Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur l'enseignement des sciences à l'école primaire, Paris le 28 novembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur l'enseignement des sciences à l'école primaire, Paris le 28 novembre 2000.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Remise des prix "La main à la pâte" à Paris le 28 novembre 2000

ti : Monsieur le Secrétaire perpétuel,
Mesdames et Messieurs les Académiciens,
Mesdames et messieurs les inspecteurs, instituteurs et professeurs des écoles,
Chers amis,

J'ai grand plaisir à répondre à votre invitation, Monsieur le Secrétaire perpétuel. En effet, cette cérémonie annuelle de remise des prix La main à la pâte me permet à la fois de remercier l'Académie des sciences pour le rôle déterminant qu'elle a joué dans le renouveau de l'enseignement des sciences à l'école primaire et de féliciter directement des enseignants et des élèves qui ont concrétisé les espérances que nous avons mises en eux.

Je souhaite d'abord rendre hommage à la belle initiative de Georges Charpak, ce Prix Nobel qui s'intéresse à l'éducation scientifique des plus jeunes et que sa curiosité pousse à aller voir jusque dans les secteurs les plus défavorisés de Chicago comment on engage les enfants sur la voie d'une aventure scientifique à leur mesure (pratiques pédagogiques dites " hands on "). Je voudrais rendre hommage aussi à I'Académie des sciences qui a accordé son patronage à cette initiative appelée, en France, La main à la pâte et tout particulièrement à Pierre Léna et à Yves Quéré.

Vous avez fait le pari de l'intelligence des enfants et de la compétence des maîtres d'école. Double pari généreux récompensé aujourd'hui par un succès que d'aucuns peuvent juger limité et que je considère, moi, comme très intéressant, très encourageant. Cinq ans après le lancement de cette opération basée sur le seul volontariat, presque tous les départements lui font écho même si le nombre des classes engagées reste faible.

Traiter les enfants comme des chercheurs, c'est les respecter et les encourager à se poser et à poser des questions, à trouver les réponses appropriées et à les formuler.

La démarche proposée, qui s'appuie sur une dizaine de principes, conduit les élèves à observer, à expérimenter, à raisonner, à douter, à débattre, à rendre compte par écrit. Il s'agit bien de renforcer la participation active de l'élève qui s'interroge sur des phénomènes et des objets de l'environnement naturel, physique ou technologique, et qui cherche, par 1'expérimentation ou l'observation, à apporter des réponses à ses interrogations. L'approche pédagogique ainsi valorisée vise à favoriser, en même temps que le développement de l'intelligence, des qualités d'initiative et d'inventivité autant que la rigueur et les capacités à fonder des échanges sur des arguments raisonnés.

J'ai souhaité que cette démarche soit généralisée, même si le principe du volontariat continuera à prévaloir pour que La main à la pâte reste un pôle innovant dans le système éducatif qui a besoin de l'aiguillon des plus audacieux, des plus inventifs. Les principes d'enseignement - et nous sommes convaincus qu'ils sont excellents, ainsi que le montre d'ailleurs le rapport de 1'inspecteur général Sarmant - ne doivent pas être réservés à quelques élèves selon le libre choix des maîtres. Georges Charpak disait, je crois, qu'à ne compter que sur la lente diffusion des idées et des pratiques " en tache d'huile ", il faudrait plus de cent ans pour que toutes les classes aient adopté La main à la pâte.

Ces principes, il faut les faire connaître, en faire comprendre tout l'intérêt pour une éducation scientifique des jeunes mais aussi pour leur éducation globale. Car ce sont toutes les potentialités de l'individu qui sont sollicitées par ces activités : intelligence concrète mais aussi intelligence conceptuelle, créativité et intelligence sociale ...

L'activité scientifique ainsi conçue ne se réduit ni à la spéculation abstraite, ni à une consommation passive d'informations. Elle s'appuie sur une forme de création, celle des élèves, soutenue et valorisée par celle du maître. La recherche de la vérité la plus juste qui puisse être énoncée avec les mots de leur âge se substitue aux croyances et aux modèles explicatifs sommaires...

Parce qu'elle n'est pas que simples manipulations, l'activité scientifique débouche sur des connaissances. Issues de l'expérience, au terme d'une démarche guidée par le maître, celles-ci provoquent chez les élèves une sorte de plaisir intellectuel parce qu'ils sentent qu'ils peuvent commencer à expliquer - à s'expliquer - le monde qui les entoure. Ces connaissances sont d'autant mieux mémorisées qu'elles sont l'aboutissement d'un cheminement de recherche dans lequel il leur a fallu renoncer à des représentations ou à des croyances mises en défaut par l'expérience, qu'elles répondent chez eux à un puissant désir de savoir et de comprendre et qu'elles couronnent un parcours : ils éprouvent la satisfaction d'être allés jusqu'au bout.

C'est ce mode de construction des connaissances que le plan de rénovation de l'enseignement scientifique à l'école veut promouvoir. Nous avons cette année consacré 21 MF pour aider les écoles et les équipes de formateurs à s'équiper et nous poursuivrons cet effort dans les deux années à venir. Pour réussir les étapes suivantes de ce plan ambitieux, nous organisons d'ici à la fin du mois de janvier trois séminaires nationaux de formation rassemblant chacun environ 300 personnes qui, elles-mêmes, participent à la formation des maîtres sur le terrain et sauront donner des impulsions très concrètes. Ce faisant, nous ne supprimons pas les aides que nous avons, depuis 1995, dispensées à La main à la pâte, cette opération qui a reçu des crédits à hauteur de 4 MF et qui bénéficie de personnels entièrement voués à sa cause ne sera pas abandonnée. Mais nous voulons vraiment que tous les élèves de nos écoles bénéficient d'un enseignement scientifique de qualité parce que tous ont droit au meilleur et, pour cela, il fallait faire un effort financier encore plus important.

La mise en place des bases d'une culture scientifique, ainsi fondées à l'école primaire, sera poursuivie ensuite au collège et au lycée, parce que l'apprentissage des démarches et l'assimilation des notions demandent progressivité et continuité. Je souhaite en conséquence que l'effort réalisé par les maîtres d'école le soit également par les professeurs du second degré. On peut espérer restaurer ainsi, chez les jeunes, voire instaurer chez les jeunes filles, l'intérêt pour les sciences et revitaliser l'orientation, qui s'est affaiblie, vers des filières scientifiques. C'est en commençant dans les petites classes que l'on redonnera à notre pays des étudiants en sciences, et donc des chercheurs, des créateurs.

Je compte bien sur l'engagement très fort de Monsieur l'inspecteur général Sarmant pour porter ces messages dans toutes les académies et je sais qu'il s'y emploie, ne ménageant ni son temps, ni son enthousiasme pour convaincre, tout en sachant rester très près des préoccupations de ses interlocuteurs. Présidant le comité de suivi national du plan de rénovation de l'enseignement des sciences, participant aux travaux du groupe d'experts chargé de la réécriture des programmes de l'école primaire, associé aux séminaires de formation nationaux pour lesquels sa coopération avec la direction de l'enseignement scolaire est exemplaire, il a aujourd'hui un rôle décisif pour valoriser les meilleurs fruits de l'opération La main à la pâle. Je veux ici saluer très chaleureusement son action et la générosité avec laquelle il a investi la mission que je lui ai confiée.

Avant de conclure en me tournant vers les élèves et leurs maîtres, je voudrais remercier les Académiciens de leur engagement, de leur mouvement vers les écoles dans lesquelles je sais que de nombreuses rencontres ont eu lieu. Quels meilleurs modèles pour de jeunes enfants que celui que vous représentez : des grandes personnes encore curieuses, encore émerveillées, généreuses pour partager leurs connaissances ! C'est un compagnonnage d'une vraie richesse, que je souhaite développer aussi dans le domaine artistique en incitant les maîtres à solliciter une coopération avec des artistes, des créateurs. Vous avez emprunté ce chemin avec bonheur et je vous remercie très chaleureusement de bien vouloir continuer.

Je voudrais aussi remercier et féliciter les maîtres, aujourd'hui réunis pour recevoir ces prix, de l'exemple qu'ils donnent. Ils ont accepté d'engager leur classe dans ce qui est une aventure scientifique, car c'est une aventure de conduire sa classe à partir de questions d'enfants et de recherche de réponses, c'est assurément moins confortable que d'exposer une leçon bien préparée au préalable, mais c'est la preuve aussi d'une maîtrise professionnelle qui doit s'illustrer également dans les autres domaines d'enseignement.

La diversité des thèmes traités dans les classes aujourd'hui récompensées montre que les questions se rapportent, le plus souvent, aux éléments du quotidien : " d'où vient le pain de ma tartine ? " se demande-t-on dans l'école maternelle d'Honfleur où l'on fait la découverte de connaissances et de techniques qui mènent du grain de blé jusqu'à la tartine. D'autres ont exploré méthodiquement le rebond de balles et de ballons divers sur des sols variés parce que la pratique du basket avait fait naître certaines questions. Les questions rejoignent parfois des préoccupations de toute la société sur la qualité de son environnement, ainsi plusieurs classes ont travaillé sur le thème de l'eau, d'autres sur celui de l'arbre ou des végétaux et l'on sent bien que ces travaux constituent, en même temps que des activités scientifiques, une éducation à la citoyenneté, une éducation à l'environnement.

Ma conviction concernant l'intérêt et I'importance des relations entre disciplines sort renforcée de l'examen de vos productions : non seulement le travail sur la langue orale et la langue écrite est fortement présent mais il faut souligner aussi les liens tissés avec l'histoire, avec la géographie, avec les mathématiques.

Je me réjouis de constater ces éléments très positifs dès l'école maternelle, je n'oublie pas, en effet, les plus petits des lauréats, des enfants de trois à quatre ans, dont le " livret de découvertes ", constitué à partir des éléments du quotidien, est un très bel exemple de ce à quoi peuvent conduire les premières questions, les premiers pourquoi, quand ils sont recueillis par une enseignante sensible et attentive. Je voudrais exprimer à chaque maîtresse et chaque maître présents ici ma gratitude et mes encouragements.

Je dis aussi aux élèves qui sont rassemblés aujourd'hui, vous avez de la chance d'avoir pu réaliser ces travaux qui méritent d'être récompensés par l'Académie des sciences, vous avez du talent parce vous avez mené à bien de très beaux ouvrages , je vous félicite. Continuez à vous poser des questions, à chercher des explications. Vous avez ici, en la personne des Académiciens, de beaux exemples de savants qui sont d'abord des curieux et aussi de grands travailleurs. Je vous souhaite, chers jeunes amis, de pouvoir, au moins un peu, leur ressembler.

(source http://www.inrp.fr, le 26 février 2001)

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