Interview de Mme Dominique Gillot, secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés,à France Inter le 26 décembre 2000, sur le mouvement du Centre national des professions de santé, les dépenses de santé et le retour de Bernard Kouchner. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Dominique Gillot, secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés,à France Inter le 26 décembre 2000, sur le mouvement du Centre national des professions de santé, les dépenses de santé et le retour de Bernard Kouchner.

Personnalité, fonction : GILLOT Dominique, COURCHELLE Gérard.

FRANCE. SE à la santé et aux handicapés

ti : G. Courchelle Le Centre national des professions de santé, qui représente des médecins libéraux, les laboratoires, les cliniques, a lancé une semaine "santé morte" contre ce qu'il appelle "la maîtrise comptable des dépenses de santé." Que dites-vous aux patients - et nous sommes tous des patients en puissance - que ce mouvement peut inquiéter ?

- "Il faut leur dire que tout est mis en place pour que leur santé et leur sécurité soient assurées notamment par l'hôpital public qui a été mobilisé par les préfets, les directeurs d'agences régionales de l'hospitalisation, de manière à ce qu'il n'y ait aucun déficit dans la prise en charge des urgences comme des pathologies des lendemains de fête."

Pour l'instant, il n'y a pas eu d'accident majeur ni de panique, mais des reportages qui ont été diffusés hier ont montré qu'il y avait surcharge dans certains services d"urgence, notamment à Lille ou à Périgueux par exemple ?

- "Hier, c'était Noël. Généralement, les jours de fête sont aussi des jours où il y a un ralentissement de l'activité, notamment des professionnels libéraux. Mais à tout moment, nous pouvons faire confiance et être sûrs de la bonne réponse des pouvoirs publics en matière de santé. Nous nous en sommes assurés bien avant cette semaine. Il y a une permanence qui est assurée nuit et jour à la Direction de l'hospitalisation et de l'organisation des soins. J'ai fait le point moi-même hier soir avec le conseiller technique du ministère qui est en charge de ces dossiers et, pour l'instant, nous n'avons aucune crainte à avoir. Les soins seront assurés."

Tout cela va encore durer une semaine, parce que le mouvement est prévu pour durer jusqu'au 1er janvier inclus. Les fêtes du 31 décembre sont généralement des fêtes chargées pour les services d'urgence ?

- "Tout à fait. Mais vous êtes en train de faire une émission particulière sur l'anniversaire de cette terrible tempête qui a ravagé la France l'année dernière. Vous avez vu que dans une période extrêmement difficile, les services publics de santé ont été tout à fait à la hauteur des besoins, ont été capables de se mobiliser, de répondre à leur vocation, c'est-à-dire apporter aide, soutien et sécurité aux patients, à nos concitoyens."

Pour vous, il n'y a donc pas de risque ? Je répète cela parce qu'hier, dans le journal de 13 heures sur France Inter, le docteur Bouton, qui est le président d'honneur de MG-France - syndicat qui est opposé à ce mouvement - disait de ses confrères qu'ils prenaient des risques avec la santé des gens ?

- "Ils prennent des risques aussi vis-à-vis de leur déontologie. Les médecins sont globalement des personnes très engagées, très soucieuses de respecter leur serment de soins. Je pense que beaucoup de médecins, même s'ils se disent aujourd'hui solidaires de ce mouvement, ont le souci de préserver l'organisation de la réponse des soins. Nous le voyons bien : beaucoup d'organisations, de syndicats, de fédérations, tout en se déclarant solidaires, contestent le procédé qui consiste à prendre les malades en otages. Certains ont pris ces quelques jours de congé, ou manifestent leur intention de solidarité avec le mouvement de protestation, mais en même temps restent fidèles au poste."

Visiblement, cela vous pose un problème que des médecins ou des professionnels de la santé se lancent dans un mouvement de ce type ?

- "C'est une manière agressive de témoigner de leurs problèmes, qui sont réels. Il y a un véritable malaise qui s'exprime parmi les professionnels de la santé que les pouvoirs publics, que le Gouvernement entend. Mais prendre les malades en otages ne paraît pas une bonne solution ; ce n'est pas nous qui le disons, ce sont aussi les représentants de la profession."

Comment en est-on arrivé à ce blocage ?

- "Cela fait plusieurs années que le système de santé a fait beaucoup d'efforts pour s'adapter, pour évoluer et répondre aux nécessités de la modernisation du système de soins, du système de santé. Au début de l'année, nous avons eu un mouvement important qui s'est soldé par la signature de protocoles. Le 14 mars dernier, M. Aubry a signé des protocoles avec les professionnels de la santé pour apporter des réponses à l'hôpital. En fin d'année, nous voyons que ce sont les professionnels libéraux qui souhaitent voir réorganiser leurs relations avec les Caisses, avec l'Etat. Et d'ailleurs, E. Guigou a annoncé le lancement d'une grande concertation le 25 janvier prochain pour prendre en compte ce besoin d'évolution et de redéfinition du dialogue social dans le système de santé."

Vous dites vous-même que cela dure depuis des années. Grosso modo, cela dure depuis le lancement du plan Juppé en 95. C'est-à-dire que d'un côté, il y a un gouvernement ou des gouvernements successifs qui disent : "il faut maîtriser les dépenses de santé" et, en face, il y a des professionnels de la santé, libéraux en particulier, qui dénoncent "la logique comptable." Il faudra bien qu'à un moment ou à un autre - parce que sinon, cela peut encore durer des années - on trouve un compromis ?

- "Depuis ces années que vous évoquez, le système de santé a été quand même pérennisé, consolidé et sauvegardé, puisqu'au milieu des années 90, une interrogation se posait sur la pérennité du système de protection sociale, avec un déficit progressif très inquiétant. Ces cinq dernières années, notamment ces trois dernières années, nous avons maîtrisé ce déficit puisque nous sommes maintenant arrivés à un excédent qui nous permet d'envisager l'avenir de la Sécurité sociale avec optimisme. Cette évolution positive n'est pas le fruit du hasard ; c'est le fruit effectivement de l'évolution de la situation économique, de la croissance, mais c'est aussi le fruit de réformes structurelles sur les recettes et sur les dépenses. Aujourd'hui, nous fonctionnons avec des enveloppes qui sont contrôlées, qui sont vérifiées par les Caisses. L'année dernière, le législateur a souhaité que les dépenses de médecine de ville soient aussi contrôlées et maîtrisées par la Cnam. Donc, il s'agit maintenant d'un dialogue conventionnel entre les médecins libéraux, les professionnels de santé et les Caisses. L'Etat a souhaité relancer un dialogue pour rénover, revoir les conditions de ce dialogue social entre les médecins et les Caisses."

Le mouvement va durer jusqu'au 1er janvier. E. Guigou a prévu de recevoir les organisations professionnelles le 5 janvier. Pourquoi attendre si longtemps ?

- "C'est quand même dans des délais assez brefs ! Par ailleurs, pendant tout le mois de décembre, pendant le débat sur la loi de financement de la Sécurité sociale, E. Guigou a annoncé, en réponse à une demande des parlementaires qui le souhaitent aussi, l'ouverture de ce qu'elle a appelée le "Grenelle de la santé", le 25 janvier prochain, pour justement fixer les objectifs, le cadre et la méthode de ce dialogue rénové entre les médecins, les Caisses et l'Etat."

En fait, n'est-ce pas un dossier qui échappe à la secrétaire d'Etat à la Santé que vous êtes, mais qui est directement traité par la ministre des Affaires sociales, E. Guigou, et par le ministère de l'Economie et des Finances à Bercy ?

- "C'est un dossier extrêmement important qui mobilise 2000 milliards de francs. Plusieurs ministres ne sont donc pas de trop pour s'occuper de la question."

On vous reproche souvent votre discrétion, vos silences, sur certains grands dossiers. Quelle est votre réponse à cette interrogation ?

- "Quand vous m'invitez, je viens, je réponds à vos questions. Je connais les dossiers qui sont sous ma responsabilité, je les mène avec conviction, avec sens de la responsabilité. Et chaque fois que vous m'inviterez à parler des dossiers qui sont les miens, je répondrai à votre invitation."

Il y a l'autre versant du reproche : lorsque vous vous exprimez, comme il y a quelques semaines, sur la nouvelle forme de Creutzfeldt-Jakob - la forme humaine de la maladie de la vache folle - on vous a reproché d'avoir affolé l'opinion. Si c'était à refaire, feriez-vous cette déclaration telle que vous l'avez faites à l'époque ?

- "Je ne n'ai pas fait de déclaration : j'ai répondu à des questions à propos d'interrogations suite à une émission de télévision qui rendait visible la maladie de Creutzfeldt-Jakob, notamment dans notre pays, mais aussi en Grande-Bretagne. J'ai donné des informations sur la manière dont les pouvoirs publics prenaient en charge ce problème qui est un problème grave, qui concerne quelques personnes en France. Les pouvoirs publics se doivent de répondre dans la transparence et de donner les informations qui sont les nôtres. J'ai donc répondu sincèrement, vraisemblablement dans un contexte qui s'est accéléré compte tenu de déclarations d'autres personnes de l'Etat. Aujourd'hui, nous voyons bien que la mise en ordre de marche des services de santé pour répondre à l'angoisse des familles, pour prendre en charge les malades victimes de maladies rares, est une nécessité qui est bien perçue."

B. Kouchner va quitter le Kosovo où il était administrateur civil des Nations Unies. Il dit souhaiter retrouver un poste ministériel. Vous sentez-vous menacée à votre poste de secrétaire d'Etat à la Santé ?

"Que B. Kouchner revienne en France, il l'a bien mérité ! Il a passé de nombreux mois dans une situation très difficile. C'est une personne que je connais, pour qui j'ai beaucoup d'estime et d'amitié. Qu'il souhaite retrouver une place à la hauteur de ses compétences et de l'affection que les Français lui portent, je trouve cela tout à fait normal. Pour l'instant, le Premier ministre n'a pas envisagé de remaniement ministériel. Je suis en charge d'un ministère extrêmement lourd, qui m'intéresse beaucoup. J'ai des dossiers en cours que je continue de faire avancer. Nous avons des rendez-vous au mois de janvier qui montreront que les choses avancent dans l'intérêt des personnes qui travaillent avec moi."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 27 décembre 2000)

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