Allocution de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur l'action de la France et de l'Union européenne pour promouvoir le cinéma comme véhicule de l'identité culturelle, le bilan du cinéma français sur le plan national et international en 2000, l'exportation de films français et le rôle d'Unifrance et du Centre national de la Cinématographie dans la diffusion et la notoriété de l'industie cinématographique, Paris, le 15 janvier 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur l'action de la France et de l'Union européenne pour promouvoir le cinéma comme véhicule de l'identité culturelle, le bilan du cinéma français sur le plan national et international en 2000, l'exportation de films français et le rôle d'Unifrance et du Centre national de la Cinématographie dans la diffusion et la notoriété de l'industie cinématographique, Paris, le 15 janvier 2001.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : IIIème Rendez-vous européen du cinéma français, à Paris, le 15 janvier 2001

ti : Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,

Nous voici réunis ce soir afin de rendre hommage au cinéma européen, aux acteurs et actrices, réalisateurs, producteurs, techniciens, exportateurs, exploitants, journalistes, bref à tous ceux sans qui le cinéma n'existerait pas.

Je suis ravi d'accueillir dans ce lieu les professionnels du cinéma européen, réunis pour la troisième fois à Paris, par Unifrance, organisme chargé de la promotion du cinéma français à l'étranger.

Avant d'évoquer ces rencontres, permettez-moi de m'arrêter un instant sur le sens de cette manifestation et sur l'importance qui s'y attache. Elle traduit en effet la volonté du ministère des Affaires étrangères de s'associer aux actions de présence du cinéma français et européen à l'étranger et de contribuer à leur éclat.

Dans une compétition internationale où l'image joue un rôle essentiel, car elle véhicule une grande part de notre identité, il est naturel que le Quai d'Orsay se saisisse des questions que pose la circulation des films dans le monde. Comme vous le savez, la France et, à son instigation l'Union européenne, défendent le principe de la "diversité culturelle" dans le cadre des négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Convaincues que les films ne sont pas de banales marchandises, elles ont pu faire triompher le droit pour chaque pays, pour chaque culture, de soutenir leurs productions nationales, dès lors que leur survie se trouvait menacée par le jeu brutal des intérêts économiques.

Les deux conférences audiovisuelles organisées sous Présidence française, l'une à Rabat dans le cadre du Partenariat euro-méditerranéen, et l'autre à Prague avec les pays candidats à l'élargissement, ont permis de faire progresser notre réflexion sur les meilleures réponses concrètes à cet enjeu.

Au sein de l'Union européenne, cette ambition vient de se traduire par l'adoption du programme MEDIA +. Par sa détermination, la Présidence française a permis que MEDIA + soit doté de 400 millions d'euros, soit 90 millions d'euros de plus que MEDIA II. Ce programme est le seul instrument communautaire de soutien financier dédié au cinéma et à l'audiovisuel. De plus, prenant en considération la spectaculaire expansion du marché audiovisuel européen, la Banque européenne d'investissement, avec l'appui du Fonds européen d'investissement et en collaboration avec la Commission européenne, ouvrira des crédits d'un montant de 500 millions d'euros sur trois ans, destinés à amplifier les actions entreprises grâce au programme MEDIA +.

Par ailleurs, la Présidence française a été l'occasion pour les ministres de la Culture d'appeler à la définition d'un statut spécifique des aides au secteur audiovisuel et cinématographique au regard des règles communautaires de la concurrence. La Commission européenne devrait faire des propositions en ce sens lors du premier semestre 2001. Soyez assurés que je serais très attentif aux évolutions de ce dossier.

L'aide de l'Union européenne au cinéma complète le rôle joué traditionnellement par le ministère des Affaires étrangères pour l'image du cinéma français à l'étranger, dont le prestige reste entier grâce, entre autres, à la politique culturelle que ce ministère mène, de par le monde, en faveur des festivals, cinémathèques, centres culturels... Il dispose, pour ce faire, d'un fonds, régulièrement renouvelé, d'environ 300 titres de fiction et de 3000 documentaires. En 2000, il a ainsi participé à plus de 150 festivals, a fait circuler 10 cycles thématiques et a acheminé une moyenne de 300 films par mois à l'étranger.

Il a apporté, en liaison étroite avec Unifrance et le Centre national de la Cinématographie, une aide à de nombreuses opérations de diffusion commerciale du film français. A titre d'exemple, on peut citer la Fête du Cinéma français à Lisbonne, le Festival du Film français de Moscou, le French Martel Tour du Royaume-Uni ou le Festival d'Acapulco au Mexique. Cette relation avec Unifrance va s'intensifier cette année puisque nous allons dans les prochaines semaines signer une convention avec cet organisme, qui permettra à la France d'être davantage encore présente à l'étranger et particulièrement en Europe. Cette convention aidera également Unifrance à développer le magazine "Atmosphère" consacré aux films en tournage et dont les droits seront disponibles pour les télévisions étrangères.

Enfin, le ministère des Affaires étrangères aidera Unifrance à accélérer la mise en ligne d'une version espagnole de son site internet.

Par ailleurs, le ministère des Affaires étrangères apporte son soutien au réseau Europa-Cinémas en Europe centrale et orientale, déjà aidé par Media et Eurimages, ce qui accroît la présence de notre cinéma dans 19 villes de 15 pays pour un total de 28 écrans supplémentaires.

Mais je souhaite revenir un instant sur le cinéma européen.

Les chiffres publiés par le Marché international du film de Cannes et préparés par l'Observatoire européen de l'audiovisuel, indiquent qu'en 1999 on a assisté à une forte croissance du volume des productions de films de long métrage dans l'Union européenne (577 en 1998, 634 en 2000, soit une augmentation d'environ 10 %). Cette croissance est due aux cinémas français, britannique et italien. Au cours de la même période, les 22 931 écrans européens ont recueilli 811 millions d'entrées.

La France, quant à elle, a produit 181 films en 1999 qui ont attiré 155 millions de spectateurs. Les résultats du cinéma français à l'étranger reflètent sa qualité et sa vitalité : en 1999, les films français ont attiré 42 millions de spectateurs et ont engendré 1,46 milliard de francs de recettes.

Les résultats de l'année qui vient de s'achever sont également encourageants pour la suite. Le cinéma français et européen doit ainsi continuer à faire reconnaître sa qualité et sa diversité et sera essentiel dans la lutte contre l'uniformisation culturelle qui est, nous en sommes conscients, un appauvrissement.


En conclusion, je dirai que les objectifs de la politique française sont clairs. Il s'agit d'abord, de notre point de vue, de faire en sorte que le cinéma européen puisse continuer à prospérer. Il y a là pour nos gouvernements une responsabilité essentielle touchant aux droits des créateurs, des spectateurs, aux intérêts de l'industrie, à l'idée que nous nous faisons de la culture européenne et de la citoyenneté.

Unifrance en organisant ce troisième Rendez-vous européen du cinéma français, est fidèle à sa mission qui vise à élargir la notoriété et la diffusion commerciale du cinéma français à l'étranger.

Je souhaite d'ailleurs remercier Unifrance et féliciter son président, Daniel Toscan du Plantier, ses collaborateurs, notamment Bruno Berthemy et Véronique Bouffard, et tous ceux qui ont contribué au succès de cette manifestation. Il faut remercier évidemment les artistes français, réalisateurs et comédiens qui, par leur disponibilité et leur talent, éclairent ces journées.

Je suis certain que ce 3ème Rendez-vous européen du cinéma français contribuera à conforter la richesse, la diversité et le succès du cinéma dans son ensemble et à développer un désir de cinéma français en Europe et pourquoi pas, une Europe du Cinéma.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 16 janvier 2001)

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