Interview de M. Jacques Freidel, président de la CGPME, à RTL le 24 octobre 2000 et dans "Le Parisien" le 27 octobre 2000 sur les difficultés d'application de la loi sur les 35 heures notamment la gestion des heures supplémentaires, le manque de main d'oeuvre qualifiée, le pouvoir d'achat des salariés et la formation. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jacques Freidel, président de la CGPME, à RTL le 24 octobre 2000 et dans "Le Parisien" le 27 octobre 2000 sur les difficultés d'application de la loi sur les 35 heures notamment la gestion des heures supplémentaires, le manque de main d'oeuvre qualifiée, le pouvoir d'achat des salariés et la formation.

Personnalité, fonction : FREIDEL Jacques, MAZEROLLE Olivier, GUECHI Carole.

FRANCE. CGPME, président

ti : O. Mazerolle Après L. Fabius qui a parlé "d'assouplissement", E. Guigou dit reconnaître qu'il y a un débat sur les 35 heures et se considère comme la ministre des PME. Cela vous encourage-t-il ?

- "Je suis ravi de savoir que la ministre de l'Emploi et de la Solidarité va se préoccuper du sort des PME. Mais je souhaite rencontrer assez vite monsieur Patriat qui est Secrétaire d'Etat aux PME."

La rencontre n'est pas encore décidée ?

- "La rencontre va se décider très vite."

Et avec madame Guigou ?

- "Je le souhaite aussi, rapidement."

Qu'attendez-vous du Gouvernement ? Vous ne pouvez pas espérer qu'il revienne sur une loi qui est l'emblème de son action.

- "Notre revendication concernant une modification de la loi ne date pas d'hier. Depuis mai dernier, nous avons demandé une rectification de cette loi qui est absolument insupportable pour les PME-PMI, quel que soit leur effectif. Pour les plus de 20 employés, ce sera à partir du 1er janvier 2001, quasiment demain. Et pour les moins de 20, c'est dans un an, au 1er janvier 2002."

Que demandez-vous exactement ?

- "Nous demandons essentiellement cinq choses. La première est la réduction de l'impact de cette loi. On ne peut pas le supporter, cela devient cornélien pour un dirigeant de PME."

Qu'entendez-vous par "réduire l'impact de la loi" ?

- "Assouplir la loi. Je reprend les propres termes de monsieur Fabius, que nous avions rencontré au mois de juin pour lui faire part d'une étude que nous avions faite réaliser auprès de 400 chefs de PME."

Que faut-il faire pour assouplir la loi ?

- "Assouplir la loi, c'est augmenter le contingent d'heures supplémentaires qui est fixé par la loi à 130 heures."

Que demandez-vous ?

- "Nous demandons 200 heures minimum. C'est parfaitement logique compte tenu du fait que nous sommes aujourd'hui confrontés à un problème de recrutement de main-d'oeuvre qualifiée. Dans ce pays, il y a un anachronisme incroyable. Nous avons encore 2 300 000 chômeurs et les PME qui souhaitent recruter de la main-d'oeuvre qualifiée n'en trouvent pas."

Comment l'expliquez-vous ? Ce n'est pas seulement la main-d'oeuvre qualifiée. En Mayenne par exemple, des entreprises du BTP vont chercher des salariés sur l'Ile de la Réunion.

- "Justement, nous sommes confrontés à un problème encore plus important. Ce n'est plus seulement la main-d'oeuvre qualifiée qui fait défaut : cela s'étend et devient dramatique. Nous allons être confrontés à cette loi dont on va subir l'impact de plein fouet au 1er janvier prochain et nous ne trouvons pas cette main-d'oeuvre. Nous demandons une augmentation du quota d'heures supplémentaires, de 130 à 200. Nous souhaitons également obtenir la pérennité du système de majoration des heures supplémentaires de 35 heures à 39, qui est aujourd'hui de 10 % et qui doit passer à 25 % au 1er janvier prochain. Il est impératif que l'on maintienne ces 10 % pendant encore une période relativement longue."

N'avez-vous pas l'impression que vos salariés souhaitent travailler un peu moins, bénéficier d'heures de repos ?

- "Evidemment, tout le monde souhaite travailler moins, avoir des week-ends plus longs."

C'est contradictoire puisque vous leur proposez 200 heures supplémentaires au lieu de 130.

- "Que souhaitent les salariés ? Leur première demande ? Ils souhaitent une augmentation de leur pouvoir d'achat. Je me mets à leur place. Dans les journaux, ils lisent comme titre accrocheur "Profits records des entreprises."

C'est vrai ou c'est faux ?

- "C'est le titre du journal, mais il faut lire l'article. Et quand on lit l'article, on constate que ces profits records ne concernent que certaines grandes entreprises multinationales. Ce ne sont pas les PME-PMI qui ne vendent que sur la marché français et qui commencent aujourd'hui à exporter. Ils souhaitent que leurs salaires soient augmentés : ils ont raison lorsqu'ils voient cela. Ils souhaitent une augmentation du pouvoir d'achat. Si on peut leur faire faire davantage d'heures supplémentaires, cela se traduit automatiquement par une hausse du pouvoir d'achat."

Vous avez l'impression que le pouvoir d'achat des salariés n'augmentent pas en ce moment ?

- "Le pouvoir d'achat des salariés, si vous leur posez la question, n'est pas en augmentation."

Qu'en pensez vous en tant que chef d'entreprise ?

- "Je rapporte leurs propos. Je suis très souvent sur le terrain, deux fois par semaine je vais visiter les structures départementales, j'écoute nos adhérents, j'écoute les chefs d'entreprise, les dirigeants de PME-PMI et je traduis les problèmes qu'ils rencontrent."

Est-ce que les dirigeants de PME ont le sentiment qu'aujourd'hui ils doivent augmenter les salaires de leurs salariés ?

- "Les dirigeants de PME demandent que l'on puisse augmenter le pouvoir d'achat. Comment ? En s'occupant de la fiscalité. Nous souhaitons qu'une fois pour toutes, le Gouvernement, les pouvoirs publiques, se préoccupent de la fiscalité, non pas en accordant des petites mesures par-ci, par-là comme la suppression de la vignette. Ce n'est pas traiter le problème de la fiscalité que de supprimer la vignette, d'autant plus qu'elle n'est supprimée que pour les particuliers."

Mais les patrons ne pourraient-ils pas verser des salaires plus élevés ?

- "Il ne faut pas oublier le phénomène de la mondialisation. Il n'y a plus de frontière. On semble oublier en France qu'il n'y a plus de frontière. C'est tant mieux, car cela va nous permettre de conquérir des marchés étrangers, mais en même temps, les concurrents étrangers viennent en France. On ne peut pas augmenter le prix de vente comme on le souhaiterait. Il est impératif que l'on travaille sur la marge qui nous reste - elle est faible - donc que l'on diminue les charges sociales, la fiscalité dans notre pays."

Mais le fait que certains métiers proposés par les PME soient mal payés, peu valorisants, avec des horaires extensibles, participe aux difficultés d'embauche. Ne faudrait-il pas, du côté des patrons des PME, faire un effort ?

- "Dans la restauration, par exemple, le problème des 35 heures est considérable, car je ne vois pas comment ce secteur va pouvoir appliquer la loi sur les 35 heures. Nous avons demandé une baisse du taux de TVA dans ce secteur et nous n'avons rien obtenu. Il est impératif que les pouvoirs publiques fassent un effort pour l'hôtellerie-restauration en particulier."

Que demandez-vous d'autre ?

- "Nous demandons un l'assouplissement des 35 heures, la pérennisation du principe de majoration des 10 % des heures supplémentaires, une augmentation du contingent des heures supplémentaires, que les heures supplémentaires soient rémunérées et non pas prises en repos compensateur - sinon cela ne sert à rien -, l'annualisation du temps de travail pour les PME-PMI qui ne bénéficient pas d'un accord de branche - il y en a beaucoup - et que la date d'application de la loi sur les 35 heures pour les moins de 20 salariés puisse être reportée à une date ultérieure."

Et les lois sociales sont respectées ? Vous parlez d'annualisation.

- "L'annualisation est parfaitement légale."

Oui, mais cela fait râler les salariés.

- "Que demandent les salariés ? Ils demandent une amélioration de leur pouvoir d'achat. Bien sûr, travailler moins : tout le monde souhaite travailler moins ! Mais nous sommes confrontés à un phénomène de mondialisation et ce problème des 35 heures, pour un dirigeant de PME, est cornélien."

Et la formation ? C'est la faute des entreprises si elle n'est pas faîte ?

- "Les entreprises ont fait de gros efforts et continuent à investir énormément dans le cadre de la formation. Le problème est beaucoup plus crucial dans le sens où l'Education nationale n'a pas su former les gens en fonction des métiers de demain. Les entreprises - PME et PMI en particulier - s'en préoccupent depuis longtemps déjà, et nous comptons continuer."

Commis-boucher, c'est moins excitant que d'être journaliste. C'est cela le problème.

- "Une expression classique : il n'y a pas de sots métiers ! Il y a des commis-bouchers très satisfaits, dans le sens où diriger une PME est un métier passionnant, quel que soit le secteur d'activité où l'on l'exerce. C'est passionnant de motiver ses équipes, de motiver ses collaborateurs. Travailler ensemble, c'est très motivant, je puis vous l'assurer !"

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 8 janvier 2001)

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