Interview de M. Robert Hue, secrétaire national du PCF, à RTL le 19 septembre 2000, sur la nécessité d'un meilleur partage des fruits de la croissance, l'augmentation des salaires et notamment le smic, le plan de baisse des impôts présenté par Laurent Fabius, la fiscalité pétrolière et le prix de l'essence, l'appel du PCF à l'abstention au référenfum sur le quinquennat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Robert Hue, secrétaire national du PCF, à RTL le 19 septembre 2000, sur la nécessité d'un meilleur partage des fruits de la croissance, l'augmentation des salaires et notamment le smic, le plan de baisse des impôts présenté par Laurent Fabius, la fiscalité pétrolière et le prix de l'essence, l'appel du PCF à l'abstention au référenfum sur le quinquennat.

Personnalité, fonction : HUE Robert, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. PCF, secrétaire national

ti : O. Mazerolle "Ca ne va pas, ça ne va pas du tout !" avez-vous dit samedi dernier. A force de répéter cela, ne craignez-vous pas que les Français finissent par vous croire et aillent voter à droite ?

- "Non, je ne crois pas. En tout les cas que ça ne va pas, les Français l'expriment et le disent. Toutes les enquêtes d'opinion en attestent et je crois qu'il est important de bien prendre en compte ce qui est en train de se passer dans l'opinion. Une chose est simple : nous avons changé de période. La période où on pouvait dire aux Français : Il ne faut surtout pas demander d'augmentation, il ne faut surtout pas que vous exigiez quoi que ce soit parce qu'il y a une situation de crise, aujourd'hui tout cela est passé. Nous sommes dans une période où pour les Français ...

En êtes-vous bien sûr de cela ?

- .".. pour les Français, il y a la croissance, et ils ont le sentiment que les fruits de la croissance ils n'en profitent pas."

Vous êtes bien sûr que la croissance est toujours là ? Car on voit des petits signaux quand même : commerce extérieur moins bon, prix du pétrole excessif.

- "En tous les cas pour les Français, elle apparaît au moins dans les profits financiers des entreprises, dans les fortunes d'un certain nombre de familles. C'est clair qu'ils ne supportent pas que les inégalités soient plus criantes encore. Donc il y a effectivement, une sorte de ras-le-bol. Il faut augmenter notre pouvoir d'achat. Il y a le problème des salaires naturellement."

Cela ne se décrète pas les salaires, c'est les entreprises qui ...

- "Au moins pour l'Etat cela se décrète avec le Smic. Ecoutez, un smicard qui a eu ... je proposais 6 % d'augmentation du Smic au Gouvernement, en juin. On ne m'a pas écouté, on a fait 3 %. Cela fait 150 francs pour un smicard. Simplement à la pompe à essence il a perdu, lui, par mois, 200 francs le smicard depuis !"

Mais L. Fabius dit : moi j'ai déjà baissé les impôts de 120 milliards, 80 milliards ... Attendez, mais il n'y a plus d'argent dans les caisses !

- "L. Fabius, je l'ai rencontré avant la publication de son plan - à son invitation d'ailleurs - et je lui ait dit un certain nombre de choses dans ce domaine. Je lui ait dit notamment que, concernant les compagnies pétrolières - et je n'avais pas encore la hauteur des bénéfices réalisés par TotalFina, Elf et d'autres, de 22 milliards, avec une progression fantastique - je n'avais pas ces chiffres et déjà je lui disais : il faut taxer davantage ces compagnies pétrolières ! Elles ont fait des profits faramineux. Je n'ai pas dit à L. Fabius qu'il faut prendre une partie des dépenses publiques et les mettre à la baisse par exemple du prix de l'essence. Il faut effectivement ..."

On va y revenir.

- "Volontiers, c'est important."

Mais tout d'abord, demandez-vous finalement une révision du plan fiscal Fabius ?

- "Mais bien sûr !"

Vous voulez une révision ?

- "Le plan Fabius c'est une annonce. Maintenant il faut le mettre en oeuvre. Il y a des assemblées quand même. Mais en même temps, je pense ..."

Mais une révision cela veut dire que L. Fabius doit reprendre son devoir ?

- "Le Gouvernement qu'est-ce qu'il a à faire ? Est-ce qu'il doit écouter les Français ou être sourd à ce qu'ils disent ? Je pense que si un plan ne correspond pas à ce qu'attendent les Français, eh bien il ne faut pas avoir de complexes, il faut en proposer un plus adapté. Je propose qu'il y ait effectivement un certain nombre de dispositions du plan Fabius qui soient sensiblement modifiées."

Par exemple ?

- "Je propose une taxation des compagnies pétrolières bien plus élevée car maintenant on connaît le produit effectivement de leurs bénéfices. Avec cela, je propose effectivement qu'il y ait une baisse d'un certain nombre de taxes, notamment sur l'essence. J'avais proposé à L. Fabius que ce que prélève l'Etat sur le prix de l'essence, c'est-à-dire la TVA faite sur ..."

On dit qu'il va y avoir cette modulation de TVA, peut-être pas seulement au 1er janvier prochain.

- "D'accord. Mais je pense que, et c'est la proposition que j'avais faite à L. Fabius, qu'il fallait accepter l'idée d'une rétroactivité."

C'est-à-dire ?

- "Ce qu'on a prélevé dans le portefeuille des Français simplement, en taxes sur la taxe, c'est 7 milliards."

Rétroactivité depuis quand pour vous ?

- "Depuis le 1er janvier."

1 er janvier 2 000 ?

- "Oui. Et avec cela j'avais proposé qu'on baisse de 30 à 35 centimes le prix de l'essence à la pompe."

Vous vous proposez que demain le Gouvernement annonce : cette TVA flottante, calculée sur le prix du pétrole au 1er janvier 2000 ?

- "Oui, absolument."

D'accord. C'est votre proposition ?

- "C'est une proposition qui fait baisser à la pompe le prix du litre d'essence de 30 à 35 centimes, si on prend les dispositions nécessaires. Je crois que c'est pas mal."

30 à 35 centimes, cela va coûter quand même au total 18 à 20 milliards ...

- "Non, un peu moins, un peu moins. Je viens de faire la démonstration que l'Etat ..."

Oui mais où prend-on l'argent ?

- "Mais écoutez "l'argent" ! L'Etat l'a pris dans la poche des Français en taxant l'augmentation des produits pétroliers ! Mais quand même ! Mais où est la justice dans cette affaire ! Et les compagnies pétrolières ? Il y a 7 milliards qui ont été prélevés là. Il est normal qu'on les rende aux Français."

Et si les raffineries vont dans les autres pays européens, que direz-vous ?

- "J'ajoute, monsieur Mazerolle, que sur les 22 milliards de TotalElf de bénéfices, si on en prend 7 à 10 milliards, cela ne va pas les mettre sur la paille. On peut ainsi entendre ce que demandent les Français."

Mais s'ils installent leurs raffineries ailleurs ?

- "Ecoutez assez de chantage ! Dès qu'il faut améliorer un peu la situation des gens on trouve toujours des contraintes. Moi, je dis qu'à un moment donné les gens ne vont pas comprendre que dans une période de croissance, alors que des gens font des profits faramineux, que les grandes fortunes ont progressé de 450 milliards pour un certain nombre d'entre elles - 500 d'entre elles au moins de 1999 à 2 000 - ils ne vont pas comprendre qu'eux n'aient pas un peu de retour de croissance. Je crois qu'il faut bien peser ce qu'il se passe dans le pays. J'entendais tout à l'heure évoquer monsieur Hollinger la révolte effectivement des automobilistes. C'est vrai, il y a de la grogne, il y a de l'incompréhension. C'est pour cela que je dis : attention."

Vous avez le sentiment que la gauche est en train de perdre le pouvoir progressivement ?

- "Non, j'ai le sentiment que si la gauche ne prend pas de dispositions comprises des Français elle va dans le mur, c'est clair."

"Aller dans le mur" cela veut dire quoi concrètement ?

- "Cela veut dire qu'elle va à l'échec, et moi je ne veux pas l'échec de la gauche. Je veux qu'elle réussisse. Je suis complètement solidaire de la gauche. C'est pour cela d'ailleurs que j'invite à manifester par exemple pour la baisse ..."

Oui mais vous êtes seul ! Les autres ne veulent pas venir ...

- "Comment "seul" ? Mais écoutez il y a 90 % des Français qui sont avec moi ! Vous avez vu le sondage hier."

Oui mais les autres partis ?

- "Vous évoquez qui ? Les écologistes qui ne veulent pas venir ? Ecoutez 76 % de leur électorat est pour la baisse des taxes. Je crois qu'on ne va pas être seuls. De toute façon il y a Paris, mais il va y avoir des rencontres, des manifestations dans toute la France. Ce sont les premières d'une série."

Un mot sur le quinquennat : vous êtes pour "l'abstention active." Je ne sais pas pourquoi elle est "active" l'abstention ?

- "Parce que l'abstention est probablement un des actes politiques majeurs de cette rentrée. Vous savez comme moi que les derniers sondages non publiés font progresser encore l'abstention et donc les Français ne veulent pas être dupes sur ce scrutin."

Vous savez qu'il y a des communistes qui font circuler un des titres de L'humanité pendant la campagne des européennes : "Abstention piège à con" ...

- "Mais écoutez, de toute façon c'est clair, je crois qu'aujourd'hui il y a 60 à 66 % de Français qui s'apprêtent à s'abstenir. Je pense que eux ne sont pas des "cons." Ils ne veulent pas être des "cons" justement. Ils ne veulent pas être pris pour des imbéciles. Ce référendum ne porte pas sur les questions qu'ils attendent et donc ils vont l'exprimer en s'abstenant."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 20 décembre 2000)

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