Déclaration de Mme Dominique Gillot, secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés, sur l'entrée de l'art et de la culture à l'hôpital, Strasbourg le 5 février 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Dominique Gillot, secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés, sur l'entrée de l'art et de la culture à l'hôpital, Strasbourg le 5 février 2001.

Personnalité, fonction : GILLOT Dominique.

FRANCE. SE à la santé et aux handicapés

Circonstances : Premières rencontres européennes de la culture à l'hôpital, à Strasbourg le 5 février 2001

ti : Mesdames, Messieurs,


Je me réjouis d'être parmi vous, aujourd'hui, afin d'ouvrir avec Catherine Tasca, Catherine Trautmann et Chris Smith ces premières rencontres européennes de la culture à l'hôpital.

Permettez-moi tout d'abord de remercier tous ceux qui depuis plusieurs mois ont oeuvré pour la réussite de ces rencontres.

Ce colloque s'ouvre, il est vrai, sous les meilleurs auspices, dans cette ville de renommée internationale qu'est Strasbourg.

Capitale intellectuelle, artistique et économique, siège du Conseil de l'Europe et du Parlement Européen, Strasbourg n'est-elle pas la mieux placée pour organiser ces journées de réflexion et en faire un événement de portée européenne et internationale ?


Depuis maintenant plusieurs années, les hôpitaux, dont la première vocation est évidemment d'accueillir ceux qui souffrent, accueillent aussi des initiatives culturelles importantes. Ce mouvement s'est accéléré, ces dernières années.

Aujourd'hui, il apparaît nécessaire de procéder à la confrontation des expériences réalisées, à un échange entre tous les partenaires concernés : professionnels de la santé, usagers du système de santé, artistes, hommes de culture et pouvoirs publics.

On dit souvent qu'en 30 ans, l'hôpital a plus changé qu'en plusieurs siècles.

Jadis, lieu d'accueil des indigents, orphelins et vieillards, établissement d'assistance et de charité, l'hôpital est aujourd'hui une véritable institution médicale, ouverte à tous.

La modernisation des institutions hospitalières n'est pas un vain mot ; nous avons multiplié les efforts pour répondre aux défis techniques, pour faire en sorte que les hôpitaux disposent d'un matériel de pointe ; mais aussi des hommes et des femmes à la compétence exceptionnelle, car nous savons tous que sans les hommes, sans les médecins, sans tous les professionnels de santé qui font vivre un hôpital, rien ne serait possible.

Et pourtant, qui peut aujourd'hui affirmer que nos hôpitaux répondent totalement aux besoins des malades?

Besoins en terme de soins, certes mais aussi besoins essentiels de la personne humaine : besoin de parler, de comprendre, d'être écouté.

Parfois privé de relations humaines et notamment avec ses proches, le malade hospitalisé doit lutter contre la solitude, la souffrance que lui imposent sa maladie, son handicap ou sa vieillesse.

Lieu de soins, l'hôpital ne saurait l'être tout à fait sans assumer pleinement sa vocation à être un lieu de vie, un lieu "hospitalier" au sens plein de ce terme, c'est à dire où l'accueil de tous est garanti, et notamment l'accueil des exclus, de ceux que la société tend parfois à marginaliser.

Le Gouvernement a d'ailleurs, dans le cadre de la loi relative à la prévention et à la lutte contre les exclusions, confié aux hôpitaux la mission de mettre en place des permanences d'accès aux soins de santé (PASS) qui permettent aux exclus, mais aussi à toutes les autres personnes qui pour une raison ou pour une autre hésitent à s'adresser à la médecine de ville, de pouvoir bénéficier de consultations à tout moment.

Accompagner le malade hospitalisé, c'est l'aider à retrouver l'environnement de la vie quotidienne, et notamment les comportements culturels qui donnent à l'existence une dimension essentielle.

Car la culture, loin d'être un supplément d'âme facultatif, donne à la vie sa qualité. C'est en ce sens que le combat pour la vie qui est mené dans les hôpitaux rencontre naturellement le geste culturel.

Cette autre dimension de l'hôpital se développe de plus en plus, à travers la diversité des arts, qui chacun à sa manière, investit l'univers de l'hôpital.

La présence de l'art et de la culture à l'hôpital satisfait trois exigences :

D'abord, permettre au malade, d'oublier pour un instant la maladie, l'environnement souvent froid et normalisé du contexte médical, pour goûter comme toute personne humaine la joie de découvrir une peinture, d'écouter une musique connue ou singulière, de se plonger dans un livre.
Ensuite, offrir à chacun la possibilité de s'exprimer et de créer, de découvrir en soi des capacités insoupçonnées que l'hospitalisation permet de mettre en lumière. Le malade passe de l'état de personne assistée, vulnérable et dépendante, à celui d'individu libre de choisir, de s'exprimer, recouvrant une dignité et une autonomie que la maladie affaiblit souvent.
Enfin, l'hôpital par la diversité des populations qu'il reçoit, les malades mais aussi les familles, les amis, est un carrefour exceptionnel où se croisent des hommes et des femmes aux origines et aux horizons culturels très différents. L'hôpital constitue parfois, il faut le savoir, le seul lieu où l'art dans sa réalité vivante, concrète, palpable, est approché par certains. Et c'est bien sûr, une occasion à ne pas rater.
Derrière cette dimension essentielle de culture et de divertissement, les pratiques artistiques assurent aujourd'hui de véritables fonctions thérapeutiques sur lesquelles les médecins prennent appui : le théatre travers les psychodrames et les jeux de rôle, la musique dans la musicothérapie, la danse mais aussi la sculpture dans l'appropriation du schéma corporel, le dessin dans les psychothérapies. la palette est immense des disciplines artistiques qui participent efficacement et effectivement à la guérison des malades.

Faire de l'hôpital un lieu pleinement humain, ouvert sur la cité dans sa composante culturelle et artistique, tel est bien l'objectif poursuivi depuis plusieurs années par le ministère de la culture et celui de la santé.

Les premières initiatives artistiques à l'hôpital furent lancées pour la plupart au cours des années 70 dans une certaine indifférence.

Elles ont dès 1981 recueilli un écho favorable, notamment auprès du Secrétaire d'Etat chargé de la Santé, Jack RALITE, à qui je tiens à rendre hommage car depuis, les liens entre la culture et la santé, le monde des arts et celui de la médecine, se sont resserrés.

Nous sommes rentrés ces derniers temps dans une étroite collaboration qui s'est concrétisée le 4 mai 1999 par la signature d'une convention nationale entre le Ministère de l'emploi et de la solidarité et le Ministère de la culture et de la communication.

Cette convention s'articule autour de trois axes:

1) D'abord, favoriser les jumelages entre les hôpitaux et les équipements culturels.

Le jumelage permet à une entreprise culturelle comme un musée ou un théâtre de proposer certaine de ses activités à un hôpital, comme d'organiser un atelier de pratique artistique auprès des malades avec la collaboration d'artistes.

2) Ensuite, développer la lecture par la mise en place de bibliothèques dans les hôpitaux

Le développement de la lecture connaît un essor considérable, dans la mesure où le séjour à l'hôpital constitue un moment privilégié même s'il est parfois contraint pour lire, pour avoir le temps de lire.

3) Enfin, créer la fonction de responsable culturel en milieu hospitalier.

La fonction de responsable culturel s'inscrit dans une perspective de coordination et de professionnalisation. Toute politique culturelle valorisante nécessite d'être menée et accompagnée par un personnel formé à cet effet et en mesure de créer des liens de confiance avec le milieu culturel et artistique local et les acteurs institutionnels que sont les Agences régionales de l'hospitalisation et les Directions régionales des affaires culturelles.

A ce titre, le dispositif " nouveaux services nouveaux emplois " a été sollicité, pour permettre de recruter des jeunes diplômés susceptibles d'être intéressés par cette activité innovante.

Pour la mise en place de ces dispositifs, les services de l'Etat se sont mobilisés et ont permis d'aider à l'élaboration des conventions de développement des activités culturelles.

La professionnalisation des responsables culturels a été engagée et deux séminaires de formation ont été organisés à leur intention.

A ce jour, quatre-vingts personnes, fonctionnaires hospitaliers et bénéficiaires d'emplois jeunes ont été sensibilisés aux conditions de création et de conduite de projets culturels, dans toutes les étapes de leur réalisation.

Je voudrais avant de conclure remercier Catherine Trautmann, Catherine Tasca et les autorités britanniques d'être à l'origine de ces rencontres qui ouvrent ainsi à un plus large public la réflexion menée jusqu'alors par un cercle restreint d'initiés.

L'institution hospitalière a su s'adapter ces trente dernières années à des évolutions considérables. Mobilisant toutes ses ressources, elle a accompagné l'essor exceptionnel des techniques médicales pour mieux répondre aux attentes des usagers du système de santé.

Mais la technique n'est rien sans l'humanisme. Notre système de soins est confronté à une demande exigeante d'un droit à la santé plus large garantissant le respect et la dignité des malades et de tous les usagers, et l'humanisation des conditions de leur prise en charge.

Cette démocratie sanitaire, la loi de modernisation du système de santé, souvent appelée loi des droits des malades, va en établir les fondements.

Mais j'ai conscience que la processus est déjà amorcé car partout où l'art et la culture sont présents, la démocratie progresse. Vous pouvez compter sur notre volonté, à Catherine Tasca et moi-même, pour encourager un tel mouvement.


(Source : http://www.sante.gouv.fr, le 15 février 2001)

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