Point de presse de MM. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères et Joschka Fischer, ministre allemand des affaires étrangères, sur le dîner pour le départ de Mme Madeleine Albright, secrétaire d'Etat américain, le projet de défense anti-missiles américain et les relations franco-allemandes depuis le traité de Nice. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Point de presse de MM. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères et Joschka Fischer, ministre allemand des affaires étrangères, sur le dîner pour le départ de Mme Madeleine Albright, secrétaire d'Etat américain, le projet de défense anti-missiles américain et les relations franco-allemandes depuis le traité de Nice.

Personnalité, fonction : , , FISCHER Joschka, VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères; ALLEMAGNE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Visite de M. Joschka Fischer, ministre allemand des affaires étrangères, à Paris le 11 janvier 2001

ti : Mesdames et Messieurs,

Je viens de recevoir avec plaisir pour un déjeuner de discussion et de travail M. Fischer, qui est à Paris à l'occasion du dîner que j'offre ce soir pour Madeleine Albright, quelques jours avant qu'elle quitte ses fonctions. Nous en avons profité pour nous voir et pour discuter comme nous le faisons régulièrement dans un climat évidemment amical et détendu.

Nous avons parlé de beaucoup de choses : de la situation européenne après Nice et ce Traité qu'il faut maintenant achever de mettre en forme juridique, ensuite ratifier, ensuite l'utiliser car il comporte beaucoup de potentialités nouvelles. Nous avons réfléchi sur les différents sujets sur lesquels il faut continuer à travailler et préciser les choses ; l'élargissement puisque nous allons cette année voir les négociations d'adhésion s'accélérer et être de plus en plus concrètes et détaillées comme déjà nous l'avons obtenu ces derniers mois, il faut que les choses avancent. Nous avons réfléchi sur un ensemble de sujets touchant à la PESC.

Nous avons également parlé du Proche-Orient.

J'avais d'ailleurs reçu ce matin M. Ben Ami qui était de passage à Paris.

Nous avons eu une très bonne conversation très complète, très détendue, sans ordre du jour très formel, parce que c'est l'esprit de nos rencontres régulières qui est plutôt celui d'une conversation qu'une négociation. Et nous sommes là pour peu de temps parce que M. Fischer a des obligations.

Q - Avez-vous discuté de l'évolution de l'Union européenne à long terme. D'une constitution européenne ?

R - On n'a pas parlé en détail des différents projets pour le long terme, d'abord on a eu souvent l'occasion d'en parler tous les deux, je dirai même que l'on a un dialogue amical et continu sur cette question ; d'autre part, Nice a été conclu il n'y a pas tellement longtemps et à Nice nous nous sommes mis d'accord à Quinze pour qu'il y ait un dispositif qui concerne le post-Nice, qui prévoit un certain nombre de choses notamment en 2004 et avec des débats avant et on est que quelques jours après, vous savez. Il n'y avait pas d'éléments nouveaux par rapport à cela et évidemment on aura l'occasion de reparler de ces questions, de les approfondir, mais ce n'était pas une question immédiate pour aujourd'hui.

Q - Cela va-t-il être discuté à la fin du mois lors du sommet franco-allemand ?

R - C'est un dîner, c'est une rencontre amicale, un dîner de discussion : président, chancelier, Premier ministre et les ministres.

A priori, il n'y a pas d'ordre du jour officiel, parce que c'est un dîner, donc on parlera de tout ce qui viendra naturellement dans la conversation .

(¿)

Q - Deux petites questions ; une question pour M. Fischer : est-ce que vous souhaitez que la France entre rapidement dans le débat sur l'avenir de l'Europe et qu'elle présente, comme vous l'avez fait au printemps, son projet pour l'avenir de l'Europe ?

Et deuxième question pour tous les deux : Au moment où vous allez faire vos adieux à Mme Albright en tant que Secrétaire d'Etat, quel est votre sentiment sur son action ?

(¿)

R - Sur le débat européen, je voudrais vous dire de ne pas vous inquiéter parce que le débat sur l'avenir de l'Europe va, de toute façon, se poursuivre et s'amplifier tout seul et nous y participerons pleinement.

En ce qui concerne Madeleine Albright, le simple fait que ce dîner ait lieu est un signe des relations exceptionnelles qu'elle a nouées avec quelques-uns des collègues avec qui elle a eu à travailler le plus. Je crois qu'elle aura marqué ce poste avec un éclat exceptionnel dont on se souviendra longtemps.

Q - Il y a des reportages vis-à-vis de l'OTAN, des positions entre les membres européens et américains de plus en plus éloignées ; avec l'Administration Bush et surtout avec cette question de l'uranium appauvri ; est-ce que vous avez des soucis ? Est ce que vous pouvez répondre tous les deux de cette administration qui va venir prochainement ?

R - Je répondrai que le dîner de ce soir est un dîner amical, ce n'est pas une rencontre diplomatique et que je ne peux pas faire de commentaires sur la politique d'une administration qui n'est pas encore en poste. Et donc on verra bien. D'autre part, je n'ai pas le sentiment qu'il y ait aujourd'hui des problèmes particuliers au sein de l'OTAN. Il y a toujours des discussions entre les différents alliés, je n'ai pas le sentiment qu'il y ait des problèmes particulièrement difficiles en ce moment.

Q - Est ce que vous désapprouvez les projets antimissiles de l'administration américaine et particulièrement des Républicains ?

R - La France et plusieurs autres pays européens ont eu l'occasion d'exprimer leurs interrogations ou parfois leurs préoccupations à propos de ces projets. La plupart des européens, si je me rappelle bien, avaient trouvé très sage de la part du président Clinton de reporter la décision en attendant que d'autres tests techniques aient permis de savoir quelle était la réalité scientifique du projet. Par ailleurs les Européens ont toujours demandé à leurs alliés américains de ne pas parvenir à des conclusions définitives sur ces éventuels projets sans avoir attentivement écouté leurs alliés. Cela a été dit au cours des mois écoulés et rappelé encore à l'automne. Nous sommes à quelques jours du changement d'administration ; le plus raisonnable est d'attendre que la nouvelle administration américaine se soit installée, qu'elle ait commencé à travailler, qu'elle ait précisé ses options, et à ce moment là on verra, on verra dans le cadre du dialogue que nous souhaitons entretenir constamment avec nos amis américains, comme cela se présente exactement, et on verra à ce moment là, ce que l'on a à leur dire ou pas, les questions que l'on a à poser ou pas. Là, c'est un peu prématuré, on est un peu entre les deux.

Je voudrais dire à Monsieur, que ne croyez pas que le fait de se rencontrer pour déjeuner ou dîner soit un mauvais signe. On vient de se dire tous les deux que l'on allait se voir encore plus qu'avant. Ce n'est pas un mauvais signe.

Q - En ce qui concerne l'uranium appauvri et l'application du principe de précaution, comme c'était le cas pour la vache folle, on voit l'Italie défendre sa position, la France, l'Europe va-t-elle se retrouver pour travailler sur ce problème sérieusement ?

R - Cela va l'occuper d'autant et il a été décidé il y a 2, 3 jours de collecter toutes les informations nationales. Au sein de l'OTAN, il a été créé un comité spécial par rapport à cela. Il y a une demande de transparence et d'informations exactes de la part de tout le monde pour savoir exactement quelle est la réalité de la situation. Donc, je crois que le plus raisonnable c'est d'attendre que l'on y voit clair sur ce point. Cette démarche d'information et de clarification est en cours, elle sera menée avec diligence.

(¿)

Q - Est ce que les discussions au Sommet de Nice ont changé quoi que ce soit dans les relations franco-allemandes ?

R - Ce qui me paraît très important dans le cas de Nice, c'est que, alors que les Quinze avait échoué il y a trois ans et demi à trouver une solution à ces problèmes, les Quinze ont trouvé ensemble une solution au problème posé. C'est aussi satisfaisant du point de vue de l'Allemagne que de la France et à cet égard. Je crois que la plupart des commentaires qui ont été faits sur Nice sont extraordinairement erronés. C'est très important d'avoir eu ce résultat, cela nous permet de continuer à travailler avec une meilleure base avec un meilleur traité, cela va nous permettre d'accélérer les négociations d'adhésion dans les meilleures conditions possibles pour que l'élargissement soit réussi, nous allons pouvoir utiliser les potentialités du nouveau traité notamment en matière de majorité qualifiée, en matière de coopération renforcée. Cela suppose qu'il soit ratifié naturellement. Nous avons donc une perspective qui se présente évidemment infiniment mieux que dans l'autre hypothèse ; y compris la perspective de l'après-Nice qui se développera normalement avec le temps, qui n'existerait pas si l'on n'avait pas trouvé cet accord.

Donc, il me semble que l'on ne peut qu'être heureux les uns et les autres au sein des Quinze devant cette situation. On a surmonté ce problème qui était posé depuis la CIG de 1996-1997 et qui avait échoué.

Il me semble que pour la France et l'Allemagne c'est excellent d'être ensemble dans cette situation . Les Quinze ont réussi.

(¿)./.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 janvier 2001)

Rechercher