Interview de M. Jean-Claude Gayssot, ministre de l'équipement, des transports et du logement, à RMC le 24 janvier 2001, sur la lutte contre l'insécurité routière et les mesures gouvernementales prises pour y remédier, sur la construction de l'avion A380 et sur la question des retraites. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Claude Gayssot, ministre de l'équipement, des transports et du logement, à RMC le 24 janvier 2001, sur la lutte contre l'insécurité routière et les mesures gouvernementales prises pour y remédier, sur la construction de l'avion A380 et sur la question des retraites.

Personnalité, fonction : GAYSSOT Jean-claude, LAPOUSTERLE Philippe.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports et du logement

ti : P. Lapousterle Deux mots sur la grande manifestation de demain. A l'appel de tous les syndicats de salariés, une grande journée d'action est prévue : grèves, manifestations, réunions dans toute la France. L'objectif est de protester contre la volonté du patronat, du Medef, d'obtenir la modification de la durée de cotisation pour permettre d'obtenir la retraite complémentaire. Vous soutenez cette journée d'action ?

- "Je constate d'abord que M. Seillière a réussi deux choses. La première, c'est d'unir tous les syndicats et la deuxième, c'est de diviser le patronat, si j'en crois les remarques des petits et même des grands patrons, puisque M. Messier à l'air de contester la stratégie de M. Seillière. Sur le fond du problème, sur la base d'une question réelle concernant le maintien du système de péréquation pour les retraites et les évolutions démographiques, il faut travailler pour trouver des solutions. C'est en ce sens que le Gouvernement a abondé le fonds de réserves et que nous allons continuer à le faire. Nous allons travailler sur des solutions qui s'inscrivent dans le sens du progrès social. Or, ce qui est proposé, si j'ai bien lu, ce n'est pas du progrès mais de la régression sociale."

On ne touchera donc jamais à la retraite à 60 ans ?

- "On doit faire évoluer les choses dans le sens du progrès social. Le droit à la retraite à 60 ans a été une grande avancée et ça se défend."

Quand volera t-on dans l'A380 ?

- "Il faut d'abord le faire. Une grande partie se fera en France et le montage à Toulouse. 40 000 emplois vont être créés dans notre pays uniquement pour cet avion. Le premier vol commercial sera aux alentours du début 2006 et le premier vol prévisionnel - parce qu'il faut faire les essais - sera en automne 2004."

L'insécurité sur les routes est vraiment un cancer dans notre société. La France est très mal placée pour ce qui concerne les accidents de la route. Vous allez donner cet après-midi le bilan de l'année 2000. En 1999, il y a eu 8 000 morts, combien cette année ?

- "Il y avait un peu plus de 8 000 morts l'an dernier ; en 1998, il y avait près de 8 500 morts. Nous serons légèrement en dessous - nous faisons les dernières estimations ce matin - de 7 600 morts."

Annoncée comme grande cause nationale cette année, ce n'est pas une baisse énorme, après tous les efforts déployés ?

- "La baisse n'est pas énorme, mais c'est une des plus fortes baisses jamais enregistrées dans l'histoire de la lutte pour la sécurité routière. Je ne vous dis pas cela pour me satisfaire des résultats, mais pour dire qu'il n'y a pas de fatalité. Nous l'avons prouvé l'année de plein exercice où toutes les mesures ont été prises : la loi votée en juin 1999 contre les très grands excès de vitesse - critiquée par certains parce qu'il y avait trop de sanctions -, mais également la responsabilité du propriétaire - je ne développe pas. L'an dernier était une année pleine de mises en application de toutes ces mesures. On a vu qu'avec une réduction de plus de 5%, on pouvait faire baisser le nombre de tués et de blessés graves sur les routes. Mais ce n'est pas suffisant. Si je prends le département de l'Hérault, il y a eu l'an dernier une baisse de l'ordre de 18% du nombre de tués et de blessés graves. On pourrait dire : "Bravo ! .".. Il est vrai qu'il y a eu une mobilisation : je veux saluer les associations, le préfet, car tout le monde s'est mobilisé. Mais début 2001, on se rend compte que cela repart à nouveau. La sécurité routière ne peut pas simplement être une affaire de moment fort, c'est un combat permanent. Ce combat, je suis déterminé, le Gouvernement est déterminé à le mener."

Dans le livre qui s'appelle "Sur ma route", il y a un passage sur la sécurité routière. Vous dites que 8 000 morts par an - puisqu'il s'agissait de l'an dernier -, surtout les jeunes, les 15-24 ans, 10 % de la population, représentent 26 % des tués sur les routes. Et vous écrivez : "Nous ne nous résignerons pas à la brutalité des chiffres." Au bout du compte, on s'y résigne quand même...

- "Ne me faîtes pas dire que je m'y résigne."

Tout le monde s'y résigne, pas seulement vous...

- "Je veux vous assurer que ce combat est un combat vraiment déterminant. Hier, j'étais en Belgique, à Bruxelles, pour faire le bilan devant les parlementaires de la présidence française dans le domaine des transports. A. Vatanen - tout le monde connaît ce grand pilote de rallye - qui est député en Finlande - pas du même bord que moi, ce n'est pas un député de gauche - a fait une intervention tout à fait exceptionnelle. Il a dit qu'il y a un mort ici, un autre là, et qu'on ne voit pas au total qu'il y a chaque année plus de 40 000 morts sur les routes européennes. Et il a raison ! Vous parliez des jeunes : l'an dernier, le nombre de tués chez les jeunes a été réduit de plus de 10 % Quand je vois ce qui reste encore, je n'ai pas envie de crier victoire, mais je me dis que dans ce domaine aussi, on peut gagner le pari de la vie contre le pari de la mort."

Question d'un auditeur : "Je vous félicite car vous êtes un très bon ministre des transports. Vous êtes d'abord un homme de terrain, ce qui me fait plaisir. Habitant dans le département de l'Aude, aux abords de la nationale, je n'ai jamais vu autant de manque de civisme, de franchissements des lignes blanches... On peut mettre 15 000 gendarmes - je vous garantis qu'ils font leur travail - mais ce qu'il faut en plus, c'est voter une loi. 900 francs d'amende ce n'est pas assez ; si on mettait 5 000, 10 000 ou 15 000 francs, avec retrait de permis et du véhicule, je pense qu'il y aurait moins de morts."

"Je remercie cet auditeur pour ses propos à mon égard. Il a raison en ce sens qu'il faut faire changer les comportements. C'est un travail de longue haleine, cela commence puisque nous avons moins de tués. Mais en même temps, il faut que le contrôle et la sanction tombent, et que ce soit plus fort. Par exemple, lors du dernier comité interministériel sur la sécurité routière présidé par le Premier ministre, nous avons décidé la possibilité d'une retenue du permis de conduire dès lors qu'on dépassera les 40 km/h."


(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 24 janvier 2001)

Rechercher