Interview de M. Charles Millon, président de Droite libérale chrétienne, à Europe 1 le 27 décembre 2000, sur son action au sein du précédent gouvernement pour lutter contre les trafics d'armes, les ennuis techniques du porte-avions nucléaire "Charles de Gaulle" et la préparation des élections municipales à Lyon. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Millon, président de Droite libérale chrétienne, à Europe 1 le 27 décembre 2000, sur son action au sein du précédent gouvernement pour lutter contre les trafics d'armes, les ennuis techniques du porte-avions nucléaire "Charles de Gaulle" et la préparation des élections municipales à Lyon.

Personnalité, fonction : MILLON Charles, CHABOT Arlette.

FRANCE. Droite libérale chrétienne, président

ti : A. Chabot On attend ce matin la décision sur la demande de remise en liberté de J.-C. Mitterrand. C. Millon, vous avez été ministre de la Défense entre 1995 et 1997. J'ai envie de vous demander : est-ce qu'un ministre de la Défense sait tout sur les ventes d'armes ?

- "Non. Un ministre de la Défense sait tout sur les ventes d'armes mais ignore tout des trafics d'armes. Il ne faut pas confondre les ventes d'armes, qui s'inscrivent dans une politique de la défense - on vend des armes à des pays avec qui on a passé des accords pour leur permettre d'assurer leur défense et les trafics d'armes, ce dont il s'agit aujourd'hui. Le trafic, c'est une vente totalement illégale, totalement irrégulière, qui échappe totalement au contrôle du ministère de la Défense ou du ministère compétent, tel le ministère de l'Intérieur. Les trafics sont effectués par des gens sans scrupule. L'affaire à laquelle vous faites référence aujourd'hui, est le signe d'ailleurs du grand cynisme en politique. Au même moment où le père de J.-C. Mitterrand, le Président Mitterrand, faisait des discours sur les pays les plus pauvres - discours de Cancun, de La Baule -, au même moment où il avait la main sur le coeur, son fils avait la main dans la poche. C'est-à-dire que lui, faisait un trafic d'armes, aux dépens de ces pays les plus pauvres, pour pouvoir y entretenir des guerres civiles qui provoquent mort, misère, désastre."

Pour l'instant ,il y a quand même une enquête, il ne faut pas le condamner. Il est simplement soupçonné.

- "Je ne le condamne pas !"

Vous dites : "La main dans la poche" ...

- "Je ne condamne pas J.-C. Mitterrand ! Je constate simplement que, parallèlement à des grands discours qui sont tenus sur l'aide aux pays les plus pauvres, on a laissé se développer des trafics d'armes dans lesquels sont mêlées telle ou telle personne, que personnellement je ne condamnerai pas. Je constate simplement qu'aujourd'hui elles sont recherchées. Il y a là, en fait, tout le résultat d'une politique du cynisme absolu. On a un discours sur la morale et on a des actes qui vont exactement en sens inverse."

Pour être tout à fait franc, est-ce que dans les ventes d'armes officielles, il n'y a pas aussi un moyen pour certains, pour reprendre votre expression, "de s'en mettre dans les poches" ?

- "Bien sûr. Je crois qu'il faut reconnaître ce qui est. Depuis que le monde est monde, il y a des pourris, il y a des voleurs, il y a des personnes qui profitent d'un système. Tout le monde sait qu'il y a, même avec les ventes d'armes officielles, le système qu'on appelle "les rétro-commissions", c'est-à-dire qu'on verse une commission à la partie qui achète et la partie qui achète rétrocède une commission sur un compte bancaire donné, dans un pays donné, pour la personne qui a vendu."

C'est ce que vous avez découvert quand vous êtes arrivé au ministère de la Défense ?

- "C'est tout à fait condamnable. J'ai découvert des système de ce type-là et sur la demande express du Président de la République, j'ai éliminé tous ces systèmes."

Donc, vous avez fait le ménage en quelque sorte au ministère de la Défense ?

- "Cela a été l'une des missions qui m'avaient été confiées par J. Chirac."

Vous n'aviez à l'époque aucune information sur des trafics qui pouvaient se faire avec des sociétés qui étaient liées - c'est le cas avec Brenco - avec le ministère de l'Intérieur, qui travaillaient avec une société proche de ce ministère ? Vous ne le saviez pas ?

- "Très franchement, je n'ai pas eu connaissance de trafic d'armes, puisque le trafic et la vente, c'est complètement différent. On est dans une société où on confond tout, où en réalité on n'a plus de mesure morale. On vend des médicaments et on trafique de la drogue, on vend de la viande de boeuf et on trafique de la vache folle. On vend des armes, ce qui est tout à fait normal puisque cela fait partie d'une politique de défense, et on trafique des armes afin de pouvoir s'enrichir d'une manière éhontée."


Souvenir aussi du ministre de la Défense, le Charles De Gaulle : vous étiez en fonction quand la marine a pris possession de ce navire. Est-ce un navire qui a le mauvais oeil ?

- "Non, à mon avis le Charles De Gaulle, qui est sans doute un prototype intéressant, est le dernier avatar d'un mode de gestion bureaucratique, centralisé, colbertiste, d'une partie du ministère de la Défense. D'ailleurs, lorsque j'y étais, on a engagé une réforme de la DGA - la Direction Générale de l'Armement -, et de la DCN - la Direction des Constructions Navales -, car on se rend bien compte que lorsqu'il n'y a ni concurrence ni transparence, il n'y a plus de contrôle. A partir de ce moment-là, on en arrive au résultat que l'on connaît. D'ailleurs, ces systèmes sont des systèmes qui provoquent des ennuis techniques importants ou même terribles, tels que ceux que l'on constate aujourd'hui, mais en même temps couvrent un certain nombre d'affaires qui sont tout à fait condamnables. Aujourd'hui, chacun sait qu'il y a une affaire de la Direction des constructions navales. Lorsque j'étais ministre de la Défense, j'ai fait une note pour tout mettre en oeuvre afin d'arrêter ce type d'affaire. Aujourd'hui, je m'étonne d'ailleurs que le Parquet de Paris n'ait pas poursuivi l'enquête sur la DCN, et que cette enquête est, apparemment, bloquée."

Le ministre actuel de la Défense, a demandé une enquête sur cette fameuse affaire d'hélices, les failles dans cette fabrication. Elle met en cause la société qui les fabriquait, ce n'est pas terminé. A votre avis, il y a d'autres responsabilités ?

- "A mon avis, c'est le système qui n'est pas bon. Un système sans concurrence, sans transparence conduit à des aberrations.
J.-J. Servan-Schreiber à une époque avait écrit un ouvrage sur le problème du Concorde. On est dans une situation un peu similaire. C'est une situation qui est très préoccupante pour la défense française. J'avais souligné le problème quand j'étais en poste. Pour pouvoir avoir une défense aéronavale, il faut avoir au moins deux porte-avions. Or aujourd'hui, on a un porte-avions qui est expérimental et qui va d'ennuis en ennuis technique et il nous en faudrait un second. Je crois qu'il y a une réflexion à mener. Rien ne sert de vouloir faire des expériences techniques extraordinaires. Il vaudrait mieux en fait construire des porte-avions qui soient solides, capables de porter des avions et des troupes, et qui puissent nous permettre de jouer notre rôle dans le monde, dans des endroits où la France a besoin d'être présente."

Vous avez tout perdu après les dernières régionales : la région dont vous étiez président, beaucoup d'amis, tout cela parce que vous vouliez vous allier avec le Front national. Aujourd'hui, vous êtes candidat à la mairie de Lyon. C'est le retour de C. Millon, la vengeance ?

- "Pas du tout. D'abord, je le dis d'une manière très claire : j'ai respecté les règles démocratiques, je n'ai jamais en fait, engagé une quelconque alliance, comme vous semblez le dire ..."

Il y a eu un moment d'alliance !

- "Non, il y a eu simplement le respect de la démocratie. C'est-à-dire que, lorsqu'il y a des élus qui sont porteurs de voix, ils peuvent s'exprimer en mettant ces voix-là sur un programme ou sur un homme. C'est le premier point. Le deuxième point est que je participe aux élections municipales de Lyon parce que je crois qu'il est nécessaire de rappeler un certain nombre de principes politiques. Le système des partis est en train d'arriver actuellement à un essoufflement, sinon même à une fin. On déguise, on habille, on triche, comme le révèlent aujourd'hui un certain nombre d'affaires qui font la Une des journaux. Je croix qu'il y a un besoin de rupture. Je propose qu'à Lyon il y ait cette rupture : rupture au niveau de la gestion, du programme, de la méthode. C'est tout ce que je propose aux Lyonnais. Je le fais d'une manière très tranquille, parce que je crois qu'aujourd'hui, la plupart des citoyens se rendent compte qu'il y a un besoin non seulement de renouvellement mais même de rupture."

J. Tiberi, à Paris, est rejeté par P. Séguin. Vous êtes un peu dans la situation, vous aussi, d'un "J. Tiberi lyonnais", car le candidat officiel dit : "pas question d'alliance avec C. Millon pour le second tour ."

- "Cela n'a strictement rien à voir. D'abord, parce que je ne suis pas candidat sortant. Deuxièmement, parce que je suis là pour pouvoir porter un programme et je n'ai pas à rendre de comptes sur un bilan."

D'accord, mais on dit : "pas d'alliance avec C. Millon, quoi qu'il arrive." C'est-à-dire que vous restez un peu le pestiféré de Lyon, si je puis me permettre.

- "Pestiféré par qui et pestiféré de quoi ?! Pestiféré par des partis politiques qui aujourd'hui sont empêtrés dans des affaires, qui passent leur temps à mettre sur pied des querelles constitutionnelles pour pouvoir en fait préparer des élections présidentielles au profit de tel ou tel ? Pestiféré pourquoi ? Pour avoir simplement respecté la démocratie ! Oui, je vais devant les électeurs."

S'ils ne veulent pas d'alliance avec vous, que leur dites-vous ?

- "Cela signifie qu'ils veulent la victoire de la gauche ! Parce qu'aujourd'hui, on n'injurie pas 15, 18 ou 20 % des électeurs. Si ces 15, 18 ou 20 % des électeurs choisissent le programme que je présente, les équipes que je présente ..."

Vous êtes prêt à une alliance ?

- "Ma position est tout à fait claire, je l'ai dit : le soir du premier tour, je proposerai que sur mes listes vienne y participer toute personne qui partage les convictions qui sont les miennes, la charte de déontologie que tous les candidats ont signé préalablement - pour nous la morale n'est pas un moyen de faire de la politique, mais un préalable, un préambule - et qui sont prêts à porter le programme que je présente aujourd'hui aux Lyonnais."

La gauche peut gagner Lyon selon vous, comme le disent les sondages ?

- "La gauche comme la droite peuvent gagner une compétition électorale. Aujourd'hui, si la droite lyonnaise est intelligente, si elle est capable de s'unir sur un programme et non pas à partir d'alliances tactiques ou partisanes, alors la droite gagnera."


Il n'y a pas lieu pour vous à faire repentance, on l'a compris ce matin, sur le passé. Pas de repentance de C. Millon ?

"On est en train de mélanger morale et politique à nouveau. Oui, j'ai une conception morale mais je ne suis pas là pour mélanger morale et politique. La morale, pour moi, n'est pas un instrument de la politique, c'est un préalable."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 27 décembre 2000)

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