Déclaration de M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur, sur l'assassinat de deux policiers et sur la difficulté du métier de policier, Narbonne le 12 janvier 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur, sur l'assassinat de deux policiers et sur la difficulté du métier de policier, Narbonne le 12 janvier 2001.

Personnalité, fonction : VAILLANT Daniel.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Hommage solennel rendu le 12 janvier 2001 aux lieutenants de police Patrick Rigaud et Hervé Prior, victimes d'un assassin le 8 à Narbonne (Aude)

ti : C'est le coeur bien lourd, rempli d'une émotion intense et profonde, et d'une extrême tristesse, que nous sommes réunis ce jour pour honorer la mémoire des lieutenants Patrick RIGAUD et Hervé PRIOR policiers victimes d'un assassin alors qu'ils répondaient, fidèles à leur devoir, à un appel à police-secours, le 8 janvier dernier.

Mes premières pensées vont vers vous, Mesdames, et vous leurs enfants, Virginie et Delphine RIGAUD, Anne, Jean-Baptiste et Paul PRIOR ,vers vos familles, vos amis et vos proches.

Je veux m'associer aussi au deuil des deux autres familles, celles de Madame MICHAUD et de ses enfants et de Madame HERRERO, dont les époux ont été, eux aussi, victimes de cet acte barbare.

Je vous présente, à toutes et à tous, au nom du Premier ministre, Monsieur Lionel JOSPIN, au nom de l'ensemble des membres du Gouvernement, en mon nom personnel, et aussi au nom de toute la police nationale, mes condoléances les plus attristées et le témoignage de notre profonde compassion.

Soyez assurés, dans ces moments où la douleur la plus insupportable se mêle à la stupeur et à l'incrédulité, en ces instants si cruels, de la solidarité et du soutien de la Nation toute entière, ici représentée par tous ceux, membres de vos familles, proches, collègues, voisins, qui vous entourent et qui ont tenu à partager votre peine et votre douleur.

Soyez assurés aussi du respect de nos concitoyens et de leur sollicitude à votre égard.

J'exprime à Monsieur le Préfet de l'Aude, à Monsieur le directeur départemental de la Sécurité Publique, aux commissaires, aux officiers, aux gradés et gardiens, aux adjoints de sécurité et aux policiers auxiliaires- et tout particulièrement aux policiers et aux personnels du commissariat de Narbonne qui travaillaient avec vos époux et vos pères, dont ils partageaient tous les instants de la vie professionnelle -la part personnelle que je prends à leur douleur. Je les assure de toute ma sympathie. Je partage leur sentiment d'effroi et d'indignation. Je partage leur consternation.

A tous, je veux redire que tout sera fait pour que l'auteur de ces actes odieux soit arrêté et traduit devant la justice.

Patrick RIGAUD, âgé de 45 ans, était le père de deux enfants. C'était un homme discret et posé, un professionnel efficace et compétent. Un homme calme et pondéré qui accomplissait son métier de policier avec humanité et même humanisme. Tous l'appréciaient. Entré dans la Police nationale en 1977 comme gardien de la paix dans les Compagnies Républicaines de Sécurité, il avait rejoint en 1980 les services de sécurité publique à Marseille et y avait exercé pendant quinze années, avant d'être affecté à sa demande dans l'Aude dont il était natif, précisément à Narbonne où il travaillait depuis cinq ans.

Hervé PRIOR était âgé de 40 ans et père de trois enfants. Sportif accompli, dynamique, toujours de bonne humeur, ses amis de Lézignan en parlent comme d'un homme au caractère exceptionnel. Ce rugbyman aimait la police. Parallèlement, il avait fondé une belle et grande famille et savait concilier, malgré les impératifs de sa fonction, sa vie familiale avec ses activités professionnelles. Entré dans la Police Nationale en 1982, comme gardien de la paix dans les Compagnies Républicaines de Sécurité, il avait rejoint en 1990 les services de la circonscription de Sécurité Publique de Carcassonne, avant de servir, à partir de 1994 à Narbonne.

Ces deux fonctionnaires, très appréciés de tous pour leurs qualités humaines, étaient également particulièrement bien notés par leur hiérarchie. Compétents, responsables et volontaires, ils s'acquittaient en effet de leurs missions avec une disponibilité et un dévouement dignes d'éloges et qui faisaient l'unanimité.

Nos concitoyens savent, bien sûr, que les policiers exercent un métier difficile. Mesurent-ils pour autant le caractère omniprésent du risque ? Les semaines qui viennent de s'écouler -ces semaines qui auraient dû être une période de réjouissances et de fêtes- ont vu au contraire quatre morts successives de policiers et de gendarme. Le sentiment qui l'emporte est celui de l'incompréhension et de la tristesse. Puissent les Français comprendre combien il faut de don de soi et d'altruisme, pour être ainsi à tout instant en première ligne du combat pour la sécurité.

Les policiers exercent en effet leurs missions, toujours délicates et souvent dangereuses, avec sang-froid, savoir-faire et courage.

Dans leur métier, comme on le voit malheureusement chaque jour, le risque est partout présent. Il ne l'est pas seulement dans les interventions jugées difficiles ; il surgit, sous les formes les plus inattendues et les plus dramatiques, lors d'interventions les plus banales en apparence.

Le 8 janvier dernier, les lieutenants RIGAUD et PRIOR répondaient à un appel de détresse, comme il en arrive des milliers chaque jour dans les commissariats. Ils se rendaient sur les lieux afin de porter secours et d'exercer leur mission de gardien de la paix.

Dans ces moments tragiques, nos concitoyens doivent plus que jamais prendre conscience que sans les fonctionnaires de police, il n'y aurait ni liberté, ni cohésion sociale, ni démocratie.

Nos concitoyens doivent prendre conscience que le métier de policier c'est le risque assumé, parfois jusqu'à la mort, pour faire face aux situations les plus inattendues, les plus difficiles, les plus violentes.

Ils doivent aussi savoir que si la police est en première ligne dans la lutte contre l'insécurité, dont elle paie déjà le plus lourd tribut, elle ne peut vaincre seule. Son combat doit être porté, amplifié et relayé par l'ensemble du corps social et des institutions.

Le travail des policiers doit se faire dans le respect de la loi et de la déontologie mais ne doit pas faire l'objet de suspicion ou de dénigrements permanents.

Ce drame doit conduire la Nation à renforcer encore la considération qu'elle porte à ceux qui, au nom de la République, sont en charge de la sécurité publique et à renforcer encore le soutien qu'elle doit porter à chacun des fonctionnaires de la police nationale.

La Nation doit aujourd'hui hommage et être reconnaissante à ces deux hommes qui luttaient avec efficacité et un courage exemplaire contre l'insécurité quotidienne et qui en sont morts.

Rien ne pourra jamais combler la disparition des lieutenants Patrick RIGAUD et Hervé PRIOR dans l'amour et l'affection de leurs familles et de leurs proches.

La citation à l'ordre de la Nation, la croix de chevalier de la Légion d'honneur, la médaille d'honneur de la police nationale et la médaille d'or des actes de courage et de dévouement, qui viennent de leur être décernées à titre posthume, ne sont que le juste témoignage de la reconnaissance de la Nation.

Leur promotion dans le corps des officiers est la marque du respect qui leur est dû.

La solidarité de la police nationale continuera, elle , à se manifester auprès de vos familles, et tout sera fait pour vous aider. J'y veillerai personnellement.

Chacun, j'en suis certain, aura aussi à coeur d'apporter à vos familles et à vos amis, l'amitié et le réconfort dont nous voulons tous vous entourer et dont vous avez si grand besoin.

M'associant à tous ceux qui assistent à cette cérémonie, et à toutes celles et tous ceux qui, dans tous les commissariats de France sont présents à vos côtés par la pensée, je m'incline de nouveau Mesdames - avec recueillement - devant votre douleur et celle de vos enfants. Je vous assure, ainsi que vos familles et vos proches, des sentiments d'estime et d'affection que vous portent tous les citoyens de notre pays.

Nous n'oublierons jamais ces terribles journées de janvier 2001, ces journées de deuil et de larmes. Nous n'oublierons pas les lieutenants Patrick RIGAUD et Hervé PRIOR dont le sacrifice restera à jamais dans nos mémoires et dans nos coeurs.


(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 18 janvier 2001)

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