Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur la coopération culturelle entre la France et l'Allemagne, Paris le 15 mars 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur la coopération culturelle entre la France et l'Allemagne, Paris le 15 mars 2001.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : 21ème salon du Livre à Paris du 16 au 21 mars 2001

ti : Monsieur le Chancelier,
Madame et Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs,
Cher(e)s ami(e)s,


Je suis très heureux de vous accueillir à l'Hôtel de Matignon, à l'occasion du 21ème Salon du Livre de Paris, cette grande fête populaire de la lecture et de l'écrit. Une fête où, par la grâce de l'écriture, auteurs, éditeurs, libraires et lecteurs se mêlent et se découvrent mutuellement. Depuis quelques années, les organisateurs du Salon -que je salue- ont voulu accorder une attention particulière aux littératures " d'ailleurs " et permettre au public français d'aller à la rencontre de ces " belles étrangères " encore trop souvent méconnues dans notre pays. Cette année, la place d'honneur revient à l'Allemagne dont les Français sont, à l'instar de Madame de STAËL, des observateurs passionnés et parfois passionnels. Je tiens à saluer chaleureusement le Chancelier Gerhard SCHRÖDER qui nous fait l'honneur d'être ici, accompagné de nombreux représentants de la culture allemande, écrivains, traducteurs, éditeurs, responsables d'institutions, enseignants et chercheurs, journalistes. Je veux dire à tous mon amitié et la joie de vous savoir parmi nous. Il s'agit bien d'amitié entre l'Allemagne et la France, une amitié renforcée par les liens politiques et économiques au sein du projet européen, mais une amitié, d'abord, entre deux peuples épris de culture.

Entre les deux rives du Rhin, les écrivains ont toujours été des passeurs de culture.

Nos pays se sont construits dans un voisinage séculaire où les plus douloureuses confrontations n'ont jamais rompu la curiosité réciproque, ni l'échange des idées. Cette attraction mutuelle trouve en la personne de Heinrich HEINE une figure emblématique. Comment ne pas évoquer aussi GOETHE, traduisant Le neveu de Rameau, ou Gérard de NERVAL, merveilleux traducteur du Faust ? Plus près de nous, je songe par exemple à l'inlassable travail de Romain ROLLAND pour rapprocher les jeunesses de nos deux pays, ou aux recherches d'Ernst CASSIRER sur Jean-Jacques ROUSSEAU dans les années 1930. Je pense à tous ces humanistes allemands pétris de culture française. De cette connaissance, quel meilleur symbole que celui offert par le philologue allemand Ernst Robert CURTIUS, qui publia en 1930 un Essai sur la France qui compte parmi les plus pénétrants ouvrages écrits sur l'identité de notre pays ?

Une nouvelle génération de ces passeurs de culture est apparue en Allemagne depuis la chute du Mur de Berlin. Le Salon du Livre nous invite à découvrir cette remarquable effervescence culturelle et stylistique. Assumant un passé que l'Allemagne a eu depuis longtemps le courage d'affronter, ces artistes et ces intellectuels nés dans les années 1970 se tournent vers l'avenir. Ils sont, nous dit la critique, les petits-enfants de Günter GRASS, Prix Nobel de littérature en 1999. Je ne sais s'ils se reconnaissent tous dans cet héritage, mais je tiens à saluer ceux qui sont parmi nous ce soir. Il est réjouissant aussi de constater l'apport singulier de jeunes auteurs issus de l'immigration à la littérature de l'Allemagne réunifiée. Cette richesse de l'offre littéraire doit beaucoup au système du prix unique du livre, auquel nos deux gouvernements restent profondément attachés.

Ce 21ème Salon du Livre de Paris illustre ainsi un nouveau chapitre de la coopération culturelle franco-allemande.

Cette coopération est sans équivalent dans le monde. Depuis 1997, nous avons voulu doter ces échanges culturels de nouveaux instruments. La réorganisation, en voie d'achèvement, du réseau culturel français en Allemagne tend à renforcer notre présence dans la partie orientale du pays.

Je souhaite rendre hommage à l'immense travail accompli par les membres du Haut-Conseil culturel franco-allemand depuis 1988. La France s'honore de la création du Centre Marc-BLOCH à Berlin, dont le fonctionnement pluridisciplinaire et l'accueil d'étudiants francophones venus de toute l'Europe préfigurent les universités européennes de demain. Je voudrais également saluer l'initiative -qui vous revient, Monsieur le Chancelier- de l'Académie franco-allemande du cinéma. Celle-ci s'inscrit dans le sillage de la chaîne de télévision franco-allemande ARTE, ce grand succès partagé. Vous avez visité cet après-midi le jeune Centre allemand d'histoire de l'art, situé à Paris, non loin du tout neuf Institut national d'histoire de l'art. Pour sa part, l'Office Franco-Allemand pour la Jeunesse, dont les moyens ont été renforcés, va développer un programme très diversifié de projets individualisés, dont la finalité première est le désir partagé d'une connaissance réciproque.

Monsieur le Chancelier,
Mesdames, Messieurs,

Ces institutions sont autant de lieux -je ne peux les citer tous- où se forge, par l'apprentissage de nos différences, le sentiment d'appartenance à une communauté de valeurs et de références culturelles dont l'espace géographique est l'Europe. D'aucuns affirment que nos différences vont progressivement s'estomper. Les " fremde Freunde " de naguère s'effaceraient devant un modèle uniforme, dominé par la culture anglo-saxonne. Je n'en crois rien. La France et l'Allemagne doivent marcher de concert dans ce combat pour la diversité linguistique et culturelle dans le monde, cette diversité qui fait toute la richesse de l'Europe que nous construisons ensemble.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 16 mars 2001)

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