Interview de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, dans "Libération" du 8 décembre 2000, sur la baisse des effectifs dans les lycées professionnels. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, dans "Libération" du 8 décembre 2000, sur la baisse des effectifs dans les lycées professionnels.

Personnalité, fonction : MELENCHON Jean-Luc, AUFFRAY Alain.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement professionnel

ti : Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'Enseignement professionnel, veut encourager l'orientation des élèves vers les voies technologiques et professionnelles.

Dans près de 60 % des lycées professionnels, les proviseurs ont des problèmes de recrutement d'élèves.

Faut-il s'en inquiéter?

Il faut le dénoncer. Car il ne s'agit pas seulement des effets de la baisse démographique. La diminution des effectifs est nettement plus sensible dans les lycées professionnels que dans les lycées généraux. Il y a un effet de système: on privilégie systématiquement l'orientation vers les secondes générales alors que certains métiers sont méprisés. Aujourd'hui, beaucoup de proviseurs me disent qu'ils sont confrontés à un problème supplémentaire: des élèves abandonnent leur scolarité pour se faire embaucher.

Peut-on les retenir?

On a affaire à des jeunes de plus de 16 ans pour qui l'école n'est plus obligatoire. Il y a des lycéens majeurs qui travaillent le soir pour gagner leur vie. Pendant des années on a cru pouvoir régler ce problème avec les contrats d'apprentissage. C'est une formule adaptée au chômage de masse: ça rapporte peut-être peu, mais c'est déjà quelque chose. J'ai proposé la rétribution des lycéens professionnels. On progresse. Le projet d'autonomie financière du jeune en formation a été retenu récemment par le sommet de la gauche plurielle. Je m'en félicite.

Pensez-vous qu'il soit possible d'obtenir des entreprises qu'elles limitent les recrutements de jeunes en cours de formation?

Ces jeunes qui quittent les LP sans qualification, c'est un gâchis pour la société. Car évidemment, les entreprises choisissent plutôt les meilleurs, ceux qui auraient fini par avoir leur diplôme dans de bonnes conditions. Sur ce diagnostic, il y a convergence entre nous, les syndicats ouvriers et le patronat des secteurs de pointe. Ce qu'il faut, c'est convaincre les autres.

Les convaincre comment?

Nous défendons le modèle français de "professionnalisation durable". Ceux qui ont compris que la tendance économique est inversée comprennent qu'il faut une solide formation initiale pour avoir une main-d'¿uvre adaptée. Même dans la restauration, ils ont compris ça. Je suis plutôt optimiste: la pénurie de main-d'¿uvre va rendre les patrons plus lucides. A partir de janvier, je vais recevoir les représentants de toutes les branches. Je vais leur demander combien de recrutements ils prévoient et à quel niveau de qualification et ce qu'ils sont prêts à faire pour la rétribution des périodes de formation en entreprise.

Sera-t-il possible de stopper la baisse des effectifs en lycées professionnels?

A la rentrée 2000, les LP ont perdu 30 000 élèves, deux fois plus qu'en 1999. Les recteurs ont pour consigne d'inverser les flux: on ne laissera plus créer à guichet ouvert de nouvelles classes de seconde générale. Car 25 % des élèves orientés dans ces classes redoublent ou finissent par changer de voie. C'est énorme. Pour rendre l'enseignement professionnel plus attractif, nous allons lancer l'an prochain des "lycées des métiers" qui délivreront tous les diplômes dans un métier donné. Souvent les élèves ignorent qu'il existe des qualifications au-dessus du bac pro. D'où l'intérêt de les rassembler par métier. C'est aussi une question de lisibilité. Pour les métiers de bouche, on ne dira plus par exemple préparateur en produits carnés, mais tout simplement boucher. Et on parlera de métiers de la mode plutôt que de CAP matériaux souples.

Propos recueillis par Alain Auffray


(Source http://www.education.gouv.fr, le 5 janvier 2001)

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