Déclaration de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la justice, sur la réinsertion des jeunes délinquants, Beauvais le 21 décembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la justice, sur la réinsertion des jeunes délinquants, Beauvais le 21 décembre 2000.

Personnalité, fonction : LEBRANCHU Marylise.

FRANCE. Ministre de la justice

Circonstances : Inauguration de l'Ecole de la nouvelle chance, à Beauvais, le 21 décembre 2000

ti : Monsieur le Préfet,
Monsieur le Président du Conseil Général,
Madame, Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Maire,
Monsieur le Directeur,
Mesdames, Messieurs,


C'est avec un immense plaisir que j'inaugure aujourd'hui " l'Ecole de la Nouvelle Chance ", l'école qui dit non à l'exclusion, l'Ecole qui dit oui à l'instruction pour tous.

Elle s'ouvre à Beauvais. Ce n'est pas un hasard : je connais, Monsieur le Maire, vos engagements républicains.

L'inauguration de l'Ecole de la Nouvelle Chance se situe un an après la pose de la première pierre intervenue en présence de Claude BARTOLONE, ministre délégué à la ville, le 16 décembre 1999. Ma présence ici parmi vous, vient témoigner du partenariat actif tissé entre les différents services de l'Etat et des collectivités locales sans lequel ce projet n'aurait pu voir le jour. Elle se veut être également un témoignage du soutien aux équipes enseignantes et éducatives déjà installées sur lesquelles repose la réussite d'un projet dont l'ambition première est de conduire des jeunes à retrouver une place dans notre société.

Cette journée d'inauguration prend place juste un mois avant le futur Conseil de Sécurité Intérieure qui réunira les différents ministères. Cette instance gouvernementale entend apporter aux problèmes de sécurité une réponse globale.

Au-delà de l'action de la justice, de celle des services de police et de gendarmerie, il s'agit grâce à la politique de la ville, à la politique d'intégration, à l'éducation nationale et à une politique favorisant l'accès à la citoyenneté, d'intervenir sur l'ensemble des facteurs susceptibles de réduire l'insécurité dans notre pays.

Dans cette action, la question de la délinquance des mineurs occupe une large place.

Face à des jeunes dépourvus de repères clairs et solides, le gouvernement, la société, ont choisi d'affirmer, sans pour autant négliger la nécessaire protection de l'enfance, la responsabilité du mineur dans la violation de la loi que constitue, avant tout, l'acte délinquant.

Diverses mesures, prises lors des Conseils de Sécurité Intérieure de juin 1998 et janvier 1999, sont déjà largement mises en ¿uvre.

C'est tout d'abord donner une réponse systématique, rapide et lisible à chaque acte de délinquance.

A ce jour, 90 % des Parquets ont adopté une politique pénale à l'égard des mineurs en mettant en place le traitement en temps réel.

Les alternatives aux poursuites appelées également 3ème voie se sont aussi largement développées :
les mesures de réparations à l'égard des victimes sont passées d'à peine 4000 en 1994 à près de 15000 aujourd'hui. Les rappels à la loi prononcés par les délégués du Procureur sont également en forte augmentation .

Ces procédures permettent d'apporter des réponses rapides aux premiers délits et évitent l'engrenage destructeur dans lequel s'engouffrent bien souvent les jeunes mineurs délinquants.

Mais lutter contre la délinquance des mineurs, c'est aussi :

--> assurer la continuité éducative auprès des mineurs les plus difficiles. C'est bien de cela dont il est question à l'Ecole de la Nouvelle Chance.

Cette Ecole est le résultat d'une conviction partagée par tous ses artisans, de la possibilité de donner une nouvelle chance à des adolescents très difficiles, mineurs délinquants ou en grave danger de le devenir, par la mise en place d'un parcours adapté visant à les réinsérer dans la société par l'apprentissage des savoirs fondamentaux délivrés par l'Ecole.

J'ai pris connaissance avec intérêt de son cahier des charges et ai pu apprécier la qualité de la réflexion engagée et de l'action éducative envisagée.

Lutter contre la délinquance, c'est enfin mobiliser le mineur par l'intérêt qui lui est porté selon trois temps :

- le temps de la vie de groupe ou de " vivre ensemble " ;
- le temps de l'individu ;
- le temps de loisir ;

Cela paraît être une approche moderne et adaptée pour la prise en charge des jeunes les plus en difficulté.

J'entends aussi souligner l'importance qu'a revêtue la mobilisation de tous les acteurs locaux autour de la construction de cette Ecole.

L'initiative de M. Walter AMSALLEM, Maire de Beauvais, a su rassembler de manière exemplaire les principaux services de l'Etat concernés : préfecture, inspection académique, institution judiciaire.

L'efficacité des services de la Préfecture a permis de réaliser les travaux de construction en moins d'un an, malgré la complexité du montage des dossiers. Qu'elle soit saluée. La collaboration entre les services de la Protection Judiciaire de la Jeunesse et de l'Education Nationale a été totale et j'en félicite tous les auteurs.

Je tiens aussi à remercier chaleureusement les habitants du quartiers de Voisin Lieu qui ont accepté avec enthousiasme ce pari éducatif et manifester leur souci d'intégrer les jeunes de l'Ecole en leur ouvrant les portes de leurs associations sportives et culturelles.

La prise en charge des jeunes, y compris les plus marginalisés, relève en premier lieu de l'institution judiciaire, et je souligne ici l'importance de l'implication des magistrats du Tribunal de Grande Instance de Beauvais, Madame le Procureur, Monsieur le Président seront signataires du protocole d'accord de l'Ecole.

Mais cette prise en charge aujourd'hui ne peut plus être conçue sous ce seul angle : d'autres institutions, comme l'Education Nationale, expriment la nécessité d'une pluridisciplinarité d'approches. l'Ecole de la Nouvelle Chance en est justement l'illustration vivante.

La prise en charge des mineurs implique aussi les élus locaux et les habitants. La ville de Beauvais peut être considérée comme porteuse de ce message.

J'entends au cours des prochains mois développer particulièrement cet aspect, qu'il s'agisse de traitement pénal ou d'assistance éducative des mineurs.

Pour conclure, je ne formulerais qu'un souhait, que cette Ecole ne soit qu'un passage pour des jeunes, et qu'elle constitue un temps fort de reconstruction personnelle , d'apprentissage scolaire. Elle doit conduire ces jeunes à réintégrer les dispositifs de droit commun (école, entreprise..) en étant réconciliés avec eux-mêmes et en harmonie avec leur environnement et leur entourage au premier rang duquel se trouve la famille.

Ancrée comme une structure spécifique dans un dispositif éducatif global défini au niveau départemental, et impliquant l'ensemble des acteurs locaux, elle me paraît pouvoir répondre à la marginalisation scolaire, à la déscolarisation précoce et à la violence des jeunes.

(Source http://www.justice.gouv.fr, le 28 décembre 2000)

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