Interview de M. Jean-Claude Gayssot, ministre de l'équipement, des transports et du logement, à Europe 1 le 22 décembre 2000, sur l'accord européen en matière de transport routier, les mesures prises concernant la sécurité maritime, la décision de construire l'avion A 380, ainsi que la reprise imminente des vols de Concorde. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Claude Gayssot, ministre de l'équipement, des transports et du logement, à Europe 1 le 22 décembre 2000, sur l'accord européen en matière de transport routier, les mesures prises concernant la sécurité maritime, la décision de construire l'avion A 380, ainsi que la reprise imminente des vols de Concorde.

Personnalité, fonction : GAYSSOT Jean-claude, CHABOT Arlette.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports et du logement

ti : A. Chabot C'est la fin de la présidence française de l'Union européenne avec le Conseil des ministres des Transports que vous avez présidé cette nuit. Vous êtes arrivé à quelle heure ?

- "Je suis arrivé à Paris, au Bourget, à 6 h du matin."

Vous terminez avec un accord sur le transport routier mais en matière européenne, c'est toujours la même chose, on a envie de dire, "bravo ! il y a un accord", et en même temps on se dit que c'est un compromis un peu a minima.

- "Non, il y a eu un moment important dans ce domaine-là. Il existait depuis 1993 des règles mais qui, justement, ne précisaient rien. De ce fait, les conducteurs, les chauffeurs à l'échelle européenne, pouvaient faire un peu ce qu'ils voulaient. Il y avait des différences énormes et une grande demande des organisations syndicales, mais aussi des organisations professionnelles - notamment françaises - était de dire : il faut une harmonisation sociale. Donc depuis trois ans et demi je me bats, et avec d'autres pays d'ailleurs. Et j'en sais quelque chose puisque dès le premier conflit, le Gouvernement français avait envoyé - c'était en 1997 - un mémorandum, où il posait le problème de l'harmonisation sociale. Cette nuit, nous avons obtenu qu'il y ait l'accord sur une directive qui va limiter le temps de travail pour les chauffeurs-routiers."

48 heures par semaine, en moyenne ?

- "Oui, avec un maximum de 60 heures. On peut dire que c'est encore beaucoup, d'ailleurs en France c'est moins que cela. Mais il y a un plafond et cela participe à l'harmonisation. Evidemment, vous avez raison de dire que ce n'est quand même pas..."

Cela aurait pu être mieux.

- "Mais ce sera mieux parce que si nous n'avions pas fait ce choix-là, le Parlement n'aurait pas pu s'en saisir, car maintenant c'est la règle : il y a le Conseil des ministres et le Parlement pour la codécision. A partir du moment où nous avons voté, le Parlement pourra se prononcer et à ce moment-là, on va encore améliorer ce qui a été proposé."

C'est la fin du dumping social en Europe dans ce domaine ?

- "En tout cas, c'est un élément contre le dumping social et économique. Dans le domaine des transports routiers, c'est une évidence, il faut absolument avancer contre ce dumping économique et social. Nous avons fait un pas en ce sens."

Les chauffeurs protestaient car on allait chercher des conducteurs à l'Est, avec des papiers plus ou moins clairs, plus ou moins bons, de faux passeports... Tout cela est fini ?

- "Oui, c'est qu'on appelait le système Willy Best parce que cette entreprise allemande utilisait des chauffeurs bulgares aux tarifs et aux conditions bulgares, et leur faisaient faire le cabotage en Europe. Là aussi, il y a eu une mobilisation et cette nuit, nous avons voté un texte, à l'unanimité, dois-je dire pour le coup. Il y aura désormais la nécessité d'avoir ce qu'on appellera une autorisation du conducteur qui interdira l'utilisation de cette main-d'oeuvre à des prix et des conditions qui sont absolument de surexploitation et inacceptables !"

L'autre dossier qui intéressait beaucoup les Français, c'est la sécurité maritime. Il y a un an c'était l'Erika ; un rapport cette semaine indiquait clairement que ce bateau était en très très mauvais état. Est-ce que vous nous dites aujourd'hui, après ce qui s'est décidé à Bruxelles que les bateaux-poubelles c'est fini ?

- "En tout cas, ce qui a été décidé, c'est un pas pour que ce soit fini. J'avais un morceau de tôle de l'Erika et je vous assure ..."

Sur votre bureau pendant la négociation ?

- "Non... Mais c'est effrayant ! Normalement, l'épaisseur doit être à peu près d'un centimètre et là, c'était tellement rongé par l'érosion que c'était réduit à quelques millimètres, c'était tout tordu. Il faut donc en finir avec cela. Nous avons voté le premier paquet Erika ; ce qui signifie que sur les sociétés de classification - et on sait que c'est important pour leurs responsabilités -, sur le contrôle de l'état du port, 4 400 navires supplémentaires seront contrôlés. Concernant l'élimination des navires à simple coque, il a été acté qu'à partir de 2003, on commence à éliminer les navires à simple coque, les pétroliers à l'échelle mondiale et jusqu'en 2015 tous les navires sont éliminés. On est donc dans l'ordre des choses de ce que les Etats-Unis ont déjà décidé."

En revanche, pas de boîte noire sur les bateaux...

- "Si..."

Pas tout de suite. C'est un peu flou texte pour les boites noires.

- "C'est vrai. C'était le Parlement qui poussait pour la boîte noire et je soutiens cela. Il a été acté dans le cadre du contrôle de l'état du port, non seulement la mise en place des boîtes noires pour les futurs bateaux mais aussi pour les bateaux existants. J'ajoute qu'a été acté le bannissement des navires qui auront subi plus de deux contrôles, qui auront été retenus avec des contrôles appropriés."

Là, aussi les Français étaient très en avance sur ce sujet et pour cause. Il y avait beaucoup de réticences, vos amis Britanniques etc., vont-ils vraiment appliquer ces mesures et quand ?

- "La discussion a été très longue parce que derrière il y a, à la fois des enjeux économiques et des pressions qui peuvent exister de la part de certaines catégories sociales. Tout cela est vrai mais il y a eu cet allant. La présidence française y est pour quelque chose, c'est vrai."

Mission accomplie dites-vous aujourd'hui ?

- Mission accomplie. Mais par rapport à ce que vous disiez à l'instant, un pays comme la Grèce qui était souvent accusé de traîner les pieds m'a beaucoup aidé pour réussir cet accord sur le premier paquet. Après il y aura un deuxième paquet parce qu'il ne faut pas s'en tenir là."

Donc le travail va continuer. Cette semaine, la décision a été prise de construire l'A 380 - l'A 3XX, comme disait autrefois, ça vous plaisait l'A 3XX ?

- "Oui, j'aimais bien l'A3XX..."

Vous avez salué le projet mais les Américains commencent à protester. Est-ce que nous allons avoir, comme on avait eu pour le Concorde, une nouvelle guerre Europe - Etats-Unis ?

- "On a entendu cela par le biais de la presse...

Mais Clinton a commencé à menacer !

- "Oui, Clinton a également râlé. Les choses sont simples : un accord a été signé entre l'Europe et les Etats-Unis en 1992 sur ces questions. L'Europe respecte scrupuleuse cet accord et je ne vois pas comment cet accord qui fait pratiquement objet d'un traité international pourrait être remis en cause. Je veux tordre le cou à l'idée suivante : les aides européennes sont des avances remboursables par l'industriel qui, quand il vend ses avions, rembourse les avances faites par les Etats. Je n'ai pas de craintes outre mesure concernant le risque d'une guerre économique avec les Etats-Unis, même s'il faut savoir que la concurrence va s'aiguiser."

Ce projet fait oublier les malheurs du Concorde ; vous répétez sans arrêt que Concorde revolera. On voit que British Airways modifie ses appareils pour obtenir à nouveau l'autorisation de voler ; que fait Air France ?

- "Concorde n'est pas mort, il revolera dès lors que l'on aura démontré que cet enchaînement qui a conduit à la catastrophe ne pourra plus se reproduire. Je serai de ceux qui donneront le feu vert pour la reprise du certificat de navigabilité. Où en sommes-nous aujourd'hui ? Les constructeurs ont fait des propositions pour des modifications, notamment sur les réservoirs, puisqu'on sait qu'il y a eu une implosion - ou une explosion. Des essais vont avoir lieu en Angleterre et en France, à Istres. En fonction des résultats, les décisions seront prises. Je pense qu'elles pourront être prises dans le courant de l'année prochaine, au cours du premier semestre 2001."

En vol à nouveau en 2001 ?

- "Oui, peut-être. Et si vous me permettez, je serai de ceux qui, avant le vol commercial, serait candidat à voler avec le Concorde."

On reparle d'une ouverture du capital, de la longue marche vers la privatisation d'Air France. Vous aviez dit que vous ne seriez pas le ministre de la privatisation...

- "Et je le répète !"

Il n'y aura pas une plus grande ouverture du capital, on ne va pas vers une privatisation déguisée ?

- "L'ouverture du capital a été faite ; Air France se porte bien, se développe et va encore se développer. Pour qu'il y ait privatisation, il faudrait que l'actionnaire public passe en dessous de 50 % et il ne passera en dessous."

Les affaires, pour terminer : J.-C. Mitterrand à la fois mis en examen et écroué parce qu'il est mêlé à un trafic d'armes illicite. Qu'est-ce qui vous choque le plus dans cette affaire ?

- "Je n'ai pas de commentaires particuliers à faire, sinon que la justice doit passer. Cela pose toujours question de penser qu'avant d'être jugé on se retrouve incarcéré.


(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 27 décembre 2000)

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