Déclaration de M. Christian Pierret, ministre de l'industrie, sur le rôle de l'innovation dans le développement et la compétitivité des entreprises en Europe, Lyon, le 22 novembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Christian Pierret, ministre de l'industrie, sur le rôle de l'innovation dans le développement et la compétitivité des entreprises en Europe, Lyon, le 22 novembre 2000.

Personnalité, fonction : PIERRET Christian.

FRANCE. SE à l'industrie

Circonstances : 2ème forum européen des entreprises innovantes, à Lyon, le 22 novembre 2000

ti : Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Maires,
Monsieur le Commissaire,
Monsieur le Directeur Général,
Mesdames, Messieurs,


Je veux tout d'abord remercier la Commission Européenne d'avoir organisé ce forum des entreprises innovantes et de nous réunir ainsi autour d'un thème, ô combien important pour l'Europe.

Je salue toutes les régions lauréates qui viennent d'être distinguées en matière de créations d'entreprises. Elles témoignent à la fois de la vitalité de l'innovation en Europe et de son ancrage territorial. Elles manifestent aussi la variété des compétences et des initiatives, d'un bout à l'autre de l'Europe.

En remerciant ainsi la Commission de nous réunir à Lyon, au c¿ur de la région Rhône-Alpes qui figure à juste titre parmi les lauréates, je veux souligner tout l'intérêt du programme communautaire "promotion de l'innovation et encouragement à la participation des PME" et, surtout, dire notre conviction que l'innovation est vitale pour le développement des entreprises start-up ou traditionnelles, grands groupes ou PME-PMI.

La France, en tant qu'actuelle présidente de l'Union européenne, a fait totalement siennes les priorités définies par la Commission dans sa communication sur "l'innovation dans une économie fondée sur la connaissance". Cette ouverture à l'innovation est une priorité de la présidence française. Elle constitue un enjeu majeur pour la construction de l'Europe.

L'innovation doit prendre toute sa place, au carrefour de la recherche et de l'économie car la source de la croissance et de la compétitivité de demain et, par son caractère multidisciplinaire, par la variété de ses champs d'application, elle est à même de fédérer les énergies et de réunir les citoyens européens autour de projets partagés.

A cet égard, nous souhaitons vivement que l'innovation soit au c¿ur de la réalisation du futur Espace européen de la recherche, et notamment de la mise en place du sixième programme cadre.

Permettez-moi maintenant de brièvement rappeler les grandes lignes de la politique française de l'innovation qui ont été définies au printemps 1998 au cours " d'assises de l'innovation ". Elle repose sur trois piliers : favoriser l'arrivée d'une nouvelle génération de nouveaux entrepreneurs, accroître l'offre de capitaux, faire émerger les technologies de demain.
C'est la loi sur l'innovation du 12 juillet 1999 qui forme le fondement de ce premier volet. Elle vise à la mobilité des hommes et des femmes de la recherche vers l'entreprise et à la mise en place d'un réseau d'incubateurs. Elle a créé le nouveau statut de société par actions simplifiée qui offre un cadre juridique souple particulièrement adapté à la création d'entreprise innovante. Enfin, avec les bons de souscription de parts de créateur d'entreprise, elle propose un moyen efficace de motivation à la création d'entreprises.

Les mesures prises couvrent l'ensemble des segments du financement de l'innovation. Il s'agit de la mise en place, conjointement avec la Banque Européenne d'Investissement, de plusieurs fonds publics de capital risque qui ont pour objet d'inciter les acteurs du financement à risque à développer leur offre. Il s'agit également des nombreuses incitations fiscales tendant à orienter l'épargne publique vers l'entreprise. Il s'agit enfin de la mise en place d'un réseau de fonds d'amorçage destinés à proposer des financements de proximité adaptés au premier stade de la création d'entreprises.

La première priorité est bien entendu de détecter suffisamment à temps les domaines technologiques émergents. C'est dans cette perspective que j'ai fait réaliser, avec la participation de plus de cinq cents experts du monde de la recherche et de l'industrie, l'étude "Technologies clés 2005 ". J'ai demandé que les conclusions de ce travail fassent l'objet d'un débat et qu'en particulier un forum soit organisé sur le site internet de mon Ministère.

J'en tire, d'ores et déjà, trois enseignements :

- La performance du développement technologique est dans une grande mesure déterminée par la connaissance et la maîtrise des interactions entre, progrès de la science, choix des technologies, excellence humaine et sociale, stratégie des acteurs économiques.

- Un nouveau champ émerge : celui des " technologies molles " dans lesquelles les facteurs humains retrouvent la première place. Les méthodes de conception, d'organisation, de marketing, de gestion des connaissances sont aussi importantes dans le succès d'une innovation que la technologie proprement dite.

- Dans un environnement mondialisé et sans cesse en mouvement, il n'y a plus, comme par le passé, de fatalisme technologique. On peut avoir pris du retard sur le développement d'une technologie et redevenir leader à l'étape suivante. C'est un peu ce que l'Europe fait vis-à-vis de l'internet, par exemple, avec le pari de l'UMTS. Cette situation souligne l'importance pour nous tous de prendre résolument les risques indispensables mais maîtrisés pour construire l'avenir.

Par ailleurs, des réseaux de recherche et d'innovation technologiques ont pour but de favoriser la collaboration entre la recherche publique et la recherche industrielle afin de lever les verrous technologiques pour le développement en commun de produits et services basés sur de nouvelles technologies. Ce rapprochement des points de vue doit déboucher sur la création et/ou la croissance d'entreprises innovantes. Pour accompagner ce processus il est prévu d'y consacrer 1 milliard de francs.

Une nouvelle dynamique s'est ainsi amorcée en France comme en Europe en matière de création d'entreprises dans les secteurs de haut niveau technologique.

Pour reprendre l'exemple de la France, il suffit de rappeler quelques chiffres pour s'en convaincre :

- Au cours du premier semestre 2000, 5400 entreprises nouvelles ont été créées dans les secteurs technologiquement innovants, soit une progression de plus de 30% par rapport au premier semestre de 1999. Plus de 70% de ces créations ont eu lieu dans le domaine des services informatiques. Le capital-risque, avec 3,5 Milliards de Francs investis en 1999, soit un doublement par rapport à l'année précédente et une multiplication par plus de 6 par rapport aux montants investis dans la première moitié des années 90, a réellement décollé dans notre pays. Cette progression s'est poursuivie en 2000.

- Près de 30 incubateurs ont été soutenus ce qui devrait permettre la création d'environ 300 à 400 entreprises sur 3 ans. Chaque région française dispose d'au moins un incubateur.
Cette action en faveur de l'innovation ne doit bien entendu pas être conduite seulement au niveau national ; elle doit être déclinée aussi au niveau régional, au plus près des besoins des entreprises. Trois initiatives importantes soutiendront cette initiative : les contrats de plan ; les réseaux de diffusion technologique associant les intervenants régionaux pour proposer aux PME-PMI un service cohérent, diversifié et réactif ; les centres de compétence réunissant des organisations professionnelles ainsi que des écoles et des universités.

Au-delà des initiatives déjà prises par nos gouvernements respectifs pour appuyer la création d'entreprises et l'innovation, il nous reste à accomplir une tâche ambitieuse : renforcer l'esprit d'entreprendre, en agissant en amont, à tous les niveaux du système éducatif. Car, si nos économies ont en commun l'exigence de la compétitivité et de l'innovation, nos systèmes éducatifs doivent être porteurs des mêmes valeurs, anticiper et traduire ces évolutions.
De nombreuses initiatives ont été prises en ce sens au cours de ces trois dernières années, tant au niveau de l'Union européenne que des Etats membres. Nous avons eu l'occasion, le mois dernier, de confronter nos expériences en la matière, lors du Forum européen Former pour entreprendre, à Sophia Antipolis. Par ailleurs, une véritable réflexion à partir de l'action conduite par les écoles d'ingénieurs dépendant de mon Ministère, a été engagée afin de proposer et promouvoir une Charte européenne de qualité de la formation supérieure pour l'industrie, qui a pour ambition de promouvoir un dispositif de formations d'ingénieurs à l'écoute des réalités économiques et sociales et des besoins de l'industrie.

Avec l'émergence de la nouvelle économie, la prise de conscience de l'importance cruciale de l'innovation pour régénérer le tissu industriel et développer l'emploi, ces dernières années marquent une inflexion fondamentale, l'éviction de la morosité qui caractérisait les années quatre-vingt.

Beaucoup reste encore à accomplir.

La puissance publique se doit d'être plus un médiateur et un facilitateur qu'un acteur, afin de procurer aux innovateurs un environnement propice à la prise de risque et à l'entrepreneuriat. Les nouvelles voies pour le succès et le maintien d'une croissance durable, grâce à l'effort d'innovation, devront en particulier s'attacher à permettre une rémunération équitable de la prise de risque et à adapter le cadre juridique et social pour le rendre plus conforme aux exigences d'une société dynamisée par l'innovation.

C'est dans cet esprit que la France assure la Présidence de l'Union. Elle se félicite de l'adoption rapide par la Commission, à la suite du sommet de Lisbonne, de trois communications complémentaires sur "l'espace européen de la recherche", "l'innovation dans une économie fondée sur la connaissance" et sur "la revue des instruments financiers communautaires en faveur des entreprises". Dans le cadre de la Présidence, notre pays a formulé trois propositions :

- contribuer à établir pour la propriété industrielle un cadre juridique unitaire, de coût réduit, alliant efficacité, qualité et sécurité juridique,
- mettre en place le tableau de bord européen de l'innovation regroupant des indicateurs simples et pertinents permettant de positionner l'Europe vis-à-vis des autres régions géopolitiques et de mesurer les progrès accomplis,
- faciliter l'émergence d'un réseau financier européen couvrant tous les segments de la demande de financement de l'entreprise.

Dans ce même esprit, la Présidence française a pris l'initiative du colloque "Vers un espace européen de l'innovation" qui se tient demain dans le prolongement du Forum des entreprises innovantes. Les conclusions de ce colloque viendront notamment alimenter les travaux du Conseil Industrie du 5 décembre pour lequel la Présidence française propose des objectifs ambitieux visant à accentuer l'effort d'innovation de notre continent.

Je me félicite du couplage des deux initiatives, du forum d'aujourd'hui et du colloque de demain que clôturera Laurent FABIUS, à même d'apporter des éclairages complémentaires sur l'innovation et le nouveau monde qu'elle façonne.

(source http://www.industrie.gouv.fr, le 22 novembre 2000)


Rechercher