Déclaration de M. Jean Glavany, ministre de l'agriculture et de la pêche, sur l'alimentation notamment les moyens à mettre en oeuvre pour assurer la sécurité et la qualité des aliments, Paris le 13 décembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jean Glavany, ministre de l'agriculture et de la pêche, sur l'alimentation notamment les moyens à mettre en oeuvre pour assurer la sécurité et la qualité des aliments, Paris le 13 décembre 2000.

Personnalité, fonction : GLAVANY Jean.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de la pêche

Circonstances : Ouverture du colloque national pour les Etats généraux de l'alimentation à Paris le 13 décembre 2000

ti : Mesdames et Messieurs,


Nous sommes réunis aujourd'hui pour consacrer une journée entière aux questions soulevées par notre alimentation. Il n'est pas étonnant en soi que des Etats généraux de l'alimentation se tiennent dans notre pays puisque toute notre histoire est émaillée d'images qui témoignent de notre attachement culturel collectif à notre alimentation. Je pense aux banquets de nos ancêtres gaulois, aux repas pantagruéliques évoqués par Rabelais ou encore à la poule au pot chère à Henri IV : la bouffe - comme on dit, et ce n'est plus vulgaire - est une affaire française. Si j'en doutais, mes collègues européens me le rappelleraient ou plus exactement me le rappellent, chaque semaine.

Manger procède à la fois du besoin, il faut manger pour vivre, mais aussi du plaisir du goût et de l'odorat, sans parler de cet art de vivre lié à la convivialité : les repas constituent des moments privilégiés à partager avec son entourage.

Et, en même temps, l'alimentation est aussi au coeur de bien de nos angoisses collectives. Je crois "qu'en même temps" est la bonne expression car c'est parce que la nourriture est au coeur de notre genre de vie qu'elle est aussi au coeur de nos peurs collectives : l'année dernière a vu naître, par exemple, une succession de crises alimentaires, alertes multiples à la listéria, crise de la dioxine, toutes génératrices d'inquiétude et d'angoisse chez bon nombre de nos concitoyens. Les incertitudes sur l'encéphalopathie spongiforme bovine ou les interrogations sur les organismes génétiquement modifiés ont également contribué au développement d'une défiance à multiples facettes à l'égard de notre alimentation:

- défiance quant à la sécurité des aliments ;
- défiance quant à la qualité, avec le rejet d'une "malbouffe", trop standardisée qui serait imposée par la mondialisation des échanges ;
- défiance parfois vis à vis des acteurs économiques, agriculteurs, professionnels de la transformation et de la distribution soupçonnés d'avoir des pratiques de production à risques pour l'environnement ou le consommateur, au nom du profit économique.

Les crises successives que nous avons connues ont conduit le gouvernement à s'interroger sur la façon de communiquer sur la sécurité et la qualité des aliments, tout en respectant le principe fondateur de sa politique : la recherche de la transparence.

Et c'est donc parce que nous étions ainsi confrontés au besoin d'une meilleure connaissance de la perception et les attentes qu'ont les citoyens de leur alimentation, que le Premier Ministre,Lionel Jospin, a décidé d'organiser les Etats généraux de l'alimentation.

La volonté de restaurer le débat public avec les français sur notre modèle alimentaire, en dehors de tout contexte passionnel, mais est-ce possible, a conduit le gouvernement à avoir recours à une forme d'échanges innovante. Il s'agissait de replacer le consommateur au coeur des débats, en présence d'acteurs économiques ou institutionnels, pour s'interroger ensemble sur l'évolution de nos attentes en matière d'alimentation. Il s'agissait notamment de répondre à la question "que voulons nous manger?". C'est un pari que nous avons fait, sans préjuger ni de son contenu, ni donc des conclusions que nous pourrions en tirer le moment venu. Ce moment est bientôt arrivé.

Tout au long de cette année 2000, les services du Ministère de l'agriculture et de la pêche se sont engagés avec passion avec leurs homologues du Secrétariat d'Etat en charge de la consommation et celui en charge de la santé, pour préparer ces Etats généraux. Des scientifiques de la mission d'animation des agrobiosciences de l'Inra de Toulouse ont été mobilisés.

Les Etats généraux ont ainsi été construits en plusieurs étapes tout au long de l'année . Ils ont consisté en un ensemble d'études, d'analyses, de rencontres entre les mois d'octobre et décembre de cette année.

Des études d'abord : menée par l'agence Ipsos, une grande enquête a été conduite, alliant entretiens individuels et réunions de groupes afin de mieux cerner nos opinions, nos comportements et nos attitudes par rapport à l'alimentation, à nous, tous citoyens consommateurs.

Des débats entre citoyens ensuite, ont été organisés dans toute la France par trois associations de consommateurs sur le thème plus particulier des organismes génétiquement modifiés

Une série d'ateliers de travail , les pré forums, ont été organisés par la mission agrobioscience de l'Inra de Toulouse. Une première confrontation par petits groupes entre le public et les professionnels a permis de dégager les grands thèmes à développer dans les forums régionaux., au terme d'un premier constat . Une idée principale rapidement dégagée est que les consommateurs doivent arbitrer tous les jours des arguments contradictoires à propos de leur alimentation. Ces grands thèmes ont été regroupés en trois attentes fortes: manger pour se faire plaisir, manger pour se faire du bien, manger en confiance. Trois aspirations qui sont confrontées en permanence à des contraintes de prix, de temps et d'information disponible.

Cinq forums régionaux se sont tenus pendant dix jours, du 13 au 23 Novembre, à Lille, Lyon, Nantes, Marseille, Toulouse et ont permis d'approfondir cette première approche. Ceux-ci ont recréé les conditions d'un débat interactif entre acteurs locaux de la filière alimentaire, milieux associatifs, élus, professionnels de santé et de l'éducation, les services de contrôle, le grand public et les médias.

Le lancement d'Etats généraux de l'alimentation par le gouvernement a suscité des initiatives, dont il faut se réjouir, de la part des acteurs professionnels, comme l'opération " je suis bien dans mon assiette ". Nous avons souhaité que le Conseil national de l'alimentation, et son président Christian Babusiaux - que je remercie, puissent fédérer ces initiatives, travailler avec nos services au suivi de ces Etats généraux et enrichir les réflexions par leur contribution.

Enfin nous avons eu recours à un mode de consultation résolument de notre temps, la consultation par Internet. Elle a duré pendant toute la durée des Etats généraux. Un site spécifique leur est consacré. Il répondait à trois objectifs, informer, permettre de s'inscrire aux forums, et surtout recueillir les questions du public.

Il nous appartient, il vous appartient aujourd'hui, de restituer tout ce travail collectif et de le conclure. Le conclure pour aujourd'hui, car, bien entendu, ce début durera au-delà.

Je souhaite que ce colloque soit le prolongement au niveau national des débats initiés, et que les échanges d'idées, les témoignages se poursuivent tout au long de cette journée.

Il ne m'appartient pas de dévoiler davantage les résultats des forums régionaux, ni bien sûr, encore moins, d'anticiper sur les conclusions du Premier Ministre.

Je voudrais simplement en quelques mots et en guise de conclusions de mon intervention, vous présenter mon propre témoignage, après deux ans à la tête du Ministère de l'agriculture et de la pêche. Il est vrai qu'une des préoccupations majeures de ce Ministère est de s'assurer de la qualité, de la sécurité et de la diversité des produits agricoles et alimentaires mis sur le marché.

Les enseignements que j'en ai tiré ne seront - je l'espère - pas trop en décalage avec les conclusions de vos travaux. J'accepterais, sinon, bien volontiers de les faire évoluer.

Le premier enseignement c'est l'évolution des attentes des consommateurs, attentes croissantes en matière de sécurité, de qualité, d'information sur les conditions de production ou les caractéristiques nutritionnelles. Une attente croissante qui s'impose à nous tous.

Le deuxième enseignement, c'est le constat - peut-être artificiellement exagéré - d'un éloignement considérable entre les consommateurs et les professionnels de l'alimentation, et l'existence d'une distorsion entre l'image qu'ils ont parfois d'un produit et la réalité de ses conditions de production.

Le troisième enseignement c'est l'absence de culture du risque, et pas seulement du risque alimentaire, dans notre pays. C'est un problème culturel et éducatif majeur.

Fort de ces constats, en tant que Ministre de l'agriculture, j'ai inscrit mon action autour de 4 impératifs:

impératif de vérité sur les risques et la maîtrise des risques, je voudrais vous dire ma conviction que face à des peurs collectives on ne retrouvera la confiance que sur la base de la vérité et non par des subterfuges.
impératif de transparence et, donc, d'information du consommateur sur la qualité des produits,
impératif de contrôle, afin d'assurer la sécurité sanitaire pour tous, que les produits soit d'entrée de gamme, ou de qualité supérieure
impératif d'accompagnement de l'agriculture française vers un mode de production toujours plus en phase qualitative avec les attentes identifiées de la société. Car il faudra bien tirer les leçons de ces crises quant au modèle agricole que nous voulons !

J'espère sincèrement que la mise en oeuvre de ces orientations permettront aux consommateurs de retrouver la confiance perdue, d'adopter une démarche de consommateurs - citoyens.

Je vous souhaite de bons travaux tout au long de cette journée je suis convaincu qu'ils contribueront à la restauration de cette confiance.


(Source http://www.agriculture.gouv.fr, le 14 décembre 2000)

Rechercher