Déclaration de M. François Huwart, secrétaire d'Etat au commerce extérieur, sur l'analyse de la crise financière asiatique de 1998, les moyens mis en oeuvre pour la circonscrire, la réflexion française sur la nécessité de réformer le FMI et de réguler les marchés financiers et monétaires et sur l'insuffisante présence économique française en Asie, à l'Assemblée nationale, le 14 décembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Huwart, secrétaire d'Etat au commerce extérieur, sur l'analyse de la crise financière asiatique de 1998, les moyens mis en oeuvre pour la circonscrire, la réflexion française sur la nécessité de réformer le FMI et de réguler les marchés financiers et monétaires et sur l'insuffisante présence économique française en Asie, à l'Assemblée nationale, le 14 décembre 2000.

Personnalité, fonction : HUWART François.

FRANCE. SE au commerce extérieur

Circonstances : Troisièmes rencontres parlementaires sur l'expatriation et la mondialisation, à l'Assemblée nationale, le 14 décembre 2000

ti : Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs,


Le programme de ces troisièmes rencontres parlementaires de l'expatriation et de la mondialisation est ambitieux. Nous partons d'un constat : celui d'une présence française trop modeste en Asie orientale. Au lendemain de la crise asiatique, quel rôle la France peut-elle revendiquer dans cet extrême-Orient qui rebondit avec vigueur ?

Vous vous interrogerez ce matin sur les stigmates d'une crise dont on a oublié déjà à quel point elle fut brutale.

Vous évoquerez ensuite les différents aspects de notre coopération et les attentes de nos expatriés, acteurs indispensables de notre rayonnement à l'étranger.

Sur ces différents points je vais esquisser devant vous quelques pistes de réflexion.

1. Tout d'abord, la crise asiatique, et, plus largement, les différentes crises dans les pays émergents sont venues nous rappeler que la mondialisation doit être accompagnée de politiques appropriées : politiques monétaires et politiques de change adaptées au contexte macroéconomique, bonne gestion des balances des paiements, renforcement des systèmes financiers et juridiques. Plus largement, la crise asiatique a bien mis en évidence le besoin d'une meilleure régulation du système financier et monétaire international, impliquant tous les acteurs de la communauté internationale, et notamment le secteur privé dans la prévention et la résolution des crises.

Nous avons maintenant une bonne compréhension des enchaînements à l'¿uvre lors de la crise asiatique. Elle est née d'une funeste interaction : l'effondrement des taux de change, lié à la perte de confiance des investisseurs internationaux, et la fragilité des structures de financement des entreprises, exposées à un endettement important en devises.

Cette crise, qui a éclaté en Thailande, avant de se propager aux différents pays de la zone, a révélé les déséquilibres microéconomiques et les insuffisances du système de régulation que cachait la croissance rapide des économies de la zone: suraccumulation du capital dans certains secteurs, inadéquation des structures bancaires, financières et industrielles et du cadre réglementaire national.

Les économies émergentes d'Asie touchées par la crise ont connu en 1999 un rebond rapide et fort, amorcé par le dynamisme de l'économie américaine et la vigueur de la demande en produits électroniques. Cette reprise s'est amplifiée et généralisée, dans un environnement international favorable et grâce au renforcement progressif des échanges intra-régionaux. Ces économies devraient connaître des performances de croissance très confortables entre 4 à 10 % en 2000, voire remarquables dans des pays comme Singapour et la Malaisie.

Mais l'assainissement des structures microéconomiques est loin d'être achevé :

- restructurations industrielles en Corée,
- réformes des secteurs bancaires et restructurations des dettes des entreprises privées en Indonésie et en Thaïlande,
- renforcement de l'appareil juridique.

Le potentiel de croissance de l'Asie émergente a été révisé à la baisse, suite à la crise asiatique. Il reste néanmoins très élevé, autour de 5-6 %, et l'Asie devrait rester la zone émergente la plus dynamique pour la décennie à venir en bénéficiant notamment de l'entrée de la Chine à l'OMC.

2. La France, et plus largement l'Union européenne ont maintenu une politique économique et financière active et volontariste dans cette zone pendant la crise.

a) Nous nous sommes d'abord refusés à tout protectionnisme. Alors que les comptes courants des pays d'Asie étaient fortement excédentaires, notamment du fait de la chute de leur demande intérieure, l'Union européenne a partagé, à part égale avec les Etats-Unis, l'absorption de ce déséquilibre.

b) L'Union européenne, et donc la France, en tant que premier actionnaire des institutions multilatérales (FMI, Banque Mondiale et Banque Asiatique) a joué de fait un rôle essentiel dès les premiers jours de la crise.

Celles-ci ont en effet très rapidement mis en ¿uvre des moyens financiers considérables. Elles ont apporté de plus une assistance technique et une aide projet pour la mise en ¿uvre de réformes structurelles. Elles ont enfin apporté leur aide dans l'accompagnement social de la crise et la mise en place des filets de protection sociale.

La France a contribué à la création du fonds fiduciaire d'assistance technique de l'ASEM et y a participé activement. Le dernier sommet des chefs d'Etat de l'ASEM a reconduit ce fonds dans des modalités qui seront précisées lors de la prochaine réunion des ministres des finances de l'ASEM.

c) L'Union européenne, et au premier chef la France, ont continué de mettre en ¿uvre leur aide bilatérale au développement, à la fois technique et financière et d'apporter leur soutien au crédit commercial. En France, notamment, les systèmes d'assurance-crédit publics ont joué un rôle extrêmement utile d'amortisseur dans les échanges et les flux financiers internationaux: ils ont évité toute sur-réaction.

Plus généralement, à la suite de la crise asiatique, la réflexion sur la réforme de l'architecture du système monétaire et financier international s'est approfondie. Force est de constater que les travaux ont bien avancé : sur la transparence des "hedges funds" (fonds spéculatifs à fort levier financier), la lutte contre le blanchiment des capitaux, ou encore l'implication du secteur privé dans la prévention et la résolution des crises. J'ai moi-même pu le constater au G 20 en octobre dernier, ou en Argentine en début de semaine.

3) Je voudrais souligner que l'engagement des pouvoirs publics en Asie est un engagement de long terme et qu'il n'a pas été remis en cause par la crise.

Les moyens humains du réseau public d'appui aux entreprises ont bien sûr été mobilisés pendant la crise.

Je me suis personnellement rendu en Malaisie, en Thaïlande, à Singapour ou encore tout récemment en Corée su Sud.

Nous avons organisé de grandes manifestations commerciales, en 1998 et 1999, à Jakarta, Tokyo, Manille, et à New Delhi, afin de consolider nos positions et de profiter de l'amélioration rapide de la conjoncture dans la zone.

4) Je me félicite enfin du maintien, voire du renforcement de la présence des entreprises françaises, même au plus fort de la crise, et mes interlocuteurs dans les différents pays d'Asie s'en sont montrés reconnaissants.

L'investissement étranger est justement un moyen efficace et rapide pour apporter les compétences, l'expérience et le savoir faire nécessaires aux restructurations et assainissements engagés dans la région.

Les flux d'investissement directs étrangers en provenance de la France vers les pays de l'ASEAN sont ainsi passés de 2,5 milliards de francs en 1996 à près de 8 milliards en 1998 alors que globalement ils avaient reculé de plus de 20 % dans la région. Les investissements français ont encore progressé de plus de 30 % en 1999 pour atteindre 11 milliards de francs. La France s'est ainsi hissée à la place de troisième investisseur européen derrière les Pays-Bas et l'Allemagne.

Enfin, les filiales des entreprises françaises dans les pays de l'ASEAN emploient environ 90 000 personnes.

5. J'en viens maintenant au dernier volet de mon intervention.

Je voudrais marquer mon regret face à la situation existante : de façon générale, le nombre d'expatriés français est faible au regard de celui des autres pays industrialisés. Cette particularité trouve certes son origine dans notre histoire, dans l'évolution de notre démographie et de notre vie économique. Mais cette présence humaine trop modeste à l'étranger nuit à notre rayonnement international. Notre présence en Asie, si elle a progressé de plus de 20 % entre 1995 et 1999, reste encore très insuffisante avec environ 40 000 personnes sur tout le continent. Ce qui est bien moins qu'en Europe, en Amérique du Nord et en Afrique.

Nous venons de mettre en place un nouveau statut de volontariat civil destiné à remplacer l'ancien dispositif des coopérants du service national en entreprise (CSNE). Il est rénové, élargi à toutes les catégories de diplômés, financièrement attrayant et les durées de missions sont maintenant variables. Au total, il me paraît adapté aux besoins des entreprises et notamment des PME et devrait leur permettre d'intensifier leur action internationale dans des conditions attractives.

6. Enfin, soyons attentifs aux évolutions de l'Asie de l'Est - l'ASEAN plus le Japon, la Chine et la Corée du Sud. Une nouvelle dynamique de l'intégration régionale asiatique est à l'¿uvre.

La crise asiatique a accéléré la transition des pays d'Asie du Sud Est vers des régimes de changes plus flexibles. Avec l'abandon du dollar comme point d'ancrage commun, les devises asiatiques sont devenues plus instables, ce qui devrait pousser les gouvernements à intensifier leur coopération monétaire.

Celle-ci a d'ailleurs trouvé un nouvel élan lors de l'initiative de Chiang Mai en mai 2000 qui élargit l'accord d'échanges de devises, mis en place en 1977, à l'ensemble des pays de l'ASEAN et aux trois " grands " pays, Japon, Chine et Corée du Sud. Cette initiative n'en est qu'à ses premiers balbutiements, elle peut constituer un premier pas vers un schéma plus ambitieux de coopération économique et monétaire.

Le Japon cherche à réaffirmer son pouvoir dans la zone pour contrebalancer la montée en puissance de la Chine, qui, de son côté, devrait rester concentrée sur les réformes structurelles que lui impose son entrée à l'OMC.

Le Japon vient ainsi de lancer un nouveau mouvement d'accords de libre-échange, avec Singapour aujourd'hui, avec la Corée demain.

L'accord de libre-échange entre le Japon et Singapour est un partenariat " New age " ambitieux. Il dépasse le libre-échange de marchandises et inclut le développement de coopération dans les technologies de l'information et la bio-technologie et surtout les échanges de personnes.

Pour conclure : la mondialisation, fruit du progrès technologique, est fondée sur les échanges de marchandises, les mouvements de capitaux, mais aussi et surtout sur les mouvements de personnes.

Mesdames et Messieurs, je vous souhaite donc bon courage pour la journée studieuse qui vous attend.

(Source http://www.commerce-exterieur.gouv.fr, le 28 décembre 2000)

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