Déclaration de M. Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'industrie, sur la politique nationale d'intelligence économique, notamment en offrant aux entreprises l'accès aux informations économiques ou stratégiques , sur le lancement au Ministère de l'économie du premier site "MININFO", et sur les mesures de défense destinées à protéger les informations, comme l'appel à projets OPPIDUM, Paris le 25 janvier 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'industrie, sur la politique nationale d'intelligence économique, notamment en offrant aux entreprises l'accès aux informations économiques ou stratégiques , sur le lancement au Ministère de l'économie du premier site "MININFO", et sur les mesures de défense destinées à protéger les informations, comme l'appel à projets OPPIDUM, Paris le 25 janvier 2001.

Personnalité, fonction : PIERRET Christian.

FRANCE. SE à l'industrie

Circonstances : Colloque "Intelligence et défense économiques au service du développement économique" à l'IHEDN à Paris, le 25 janvier 2001

ti : Monsieur le Directeur de l'Institut,
Monsieur le Secrétaire général de la défense nationale,
Messieurs les Préfets,
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs


Je suis particulièrement heureux d'ouvrir aujourd'hui dans ces murs renommés un colloque du Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, organisé par l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale et consacré à " l'intelligence et la défense économiques au service du développement économique ".

Institué voici 42 ans par l'ordonnance de janvier 1959 relative à l'organisation de défense, le concept de la défense économique est-il toujours, en 2001, adapté aux exigences de notre époque, aux côtés de la défense militaire et de la défense civile ? La réponse est incontestablement oui, même si son contenu a largement évolué et que certains des domaines couverts étaient encore récemment à peine défrichés :
- la protection du patrimoine économique national sous toutes ses formes : protection physique classique, protection des biens immatériels par le brevet et/ou le secret, sécurité des systèmes d'information?,
-
- les travaux sur les dépendances stratégiques,
-
- le fonctionnement des réseaux indispensables à la vie économique du pays, qui constituent ces infrastructures vitales de distribution de l'électricité, de télécommunication, de systèmes de paiement..

En début d'après-midi le Haut-fonctionnaire de défense du Ministère, M. Lallemand, abordera ces sujets pour introduire les travaux de la deuxième table ronde.

Je souhaite, pour ma part, axer mon propos sur l'importance stratégique que revêt aujourd'hui la maîtrise du savoir pour un acteur économique. Aussi vous parlerai-je successivement d'intelligence économique, et de protection des informations par des mesures adéquates de défense économique.

L'information économique n'est pas un bien comme les autres dans la société du savoir.

En ce début de 21ème siècle, beaucoup de phénomènes, liés sans être forcément confondus, bouleversent le mécanisme des systèmes économiques. L'accélération des échanges, le triomphe de l'économie financière, la mondialisation ont fini d'ouvrir nos frontières, d'abolir nos monopoles, d'établir la concurrence comme norme. Le savoir numérique est devenu un facteur de production universel, et le fonctionnement des entreprises en réseau de fournisseurs et de clients exigent que les entreprises maîtrisent l'acquisition, le traitement et la protection de toutes les informations économiques utiles à leur développement. L'intelligence économique trouve sa raison d'être dans cette réduction qui fait reposer la croissance et l'avenir, sur sa capacité à détenir et exploiter des informations d'une entreprise.

Ces informations économiques ne sont pas des biens comme les autres. Elles sont désormais une des matières premières les plus précieuses pour l'entreprise et il me paraît important de parler aujourd'hui tous ensemble, entreprises, administrations centrales et déconcentrées, de la nécessité d'une démarche concertée d'intelligence économique. A un moment où le rôle régalien de l'Etat tend à se réduire, l'Etat stratège, partenaire des entreprises, a un impératif d'expression à ce sujet. Une entreprise sera meilleure que ses concurrentes si elle possède avant les autres les bonnes informations, qu'il s'agisse de connaissance des marchés, de conditions d'accès de ces marchés, d'informations juridiques, technologiques, normatives ou autres. Pour creuser son avantage compétitif, l'entreprise doit pouvoir créer une asymétrie d'information à son avantage.

Le Professeur Franck BOURNOIS vient de faire paraître un livre sur l'intelligence économique, livre que j'ai eu l'honneur de préfacer. Il vous exposera dans les minutes qui viennent la situation des entreprises françaises et vous mesurerez le chemin parcouru depuis le rapport MARTRE de 1994 ? et le chemin qui reste à parcourir. J'en profite pour saluer Henri MARTRE qui a accepté de participer à nos travaux et qui clôturera la journée. J'ai noté pour ma part que 70 % des entreprises de l'échantillon questionné se disent concernées par l'intelligence économique et que plus les entreprises sont mondialisées, plus elles placent haut cette fonction dans l'échelle de leurs priorités. Signe que l'intelligence économique n'est pas un sujet simplement à la mode mais bien une réponse de fond aux besoins des entreprises.

Le travail en réseau, humain et informatique, fonde une politique nationale d'intelligence économique

Jean-Louis LEVET, aux nombreuses casquettes mais ici en tant que président de l'Association française pour le développement de l'intelligence économique, présidera une première table ronde. Des représentants de l'Etat, le Préfet PAUTRAT, Préfet de la région Nord-Pas-de-Calais, Jean-François STOLL, Directeur des relations économiques extérieures du MINEFI, Claude REISMAN, Trésorier payeur général de la région Centre, François GOULET, Directeur régional de l'industrie, de la recherche et de l'environnement à Bordeaux ; des représentants du monde de l'entreprise, bâtiment et travaux publics, industries de l'ameublement, opérateurs de télécommunications, et un représentant des Chambres de commerce et d'industrie vous feront part de leurs expériences et de leur rôle respectif. Vous verrez ainsi apparaître une véritable politique de promotion des processus d'intelligence économique et de travail en réseau, humain et informatique. L'Etat doit à la fois sensibiliser les entrepreneurs au caractère stratégique et vital de cette matière première unique et ouvrir aux entreprises l'accès aux informations économiques utiles voire stratégiques qu'il possède. Un fait résume à lui seul sa responsabilité particulière : 80 % des informations économiques utiles sont détenus par les administrations.

Le MININFO, réseau d'appui au service des entreprises.

Le MINEFI a pris conscience de sa responsabilité en ce domaine. J'ai ainsi le plaisir de vous annoncer, que lundi dernier, à Orléans, Laurent FABIUS, Ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, a ouvert le premier site " MININFO ", réseau d'appui au service des entreprises et de leur développement économique. Lancé dans le cadre de la réforme-modernisation du Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, MININFO est expérimenté dans quatre départements ou régions : le Doubs, la Meuse, les Pays de la Loire et le Centre.

Cette expérimentation vise à offrir à l'entreprise, par un travail en réseau des services locaux du Ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, une prise en charge personnalisée de ses demandes, la mise à disposition d'informations et des services utiles à son développement. Véritable maillage territorial, de compétences et d'expertises, ce réseau d'interlocuteur unique du Ministère a vocation à traiter de façon fiable et rapide les demandes spécifiques des entreprises, à partir d'un seul contact, et la prise en charge par le réseau de la recherche d'informations, de conseils ou de prestations personnalisées. L'entreprise pourra également, via le service Internet du réseau, accéder rapidement à des informations générales et à des services interactifs : messagerie pour poser directement une question, téléprocédures ou encore liste de diffusion par abonnement sur des thèmes qu'elle aura choisis.

L'activité d'accompagnement et de conseil exercée par ce réseau, et par conséquent, l'utilisation des informations recueillies, seront bien entendu fonctionnellement distinctes des activités de contrôle, dans le respect du secret statistique et fiscal. Un premier bilan de l'opération sera réalisé en juin 2001.

La sécurité des systèmes d'information est le pendant incontournable de l'intelligence économique.

Il ne suffit pas d'acquérir les bonnes informations par une démarche d'intelligence économique, il faut aussi savoir les protéger. En effet, le travail en réseau génère de nouvelles vulnérabilités. La question de la sécurité des systèmes d'information est ainsi devenue cruciale. Il faut, par exemple, protéger son ultime offre de prix, que l'on soit PME ou grande entreprise répondant à un appel d'offre international ; ne pas utiliser un fax, un téléphone, une messagerie électronique non sécurisée pour transmettre des informations sensibles relatives à des entreprises cotées en bourse.

Certains de vos concurrents hésiteront-ils, par des démarches à la frontière de la légalité ou de la moralité, à provoquer de telles distorsions de concurrence - je dirai vulgairement appliquer le principe : un bon coup d'?il vaut mieux qu'une mauvaise impasse ? Vous savez de plus combien une " rumeur " économique, non fondée, peut déstabiliser une entreprise. Chacun d'entre vous peut un jour être touché par une action de désinformation.

Je suis donc heureux que cet après-midi un certain nombre d'aspects de défense économique soient débattus, qui concerneront essentiellement, mais pas seulement la sécurité des systèmes d'information. Monsieur GILBERTAS animera les travaux de la seconde table ronde. Des représentants e l'administration, Henri SERRES du Secrétariat général de la défense nationale, Michel Le CLAINCHE, Directeur des relations avec les publics et de la communication du Ministère, un Préfet, Philippe CADUC, Directeur général de l'ADIT ; et des représentants du monde de l'entreprise, Cap GEMINI, le groupement cartes bancaires, Renault, le Club des systèmes d'informations français, provoqueront le débat avec la salle sur ces thèmes relativement nouveaux.

Personnellement, je me suis fortement impliqué dans la sécurisation des systèmes d'information : libéralisation de la cryptologie en France, engagée par les décrets de mars 1999, et qui sera poursuivie par la future loi sur la société de l'information ; loi du 13 mars 2000 sur la signature électronique ; et j'annoncerai dans les prochains jours une initiative pour faire suite à l'appel à projets OPPIDUM relatif au développement de produits de sécurité informatiques.

Je souhaite aujourd'hui vous faire part des autres initiatives prises par le Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, tout en soulignant l'excellente coopération avec le Ministère de l'Intérieur, pour la défense de nos intérêts économiques.

Les entreprises ont besoin d'un référentiel qualité-confiance pour protéger leur savoir.

Quand une entreprise confie des informations ou un savoir-faire confidentiel à un partenaire dans le cadre du fonctionnement en réseau de l'économie, quelle assurance peut-elle avoir que le partenaire sécurisera à un niveau suffisant les informations partagées ? Il ne s'agit pas d'un cas d'école : un constructeur automobile conçoit désormais ses nouveaux modèles avec de nombreux partenaires ; une entreprise d'habillement partage également avec l'amont textile de la filière ses futurs dessins et modèles. Je puis annoncer aujourd'hui l'initiative prise par le ministère de susciter des travaux de rédaction d'un guide de bonnes pratiques sur la sécurité des informations dans l'entreprise. Ces travaux pourraient déboucher sur une normalisation " qualité - confiance ". L'AFNOR est chargé de conduire ces travaux et va lancer une enquête auprès d'un échantillon d'entreprises sur ce sujet. Un comité de pilotage va concomitamment être mis en place : animé par le haut fonctionnaire de défense, il regroupe la DIGITIP, l'AFNOR et les représentants de fédérations professionnelles et d'industriels.

Mesdames, Messieurs,

" La défense est la première raison d'être de l'Etat. Il n'y peut manquer sans se détruire lui-même ". Cette parole du Général de Gaulle en 1952, si elle ne concerne plus les mêmes questions et le même monde, garde sa force conceptuelle. L'Etat est un protecteur, il doit devenir un partenaire. Non pour inciter à la paresse ou à la frilosité mais, au contraire, pour poser le cadre du succès et provoquer en chacun de nous l'esprit de conquête et d'initiative, celui qui permet de remporter les plus belles batailles industrielles et humaines. Ma conviction, que je suis venu répercuter devant vous, est que l'intelligence et la défense économiques sont aujourd'hui inséparables de cet état d'esprit absolument nécessaire à la prospérité économique et au rayonnement de notre nation !

Source http://www.industrie.gouv.fr, le 25 janvier 2001)

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