Interview de M. Jean Glavany, ministre de l'agriculture et de la pêche, à RTL le 10 janvier 2001 sur la sécurité alimentaire, notamment les tests des animaux pour la consommation, leur coût, l'abattage des troupeaux. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean Glavany, ministre de l'agriculture et de la pêche, à RTL le 10 janvier 2001 sur la sécurité alimentaire, notamment les tests des animaux pour la consommation, leur coût, l'abattage des troupeaux.

Personnalité, fonction : GLAVANY Jean, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de la pêche

ti : O. Mazerolle Combien y aura-t-il de tests réalisés en France, combien de laboratoires seront agréés à la fin du mois de janvier ?

- "Nous avons débuté le mois de janvier avec 13 laboratoires agréés et nous en sommes à 19 aujourd'hui, nous en serons sûrement à 26 dans le courant de la semaine prochaine. A la fin du mois, il y en aura une trentaine. Nous avons débuté la première semaine avec 14 357 tests exactement, ce qui, pour moi, relève de l'exploit. Cette semaine, nous sommes à 4 100 tests quotidiens. Donc, on sera à plus de 20 000 par semaine. Les objectifs qu'on s'était fixés sont atteints d'ores et déjà, même si je reconnais qu'on a eu des difficultés la semaine dernière. Mais c'était normal qu'on trouve des difficultés parce que c'est un programme d'une ambition folle, que nous sommes les premiers à mettre en place en Europe. Je rappelle que nous avons été les premiers à avoir fait des tests dans toute l'Europe l'année dernière. On en avait faits 20 000 en six mois ; là, il s'agit d'en faire 20 000 par semaine. C'est donc une survitesse extraordinaire."

Cela veut dire que fin janvier on pourra tester tous les animaux proposés à la consommation ?

- "Cela veut dire que d'ores et déjà, cette semaine, on peut tester tous les animaux qui arrivent dans les abattoirs puisqu'on était à 20 000 par semaine pendant la crise. Ce qu'il faut maintenant, c'est monter en régime pour être prêts à faire face à la reprise de la consommation de sortie de crise que nous espérons tous et que nous appelons de nos voeux."

Qui apparaît déjà ?

- "Très faiblement."

Justement, déjà les responsables des abattoirs disent : "On est en difficulté, on voudrait des ristournes fiscales pour faire face à nos difficultés."

- "Je voudrais dire ici clairement que, dans cette crise bovine, il y a eu beaucoup de victimes, de sinistrés économiquement : les éleveurs, on en parle souvent car les organisations professionnelles agricoles sont leur porte-parole et leur porte-drapeau surtout en période de campagne électorale agricole, mais les entreprises aussi et les salariés des entreprises de milieux de filières, les abatteurs et les transformateurs sont aussi sinistrés. Nous avons mis en place un plan, une série de mesures pour leur venir en aide. Nous sommes en train d'essayer de les accompagner le mieux possible. Il doit y avoir une réunion très prochainement au ministère des Affaires sociales pour refaire le point avec eux. Je sais que ces entreprises souffrent beaucoup. C'est pour cela qu'il faut qu'on sorte au plus vite de cette crise."

De votre point de vue, c'est au consommateur de payer le surcoût de la sécurité provoqué par les tests notamment ?

- "Oui. Je crois que les tests coûtent 400 à 500 francs par carcasse. Cela veut dire, grosso modo, 1 franc à 1,50 franc le kilo. Cela veut dire que le coût du steack qui fait 100 ou 150 grammes sera de 15 ou 20 centimes plus cher. Je pense que les Français peuvent comprendre et accepter que la viande ainsi sécurisée ait un coût. Il faut dire aujourd'hui à tous les auditeurs qu'il n'y a plus un bovin de plus de 30 mois qui arrive sur le marché sans qu'il ait été testé et nous sommes le seul pays d'Europe à le faire aujourd'hui. Ce n'est pas la sécurité 100 % mais c'est une sécurité supplémentaire. Cela a un coût. Je pense que les Français sont prêts à payer ce coût, et je voudrais que tout le monde l'accepte."

A propos des tests, on a détecté un animal, né en 1998 dans le Calvados, qui pourrait être atteint de cette maladie de la vache folle. Ce serait inquiétant parce depuis 1996 en principe on ne trouve plus de farines animales fabriquée avec des morceaux dangereux.

- "Cela demande à être confirmé parce qu'il y a eu plusieurs alertes de ce type depuis plusieurs mois et elles n'ont à ce stade jamais été confirmées. Nous attendons donc l'avis de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments ; que son laboratoire central confirme ou pas les tests positifs. Si tel devait être le cas, ce serait effectivement une nouveauté inquiétante comme vous dites, en tout cas une nouveauté, qui contredit un certain nombre d'affirmations scientifiques. Mais je dirais que l'immense majorité de tous les cas positifs qui ont été décelés jusqu'à maintenant - 235 cas je pense depuis le début de l'épizootie en France - sont tous nés avant 1996. Il y en a un qui est né après 1996, mais cela ne suffit pas à créer une inquiétude particulière. C'est une anomalie statistique qui confirme la règle."

Autre protestation permanente des éleveurs : à l'heure actuelle, quand un animal est déclaré malade dans un troupeau, tout le troupeau est abattu. On dit que ce n'est peut-être pas nécessaire. Et d'ailleurs en Suisse, on a découvert qu'a priori, dans un même troupeau, ce sont les animaux du même âge que celui qui est déclaré malade qui sont les seuls atteints. Envisagez-vous de revenir sur cette mesure de l'abattage collectif du troupeau ?

- "Je ne l'exclus pas. Mais il faut se souvenir pourquoi nous avions pris cette décision - en l'occurrence c'était même avant que je sois ministre que cette décision a été prise. C'était sur la recommandation des scientifiques qui avaient dit que quand on trouve un cas d'ESB dans un troupeau, il faut abattre tout le troupeau car on considère que ce dernier a été exposé globalement aux mêmes risques. Depuis, on abat et on indemnise bien, même si je sais que le traumatisme dépasse le problème financier. On indemnise bien les éleveurs dont on abat tous les troupeaux. Maintenant, peut-on se contenter de n'abattre qu'une partie de ce troupeau, la cohorte, la classe d'âge ? Je suis prêt évidemment ; cela coûterait moins cher à l'Etat, ce serait un dispositif moins lourd à mettre en oeuvre. Simplement, puisque ce sont les scientifiques qui nous avaient recommandé d'abattre tout le troupeau, j'ai saisi l'AFSSA pour savoir si la situation actuelle permettait de changer le dispositif. Si elle me donne le moindre feu vert ..."

Réponse quand ?

- "Dans les semaines qui viennent."

Deux, trois semaines ?

- "Je ne peux pas préjuger du temps que prendront les scientifiques pour me répondre."

A propos des farines animales, le Président de la République était le premier en France à dire : "Il faut interdire les farines animales."

- "Non."

Il a pris de l'avance ?

- "Il n'avait pas été le premier. Je crois qu'il a été le premier à changer si spectaculairement d'avis. Mais nous, on y travaillait depuis des mois et des mois. J'ai été sûrement le premier en Europe à dire aux ministres de l'Agriculture de l'Europe ..."


Vous l'avez dit pendant 18 mois !

- "Parce que j'ai essayé de convaincre mes partenaires européens. L'Europe c'est long, lourd, c'est vrai. En tout cas maintenant, je dois dire que le dispositif européen est 100 % français."

Il y a les farines animales, maintenant il nous dit "qu'il faut une année utile" puis il dit "qu'il faut le crédit d'impôt pour les bas revenus" et boom, voilà que le Gouvernement va prendre le crédit d'impôt.

- "Ce n'est pas décidé."

Encore une fois le Président de la République a pris un coup d'avance ?

- "A ma connaissance, ce n'est pas décidé. C'est une situation qui est difficile puisque nous avions prévu une baisse d'impôt considérable pour les Français qui devait se traduire dès ce mois de janvier par une baisse de la CSG pour les bas revenus, ceux qui sont en dessous de 1,4 fois le Smic, ce qui représentait 150 ou 200 francs de plus pour des ménages dès ce mois de janvier sur leur feuille de paie. Ils en sont privés à cause de la droite, à cause d'un recours au Conseil constitutionnel, d'une décision qu'il faut appliquer du Conseil constitutionnel, même si à certains égard elle est un peu surprenante. En tout cas, on ne s'y attendait pas compte tenu..."

Vous êtes de ceux qui disent que le Conseil constitutionnel est un peu...

- "Non je ne dis pas."

Vous le pensez tellement fort...

- "Disons que compte tenu de toutes les études qu'on avait faites avant sur cette mesure concernant la CSG, des consultations qu'on avait faites de certaines instances et notamment du Conseil d'Etat, des délibérations qu'on avait eu entre nous, on n'avait aucune raison de penser que le Conseil constitutionnel irait dans ce sens. Il l'a fait. On peut penser ce qu'on veut - évidemment comme citoyen je peux penser ce que je veux du Conseil constitutionnel - mais cette décision s'applique au Gouvernement et nous l'appliquons. Ces Français qui devaient avoir 150 ou 200 francs de plus sur leur feuille de salaire au mois de janvier, qui en sont privés alors qu'ils s'y attendaient, le déplorent. Il faut trouver les moyens de leur réaffecter ce pouvoir d'achat que nous avions prévu collectivement de leur affecter."

Que le Président de la République prenne toujours un coup d'avance, cela vous gêne et vous irrite ?

- "Il y a ceux qui parlent et ceux qui font. Le Président de la République est dans une position où il commente l'actualité politique, où il commente l'action du Gouvernement."

C'est le concurrent d'A. Duhamel selon vous ?

- "Oui, c'est une sorte de gouvernement de la parole. Honnêtement, je respecte beaucoup le gouvernement de la parole, y compris celui d'A. Duhamel ; mais je pense qu'on attend autre chose du Gouvernement de la République que le commentaire."

Il incite quand même pour le crédit d'impôt : regardez, cela va peut-être se faire !

- "Le Président de la République est par définition aux premières loges car il préside le Conseil es ministres. Donc, il sait ce que le Gouvernement fait, prépare les sujets sur lesquels il travaille. Si systématiquement au moment où le Gouvernement va prendre une décision le Président de la République dit..."

Il a ses espions ?

"On travaille au grand jour : il préside le Conseil des ministres. Si au moment où le Gouvernement va prendre une décision il se précipite vers les micros en disant : " il faut que...", très sincèrement cela peut faire illusion mais je ne suis pas sûr que ce soit ce que les Français attendent du Président de la République. C'est ma conviction personnelle. Dans l'affaire des farines animales dont vous parliez, il a peut-être pris position mais moi je circule beaucoup dans les milieux européens, dans les milieux des entreprises, dans le milieu des éleveurs : je ne suis pas sûr que cette position précipitée lui ait portée beaucoup de crédit. Je n'en suis pas sûr du tout."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 10 janvier 2001)

Rechercher