Déclaration de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, sur la baisse des effectifs de l'enseignement professionnel, la formation professionnelle, les relations école-entreprise et la validation des acquis professionnels, Paris le 12 janvier 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, sur la baisse des effectifs de l'enseignement professionnel, la formation professionnelle, les relations école-entreprise et la validation des acquis professionnels, Paris le 12 janvier 2001.

Personnalité, fonction : MELENCHON Jean-Luc.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement professionnel

Circonstances : Signature de la convention générale de coopération avec la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB) à Paris le 12 janvier 2001

ti : Monsieur le Président,

Peut-être avez-vous observé, pendant que vous parliez, que nous étions quelques-uns à échanger quelques petits coups d'oeil en souriant. Il y avait là un instant miraculeux. Entre ce que vous dites - et que vous dites si bien car vous êtes plus ancien que moi dans le métier, en tout cas dans le métier du bâtiment - et ce que je dis comme ministre, je dois vous faire l'aveu qu'il n'y a aucune différence. Si certains s'étonnent encore de cette extraordinaire convergence, je crois, pour ma part, qu'elle est le fondement de quelque chose qui se trouve devant nous : cette grande convergence du productif.

Comment expliquer cela ? Vous l'avez bien dit : nous avons basculé dans une autre époque. Une autre époque, j'insiste. Notre pays a subi, comme bien d'autres, vingt-cinq interminables années de chômage de masse, qui ont profondément modifié, profondément meurtri les mentalités. Les actes de violence auxquels nous assistons régulièrement, qui nous navrent tous, qui nous consternent parfois, leur bestialité barbare, sont les stigmates de cette longue et interminable période de crise qui a détruit les liens familiaux, les repères culturels. Elle a suscité dans nos milieux respectifs des débats inépuisables mais comme ils ne trouvaient jamais à se vérifier, on pouvait mener ces débats sans fin. En fait sans espoir.

Aujourd'hui nous sommes au pied du mur. Une nouvelle phase longue de croissance est devant nous. Avant toute discussion, nous sommes ramenés au concret : il nous faut voir comment concrètement nous réglons tel ou tel problème de formation, de recrutement. Oui, comme ministre, je suis prêt à entendre toutes les théories, toutes les sortes de discours, toutes les écoles de pensée. Mais à la sortie, elles doivent répondre aux questions concrètes qui nous sont posées. Comment formons-nous les jeunes ? Combien en faut-il ? Quel est le contenu des métiers ? Quelles sont les techniques qu'il s'agit de transmettre ? Ceci me crée des devoirs.

Croyez-le Monsieur le Président, je suis très sensible à votre franchise et à votre lucidité. Il m'importe d'avoir ici avec vous un dialogue qui me permette d'éclairer l'état d'esprit de mon ministère. Nous vous recevons avec sérieux : Recteurs d'académie, directeurs de l'administration centrale, directeur de cabinet, membres de cabinet, les vingt inspecteurs de l'enseignement technique qui sont les acteurs directs du milieu et participent activement au travail de rénovation du contenu des diplômes. Je veux citer encore parmi eux Monsieur l'Inspecteur général Cubaud qui inspire l'ensemble de ce travail. Nous sommes tous là avec le goût et l'envie de faire partager à tous ce moment de plaisir qui caractérise cette rencontre et d'en faire apprécier toute la richesse et l'importance.

Donc, disais-je, Monsieur le Président, vous avez été franc. Vous avez fait ce qui n'est pas le plus courant. Vous avez balayé devant votre porte. Vous avez dit, et je vous donne raison, qu'il faut faire des progrès, en matière sociale, en matière de rétribution. C'est votre franchise qui vous honore et qui me permet à mon tour d'être franc et de balayer devant ma porte.

Vous avez raison. L'hémorragie des effectifs dans l'enseignement professionnel est intolérable. Intolérable parce que la Nation, notre Patrie, consacre des sommes gigantesques à la formation, dont nous sommes comptables devant nos concitoyens. Il n'est pas tolérable que par un effet de système dont nous sommes nous-mêmes responsables nous continuions à voir s'accentuer la baisse des effectifs. Au lieu de constater simplement la baisse démographique dans les effectifs de nos élèves dans l'enseignement secondaire, qui, si elle s'inscrivait dans la moyenne de 1,9 % (moyenne sur l'ensemble de la classe d'âge), devrait conduire à constater 10 000 pertes d'inscriptions, il faut constater que nous accentuons nos propres faiblesses. La baisse du taux d'orientation vers l'enseignement professionnel a induit une baisse de 10 000 élèves. C'est là un effet de système néfaste et contre-productif. Il y a d'autres causes à l'oeuvre, certes. Mais il y a un effet de système que je vais combattre fermement. J'ai déjà pris des mesures en ce sens. J'ai demandé à tous les recteurs - ceux qui sont ici présents peuvent en témoigner - d'inverser la tendance dès la prochaine rentrée. Il ne s'agit pas là, soyez-en assuré Monsieur le Président, de discours, mais bien de la mise en place de techniques et de savoir-faire des professionnels de notre organisation.

Je crois que l'on n'a pas encore bien compris que la voie de l'enseignement professionnel est une voie d'épanouissement et de réussite - sans doute est-ce là un des stigmates de ces années de chômage de masse. Le devoir des pédagogues, dont la mission est d'éduquer, de former et de qualifier, est de comprendre qu'ils ont complètement en charge l'épanouissement du jeune. Et nous connaissons tous des jeunes, que l'on dit en " échec scolaire " - cette expression ne me plait pas du tout - qui ont su s'épanouir dans cette voie d'enseignement. De fait, un jeune peut être en échec dans un mode pédagogique, mais cela ne signifie rien quant à sa qualité humaine, quant à sa qualité d'acquisition des savoirs abstraits. Il y a plusieurs voies pour accéder à ces savoirs abstraits. La voie dite " classique ", où l'on procède par intelligence conceptuelle déductive, qui est une des formes d'accès au concept et à l'abstraction. Et il y a une autre voie, plus inductive, qui va partir du concret pour accéder au même niveau d'abstraction que les autres. Dans l'enseignement professionnel, nous enseignons bien sûr autre chose, des savoir-faire professionnels, des techniques liées à leur mise en oeuvre immédiate, mais nous n'enseignons rien de différent de ce qui s'enseigne dans le reste de l'Éducation Nationale. L'anglais reste de l'anglais, les maths des maths, la chimie de la chimie. Nous enseignons les mêmes choses, mais nous les enseignons autrement.

C'est pourquoi je considère comme fallacieuse toute la série d'objections qui nous est présentée contre la valeur de notre ordre d'enseignement. Elle relève souvent du mépris de classe, qui rejoint, au fond, la domination culturelle que nous connaissons dans la société : nous focalisons notre attention sur le Ministre, le journaliste qui l'interroge le joueur de football et nous oublions volontiers cette masse immense du peuple français composée de 6 millions d'ouvriers, 7 millions d'employés, 3 millions de salariés des professions intermédiaires, qui forme le coeur de la population active, des gens qui " font leur métier ", sans lesquels rien n'est possible au quotidien et jusque dans le détail. Ceux-là sont les grands absents des représentations culturelles dominantes, des mises en scène, des coups de projecteur. C'est pourtant sur eux que repose la compétitivité globale de notre pays. C'est pourtant grâce à eux, qui ont su s'adapter aux nouvelles technologies, qu'est garantie la productivité des machines.

Dans cette compétition-là, nous, les Français, sommes parmi les meilleurs. Juste une parenthèse à ce sujet. On cite souvent Bill Gates comme le héros de l'informatisation de la production dans le monde. Mais qu'a-t-il fait de plus qu'inventer une manière de taper correctement une lettre, et d'y insérer les photos de vacances ? En revanche, depuis décembre dernier, il n'y a pas un avion, pas un bateau, un train, une fusée qui ne soient produits sans l'aide d'un logiciel Et ce logiciel est français. Il a été produit par des ingénieurs français, des informaticiens français qui sortent de nos écoles.

Ce logiciel dont la pratique est enseignée contre monnaie sonnante et trébuchante aux Etats-Unis dans les grandes universités, j'ai plaisir à vous dire, Monsieur le Président, que dans nos lycées professionnels, il est utilisé, gratuitement, par les enfants du peuple, pour tous les métiers : l'aéronautique, la productique, la charpente, l'automobile, la mécanique et progressivement dans tous les métiers.

Ce logiciel, dans nos lycées professionnels, nous en étendons l'application et l'usage. Par exemple, dans la chaussure, en BTS, au lycée du cuir à Romans, on apprend l'art et la manière d'assembler la forme et les 160 pièces qui constituent la chaussure que vous avez à votre pied, avec ce logiciel qui sert à produire des trains, des avions, des fusées Nous n'avons donc aucun complexe à avoir.

Je suis très heureux de vous avoir entendu parler de cette impulsion que les nouvelles techniques, que ces nouveaux outils donnent à l'activité productive, y compris à l'activité productive artisanale, dont, par une espèce d'imagerie singulière, on suppose qu'elle est immobile depuis la nuit des temps.

Tous les matériaux ont évolué. Alors comment penser que les pratiques professionnelles n'auraient pas évolué ? Et bien non. J'ajoute même que l'artisanat est le détecteur de l'évolution des goûts, des préférences. C'est lui qui est aux avant-postes. Ensuite la grande industrie passe derrière. Je crois que, de ce point de vue, le rôle que vous accomplissez est fondamental pour l'amélioration permanente des techniques qui sont mises en oeuvre. Nous avons entendu tout à l'heure le témoignage de Monsieur Galard qui a montré comment, par les relations entretenues notamment avec les GRETA, par le travail sur le terrain à partir de la pratique, nous avons détecté un nouveau métier et la demande de nouvelles qualifications. Nous l'avons fait ensemble, et ce faisant, nous ne nous contentons pas de répondre aux besoins respectifs du bâtiment et de l'Éducation Nationale, nous répondons à l'intérêt du pays. Nous sommes un grand peuple développé, nous avons une grande économie développée, et le goût de l'effort, de l'avancée, du perfectionnement doivent sans cesse nous occuper si nous ne voulons pas un jour reculer. Nous ne sommes peut-être que 60 millions, mais nous sommes tout de même la quatrième puissance économique du monde. Et cela, grâce au processus que je viens de décrire.

Vous avez eu la parole magique, Monsieur le Président : tous ces savoirs, toutes ces qualifications, il faut qu'on en fasse des référentiels. Ces référentiels qui forment ensuite des diplômes. Nous sommes donc déjà dans un processus d'enseignement. Vous avez dit que la monnaie diplômante, et je sais que les salariés sont très vigilants sur cet aspect là - la monnaie diplômante doit être de la vraie monnaie. On ne doit pas accepter que chacun batte la sienne. La vraie monnaie diplômante, c'est la monnaie qui est garantie par un acteur " unique et impartial " selon vos termes. Et cet acteur unique et impartial, qui entend bien de toutes ses forces, jusqu'à ce que la nation lui donne d'autres ordres, protéger la bonne monnaie contre la fausse monnaie, c'est l'Éducation Nationale. C'est sa mission. Elle n'exerce pas un privilège corporatif lorsqu'elle défend le monopole de la collation des grades. Elle défend la bonne monnaie. Elle défend le droit de l'employeur, lorsqu'il embauche quelqu'un sur présentation d'un diplôme, à savoir de quoi est capable la personne qu'il embauche. Elle défend le droit de l'employé : lorsqu'il présente son diplôme, c'est qu'il peut s'en réclamer. La bonne monnaie du bon diplôme, c'est la garantie pour l'employeur, c'est la garantie de la liberté pour le salarié dans son employabilité. Ce sont de grandes questions dans les relations sociales. Je vous remercie de les avoir posées. J'ai souvent l'impression d'être le gardien du temple, mais ce que je défends, ce n'est en rien des privilèges, c'est l'intérêt du pays. Je défends la bonne monnaie, contre, éventuellement, la mauvaise monnaie.

C'est pourquoi nous devons travailler, et nous travaillons, ensemble. Je voudrais que l'on en finisse définitivement, si possible, avec ces discussions ineptes sur la difficulté des relations entre l'école et l'entreprise. L'école ne " connaîtrait pas l'entreprise " ! Je suis bienveillant. On peut imaginer le contraire : que l'entreprise ne connaisse pas l'école Je le rappelle : il n'y a pas un diplôme professionnel dans ce pays délivré par l'Éducation Nationale dont le référentiel ne soit établi en commun par les branches patronales et l'Éducation Nationale. Il ne s'agit pas là d'un compromis entre nous, pas même d'un partenariat, mais d'une véritable osmose, sur le sujet des référentiels.

Lorsque je rencontre un grand industriel d'une multinationale, quel est mon discours ? Il est simple : " Si vous êtes le meilleur dans le monde, c'est parce que vos produits sont les meilleurs. Si vos produits sont les meilleurs dans le secteur concurrentiel, c'est parce que la technique pour les produire est la meilleure. Moi, dans mes diplômes, je veux la meilleure technique. Dites-moi comment vous faites parce que je veux introduire dans mon diplôme cette technique de pointe si par hasard elle ne s'y trouve pas. " Tel est le discours sérieux sur la qualification. Les chefs d'entreprise le savent bien, la CAPEB le sait bien. Tant qu'il s'agit d'améliorer le contenu de nos référentiels, il n'y a aucune résistance de la part de l'Éducation Nationale, qui n'a pas vocation à être le conservatoire du musée des qualifications.

Notre système éducatif est l'un des meilleurs du monde - et je pourrais passer ma semaine à recevoir des délégations étrangères qui veulent que nous transférions notre savoir-faire éducatif dans leur pays. Prenons l'exemple des GRETA dont nous parlions à l'instant. L'Éducation Nationale est le premier opérateur de formation continue de France et d'Europe. Et elle peut l'être grâce au travail que nous faisons ensemble avec les entreprises et les branches. Sur cet aspect, Monsieur le Président, vous êtes notre complice. Les convergences sont grandes sur bien d'autres encore - et c'est à dessein que je reprends les idées que vous avez développées, les termes que vous avez employés. Au sujet des diplômes, du problème de l'hémorragie des effectifs et de la nécessité d'inverser durablement la tendance, des contenus techniques le mouvement dans lequel nous sommes impliqués, c'est non seulement celui d'une élévation du niveau des connaissances technologiques qu'il est nécessaire de transférer de l'école à l'entreprise, et réciproquement, mais c'est aussi celui d'une élévation du niveau des connaissances fondamentales. Je l'ai dit tout à l'heure et je vous rejoins complètement.

C'est cela le modèle français. Nous avons, en France, le premier système éducatif global. Nous sommes le seul pays d'Europe à avoir rempli une bonne partie de l'objectif que se sont fixés les chefs d'État européens depuis le sommet de Lisbonne : la " formation tout au long de la vie ". Certains parlent. Nous, nous agissons. Et vous avez comment. La France possède en effet le seul système éducatif global de toute l'Union Européenne, un système capable d'offrir à la fois la formation initiale, la formation continue, et la validation des acquis de l'expérience. Les sociétés maintenant ne peuvent avancer que si sans cesse elles accompagnent l'élévation du niveau technologique et que cela crée un droit pour le salarié si l'on veut être en situation d'exiger leur adaptabilité. Il faut qu'ils aient un droit à la sécurité individuelle pour pouvoir accompagner ce mouvement. La formation continue, on va donc en parler de plus en plus. Et la validation des acquis professionnels est intimement liée à la formation continue. Je vais vous dire un mot de son contenu, mais c'est d'abord ce lien que je voudrais éclairer.

La validation des acquis professionnels, bien sûr, c'est un acte de reconnaissance de la dignité de la personne qui a acquis un métier, un savoir-faire sur le terrain, à l'école de la vie, sur le tas. À égale dignité avec ceux qui sortent de formation initiale ou suivent une formation continue. À égale dignité, je vous le dis. Parce que les diplômes qui seront délivrés dans ce cadre-là sont des diplômes nationaux. C'est pour cela que je me bas dans cette affaire. De vrais diplômes, identiques à ceux que l'on peut obtenir à l'école, et qui ne seront pas estampillés " VAP " ou " VAE ". C'est ensuite un outil de gestion de ressources humaines dans les entreprises grandes et petites. Mais c'est aussi un moyen d'entrer dans une démarche de formation continue. Celui qui était bloqué, qui ne pouvait accéder à la formation continue parce que le niveau auquel il pouvait prétendre n'avait rien à voir avec le parcours du combattant qu'on lui demandait de faire comme s'il avait eu 14, 15 ou 16 ans. Désormais, grâce à la validation des acquis professionnels, il pourra acquérir un diplôme qui lui permettra d'accéder directement à des niveaux supérieurs de qualification. C'est donc un outil dynamique de promotion individuelle et d'élévation du niveau de qualifications des métiers dans notre pays.

Ce que nous avons voté hier soir à l'Assemblée Nationale, aux articles 40, 41 et 42 de la loi de modernisation sociale, est un grand progrès social, un nouveau droit individuel. J'ai tendance à penser que quand on met un tel outil à la disposition du peuple qui travaille, de celui qui met son esprit, sa capacité de dévouement au service des autres, quand on prononce un acte aussi solennel devant la représentation nationale, quand on peut dire dorénavant " nous reconnaissons ce travail ", c'est un grand moment dans la vie d'un grand peuple, plus important que bien des pacotilles qui peuvent encombrer la scène publique.

Jusqu'à présent, nous disposions de la loi de 1992 qui avait été défendue à l'époque à l'Assemblée par Jean Glavany représentant le Ministère de l'Éducation Nationale. Car c'est le Ministère de l'Éducation Nationale qui a inventé la validation des acquis professionnels, et il en est le principal opérateur, et de loin. Et c'est bien normal. L'Éducation Nationale est le premier opérateur de formation. Avec seulement 25 % des 3 000 titres reconnus en France, elle diplôme 70 % des personnes qualifiées. Mais vous aurez à discuter de cela dans les milieux patronaux lorsque vous discuterez des certificats de qualification professionnelle. Le cas échéant je peux aider à la conversation¿ mais vous voyez dans quelle logique¿

Pour ce qui concerne la validation des acquis professionnels, dans la version de la loi de 1992, ne pouvait être délivrée qu'une partie du diplôme. Des examens complémentaires devaient être passés pour en obtenir la totalité, ce qui entraînait des difficultés pour ceux qui ont une activité salariée, des enfants, en particulier pour les femmes. Cependant, depuis 1992 nous avons étudié 15 000 dossiers. C'est mieux que rien mais ce n'est pas encore suffisant. Avec la loi que nous avons voté hier, le jury pourra désormais délivrer la totalité du diplôme, que ce soit pour le supérieur ou pour le secondaire. C'est une avancée considérable.

Je ne peux pas résister au plaisir d'une nouvelle taquinerie. Vous avez dit que certains ne cessent de parler de " la réforme ", sans que l'on ne réforme jamais rien. Je n'ai pas l'impression que c'est moi que cela visait, ni le Gouvernement que je représente. Quoi qu'il en soit, je ne le prends pas pour moi. Peut-être avez-vous, vous aussi, des dialogues fracassants entre vous.

De mon côté, j'ai une demande à vous formuler : sur le plan de notre métier, la transmission des savoirs, la pédagogie, ne permettez pas, j'ose vous le demander, Mesdames, Messieurs, de laisser, autour de vous, insulter les enseignants comme c'est devenu une mode, dans certains milieux, de le faire. Nous exerçons un métier de grande valeur, et nous sommes très nombreux à le faire. Il va sans dire que ce n'est pas la perfection qui règne partout. Mais, dans laquelle de vos entreprises pourriez-vous dire que c'est la perfection qui règne partout ? Pourtant on ne vous prend jamais en défaut de vous dire que vous êtes les meilleurs. Moi, je suis fais du même bois. Et plus encore pour la voie d'enseignement dont j'ai la charge. Je suis fier de ses résultats.

Les enseignants, du secteur enseignement professionnel, sont les seuls enseignants qui, dans leur statut, depuis avril dernier, ont l'obligation de pratiquer la pluridisciplinarité. C'est très difficile à réaliser. Cela a l'air simple - tout le monde travaille de manière convergente - mais il n'en est rien. Les disciplines sont distinctes les unes des autres, et toute la difficulté consiste à les mobiliser ensemble dans le respects de leurs spécificités. Pour ce faire, dans notre ordre d'enseignement, nous sommes en ce moment en train de mettre en place un outil transversal : le projet pluridisciplinaire à caractère professionnel (PPCP). Ce projet pluridisciplinaire tend à faciliter, accélérer, concrétiser l'acquisition des connaissances, en mettant en synergie autour d'un projet les apports de l'ensemble des enseignements qui y concourent. Je vous demande de bien mesurer la difficulté à réussir cela, à évaluer individuellement les compétences acquises par les élèves dans ce parcours. Nos enseignants sont en train de fournir un effort magnifique pour mettre cet outil en place. J'en ai vu d'innombrables réalisations. Vous en profiterez le moment venu, parce que nous vous proposerons à l'embauche des jeunes qui seront encore mieux éduqués qu'ils ne le sont aujourd'hui, mieux formés, mieux qualifiés. Vous voyez que dans notre métier nous savons nous remettre en question, nous savons bouger. C'est pourquoi je pense qu'à cet instant, avant de dire un mot de conclusion, je veux également, après vous avoir remercié, saluer les enseignants et tous les personnels qui ont concouru à ces réussites.

Il me reste un point à aborder. Comme je vais être dans le devoir de rester elliptique, je l'ai placé en conclusion. Ce point qu'il me reste à aborder, c'est celui de la rétribution.

D'abord, merci à la CAPEB d'avoir, la première, proposé un protocole national concernant les périodes de formation en entreprise. Ce protocole, il pourra s'appliquer partout. Merci, parce que c'est l'objectif que Lionel Jospin m'a demandé d'accomplir pour l'ensemble des métiers. Vaste tâche. Mais, avec vous, nous posons les premiers jalons décisifs. La CAPEB, la première, a accepté de le faire. Vous êtes novateurs, innovants, et vous contribuez, auprès de tous les autres, à faire avancer, avec la lucidité qui est la vôtre, la cause que nous servons ensemble.

Sur la rétribution, Monsieur le Président, merci d'avoir prononcé le mot. Merci d'avoir accepté de commencer à discuter des modalités. Nous savons que c'est difficile à mettre en place, que c'est compliqué. Mais nous savons que c'est indispensable. Vous comme nous, nous sommes des " faiseux " pas des " diseux ". Si nous voulons créer cette rétribution, il va falloir que nous trouvions le mode opérationnel, concret, technique pour la mettre en place. Et il faut encore, autant que possible - nous avons exploré pendant la discussion diverses voies - que ce soit financièrement neutre pour l'entreprise. Il existe des solutions.

Nous devons le faire. Car, voyez-vous, le grand problème de la formation et de l'enseignement professionnel, c'est le statut social du jeune en formation. Vous le savez bien. Vous savez tous très bien que si l'apprentissage, d'un point de vue pédagogique, correspond aux attentes de certains jeunes qui y trouvent leur plaisir, leur contentement, leur voie. Mais il est vrai aussi que l'apprentissage a été pour la société la méthode que je ne manquerai pas de qualifier " d'hypocrite " pour régler le problème du statut du jeune en formation. L'apprenti reçoit une part du SMIC, ce qui facilite leur recrutement dans les entreprises, et permet à tout le monde d'éluder la question du statut social. Ce n'est pas avec ces méthodes-là qu'on va procéder au recrutement de masse dont nous avons besoin.

Tous les modes de formation, tous les parcours pédagogiques professionnalisants dans l'Éducation Nationale sont des parcours en alternance ; vous le savez bien. Nous vous avons emprunté ces méthodes parce que ce sont de bonnes méthodes. Mais il faut aussi que nos jeunes puissent trouver le moyen de faire leurs études autrement qu'en travaillant le soir, le week-end, avec tout ce que cela signifie de lassitude, de fatigue, d'indisponibilité à l'acquisition du savoir.

Mais je n'en dis pas plus. Je préfère les bilans aux effets d'annonce. Mon intérêt, c'est d'aboutir. Si nous trouvons, avec tout le savoir-faire de la CAPEB sur le sujet, mais également celui de la FNB qui ne s'est pas dite fermée à cette idée, le moyen de mettre en place cette rétribution, si c'est le secteur des métiers du bâtiment - toutes tailles d'entreprises confondues - qui règle cette question les premiers, ce sera à votre honneur. Mais surtout, vous aurez rendu un service fantastique à l'ensemble du système d'enseignement professionnel de ce pays.

Je n'en dis pas plus. Je tiens à vous remercier chaleureusement de votre attention, et surtout de la démarche que nous avons accomplie ensemble aujourd'hui.

(source http://www.enseignement-professionnel.gouv.fr, le 31 janvier 2001)

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