Déclaration de M. François Huwart, secrétaire d'Etat au commerce extérieur, sur l'enjeu géo-stratégique des régions dans la mondialisation et sur la politique du commerce extérieur qu'elles développent avec l'aide du gouvernement, Lille le 21 décembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Huwart, secrétaire d'Etat au commerce extérieur, sur l'enjeu géo-stratégique des régions dans la mondialisation et sur la politique du commerce extérieur qu'elles développent avec l'aide du gouvernement, Lille le 21 décembre 2000.

Personnalité, fonction : HUWART François.

FRANCE. SE au commerce extérieur

Circonstances : Signature des PARDI (Programme d'action régionale pour le développement international) à Lille, le 21 décembre 2000

ti : Monsieur le président, Mesdames et Messieurs,

J'étais tout à l'heure à l'Université de Lille 2 pour rencontrer les étudiants et leur proposer ma vision d'une mondialisation bénéfique. L'ampleur et la rapidité des mutations actuelles n'ont rien de confortable ou de rassurant et je n'ai rien caché des défis auxquels nous sommes confrontés.

Mais ici, à Lille, dans cette région Nord-Pas-de-Calais industrieuse autant qu'industrielle, j'ai voulu partager avec eux ma certitude que nous n'avons pas à subir l'ouverture au monde comme un mal nécessaire. Bien au contraire, cette mondialisation est porteuse de grandes espérances. Oui, l'accélération des échanges est synonyme de croissance robuste et d'emplois nouveaux.

Cette conviction, je sais que tous ici, nous la partageons. Pourtant, cette région, plus que d'autres, a payé un très lourd tribut aux délocalisations, aux restructurations, à ce qu'on appelle le " dumping social ". Mais, plus que d'autres, cette région a les atouts pour rebondir, pour tirer profit de l'échange.

Des territoires au c¿ur de la mondialisation.

Mais avant de revenir plus longuement sur la politique du commerce extérieur qui nous réunit ce matin, je voudrais justement m'attarder sur ces atouts de la région dans la mondialisation.

A l'orée du XXIème siècle, les économies régionales s'imposent d'ailleurs de plus en plus comme une réalité géopolitique incontournable. Le Nord-Pas-de-Calais compte autant d'habitants que l'Irlande, pour un PIB comparable. La mondialisation renforce l'autonomie des régions et souligne à mes yeux le besoin de décentralisation. En effet, le rythme soutenu de l'innovation, comme l'accélération des échanges, imposent d'agir vite. Le temps de réaction des acteurs économiques doit être raccourci. La proximité avec les acteurs économiques, avec les chefs d'entreprise est donc plus que jamais gage d'efficacité. La recherche de l'efficacité, économique mais aussi démocratique, milite, je crois, pour un approfondissement de la décentralisation.

Je me contenterai de rappeler ici l'hommage rendu par le Premier ministre Lionel Jospin aux travaux de la commission Mauroy sous la forme d'un appel à lancer une 'nouvelle étape de la décentralisation'.

Le Nord-Pas-de-Calais est désormais la troisième région exportatrice de France. Elle a contribué l'année dernière à l'excédent commercial de la France à hauteur de près de 12 milliards de francs. Le Nord-Pas-de-Calais est en passe de réussir son insertion dans l'économie mondialisée. Et cette performance, tous ici, vous pouvez en revendiquez votre part de responsabilité.

Une région géo-stratégique.

Mais j'y vois ici la confirmation du paradoxe selon lequel " l'économie mondialisée reste une économie de proximité. " Les chiffres ne démentent pas l'intuition, puisque les 3/4 des exportations de la région sont à destination de l'Union et que l'Union économique Belgique Luxembourg, l'Allemagne et la Grande-Bretagne restent les premiers partenaires commerciaux.

Dans ce contexte, les atouts du Nord-Pas-de-Calais ont la force de l'évidence : ¼ de la population européenne vit dans un rayon de 300 km. A proximité des capitales, Paris, Londres, Bruxelles, comme des grands ports de l'Europe du Nord , Dunkerque, Anvers, Rotterdam.

En outre, l'économie mondialisée est une économie de réseaux. Par leur fluidité, par les interconnexions qu'ils autorisent, ces réseaux tendent à abolir les hiérarchies, les intermédiaires. On négocie directement de région à région, de ville à ville, d'entreprise à entreprise : from Business to Business, B to B comme disent les Américains. Comme le souligne Jean-Claude Bourdier dans son rapport à mon collègue Christian Pierret, la proximité des réseaux hauts débits, c'est à dire l'Internet de demain, est d'ores et déjà un élément fondamental dans le choix d'implantation d'une entreprise.

Cela suppose des efforts d'investissement très importants dans les années à venir pour créer ces grandes artères numériques. Mais, le risque évident est de voir apparaître une disparité géographique entre des zones de forte concurrence et d'accès facile et des zones de faible concurrence et de prix élevés. Les enjeux en termes d'aménagement du territoire sont décisifs.

L'atout du capital humain

L'attractivité du territoire est en effet plus que jamais un enjeu crucial dans la mondialisation. Outre les réseaux de transport et de communication, son attractivité, je serais presque tenté de dire son attrait, le Nord le doit d'abord à ses habitants. Le capital humain est en effet un facteur essentiel de l'attractivité d'un territoire. Une attractivité que confirment là encore les chiffres : 2ème région française pour l'accueil d'investissements étrangers, 1 200 entreprises à capitaux étrangers implantées dans la région : ce sont plus de 125 000 emplois qui en dépendent directement et j'y vois un autre argument en faveur de l'ouverture à la mondialisation.

A l'intérieur de ce territoire, la formation, les compétences dispensées par l'école deviennent le facteur discriminant. L'éducation et la formation doivent donc être nos priorités : antidotes aux inégalités sociales, elles sont déjà la " sécurité sociale " du XXIème siècle. Avec 150 000 étudiants, 6500 chercheurs, 7 universités, autant d'écoles de commerce, plus de 250 laboratoires publics.

Le capital humain constitue le meilleur atout de la région dans la mondialisation. C'est aussi le ferment de ce qui constitue désormais à mes yeux l'avantage comparatif de notre économie : l'innovation.

L'Europe s'est fixée l'ambition de devenir l'économie de la connaissance la plus performante. Le gouvernement de Lionel Jospin s'en donne les moyens. Le terreau sur lequel les entreprises peuvent innover et se développer est celui d'une société du savoir et de la connaissance.

D'ici 2003, un brevet Internet et multimédia sera généralisé à la sortie de l'école primaire. La totalité des chambres d'étudiant des cités universitaires seront équipées d'un accès haut débit. 45 nouveaux diplômes de licence professionnelle en technologies de l'information ont été lancés à la rentrée. Et ce ne sont là que quelques exemples.

Le gouvernement est déterminé à créer des conditions favorables pour la création d'entreprises et l'innovation. A la veille d'être appelée aux nouvelles fonctions que vous savez, ma collègue Marlyse Lebranchu avait lancé le Prêt à la Création d'Entreprise (PCE), nouvel outil financier qui s'adresse aux petits projets et vient compléter un prêt bancaire. Les incubateurs et les fonds d'amorçage se multiplient. Laurent Fabius a lancé cet été un nouveau fonds de capital-risque avec la Banque européenne de développement et la Caisse des dépôts.

Toutes ces initiatives sont relayées et amplifiées à l'échelle européenne : la participation des PME et des laboratoires de recherches français à l'initiative Eurêka est très encourageante sur ce point. Cette année, 406 millions d'euros ont été investis par le programme EUREKA. Or, sur les 21 projets lancés par des industriels français dans ce cadre, 18 l'ont été par des PME qui assument, chaque fois, le rôle de chef de file.

Je le redis avec force, l'innovation est aujourd'hui notre avantage comparatif dans l'économie en vois de mondialisation accélérée. C'est un atout des entreprises françaises que la politique du commerce extérieur, les partenaires du commerce extérieur mettent en avant dans notre stratégie de soutien à leur développement international.

La politique du commerce extérieur en région

Les programmes que nous allons signer dans un instant illustrent précisément l'engagement de tous les acteurs régionaux au service du développement économique de la région. Ils marquent notre volonté de rassembler et d'optimiser les moyens au sein d'une même structure. Cette agence témoigne de la force d'initiative des régions. Encore faut-il qu'elles disposent des moyens de leurs ambitions.

Un milliard, c'est la somme consacrée au volet commerce extérieur des nouveaux contrats de plan Etat-Région, parts Etat et Région confondues. Cela correspond à un doublement de la part de l'Etat. Pour le Nord-Pas-de-Calais, la part de l'Etat passe de 26,5 à près de 39 millions de francs. Pour 2000-2006, l'enveloppe globale du CPER passe de 49 à plus de 95 millions.

Cela m'amène à vous parler de la politique du commerce extérieur en région que j'ai lancée en février dernier. Cette politique rassemble un grand nombre de partenaires qui sont aujourd'hui réunis :

collectivités territoriales et locales
réseaux consulaires
filières professionnelles
et, bien entendu, services déconcentrés de l'Etat, sous votre autorité, Monsieur le préfet.
Je veux naturellement profiter de notre rencontre pour vous remercier de votre engagement aux côtés de nos entreprises.

Tous ici ont joué un rôle actif, à commencer bien sûr par Michel Delebarre, président du conseil régional. Je tiens également à remercier chaleureusement Patrick Van Der Schrieck, président de la chambre régionale de commerce et d'industrie, qui nous accueille aujourd'hui et dont le dynamisme au service de nos entreprises est connu ici de tous. Vous êtes en effet également président de la commission internationale de l'association des chambres françaises de commerce et d'industrie, est-il besoin de le rappeler. Vos services ont estimé à plus de 20 millions de francs, calcul réalisé en temps/homme, la contribution du réseau consulaire à l'effort commun en faveur de l'internationalisation des PME-PMI. C'est un effort important qui doit être mieux pris en compte. J'ai donc souhaité que les prestations des chambres de commerce et d'industrie soient éligibles au contrat de plan. C'est aussi une manière de répondre aux attentes exprimées par le président Noury lors de la dernière assemblée générale de l'ACFCI que j'avais eu le plaisir de clôturer.

Jacques Lesnes, directeur général de la chambre de commerce et d'industrie du Valenciennois et Jean-Marc le Garrec, vice-résident de la chambre de commerce et d'industrie de Boulogne sur Mer ont pris une large part aux programmes que nous signons ce matin et je les en remercie vivement.

Je veux également saluer le rôle joué par les représentants de l'Etat en région, Rémy Pautrat, préfet de région. La direction des relations économiques extérieures, est représentée aujourd'hui par Paul Hunsinger son directeur régional.

J'ajoute la contribution importante de la direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement. Je veux souligner au passage l'appui précieux qu'ils ont reçu des organismes du commerce extérieur, le centre français du commerce extérieur et le CFME-ACTIM.

Ces premières signatures seront suivies rapidement par celles d'autres programmes. Je sais par exemple que le PARDI concernant les textiles techniques est bien avancé.

Voici, présentés de façon très rapide, les premiers points d'application de notre politique en faveur du développement international des PME-PMI en région. Dernier aspect de cette politique, celui du volontariat civil. Le nouveau dispositif, qui s'adresse aux jeunes gens des deux sexes, sans condition de diplôme, peut leur offrir une expérience internationale extrêmement précieuse pour la suite de leur carrière professionnelle. Et l'intérêt pour nos entreprises à l'étranger n'est pas à démontrer.

Je peux d'ores et déjà vous dire que 2000 jeunes ont fait acte de candidature pour la nouvelle procédure, dont 58 % de jeunes femmes. C'est 30 fois plus que dans l'ancienne formule des CSN. Les profils des candidats reflètent également une plus grande diversité de parcours et de diplômes.

Je peux même ajouter que j'ai récemment inauguré le centre d'information sur le volontariat international, en compagnie de mes collègues Hubert Védrine et Charles Josselin.

Je vous ai présenté, en préambule, ma vision de la région comme entité à part entière de l'économie mondialisée. Je voudrais maintenant conclure sur cette mondialisation.

Conclusion

Et ajouter une note d'optimisme et de confiance en l'avenir.

La conjoncture internationale et les prévisions des grandes institutions financières commandent d'agir sans tarder. Celles-ci annoncent une progression du volume des échanges de 14 % pour cette année (chiffre OMC). Les perspectives de la croissance mondiale sont les meilleures de la décennie, à près de 4,75% pour l'année 2000. Pour l'Europe, qui concentre les 2/3 des exportations françaises, les experts du FMI sont optimistes, qui annoncent dans leur dernier rapport une croissance de 3,5% cette année et de 3,4% pour 2001 malgré la hausse des prix pétroliers.

Nos PME ne doivent en aucun cas être prises de vitesse par cette accélération des échanges. Je suis au contraire déterminé à ce qu'elles en profitent pleinement. Je pense en particulier aux entreprises primo-exportatrices pour lesquelles ces marchés de proximité sont les plus adaptés: l'Europe à 15, ou demain à 27 ou 28, ainsi que le bassin méditerranéen. Mais visons plus loin encore. L'Asie du sud-est a rebondi, la Chine s'apprête à entrer à l'OMC. Voilà autant de pays où nos entreprises régionales d'envergure mondiale (EREM) doivent mieux se faire connaître et apprécier. Aujourd'hui, l'Etat, la région et tous nos partenaires garantissent à nos PME les moyens, non seulement d'affronter ce nouvel environnement, mais aussi d'en tirer pleinement parti.

Les priorités du gouvernement en faveur de l'emploi, de la croissance, de l'innovation et de la création d'entreprises répondent, je crois à ces enjeux. Au commerce extérieur, nous avons mis au point des instruments efficaces, afin d'aider les PME-PMI à exporter, à conquérir de nouveaux marchés, à participer à une compétition internationale chaque jour plus disputée. En un mot, aider votre région à se placer résolument au c¿ur de l'économie mondialisée.


(Source http://www.commerce-exterieur.gouv.fr, le 25 janvier 2001)


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