Interview de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, dans "Plein sud" de décembre 2000, sur la professionnalisation de l'enseignement supérieur et son rôle en matière de formation continue. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, dans "Plein sud" de décembre 2000, sur la professionnalisation de l'enseignement supérieur et son rôle en matière de formation continue.

Personnalité, fonction : MELENCHON Jean-Luc, BENOIT BROWAEYS Dorothée.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement professionnel

ti : Les efforts pour créer des diplômes ouvrant sur un métier ont conduit à un foisonnement de DESS, de licences professionnelles, ou de passerelles vers des cycles courts. Cette professionnalisation va t-elle " contaminer " toutes les filières ?

Nous vivons une période charnière où la professionnalisation est devenue une revendication démocratique. Il s'agit d'offrir à la cohorte de trois millions d'étudiants la capacité à trouver une place dans un monde socio-économique friand de jeunes hautement qualifiées, rapidement opérationnels et capables de s'adapter. Cette intégration à l'emploi ne se fait bien que si elles est ancrée solidement dans une formation initiale pleinement aboutie. Fruit de la fertilisation croisée de savoirs fondamentaux associés à des séquences professionnalisantes, c'est le creuset ou se forge la compétence qui ne surgit jamais ex-nihilo. Le modèle de professionnalisation durable repose sur cette double acquisition. Nous devons pouvoir proposer au c¿ur de tous les enseignements académiques des années à dominante professionnelle. Les licences professionnelles répondent, à leur niveau, à ce besoin. Tout au long du déroulé des études doivent exister des interfaces, des passerelles vers la vie professionnelle. Il faut garder à l'esprit que savoirs et monde du travail ne sont pas deux ordres séparés.

Comment l'Université peut-elle réussir ce défi de l'insertion professionnelle ? Les enseignants ne devraient-ils pas acquérir une " culture de l'entreprise " ?

Elle n'a pas à instaurer des filières différentes en fonction des origines de chacun. Mais elle devrait plutôt réorganiser les filières autour de plates formes communes d'acquisition de connaissances qui faciliteront, pour les étudiants, l'accès aux passages transversaux vers les métiers, à chaque niveau de qualification.

Les enseignants ont principalement la mission de transmettre des connaissances ; toutefois ils doivent intégrer que le service public a une responsabilité en matière d'insertion. Je ne crois pas, pour autant, à la nécessité d'un " baptême " dans les entreprises qui donnerait aux enseignants la " vérité révélée du monde professionnel ". C'est un mythe. A cet égard, il est certain que l'on peut mieux valoriser l'investissement pédagogique, par exemple la maîtrise de la démarche inductive. Il ne s'agit donc pas de développer une quelconque " culture de l'entreprise " mais une connaissance de ses réalités techniques les plus avancées, de ses exigences de qualification et des perspectives de mobilité professionnelle.

On assiste à une demande croissante pour valider des acquis professionnels. Quel rôle doive jouer les universités dans cette diversification des offres en formation continue ?

Tout en continuant à utiliser les dispositions d'autorisation prévues par la loi de 1984, il est absolument nécessaire que les Universités investissent dans les activités d'accompagnement et de dispenses prévues, par la loi de 1992. C'est l'intérêt général qui l'exige ; c'est la mission du service public. Elle sera amplifiée prochainement par les dispositions spécifiques prévues dans le projet de loi de modernisation sociale. L'Université ne peut avoir qu'un rôle central, prééminent. Quel que soit le mode de validation qu'elle propose, elle n'est pas un prestataire parmi d'autres. Elle seule peut garantir aux employeurs une qualité reconnue nationalement. Elle seule protège les personnes en leur donnant une reconnaissance permettant toutes les formes de mobilité. S'agissant de l'offre de formation continue, je ne crois pas à une formation permanente qui puisse se substituer à une formation initiale lourde. Les enseignements sont comparables à un corps dont la peau correspond aux interfaces, sas ou sorties vers le monde professionnel. Ce corps doit garder sa solidité mais gagner une sensibilité épidermique ! C'est mon image pour développer le paradigme de professionnalisation durable. Il faut davantage rendre lisible ce que nous faisons. On peut remarquer à cet égard que toutes les formations qui conduisent clairement à des métiers facilitent le processus d'harmonisation -à l'échelle européenne et mondiale- des diplômes ou des systèmes éducatifs.

Recueillis par Dorothée Benoit Browaeys


(Source http://www.education.gouv.fr, le 5 janvier 2001)

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