Interview de M. Jean Glavany, ministre de l'agriculture et de la pêche, au Grand Jury RTL "Le Monde" LCI le 18 février 2001 sur le rôle de l'AFSSA, la surproduction bovine, les aides aux éleveurs, José Bové, les élections municipales et le processus de Matignon sur la Corse. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean Glavany, ministre de l'agriculture et de la pêche, au Grand Jury RTL "Le Monde" LCI le 18 février 2001 sur le rôle de l'AFSSA, la surproduction bovine, les aides aux éleveurs, José Bové, les élections municipales et le processus de Matignon sur la Corse.

Personnalité, fonction : GLAVANY Jean, HAUSSER Anita, MAZEROLLE Olivier, NOBLECOURT Michel.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de la pêche

ti : Olivier MAZEROLLE :
Alors parlons de quelqu'un qui a tenu la vedette avant le salon de l'agriculture qui est José Bové. Autour notamment des OGM mais aussi de Mc Do et de séquestration de fonctionnaires du ministère de l'agriculture. Michel NOBLECOURT.

Michel NOBLECOURT :
Oui José Bové qui, si on en croit un sondage qui a été réalisé par l'IFOP pour Ouest France, est perçu comme étant le meilleur défenseur des agriculteurs par les français, avant vous-même.

Alors est ce que José Bové, c'est quelqu'un dont vous partagez sur le fond les combats mais dont vous désapprouvez les méthodes ou est ce que vous vous sentez en fait plus éloigné de lui qu'on pourrait l'imaginer ?

Jean GLAVANY :
Je sais pas ce que vous imaginez

Michel NOBLECOURT :
Justement c'est la question que je vous pose.

Jean GLAVANY :
Non, il y a des propos qui sont les siens qui sont des propos qui m'interpellent et m'intéressent, je pense que¿

Michel NOBLECOURT :
Sur les OGM ?

Jean GLAVANY :
Non, non mais j'y viendrai. Non, laissez moi dire ce qui m'intéresse avant de dire ce qui m'intéresse moins. Ce qui m'intéresse c'est une certaine vision du monde, en particulier je veux dire une attention de pays en voie de développement, une résistance à certaines volontés dominatrices de certaines multinationales très impérialistes qui veulent, comment dire, capter d'une manière monopolistique l'alimentation mondiale, et je pense¿ une résistance à l'uniformisation du monde et de l'alimentation. Ca c'est des combats qui m'intéressent et je pense que ce sont des combats qui sont très intéressants et très importants. Et puis il y a des excès dans son analyse et je pense qui si justement si on veut combattre les tentations hégémoniques de certaines puissances alimentaires, je pense aux Etats-Unis, il faut que nous mêmes on soit assez puissant, on soit exportateurs. Et donc quand il dénonce la vocation exportatrice de l'agriculture européenne, je pense qu'il se trompe parce que s'il n'y a plus de vocation exportatrice de l'agriculture européenne, les américains seront tranquilles, ils inondent le monde de leurs produits.

Sur les OGM, puisque vous m'interrogez, je dois dire que je suis plutôt de son avis, c'est à dire que je suis plutôt dans la résistance à cette idée parce que je pense que justement ces OGM, à bien des égards, c'est encore un syndrome de cette course folle au productivisme et de l'uniformisation, ou d'une volonté dominatrice de certaines multinationales en l'occurrence la senoncière, qui veulent inonder le monde. Donc, j'ai rien de favorable et de, comment dire, de bienveillant à l'égard des OGM sauf que, sauf que moi je suis un homme politique qui a des convictions et dans mes convictions il y a un attachement au progrès et en particulier une maîtrise par l'homme de son devenir grâce à sa connaissance de son environnement, de la connaissance scientifique. Et moi, si la connaissance scientifique permet de découvrir des opportunités, je préfère qu'on laisse cette porte ouverte. Donc je n'ai rien pour les OGM, rien, je me méfie mille fois, cent fois, un million de fois des dangers que représente tout cela. Maintenant si un jour on trouve un blé OGM qui pousse dans le Sahel, est ce qu'on va dire non ? Est ce qu'on va dire non en disant, ah ben non on veut pas sauver des populations qui crèvent de faim parce que c'est OGM. Si on trouve une fibre légumineuse qui guérit certains cancers, est ce qu'on va dire non si c'est OGM ? On va réfléchir quand même et çà ça s'appelle le progrès, c'est à dire la fenêtre ouverte sur les progrès de la science et de la connaissance et de la maîtrise par l'homme de son environnement. C'est pour çà que je suis très réticent et je veux toujours qu'on garde cette porte ouverte et donc¿

Michel NOBLECOURT :
Il est trop radical donc José Bové ?

Jean GLAVANY :
Je le dis comme je le pense, je suis contre cette espèce de croisade qui a des aspects obscurantistes contre les OGM parce que, moi j'ai vu des chercheurs de l'INRA ou du SIERAD, des organismes de recherche publics qui sont des chercheurs de très grande qualité, y compris qui cherchent sur des OGM pour découvrir ou démontrer les dangers des OGM et on va dévaster leurs champs ou leurs expérimentations ! Moi je dis, franchement je le dis, j'ai pas peur de le dire sur votre antenne comme çà, quand on empêche des chercheurs de chercher, on n'est pas loin de l'obscurantisme.

Olivier MAZEROLLE :
Nous allons marquer une pause pour les informations de 19h00 et puis on va parler de l'avenir, de la politique agricole commune et aussi de la politique intérieure française.

Olivier MAZEROLLE :
Alors l'avenir de la politique agricole commune, c'est important pour la France mais aussi pour toute l'Europe. Il semble, une fois encore, que vous ne soyez pas tout à fait d'accord avec le Président de la république sur le futur. Michel NOBLECOURT a une question.

Michel NOBLECOURT :
Oui, justement, tout à l'heure on a vous a interrogé sur des déclarations du Président de la république qui concernaient le mouton. Il a également évoqué une réforme de la politique agricole commune en indiquant qu'elle n'était pas à l'ordre du jour avant 2006, dans la mesure où il y avait déjà eu donc un accord en 1999 entre les 15. Est-ce que, sur ce point, vous rejoignez l'avis, l'orientation - je ne sais - du Président de la république ou non ?

Jean GLAVANY :
Il y a moins de désaccord que vous ne croyez. Parce qu'on est devant une difficulté qui est majeure. A la fois, je crois que dans une crise, aussi profonde que celle que nous subissons aujourd'hui, que nous connaissons avec la crise de l'ESB, de la vache folle, nous n'avons pas le droit collectivement, nous les responsables politiques, de ne pas tirer des leçons quant à la PAC et à la politique agricole commune et un certain modèle agricole qu'elle a développé, encouragé, entretenu depuis des années. Et donc, résoudre cette crise aujourd'hui, sans donner des signaux à l'opinion comme quoi - des signaux politiques - comme quoi on a tiré des leçons et qu'on essaye d'infléchir la PAC me paraît être quasiment incontournable.

Et en même temps, c'est toujours la contradiction et la difficulté, et en même temps, il faut reconnaître que les agriculteurs sont des agents économiques comme les autres, des entrepreneurs qui ont besoin, pour développer leur activité, pour prévoir des investissements notamment, d'une certaine lisibilité, d'une lisibilité pluriannuelle, à cinq ou six ans. Et c'est pourquoi la PAC depuis toujours, elle est toujours fixée de six ans en six ans. On peut faire cinq ans, mais enfin, à moyen terme, pour donner justement cette lisibilité. Et si on change cette règle du jeu tous les ans, les agriculteurs ne s'y retrouveront pas. Ils ne pourront jamais développer leurs activités dans ce cadre changeant et mouvant.

Alors voilà, on est dans cette contradiction avec le besoin de durer. La PAC, j'ai coutume de dire - parce que j'aime bien les comparaisons maritimes - ce n'est pas un hors bord maniable. C'est un paquebot, c'est un paquebot très lourd qui a besoin sur son aire de prendre des virages.

Olivier MAZEROLLE :
Attendez, c'est bien quand même bien vous qui, à l'Assemblée nationale il y a une quinzaine de jours, avait déclaré : " la politique agricole commune doit être refondée en profondeur. Il faut saisir l'occasion pour un changement de cap dans les pratiques agricoles ".

Jean GLAVANY :
Oui. Je ne reviens pas.

Olivier MAZEROLLE :
Profondeur, changement de cap et le Président de la république dit " rien avant 2006 ".

Jean GLAVANY :
On peut commencer à réfléchir la route, un petit coup de barre.

Et bien je pense effectivement, je le dis depuis longtemps, enfin depuis quelques années, je pense que le modèle agricole européen qui a été induit par la PAC, est un modèle très quantitatif et très productiviste qui a été construit d'ailleurs il y a 40 ans pour cela, pour que l'Europe produise ses biens alimentaires pour lesquels elle n'était pas autosuffisante, était construit sur un système lié à la production. C'était : " plus tu produits, plus tu touches de primes " en gros.

Les agriculteurs, ils ont fait ce qu'on leur a demandé. Ils ont produit de plus en plus et l'Europe est devenue comme ça autosuffisante et puis excédentaire à peu près dans tout. Et je pense que 40 ans, on ne peut plus continuer à vivre sur ce modèle là, parce que ça n'a pas de sens de continuer à produire plus et d'encourager cette production à coups de primes de la PAC, si on est excédentaire dans tout, sauf la production de moutons, d'oléo-protagineux et quelques productions agrumières.

Et qu'au contraire, quand on a vu quand cette course à la production et au productivisme a provoqué la disparition de milliers, de centaines de milliers de petites exploitations, supprimé des haies, des talus qui étaient très nécessaires à la protection de l'érosion de nos sols, protection contre les inondations accessoirement, que nos nappes phréatiques et la qualité de nos sols ont été atteintes, que notre sécurité alimentaire ça et là, elle connaît des incidents voire des accidents assez lourds, je pense que maintenant la problématique qui nous est posée, ce n'est pas de produire plus, c'est de produire mieux. Et ça, c'est quelque chose de nouveau. C'est un nouveau contrat qu'il faut passer avec les agriculteurs européens.

Alors à Berlin, il y a deux ans, on a commencé de le faire. A mon sens, beaucoup trop timidement, en faisant le deuxième pilier de la PAC que l'on appelle " le développement rural " qui est apparu institutionnellement, avec beaucoup d'argent. Enfin trop timidement.

Et nous en France, on a voulu aller plus loin, parce que l'accord de Berlin nous donnait la possibilité de le faire. Par exemple, faire la modulation des aides, c'est redistribuer une partie des aides agricoles en les prenant à ceux qui en touchent le plus, des primes PAC au-dessus de 200.000 francs par ans, ce n'est quand même pas rien, pour les redistribuer sur des projets, des programmes qualitatifs.

Nous sommes les seuls avec le Royaume-Uni à le faire, mais le Royaume-Uni plus timidement que nous.

Mais si à l'occasion, par exemple, de cette discussion dans dix jours, on dit que ce que fait la France devient obligatoire pour tout le monde, alors voilà un signe qui serait très fort.

Olivier MAZEROLLE :
Et vous êtes sûr que le Président de la république est à 100 % d'accord avec vous dans ce programme ?

Jean GLAVANY :
Alors là, je ne vois pas pourquoi il ne serait pas d'accord.

Olivier MAZEROLLE :
Parce qu'il a été ministre de l'agriculture a une époque où on faisait une autre politique agricole commune.

Jean GLAVANY :
Je crois que me souvenir de ça. Oui, mais parce qu'elle correspondait à un autre temps. Dans les années 60, lorsqu'on a fait ça, c'était au lendemain de la guerre, au début des années 60, 10-15 ans après la fin de la guerre, on avait besoin de reconstruire¿

Olivier MAZEROLLE :
C'était dans les années 70 quand même. Il n'est pas si vieux que ça quand même.

Jean GLAVANY :
On avait pas encore vu tous les méfaits de ce productivisme à cette époque là. Mais maintenant, je pense que notre responsabilité, c'est de tirer les leçons de ces crises. Donc, on peut donner des signes forts. Je vous en ai donné un exemple.


Olivier MAZEROLLE :
Et vous êtes suivi par les agriculteurs ? Est-ce que le syndicalisme agricole, justement a une politique qui lui permet de comprendre cette évolution nécessaire ?

Jean GLAVANY :
Je suis sûr que l'Europe décidait que ce qui est fait d'une manière facultative par la France devient obligatoire pour tous les Européens, les organisations professionnelles agricoles en seraient ravies en France. Je crois oui.

Olivier MAZEROLLE :
FNSEA comprise.

Jean GLAVANY :
Bien oui, parce qu'ils ne pourraient plus me reprocher de faire de la distorsion de concurrence.

Olivier MAZEROLLE :
Et quand vous entendez dire, parfois, par certains pays européens, comme l'Allemagne par exemple, enfin il y a des études dans ce pays qui ont cours, où on dit : " de toute façon, la politique agricole commune, ça coûte beaucoup trop cher et ça n'est pas dans la vocation de l'Europe de produire autant sur le plan agricole, laissons ça à d'autres régions du monde qui sont soumises à des variations climatiques moindres et plus favorables ".

Jean GLAVANY :
D'abord, moi je suis tout à fait, comment dire, autant je viens de dire assez clairement, je l'ai dit à Bruxelles et je le dirai à Bruxelles et je le redirai avec force, que je pense que l'on doit refonder ce contrat entre l'Europe et ses agriculteurs sur cette logique qualitative, cette révolution qualitative. Il faut produire mieux. Mieux en termes d'emplois, mieux en termes de pratiques agricoles et environnementales, mieux en termes de qualité et de sécurité alimentaire, etc. Autant je suis vraiment très engagé dans ce sens, autant je pense que ce faire hara-kiri n'a pas de sens. Et je ne vois pas pourquoi, je le répète, ça me distingue de certaines approches telles que celles de José Bové, je ne vois pas pourquoi l'Europe se ferait hara-kiri sur la scène internationale en disant : " non, non, je ne vais plus exporter ".

Mais si on décidait ça, les Américains, l'Argentine, le Brésil, toutes puissantes émergeantes ou anciennes, se frotteraient les mains en disant : " à nous les marchés mondiaux de l'alimentation. On n'est plus ennuyé par l'Europe ". L'Europe, dans ma conception à moi, socialiste, Français, social-démocrate, Européen convaincu, c'est aussi une Europe puissante. Il faut qu'on soit combatif sur les marchés. Eh bien, je pense qu'on peut être puissant en travaillant mieux sur des segmentations de marchés, avec une recherche de puissance, j'allais dire plus par la qualité que par la quantité.

Anita HAUSSER :
Puisque vous parlez de qualité, la qualité est chère. Donc, est-ce qu'on sera aussi compétitif.

Jean GLAVANY :
Justement, il faut trouver une nouvelle forme de compétitivité. Il y a des produits chers qui sont très compétitifs, s'ils reposent sur une qualité très élevée avec une plus-value légitime économiquement, bien sûr. Je pense que cette révolution qualitative, c'est aussi une manière de tourner le dos à cette espèces de course folle aux bas prix agricoles. Vous savez que les consommateurs français, ils ne savent pas très bien ou ils n'en sont pas très conscients, depuis 40 ans, le prix de la nourriture dans le panier de la ménagère, n'a cessé de baisser grâce à ces subventions agricoles.

Donc, on est dans une sorte de paradoxe économique.

Anita HAUSSER :
Au niveau des exportations ?

Jean GLAVANY :
Pas seulement, oui.

Anita HAUSSER :
Si on est plus cher, on ne peut pas concurrencer.

Jean GLAVANY :
Sauf si on fait de la qualité, de la plus grande qualité. Ce qu'il faut, c'est trouver notre manière d'être compétitif avec des produits de grande qualité et avec des prix justifiés.

Olivier MAZEROLLE :
Vous savez bien que pendant de nombreuses années, on a expliqué précisément que cette agriculture productiviste, si elle était de moins bonne qualité, avait au moins pour avantage de permettre aux ménages les plus modestes, de trouver une alimentation à bas prix. Alors, que dites-vous à cela qui pourraient redouter une montée des additions et de la facture alimentaire mensuelle ?

Jean GLAVANY :
Je ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Ce que je veux dire, je parlais de l'agriculture exportatrice. Aujourd'hui, il est clair qu'en France, il faut assurer pour tous une sécurité alimentaire, notamment. Je ne veux pas qu'il y ait une sécurité pour les riches, comme une nourriture à deux vitesses. Celle pour les pauvres qui ne serait pas sûre et celle pour les riches qui serait riche. Donc, il faut que la sécurité alimentaire soit assurée pour tous. Ça, c'est le rôle des pouvoirs publics d'y veiller par des réglementations et des contrôles.

Pour le reste, sur le marché, il y a une extraordinaire diversité de prix et de qualité pour l'ensemble des produits.

Et bien, cette extrême diversité, il faut aussi y veiller pour qu'elle soit à la disposition de l'ensemble de la population, quelles que soient les couches sociales. Donc, cette diversité là, moi je ne suis pas du tout pour la remettre en cause.

Olivier MAZEROLLE :
Enfin, si la production coûte plus cher, si pour élever un animal il faudra attendre quelques semaines supplémentaires pour qu'il arrive à maturité, ça coûtera bien plus cher.

Jean GLAVANY :
ça peut coûter plus cher dans certaines conditions. Mais des raisons de sécurité, on m'a posé la question récemment en me disant : " oui, mais par exemple, vous nous demandez de tester la viande bovine, mais ce test, est-ce que c'est normal, que ça soit le consommateur qui le paie ? ".

Oui ! Oui, quand pour des raisons de sécurité, je ne sais pas, le gouvernement prend une décision de sécurité publique. Par exemple, rendre obligatoire les ceintures de sécurité à l'arrière d'un véhicule. C'est une décision du gouvernement pour des raisons de sécurité publique. Qui paye ? Le consommateur, celui qui achète la voiture. Pas le contribuable. Si c'était le contribuable, ça voudrait dire que celui qui n'a pas de voiture, paierait quand même les ceintures de sécurité à l'arrière. Non, c'est lui qui paie.

Si je faisais payer par le contribuable le prix des tests, ça voudrait dire que les végétariens paieraient le prix des tests sur la viande bovine.

Olivier MAZEROLLE :
Il y a plus de consommateurs non végétariens que végétariens.

Jean GLAVANY :
Oui, mais bon. En même temps, vous voyez l'image que je voulais retenir. Ça veut dire que ce n'est pas choquant que l'on dise aux consommateurs, vous avez une viande qui est plus sûre, elle vaut un peu plus cher. Un peu plus cher, ça veut dire pour un steak de 150 gr, ça veut dire 15 centimes de plus. Pour une viande sécurisée, je trouve cela normal.

(source http://www.rtl.fr, le 19 février 2001)
Olivier MAZEROLLE :
Alors dans la vie politique, on approche des municipales qui auront lieu les 11 et 18 mars prochains.

Jean GLAVANY :
On a les mêmes informations sur les dates !

Anita HAUSSER :
Monsieur Glavany, est-ce que vous voyez arriver la vague rose que certains pronostiquent ?

Jean GLAVANY :
Non

Anita HAUSSER :
C'est de la modestie ?

Jean GLAVANY :
Oui. Non, parce que je veux dire, je suis un sportif dans l'âme et le match, il n'est jamais joué tant que le coup de sifflet final n'est pas sifflé.

Anita HAUSSER :
Néanmoins, si on joue bien, on peut gagner, c'est ça ?

Jean GLAVANY :
Ah oui. Si on reste concentré et qu'on se bat jusqu'au bout. Mobilisés pour faire valoir nos idées. Je pense que si on se bat bien, communes après communes, pour défendre nos idées, nos valeurs et montrer une autre approche de la politique, la gauche peut. Mais il faut vraiment se battre.

Olivier MAZEROLLE :
Attendez, la gauche peut perdre Paris ?

Jean GLAVANY :
Mais elle ne l'a pas gagné. Elle peut gagner Paris, oui je crois.

Olivier MAZEROLLE :
Mais elle peut perdre aussi, Paris ?

Jean GLAVANY :
Mais comment perdre ? Elle n'a jamais eu.

Olivier MAZEROLLE :
Mais tous les sondages disent, mais c'est impossible que Bertrand Delanoé perde.

Jean GLAVANY :
Si c'est encore possible. Il faut se mobiliser pour surtout ne pas rater ça.

Olivier MAZEROLLE :
Lyon ?

Jean GLAVANY :
Mais Bertrand Delanoé, il a tout mon encouragement, mon amitié et je dis à tous ceux qui sont mobilisés dans cette affaire là, puisque c'est possible, puisque l'espoir est à portée de main, surtout rester mobilisés. C'est un immense espoir qui peut être concrétiser. Surtout, il ne faut pas lâcher prise, mais je ne dis pas, c'est gagné, parce que ça c'est une faute politique formidable.

Olivier MAZEROLLE :
Lyon, c'est pareil ?

Jean GLAVANY :
Mais je pense qu'on peut gagner à Lyon, je pense qu'on peut gagner à Toulouse.

Anita HAUSSER :
Vous ne regrettez pas de ne pas avoir été candidat à Toulouse ?

Jean GLAVANY :
Ah non, encore moins maintenant.

Olivier MAZEROLLE :
Ah bon, vous n'aimez pas la victoire ?

Jean GLAVANY :
Mais si, mais j'aime encore mieux la victoire pour les autres, mes amis, parce que je suis partageur.

Non, non, je suis élu des Hautes-Pyrénées et je suis attaché à mes électeurs et j'ai voulu rester avec eux. Et je pense que c'est une certaine conception du suffrage universel qui veut cela et je pense que lorsqu'on est en confiance avec des électeurs et des élus, qu'on a des projets avec eux, il était absolument normal que je reste à leurs côtés, que je reste à leur disposition. Pour moi, c'était une certaine conception du suffrage universel.


Michel NOBLECOURT :
Vous pensez que Lionel Jospin doit maintenir la règle qu'il avait fixée à sa nomination à Matignon, pour les ministres qui pourraient devenir - peut être qu'il y en aura quelques uns - surtout s'il y a une vague rose en l'occurrence.

Jean GLAVANY :
Non, non, ne parlez pas de vague rose, ça n'a pas de sens.

Michel NOBLECOURT :
Non, parce que les ministres candidats qui sont candidats ne sont pas les mieux placés à l'heure actuelle dans les sondages.

Jean GLAVANY :
Moi je suis marin ; les vagues on ne les voit pas venir souvenir souvent. En tout cas, on les voit à la dernière minute. Donc, on verra. S'il y a une vague, honnêtement, je m'en plaindrai pas. Une vague rose, ça n'a pas de sens de dire ça aujourd'hui. Ce qu'il faut, c'est que l'électorat se mobilise.

Michel NOBLECOURT :
Sur la jurisprudence Jospin concernant les ministres qui ne peuvent pas cumuler la responsabilité de maire ..

Jean GLAVANY :
Je souhaite vivement que ce problème se pose.

Michel NOBLECOURT :
Mais il est déjà posé ?

Jean GLAVANY :
Oui, mais quand il a été posé, mes collègues qui ne sont pas maires aujourd'hui et qui sont candidats à le devenir, le deviennent.

Anita HAUSSER :
Vous allez le redevenir ?

Jean GLAVANY :
Non. Non. Moi j'ai été maire d'une petite commune. Quand je suis devenu ministre, Lionel Jospin m'a demandé de quitter ses fonctions. Ça été pour moi un crève-c¿ur, car c'était sûrement le mandat auquel j'étais le plus attaché, parce que la responsabilité de maire est une responsabilité passionnante et puis que là aussi mon attachement aux électeurs était tel - est tel toujours - que ça été pour moi très difficile, presque sentimentalement. Mais je l'ai fait, puisqu'il me l'a demandé.

Et bien, pour vous parler franchement, je ne vois pas pourquoi ce qu'il m'a demandé à l'époque, il ne nous le redemanderait pas dans un mois. En tout cas, je ne le comprendrais pas très bien. Donc, j'attends.

Anita HAUSSER :
Enfin, la tendance est plutôt à l'inverse.


Jean GLAVANY :
Je ne sais pas. Vous avez peut être des informations que je n'ai pas.

Olivier MAZEROLLE :
Il a dit pour Madame Guigou, il n'y a pas de problème.

Jean GLAVANY :
Vous l'avez entendu dire ça ?

Olivier MAZEROLLE :
Ah oui !

Jean GLAVANY :
Et bien pas moi ! Ecoutez, franchement, s'il y a une chose que je souhaite, c'est que la question se pose pour Elisabeth Guigou, parce que je pense qu'elle fera un très bon maire d'Avignon.

Olivier MAZEROLLE :
Pourquoi, vous ne voulez plus la voir au gouvernement ?

Jean GLAVANY :
Mais non, ça n'est pas du tout ça

Anita HAUSSER :
Elle a dirait qu'elle s'en irait si elle était élue.

Jean GLAVANY :
Je souhaite qu'on soit embarrassé par ce problème, voilà ! Et on le résoudra à notre manière, collectivement. On en débattra sûrement ensemble, parce que Jospin est un capitaine d'équipe qui aime bien, comme ça, discuter avec ses coéquipiers dans l'équipe de ces problèmes là. Sûrement ils nous en parlera. Vraiment, j'aimerais bien qu'on soit embarrassé par ce problème.

Olivier MAZEROLLE :
Oui et en tout cas, bien que vous n'aimiez pas ce terme, mais puisque vous dites : " après tout, la gauche peut gagner Paris, elle peut gagner Lyon, elle peut gagner Toulouse ", tout ça sera ou serait sans conséquences sur les relations entre le Premier ministre et le Président de la république, après ces succès roses ?

Jean GLAVANY :
Ecoutez, attendons qu'ils viennent et puis après on verra les conséquences. Honnêtement, là on est à trois semaines des élections. Commencer à se mettre dans la situation, qu'est-ce qui se passe si on gagne ? Moi, je vous dis, je reste concentré sur les trois semaines qui viennent. Il faut vraiment que nous parlions à notre électorat à nous et au-delà dans un souci de rassemblement pour dire que ces échéances là, les élections cantonales et les élections municipales sont des échéances démocratiques fondamentales, parce que la démocratie locale est indispensable. Elle est un pilier de notre démocratie. On voit bien avec le pouvoir des collectivités locales, avec la décentralisation, avec maintenant la coopération intercommunale qui est en train de se développer partout. Et c'est très bien. Il se passe beaucoup de choses sur le terrain, à la base, et donc il faut vraiment saisir l'électorat et nos électeurs de ces enjeux là.

Alors, restons concentrés là-dessus. Moi je pense que la gauche a un vrai message à faire penser. Et d'ailleurs, je pense qu'il passe bien en me moment, ce message là. Que ça passe trop mal. Mais restons concentrés. Après, je reviendrai vous voir, pour savoir comment on gérera les conséquences ;

Olivier MAZEROLLE :
D'accord. Alors, on a parlé au cours de cette émission de vos désaccords possibles avec le Président de la république. Si, pour changer de registre, on parlait de vos désaccords possibles avec Lionel Jospin, sur la Corse par exemple, Michel NOBLECOURT

Michel NOBLECOURT :
Oui, sur la Corse, vous aviez été l'auteur d'un rapport avant de devenir Ministre de l'agriculture. Vous étiez président de commission d'enquête parlementaire.

Jean GLAVANY :
J'étais Président de la commission d'enquête parlementaire dont le rapport était Christian Paul, qui est maintenant Secrétaire d'état aux DOM-TOM

Michel NOBLECOURT :
Oui, mais on est obligé de gagner un peu de temps dans les questions. Donc, est-ce que vous retrouvez tout à fait, à la fois dans la démarche qui a été engagée par Lionel Jospin à travers ce qu'on a appelé les accords de Matignon, - le processus de Matignon - est-ce que vous pensez que le gouvernement a eu raison, effectivement, de ne pas tenir compte avec l'incident que ça a provoqué avec le Président de la république, de l'avis du Conseil d'état.

Jean GLAVANY :
Vous posez deux questions. Sur le premier point, oui sans équivoque et sans discussion. Pourquoi ? Parce que, moi toutes les craintes que j'avais, que j'avais exprimées d'ailleurs dans le débat public avant ce processus de Matignon, au sein du gouvernement et à l'extérieur, puisque le débat était public, elles ont été, ces craintes, apaisées par le contenu même des accords, y compris par le texte que nous avons travaillé ensemble, au sein du gouvernement, avec Lionel Jospin, la plume à la main, y compris par des amendements que moi-même, ou d'autres, avons apportés pour que nos craintes soient apaisées. Donc, sur le fond, moi je n'ai plus d'état d'âme. D'autant que - et c'est une manière de répondre à votre deuxième question - d'autant que nous avons un problème à régler : on ne peut pas faire comme s'il n'y avait pas de problème corse dans ce pays. La République française vit avec un traumatisme, une blessure qui s'appelle la Corse depuis combien de décennies ? Alors, on règle ou on règle pas ? Ceux qui disent, ce n'est pas bien. Ils proposent quoi ? Rien. On peut regarder dans tous les sens, personne ne propose autre chose que ce processus. Au moins, c'est une tentative.

Olivier MAZEROLLE :
Ah si, Monsieur Chevènement dit : " l'ordre républicain ". Ce n'est pas la désastreuse affaire des paillotes qui doit faire oublier qu'on était parti dans une vraie logique.

Jean GLAVANY :
Sauf que Jean-Pierre, il fait une erreur d'analyse dont j'ai débattu avec lui. C'est que la désastreuse affaire des paillotes, elle change complètement la donne. Parce que son analyse sur le thème : l'ordre, la loi républicaine tranquille et sereine en Corse, moi j'étais d'accord avec cette analyse là. Sauf que l'affaire des paillotes a été un drame qui a complètement impuissanté l'Etat, qui nous a mis dans une position défensive, dans une impasse totale. On fait quoi, après ça ? On dit, la loi républicaine. Tu parles ! C'était la risée. Donc, il fallait bien sortir de cette impasse. C'est le mérite du processus de Matignon engagé par Jospin. Donc j'étais prêt à suivre et j'ai suivi Jean-Pierre jusqu'à un certain moment et puis il y a un moment où il faut tenir compte de la réalité du terrain.

Donc, ce processus, il existe et ce processus, c'est la fin de mon raisonnement, il s'est fait au grand jour, avec tous les élus de Corse. Tous ! Et bien maintenant, on va dire, il y a un avis du Conseil d'état qui n'est pas public, qui change toute la donne et on remet en cause des points qui ont fait l'objet d'un accord avec les élus ? Non.

On en débat au parlement et le parlement, il sera saisi d'une manière ou d'une autre de l'avis du conseil d'état, y compris parce que le Premier ministre le souhaite et si on doit revenir sur tel ou tel passage des accords ou des processus de Matignon, on le fera au grand jour, avec les parlementaires et non pas dans le secret d'une délibération gouvernementale.

Anita HAUSSER :
Monsieur Glavany, après le Parlement, le processus risque à nouveau d'être retoqué par le Conseil constitutionnel. En général, quand il y a des observations du Conseil d'état, publiques ou non, le gouvernement revoit un peu sa copie. Là, comme on nous a expliqué qu'il s'agissait d'un accord politique, ce que je comprends très bien, on dit que c'est au parlement de trancher. Et après ?

Jean GLAVANY :
Et après, on verra très bien, ce que le parlement peut éclairer. Ça m'est arrivé, moi, y compris dans les débats, comme parlementaire, d'éclairer juridiquement telle ou telle approche du texte, ce qui manquait peut être pour permettre de Conseil d'Etat de trancher dans un sens différent, parce qu'il y a quelques avis du Conseil d'état qui sont, comment dire, peut être même discutables juridiquement. Et le législateur pourra discuter.

Olivier MAZEROLLE :
Monsieur Chirac a eu tort donc de retarder d'une semaine l'analyse de ce texte au Conseil des ministres ?

Jean GLAVANY :
Je ne sais pas s'il a eu tort. Il a fait ce qu'il a cru être son devoir.

Olivier MAZEROLLE :
Vous êtes prudent !

Jean GLAVANY :
ça m'arrive. Pas toujours. En l'occurrence, je le suis. Et puis le travail gouvernemental va reprendre ses droits. J'ai cru comprendre que ça ne va pas tarder.

Michel NOBLECOURT :
Les décisions du Conseil constitutionnel ne sont pas juridiquement discutables d'une manière générale ? Politiquement parfois mais pas juridiquement.

Jean GLAVANY :
De toute façon, la constitution prévoit bien, dit explicitement qu'elle s'impose à tous.


Michel NOBLECOURT :
Enfin, vous étiez assez critique récemment avec certaines décisions du Conseil constitutionnel.

Jean GLAVANY :
Moi ? Alors, vous lisez dans le secret de ma pensée parce que publiquement non. J'ai enseigné mes institutions politiques un peu dans l'enseignement supérieur pendant quelques années, j'ai même écrit un ouvrage vers la nouvelle république, parce que je ne suis pas un partisan de la 6ème justement.

Et donc, au nom de cette passion que j'ai eue pendant quelques années, de ce sujet, il peut m'arriver dans un coin de ma tête, d'avoir tel ou tel désaccord avec le Conseil constitutionnel. Ça m'est arrivé, souvent. Je ne l'ai jamais dit publiquement.

Michel NOBLECOURT :
ça veut dire qu'il faut le réformer pas, comme le propose Jack Lang, par exemple ?

Jean GLAVANY :
Moi, je pense qu'on pourrait faire des choses. Par exemple, il y a un truc qui m'intéresserait beaucoup moins que les délibérations soient publiques, que les délibérations du conseil constitutionnel soient transparentes. Quel formidable progrès pour la démocratie. Que l'opinion puisse être informée en grande transparence du contenu des débats du Conseil constitutionnel. Ça je pense que la démocratie française ferait un grand progrès si on savait ça. Voilà une proposition de réforme, comme ça en passant.

Anita HAUSSER :
Est-ce que la Corse mériterait une révision constitutionnelle avant qu'on révise le Conseil constitutionnel proprement dit ?

Jean GLAVANY :
ça, c'est l'étape suivante. C'est à dire dans le processus, tel qu'il a été arrêté, c'est pour 2004, si tout se passe bien d'ici là. Si toutes les conditions sont réunies, si tout ce qui est prévu dans le processus se déroule normalement, notamment parce que ce n'est pas négligeable et c'est inscrit noir sur blanc dans le processus, si le retour à la paix civile est là, réel, efficace, concret, durable, ce qui est une des conditions majeures de l'évolution positive de la Corse.

Donc, le moment venu on en reparlera là aussi.


(source http://www.rtl.fr, le 19 février 2001)

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