Conférence de presse de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, et entretien avec "RFI" le 14 février 2001, sur la réforme des structures de coopération en France, Paris le 13 février 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, et entretien avec "RFI" le 14 février 2001, sur la réforme des structures de coopération en France, Paris le 13 février 2001.

Personnalité, fonction : JOSSELIN Charles.

FRANCE. Ministre délégué à la coopération et à la francophonie

Circonstances : Installation du Conseil d'orientation stratégique, à Paris, le 13 février 2001

ti : Conférence de presse le 14 février

J'ai souhaité vous parler, cet après-midi, de l'installation qui a eu lieu ce matin d'une instance, de plus direz-vous, à laquelle j'attache quelque importance, qui est le Conseil d'orientation stratégique du Fonds de solidarité prioritaire.

Vous savez l'importance qu'avait le FAC pour le ministère de la Coopération. Il était un peu l'outil emblématique de la coopération française avec un financement de projets qui était l'expression la plus concrète de la coopération bilatérale française.

La réforme de la coopération a entraîné le rapprochement avec le ministère des Affaires étrangères du ministère de la Coopération et la définition d'une zone où doit normalement se concentrer l'aide publique française, c'est la Zone de solidarité prioritaire.

Dans le même temps, nous avons entrepris de réformer l'outil FAC pour en faire un Fonds de solidarité prioritaire et ce n'est pas seulement une harmonisation sémantique, puisqu'un certain nombre de réformes importantes ont été décidées dans le fonctionnement de ce Fonds de solidarité prioritaire. Autrefois, le FAC avait un comité directeur que je présidais. Aujourd'hui, le Fonds de solidarité prioritaire fonctionne de la manière suivante : il y a un Conseil d'orientation stratégique que je préside, auxquels participent le Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, le directeur général de l'Administration, le directeur général de la Coopération internationale et du Développement, mais aussi, le directeur du Budget, le directeur du Trésor, le directeur des Relations économiques extérieures, deux sénateurs : Michel Charasse, Paulette Brisepierre et deux députés : Yves Dauge et Maurice Adevah-Poeuf. Et puis, deux personnes qualifiées, et je crois que c'est une vraie innovation par rapport au système précédent, Bernard Petit qui est directeur à la Commission européenne et Zéphirin Diabre qui est administrateur adjoint du PNUD. C'est dire la volonté qui est la nôtre, de coordonner notre action avec l'Europe d'une part et les organisations multilatérales de l'autre.

Ce matin, après mes propos d'ouverture et la présentation qui a été faite par Bruno Delaye de cette réforme, nous avons évoqué deux dossiers que nous considérions un peu comme stratégique :

- le premier, c'est justement l'articulation entre le FSP et, disons, la politique européenne du développement,

- le deuxième dossier c'était la relation entre FSP et la recherche,

- le troisième dossier c'était la relation entre FSP et la culture.

Nous avons déjà eu l'occasion avec d'autres procédures, avec d'autres moyens budgétaires, d'intervenir et dans le domaine de la recherche et dans le domaine de la culture, mais nous avons voulu, cette fois, identifier clairement ces deux domaines comme étant des domaines d'application de la coopération bilatérale française.

La recherche, parce que nous sommes convaincus que s'il n'y a pas une articulation étroite entre recherche et développement, il n'y aura pas de développement.

La culture, parce que nous sommes convaincus également, que la culture est primordiale.

Je reste convaincu que si les résultats, en terme de développement, ne sont pas à la mesure des efforts déployés, c'est très probablement, parce qu'il y a eu un vrai oubli, de l'importance de l'élément culture et dans le développement et dans la démocratie. Et là, nous avons voulu identifier la culture comme étant un des thèmes d'application de notre nouvelle politique en matière de partenariat et de coopération au développement.

Voilà, si nécessaire, Bruno Delaye pourrait vous dire ce que sont les comités de projets, parce que, à la réflexion, je me dis que je vous ai parlé du fonctionnement du FSP, je vous ai parlé de l'outil Conseil d'orientation, mais je ne vous ai pas parlé du Comité des projets. Parce que le Conseil d'orientation, comme le nom l'indique, porte à la critique, et adresse des recommandations. Le Comité des projets, lui, c'est l'examen, évidemment, comme le nom l'indique, des quelques dizaines de projets qui, tous les trois mois, nous remontent des postes mais aussi des services et le Comité Projets, lui, est présidé par Bruno Delaye. C'est encore une structure interministérielle, car l'ensemble des ministères concernés est représenté et c'est ce Comité des projets qui me fait des propositions que je m'efforce de suivre.

L'articulation entre le Conseil d'orientation et le Comité des projets est importante parce que nos orientations doivent se nourrir aussi de l'examen des projets et éclairer l'examen à venir des nouveaux projets.

Ce matin, il y a eu un débat assez riche, et on a pu retenir, en particulier, les progrès déjà accomplis mais encore insuffisants, en termes de coordination, entre la coopération européenne et l'aide bilatérale française. Ceci renvoie à cette déclaration de politique générale que la présidence française a pu faire adopter lors de la réunion des ministres du Développement le 10 novembre à Bruxelles, qui a été considérée comme un moment de refondation de la politique européenne de développement et qui a posé d'une part, le principe d'une meilleure coordination entre les Etats membres et la Commission européenne ; et d'autre part, le principe d'une déconcentration de façon à ce que ce soit sur le terrain que le partage des tâches puisse s'organiser.

Quelques mots encore de conclusion qui me paraissent importants. On a fait le choix, en décidant de cette réforme, de la transparence. C'est un peu le maître mot sur lequel j'insiste à chaque fois. Je suis convaincu que c'est la transparence qui est le meilleur moyen de lutter contre la corruption, une transparence qui implique les parlementaires et la société civile et nous nous y employons. Notre aide-projet, telle qu'elle est financée par le Fonds de solidarité prioritaire, fait précisément une place importante à la société civile. Les ONG sont parmi les bénéficiaires, en quelque sorte, en tout cas parmi les opérateurs de cette aide-projet. J'ajoute enfin que le principe de partenariat doit être posé. Cela signifie évidemment, que les pays avec lesquels nous coopérons aient eux-mêmes une capacité à proposer, à suivre, à évaluer les projets suivis, ce qui veut dire aussi qu'il faut que nous ayons, nous, des moyens d'assistance technique qui soient à la mesure de la qualité du partenariat que nous recherchons.

Voilà les observations préalables que je voulais présenter. S'agissant de ce Fonds de solidarité prioritaire, il s'élève approximativement à 1 milliard 100 millions. Ce n'est pas une quantité négligeable, mais ce qui me parait surtout intéressant à retenir, c'est que ce Fonds a un effet démultiplicateur très important et qu'il est susceptible de financer des actions très spécifiques, notamment tout ce qui touche autour de l'appui institutionnel qu'il est à peu près le seul à pouvoir faire.

Pour plus de précisions, Dominique Bocquet, directeur de Cabinet et Bruno Delaye, le DGCID, pourront compléter mais peut-être puis-je en rester là. Taux de consommation, si c'est important, des crédits de paiement : 96 %, à comparer à certains crédits qui se consomment moins rapidement, je pense, au plan européen en particulier, 179 projets, 46 % secteur social, 18 % secteur culturel, 7 % recherche, le reste appui institutionnel. Et vous savez que, dans notre jargon, quand nous disons appui institutionnel, cela veut dire aussi bien finances publiques que police, que justice, que douane, pour parler de l'ensemble de ces secteurs qui nous paraissent indispensables pour que les Etats se construisent.

Voilà, peut-être que j'ai déjà beaucoup parlé, j'en reste là. Nous sommes prêts à répondre à vos questions.

Q - Excusez-moi, ce dont vous parlez, c'est 2000 ou 2001 ?

R - 2000, bilan 2000. 2001 n'est pas encore fait.

Q - Comment fonctionnait le Fonds auparavant et comment va-t-il fonctionner ?

R - Vous vous souvenez sans doute que lorsque nous avons posé les quelques principes, au moment de la réforme de la coopération, nous avions insisté précisément sur :

1) le multilatéral et le besoin d'une meilleure articulation de la coopération française sur le multilatéral, traduisez Europe mais aussi les organisations internationales et, de ce point de vue, la présence d'un directeur européen à nos travaux et du directeur adjoint du PNUD, rendent compte un peu de cette volonté.

2) une meilleure application de la société civile et j'ai dit la part croissante que prenaient les ONG en particulier comme opérateurs des actions de coopération française.

Nous avons voulu aussi, vous avez compris, qu'il y ait un lieu de réflexions stratégiques, le COS, que nous avons installé ce matin et puis un lieu d'examen des projets. Le besoin évidemment d'articuler les deux étant posé, j'ai dit comment il y avait interaction en quelque sorte entre ces deux procédures. Pour moi, j'y insiste, le fait d'avoir autour d'une même table, ce n'est pas si fréquent, le directeur des Relations économiques extérieures, le directeur du Budget, le directeur du Trésor, à côté des grandes directions du ministère des Affaires étrangères, plus les personnes qualifiées, plus les parlementaires, font de ce Conseil stratégique, un lieu de cohérence au niveau des politiques et le mot cohérence pourrait être affirmé avec autant de forces que celui de transparence. Si on devait essayer de résumer un peu nos ambitions, cohérence et transparence, me paraissent refléter assez bien ce que nous voulons, ce que nous essayons de faire. L'innovation est dans la procédure, elle est dans la présence autour de la table, d'un certain nombre de voix nouvelles et qui nous paraissent totalement autorisées désormais pour nous aider à atteindre l'objectif que nous nous sommes fixé d'une aide au développement, sachant que celle-ci s'apprécie aussi en terme de démocratie. Je n'y insiste pas plus mais je referai un autre discours.

Q - En quoi les décisions qui ont été prises répondraient aux critiques qui avaient été formulées par le CAD de saupoudrage d'une part, et de favoritisme d'autre part ?

R - D'abord, le favoritisme. La France se réserve la possibilité de choisir ses partenaires. Elle l'a fait en dessinant la Zone de solidarité prioritaire et celle-ci a été redessinée par rapport à l'ancien pré-carré francophone en ouvrant largement vers les autres Afrique mais aussi en nous donnant la possibilité d'une coopération plus serrée avec une partie de l'Asie, c'est l'ancienne Indochine vous vous souvenez, et également la Caraïbe, et en particulier Cuba qui était un peu le nouvel arrivant dans cette ZSP. Je crois, qu'en réalité, la critique du CAD ce n'était pas tellement, pardonnez-moi, le mot favoritisme, c'était la fameuse question de l'aide liée ou déliée, c'est un autre débat cela, qui n'est pas totalement conclu. Quand je dis aide liée ou pas, est-ce que la totalité de l'aide publique française va devoir désormais être gérée selon les règles des appels d'offres internationaux en laissant ouverte en quelque sorte la compétition entre les différents opérateurs ? Et, il est vrai, que le débat a été engagé, voilà déjà maintenant quelques années. Il se poursuit avec des avancées incontestables, grosso modo pour tout ce qui concerne, j'allais dire, la partie des biens commerciaux. On peut considérer désormais que le déliement est acquis. Il y a encore débat sur la maîtrise d'ouvrages, sur l'assistance technique et il y avait problème sur l'aide alimentaire.

Même si cette question est un tout petit peu en marge du débat que nous avons aujourd'hui, je voudrais vous dire que la discussion engagée, notamment avec nos amis des finances et du commerce extérieur, a permis au cours de la dernière période de beaucoup avancer. Nous avons quelque espoir au cours de l'année 2001 qu'un point d'accord pourrait être trouvé au sein du CAD de l'OCDE sur ces questions. Mais il est vrai qu'il y a des intérêts qui s'affrontent, qui pour beaucoup sont légitimes, et qu'il nous faut prendre en considération.

En tous cas, cela aussi fait partie de la transparence que j'évoquais à l'instant. Sur Internet vous pouvez avoir accès aux projets que nous finançons.

Que vous-même puissiez avoir accès à ces informations, c'est pour nous, dans une certaine mesure, une garantie.

Q - S'agissant des rapports entre culture et développement, cela me fait penser à ce que disait le jeune roi Mohammed VI, quand il expliquait que des pays, comme le Maroc, mais derrière lui tous les pays du Sud ne pourraient pas se développer tant qu'ils continueraient à nier à la moitié de leur population ses droits au jour le jour. La moitié de la population dont il voulait parler, bien sûr, c'était les femmes. Et je voudrais savoir d'une part dans quelle mesure le FSP inclut ce qu'on appelle dans le jargon l'approche "genre" dans les projets qu'il retient ou qu'il ne retient pas et deuxièmement, s'agissant si j'ose dire de la deuxième façade de votre ministère, c'est-à-dire la Francophonie, si le prochain Sommet de Beyrouth, qui est justement sur le dialogue des cultures, sera ouvert sur cet aspect là de la culture, c'est à dire l'approche, je répète "genre" ?

R - Sur le genre, je laisserai à Bruno Delaye le soin de compléter.

S'agissant du Sommet de Beyrouth, que nous avons commencé à préparer déjà depuis quelques mois, et la réunion à N'Djamena la semaine dernière était une étape importante, nous aurons l'occasion de pousser plus loin cette relation entre culture et développement. Personnellement, j'y crois beaucoup pour l'avoir vérifié dans d'autres circonstances et je suis convaincu que c'est parce que l'on a oublié cette relation, je le répète, qu'un certain nombre d'erreurs graves ont été commises dans la relation aux autres et que les résultats en terme de développement ne sont pas ce qu'ils devraient être. Cela j'en suis convaincu.

Cela c'est l'aspect général de la relation culture-développement. S'agissant en particulier de la culture africaine, par exemple, le FSP peut par exemple favoriser l'émergence évidemment des créateurs, mais professionnaliser surtout les circuits, les réseaux et faire en sorte que l'accès à la culture puisse aussi être vécu comme un point d'appui pour l'économie.

Q - Monsieur le Ministre, j'ai deux observations et à la suite une question. En 2000, vous avez financé deux projets en Côte-d'Ivoire, je vois "un appui à la concertation sectorielle agricole", c'est l'intitulé du projet, et un autre "le front social développement". Or, il semble qu'au cours de la période 2000, la coopération était suspendue avec ce pays. Comment se fait-il que la Côte-d'Ivoire a pu bénéficier d'un soutien ? Mais il y a sans doute quelque chose qui m'échappe.

R - Non, c'est très simple. Nous avons suspendu la coopération militaire et la coopération dite institutionnelle, c'est-à-dire ce qui concerne directement l'Etat. Par contre, ce qui concerne la société civile a été préservé : santé, éducation, développement rural.

Voilà ce qui explique que les deux projets - que vous venez de citer - aient pu être mis en ¿uvre, malgré la suspension de la coopération au sens où je l'ai indiqué tout à l'heure.

Q - Pour l'année qui vient, pour 2001, que comptez-vous faire pour ce pays ?

R - Nous avions posé comme conditions que l'ensemble des institutions ivoiriennes soient mises en place. Cela semble être le cas, un peu dans la douleur, nous le savons bien, mais le Premier ministre vient la semaine prochaine. Ce sera l'occasion de voir avec lui quels sont les projets que la Côte d'Ivoire souhaiterait voir examiner en priorité. S'agissant de la mobilisation des moyens plus lourds, budgétaires, dont il a été question, vous comprendrez que je ne dévoile pas par avance les résultats de nos conversations, sachant qu'en plus, la position de la France s'apprécie aussi par rapport au jugement que les missions d'expertise FMI ou Banque mondiale conduisent de leurs côtés. J'espère que les conditions seront réunies pour nous permettre en effet, comme nous le souhaitons d'ailleurs, d'aider nos amis ivoiriens à passer un cap qui reste difficile, notamment sur le plan financier, économique et évidemment social. Pour le reste, nous espérons que le dialogue politique prenne un tour plus apaisé. Ce n'est pas encore le cas.

Enfin, c'est important de le rappeler, il y a eu en application des règles que nous nous sommes données dans les nouveaux accords de Cotonou, la mise en jeu de ce que l'on appelle l'article 96, une procédure de consultations à laquelle la Côte-d'Ivoire doit évidemment s'obliger. C'est une des composantes du dialogue, non seulement entre la France et la Côte-d'Ivoire, mais entre l'Europe et la Côte-d'Ivoire car si la Côte-d'Ivoire a sans doute besoin de la coopération française, elle a également besoin de la coopération des grandes institutions internationales et elle a aussi besoin de la coopération européenne.

Q - Est-ce que l'on ne pourrait pas craindre que le fait justement qu'il y a un nouvel organe n'amène pas davantage de bureaucratie, si je puis dire ou en tous cas est-ce que l'on ne pourrait pas peut être nous retrouver dans une situation à laquelle vous avez fait allusion tout à l'heure ?

R - Soulignant les exigences que nous avons voulu mettre en avant en ce qui concerne le choix des projets, il faut qu'ils correspondent aux priorités que nous nous sommes fixées, qu'ils puissent être quantifiés, qu'ils puissent être évalués. Bref, toute une série d'exigences qui me paraissent correspondre aux besoins, d'abord de dépenser avec le maximum d'efficacité les moyens que nous mettons à disposition, qui renvoient aussi d'ailleurs à des considérations que je tire de l'actualité, éviter certaines pertes en ligne, voire certains scandales qui ont pu marquer des actions de coopération européenne par exemple. Disant cela, j'ai en même temps souligné le danger qu'à vouloir mettre la barre trop haute au niveau des exigences, nous risquions en effet de nous retrouver en situation de sous-consommation par difficulté de choisir des projets répondant à toutes ces qualités. Mais par difficulté aussi, d'avoir en face de nous des partenaires n'ayant pas les moyens de répondre à ces exigences. Croyez bien que c'est à la lumière justement des difficultés que rencontre l'Europe dans la consommation de ces crédits pour cause de procédures trop lourdes que nous voulons justement les éviter, et la réponse que nous apportons, et que l'Europe est en train d'apporter à ses propres fonctionnements, c'est la décentralisation, c'est-à-dire faire davantage confiance au terrain. C'est ce que nous avons, nous, commencé à pratiquer, c'est ce que nous faisons au travers d'un fonds particulier.

Or, j'observe que l'Union européenne est en train de préparer pour ses propres responsables de délégation sur le terrain les mêmes moyens, les mêmes marges de man¿uvre de façon à éviter les lourdeurs que vous dénonciez à l'instant.

Mais c'est une vraie question et il faut que nous nous souvenions que le mieux peut être l'ennemi du bien et qu'il faut trouver un point d'équilibre entre toutes ces exigences, toutes ces garanties que nous voudrions voir réunies sous un même projet et les difficultés en terme d'application que tout ceci risque de provoquer. Mais j'espère bien que nous trouvons un point d'équilibre.

Ce matin, nous avons fait état de l'insatisfaction des pays normalement bénéficiaires de MEDA, compte tenu de la lourdeur des procédures et de l'extraordinaire lenteur dans la mise en place des moyens. Le FSP heureusement n'a pas les mêmes défauts puisque, je l'ai dit tout à l'heure, la consommation en 2000, c'est 96 %. Cela veut dire que l'on a trouvé les moyens de respecter à la fois nos exigences et nos engagements vis à vis de nos partenaires.

Or, il est vrai que le FED, lui, n'a pas encore trouvé les moyens d'un fonctionnement satisfaisant. On s'y emploie collectivement dans le dialogue entre les Etats membres et l'Union européenne. Je crois qu'en terme de durée d'engagement ou de délai d'engagement, le FED c'est entre 5 et 6 (MEDA c'est 9 ans), c'est évidemment tout à fait désolant.

Q - (Sur l'évaluation des projets)

R - Je vais vous dire une chose. D'abord nous sommes évalués chaque année par les parlementaires. Il y a un débat au Parlement qui est normalement fait aussi pour cela. Il y a le Haut Conseil de la coopération que vous connaissez bien et qui a fait la preuve d'un sens critique parfois très développé ; donc on peut lui faire confiance, mais c'est bien, je ne m'en plains pas, c'est une réalité. Il faut simplement que l'on ait un vrai dialogue, ce qui est en train de se faire d'ailleurs. Merci, d'avoir employé le mot "évaluation" parce qu'il y avait un chapitre spécial de notre conseil stratégique de ce matin, conseil créé à l'évaluation.

Je vais peut être demander à Bruno Delaye d'en dire un mot, parce que nous allons jusqu'à prévoir dans le financement d'un projet la part que le projet doit consacrer à son évaluation, si vous voulez, sinon elle ne sera pas faite. C'est dire notre souci d'une évaluation qui ne doit pas non plus intervenir cinq ans après, cela n'a aucun sens. Mais l'évaluation, c'est une aide aux projets, c'est surtout une aide pour nous, pour voir les corrections, les inflexions qu'il nous faut apporter et voir si les orientations que l'on a prises méritent d'être corrigées.

R -(M. Delaye) Pour l'évaluation, trois choses : la première c'est que vous verrez, dans les grilles selon lesquelles ont rempli les projets, on doit indiquer des objectifs clairement identifiés, si possible quantifiés, ce qui permet de vérifier assez facilement que le projet est sur la bonne route.

D'autre part, il est prévu une évaluation à mi-parcours des projets. Généralement ils durent trois ans. Donc au bout d'une année et demie, on regarde en cours de route où est-ce que l'on en et. On a constitué au sein de la DGCID un bureau de l'évaluation dont le responsable du service est ici, présent, M. Posselle, et qui est chargé de nous renseigner sur la qualité des projets au fur et à mesure qu'ils sont mis en ¿uvre sur le terrain.

Mais l'évaluation commence d'abord en se donnant des objectifs clairs et précis. Pas un projet pour faire plaisir ou un projet pour se faire plaisir, mais un projet avec des obligations de résultats.

Q - Quels sont les projets que vous préconisez pour les pays africains ? Aujourd'hui la priorité pour les pays africains c'est la réduction de la pauvreté ?

R - Je vous en cite quelques-uns : soutien aux communautés scientifiques du Sud. J'en profite pour dire notre volonté qu'au travers de ces projets recherche, les chercheurs du Sud soient le plus systématiquement impliqués. Un des grands problèmes de la recherche au Sud, c'est que les chercheurs n'ont pas souvent les moyens de travailler, comme on disait chez nous, de vivre et de travailler au pays et cela est une vraie préoccupation, donc nos programmes "recherche" c'est aussi pour mobiliser les capacités de recherche des pays du Sud.

Donc soutien aux communautés scientifiques du Sud sur les problèmes de développement, appui à la recherche sur le sida, appui à la recherche médicale, appui à la recherche sur la tuberculose. Il y a un projet sur l'espace scientifique francophone AUPELF/UREF, c'est le réseau universitaire francophone mais on rentre ensuite dans des dossiers plus spécifiques. Je vois la recherche sur la gestion de la résistance chez les insectes du cotonnier en Afrique de l'Ouest, il y a un problème de recherche appliquée tout à fait utile, je vais presque dire utilitaire. Il en va de même pour le renouvellement des plantations de cacaoyer, on rentre dans des dossiers plus agronomiques, mais il y a aussi un appui à la recherche urbaine pour l'aide au développement : la question du développement de la ville qui est une énorme question posée à l'Afrique, car les villes sont en train d'exploser sans beaucoup de recherche sur leur devenir et sans intégrer des questions aussi essentielles que le transport ou la défense du patrimoine par exemple. Cela fera partie des sujets de recherche que j'évoquais à l'instant.

Voilà : santé, développement agronomique, mais aussi des questions plus générales qui touchent autour du thème du développement.

Q - En ce qui concerne la Guinée et les réfugiés, le Haut-Commissaire des Nations unies, le HCR : est-ce que la France a l'intention de soutenir l'action du HCR pour venir en aide aux réfugiés et, d'autre part, en ce qui concerne le Sommet de Lusaka et l'absence du président rwandais Kagamé, quelle est votre réaction ?

R - Sur la Guinée, les données du problème sont bien connues. Actuellement, sur un ensemble de 400 à 450 000 réfugiés, on peut actuellement en Guinée-Conakry identifier 180 000 réfugiés sierra léonais et 70 000 personnes guinéennes déplacées qui sont actuellement en souffrance, en détresse dans la langue de Quéckédou en Guinée forestière. L'explication est à rechercher évidemment dans l'instabilité militaire régionale au sens large du terme.

Le Haut-Commissaire Lubbers est sur place et plusieurs solutions sont actuellement en débat qui pourraient s'articuler dans le temps les unes après les autres.

La première c'est de mettre en sécurité le plus rapidement possible ces populations. D'où la proposition que fait M. Lubbers de les déplacer à l'intérieur de la Guinée pour les mettre en sécurité. Mais dans le même temps, nous observons que ces populations réfugiées souhaitent rentrer chez elles. C'est le cas évidemment des Sierra Léonais et la bonne solution serait en effet de leur permettre de rentrer chez elles dans une zone sécurisée. Cela soulève évidemment des problèmes de logistique mais aussi des problèmes de sécurité, surtout, et la question de savoir si on peut mobiliser les moyens, permettant de les déplacer vers la Sierra Leone, et avec quel calendrier, est débattue.

(¿)

Nous, nous considérons que les déplacer vers l'intérieur de la Guinée serait les mettre en sécurité mais ce n'est pas une solution durable. Sans oublier que l'on ne les met pas dans une zone où ils pourraient facilement pourvoir à leur propre alimentation.

On voit bien que ce n'est pas une solution. Notre préférence est pour un retour dans leur pays mais cela soulève évidemment des problèmes plus difficiles sur le plan logistique et en termes de sécurité, donc de moyens militaires.

Q - Vous parlez des Sierra Leonais, il existe un problème de libériens et M. Lubbers a demandé à la communauté internationale de prendre des sanctions contre le Liberia. Y êtes-vous favorable ?

R - Il y a aussi les Libériens.

La CEDEAO demande un délai de deux mois avant de prononcer des sanctions contre le Liberia, considérant qu'il peut être encore possible dans cette période d'amener le Liberia peut être à une attitude plus conciliante, plus propice à la paix. En clair qu'il soit plus disposé au dialogue, en particulier avec le président Charles Taylor.

La position de la France a été de dire qu'elle n'est pas opposée au principe des sanctions dès lors qu'elles sont justifiées, qu'elles sont limitées dans le temps et qu'elles sont ciblées de façon à éviter que les populations civiles en soient victimes.

Si ce sursis est accordé, nous allons le mettre à profit pour exercer en direction des différents acteurs les influences dont nous sommes capables pour ramener les uns et les autres justement au dialogue et peut être à la paix.

Quant à Lusaka, je regrette le choix du président Kagamé de ne pas y aller. Je le regrette d'autant plus que l'on a le sentiment qu'il y a en ce moment un frémissement favorable à la paix. Moi j'y vois quelques signes : la rencontre entre Nelson Mandela et Joseph Kabila. Ils vont parler du processus d'Arusha, donc du Burundi, mais ils vont nécessairement parler du dossier des Grands lacs. Bon, le fait qu'il y ait ce dialogue, est un point positif. Le fait que Jean Pierre Mbemba, de son côté, - actuellement d'après les informations dont nous disposons - semble se prêter à un travail de médiation, qui me paraît aussi aller dans le bon sens, tout cela me fait souhaiter que Lusaka, évidemment, nous rapproche de la paix et me fait donc regretter que Paul Kagamé ait fait le choix de ne pas y aller, mais le Rwanda sera représenté. Ce qui n'invalide donc pas la rencontre de Lusaka. Espérons qu'elle sera productive.

Je vous rappelle que nous avons quelqu'un de très attaché à la coopération, qui sera dans quelques jours notre nouvel ambassadeur en Ouganda, c'est Jean-Bernard Thiant que plusieurs d'entre vous connaissent bien. Je suis heureux de voir que l'espoir que l'on avait exprimé au moment de la fusion, que ce métissage ait aussi des effets au niveau du choix des ambassadeurs. On le vérifie là, ils ne sont pas encore très nombreux, mais c'est bien.

Q - Le ministère de la Culture a décidé aussi de faire du développement de la culture en Afrique une priorité. Est-ce qu'il y aurait une espèce de concertation entre vous ? Comment cela va-t-il se manifester ?

R - Bien sûr. Nous avons un outil commun qui est l'AFAA, que vous connaissez bien, et qui est cofinancée et cogérée par le ministère de la Culture et nous, mais je peux vous dire que les occasions de nous retrouver sont nombreuses. Il en va de même avec l'Education nationale d'ailleurs, dans un autre domaine.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 16 février 2001)


Entretien avec "RFI" le 14 février 2001

Q - Le Conseil d'orientation stratégique est le nouvel outil à disposition du ministère français de la Coopération. Charles Josselin, le ministre délégué a inauguré hier cette nouvelle institution qui aura pour mission d'orienter l'aide publique au développement dans le cadre du Fonds de solidarité prioritaire. Le FSP est doté de 1,1 milliard de francs de budget, c'est un instrument privilégié de partenariat avec les Etats, il a permis de financer en l'an 2000, 179 projets dans 126 pays. Et pour Charles Josselin, l'objectif de cette nouvelle instance c'est la transparence, transparence de la coopération française sans remettre en cause les priorités, c'est-à-dire le financement de projets en Afrique.

R - La transparence, c'est déjà éviter comme on le faisait avant, de financer en sous-terrain, si je puis dire, des éléphants blancs. Cela veut dire que n'importe qui pourra, en effet, dire : "attendez, là, je suis allé en Afrique il n'y a pas très longtemps, ce que vous y faites y est aberrant" ou "j'ai vu un projet financé par vous¿". Il faut que ce soit un peu sous surveillance de la population, que l'on puisse travailler, et c'est en train de se faire.

S'agissant du Fonds de solidarité prioritaire, il faudrait vraiment des exceptions constatées et décidées par le Premier ministre pour que le Fonds de solidarité prioritaire n'aille plus vers les pays de solidarité prioritaire et ceci préserve l'Afrique. J'observe d'ailleurs que plus de la moitié de l'aide bilatérale française continue d'aller à l'Afrique sub-saharienne et c'est bien qu'il en soit ainsi parce que c'est là-bas surtout qu'il y a des besoins et c'est quand même bien là qu'est la priorité de la France. Il faut le dire aux Africains. S'il y a des problèmes à l'Est, il faudra bien essayer d'y faire face mais il ne faut évidemment pas qu'on aide l'Europe de l'Est au détriment de l'Afrique./.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 16 février 2001)

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