complexe, par exemple pour estimer les pertes d'exploitation suite à fermeture."

Vous parliez de l'évolution des climats, des risques que nous allons tous rencontrer. Est-ce que cela veut dire que les assureurs vont devenir écolos et demander qu'on prenne des mesures pour réduire ce fameux effet de serre ?

- "Il est certain qu'il faut être très attentif à tous les phénomènes climatiques. Le réchauffement de la planète pose notamment problème. On parle beaucoup des tempêtes mais il y a un autre phénomène par exemple qui touche la France, que peu de personnes connaissent : c'est le problème de ce qu'on appelle la subsidence, la sécheresse, parce qu'à la fois il y a des inondations et des coulées de boue et à la fois il y a un nombre considérable de départements touchés par la sécheresse avec des dégâts très importants. Les sols se contractant sous l'effet de la sécheresse, les bâtiments se fissurent et il faut rebâtir des pavillons, des immeubles entiers... Sachez simplement que la sécheresse a coûté 16 milliards de francs depuis 1990. Il ne faut donc pas simplement penser à la tempête d'un jour mais à tous les effets des variations du climat. Nous sommes très attentifs à cela et nous sommes relativement inquiets."

Vous changez de casquette et reprenez celle de vice-président du Medef. Les partenaires sociaux se sont quittés dans la nuit de jeudi à vendredi dernier sans accord sur les retraites complémentaires. Vous dites maintenant que pour vous c'est terminé : plus de négociations, fini. Est-ce acceptable comme position ?

- "Il faut bien terminer une négociation lorsqu'il y a une date qui est connue de tout le monde, de tous les négociateurs, qui était la date du 31 décembre de l'an 2000. A cette date, qu'est-ce qui se passe ? C'est la fin d'un accord, que l'on appelle ASF et qui finance le surcoût de la retraite pour les régimes complémentaires entre 60 et 65 ans. Cette date est connue de tous, des syndicats comme de nous, et nous avions dit : "il faut trouver une solution avant le 31 décembre de l'an 2000.""

Vous faites des propositions où vous dites en gros que c'est la fin de la retraite à 60 ans, qu'il faut cotiser 45 ans. Ce n'est pas acceptable pour les syndicats.

- "Non ! Nous avons fait des propositions qui permettent d'ici 2023, c'est-à-dire dans vingt-trois ans, de faire en sorte d'absorber un choc démographique considérable qui est l'arrivée à l'âge de la retraite des générations du baby-boom. Nous sommes prévoyants, nous avons décidé d'anticiper ce choc et de faire en sorte de relever progressivement les âges moyens de cessation d'activité de 60 à 65 ans en vingt-trois ans. C'est réaliste, c'est progressif¿"

Mais tout le monde dit "non".

- "Tout le monde dit "non"¿"

Même la CFDT.

- "Non, les syndicats disent qu'on verra cela plus tard, en 2003. C'est l'attitude générale en France. On a un risque certain, on a une échéance et qu'est-ce que l'on fait ? Une commission d'étude, on dit qu'on verra cela plus tard, on attend que le risque survienne pour pouvoir le traiter. Bien entendu, si rien n'est fait en matière d'âge de cessation d'activité, on reporterait sur les générations futures ce choc démographique. Nous considérons cela inéquitable et injuste, et c'est la raison pour laquelle nous protégeons les jeunes salariés, nous protégeons les générations montantes en disant qu'elles ne doivent pas être appelées à être les seules à supporter cet extraordinaire choc démographique anticipé."

"Inéquitable et injuste", c'est aussi des propos, des adjectifs, des qualificatifs que pourraient prendre les syndicats qui vont vous faire des contre-propositions ; allez-vous regarder ces contre-propositions ?

- "Nous sommes farouchement attachés au dialogue social et à la négociation, on l'a prouvé puisque c'est nous qui avons l'initiative de toutes ces négociations¿"

Mais sur vos propositions, pas sur celles des syndicats¿

- "Mais pas du tout ! Vous savez que sur ce problème compliqué, les syndicats souhaitent attendre. Nous souhaitons traiter ce problème !"

Regarderez-vous leurs propositions si elles arrivent ?

- "Bien entendu, nous allons regarder ces propositions mais nous souhaitons une vraie réforme à long terme des problèmes de retraite. Vous avez dit que les Français n'aiment pas le risque : nous avons un risque lié au vieillissement de la population, nous le gérons aujourd'hui et après les Français seront rassurés. Je tiens à dire que tous les retraités à l'heure actuelle n'ont pas à s'inquiéter des débats en cours, aucun retraité aujourd'hui ne sera concerné par les mesures. J'ajoute que nos propositions n'auront aucun effet sur les retraités qui partent dans les années qui viennent. Nous préparons aujourd'hui le sort de la retraite pour les gens qui arriveront à la retraite en 2010, 2015, 2020... C'est ce qu'on appelle la prévoyance."

Vous êtes l'inventeur de la refondation sociale. Finalement les syndicats ont décidé de continuer à discuter même si, on le voit bien, c'est extrêmement compliqué. Mais pour vous le résultat est assez mince : un accord à l'arraché sur l'Unedic et là, les retraites, cela ne marche pas...

"Tout ceci est une appréciation totalement fausse ! D'abord, nous sommes heureux que la refondation sociale se poursuive. Mais en dehors de cela, quand vous négociez comme on le fait, lorsque vous traitez les vrais problèmes, lorsque vous acceptez 90 réunions pour traiter les problèmes de santé au travail, d'assurance-chômage, de retraite, de formation, c'est formidable pour notre pays. Et on jugera la refondation sociale non pas à court terme aux accords - nous en avons quand même eu deux sur quatre chantiers ! - mais à long terme, parce que nous sommes en train, à l'heure actuelle, d'être les seuls à introduire dans notre pays les réformes indispensables qui lui permettront d'entrer dans le XXIème siècle dans des conditions de compétitivité et d'équité".

(Source http://www,medef.fr, le 14 janvier 2003)

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