Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, à Europe 1 le 20 mars 2001, sur le non cumul des mandats exigé par L. Jospin, sur le débat au sein de l'UDF sur l'inversion du calendrier électoral et sur le résultat des élections municipales, notamment à Paris et Lyon. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, à Europe 1 le 20 mars 2001, sur le non cumul des mandats exigé par L. Jospin, sur le débat au sein de l'UDF sur l'inversion du calendrier électoral et sur le résultat des élections municipales, notamment à Paris et Lyon.

Personnalité, fonction : BAYROU François, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. UDF, président;FRANCE. Force démocrate, président

ti : J.-P. Elkabbach Ministre ou maire, on ne cumule plus. Le Premier ministre va imposer ce choix à son Gouvernement et il le fait sans tarder. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce principe ?

- "C'est plus facile pour lui vu que tous les ministres ont été battus dans les mairies... Deuxièmement, c'est ce que les Français veulent, cela ressort clairement de toutes leurs expressions. Cela veut aussi dire qu'il faudra donner aux maires les pouvoirs qu'ils n'ont pas encore et les moyens d'exercer cette fonction, les moyens d'influence auprès du pouvoir central, auprès de Paris et les moyens de vivre la sécurité, ce qu'on ne leur donne pas aujourd'hui, le statut qu'ils n'ont pas aujourd'hui."

L. Jospin est secoué par les résultats de ces municipales...

- "Il y a de quoi !"

Il passe vite à la contre-offensive. Mais chaque camp a, en ce moment, beaucoup à faire ?

- "Sans aucun doute."

Le vôtre aussi.

- "Le nôtre aussi."

Par exemple, très vite est en train de ressurgir la bataille autour du calendrier électoral 2002 proposé par L. Jospin et voté par des UDF, amis de F. Bayrou ?

- "Non ! Ce fut proposé par des UDF et voté par une partie de la gauche, en même temps que nous."

Y êtes-vous toujours favorable ?

- "Il n'y a aucune raison de changer, au contraire. La leçon que donnent ces municipales, c'est que les Français sont totalement indépendants des sondages et des pressions : ils font ce qu'ils veulent. Deuxièmement, c'est le renouvellement qu'ils choisissent. Ils choisissent de dire qu'ils ne sont pas contents de la vague rose qu'on leur annonçait, ils font un autre choix. Ce renouvellement donne deux visions de la présidentielle : est-ce qu'elle va donner le renouvellement ? Est-ce que la France de 2002 va choisir le renouvellement ou va-t-elle choisir, au contraire, la continuité du siècle achevé ? C'est ça la question."

Vous dites que le renouvellement ce n'est pas les législatives d'abord et la présidentielle ensuite. C'est d'abord la présidentielle, avec le renouvellement qui passe par ce qui se passera à l'Elysée ?

- "On va dire simplement : aux législatives, au second tour, 577 circonscriptions en France, 577 gauche contre droite, camp contre camp. Pas de nuances, pas de possibilités pour les Français de dire à l'intérieur du camp de gauche ou à l'intérieur du camp de droite : "nous voulons choisis une autre direction." Ca, c'est lors de la présidentielle que cela peut se faire. L'élection présidentielle permet au premier tour de choisir, de donner une vision de la France. Vous savez que c'est la logique absolue de la Vème République, de De Gaulle et de ceux qui ont suivi, à savoir que l'élection présidentielle, c'est celle où la France fait le choix de son avenir comme elle le fait en choisissant un maire. Une commune choisit un maire, un pays choisit un Président."


Il y a une rupture stratégique. Vous savez bien que l'Elysée ne veut pas de cette inversion, de ce rétablissement du calendrier pour 2002.

- "Laissons la tactique de côté, les calculs politiciens, ou plutôt politiques - je ne veux pas employer de mot péjoratif. Ce que nous voulons, c'est donner le choix aux Français, qu'ils aient au premier tour cette liberté de choisir leur avenir et leur direction. Si c'est cela la Vème République, - ce que je crois - alors l'élection présidentielle doit venir avant les législatives."

Pour cela, il faut que le texte soit voté. Est-ce qu'aucune mamour ou aucune pression ne fera changer et F. Bayrou et les 25 qui l'avait voté ?

- "25 parlementaires parmi lesquels un ancien Président de la République un ancien Premier ministre, des gens qui ont exercé des fonctions et exercent des fonctions importantes, et qui ont choisi en conscience, résistant à toutes les pressions - vous vous souvenez qu'en décembre, elles étaient déjà fortes et nombreuses. Pourquoi changeraient-ils ? Je crois, au contraire, qu'ils vont avec force redire que si l'on veut que les institutions aient un sens, un Président de la République n'est pas une roue de secours, il n'est pas élu une fois que la majorité est choisie, c'est le grand choix que les Français vont faire. Le choix du maire, on le fait quand on vote, on n'attend pas une élection supplémentaire, après avoir élu le conseil municipal, pour faire le choix d'un maire. C'est pareil pour un Président et une majorité."

Vous allez devenir la cible préférée de tout le monde à droite ?

- "J'ai l'habitude. Mais pourquoi est-ce que cela se traite toujours en des termes agressifs ? J'essaie de ne pas employer de mot agressif à l'égard de qui que ce soit ; j'essaie d'affirmer une position."

L'UDF aura-t-elle son candidat symbole pour 2002 ?

- "L'UDF choisira de porter et de proposer le renouvellement. Elle l'a fait aux municipales, on a vu avec quel succès : des dizaines de maires ont été élus dont l'âge tranche avec celui qui était habituellement dans les fonctions municipales. Le maire de Strasbourg à 40 ans, celui de Blois qui a battu J. Lang a 34 ans, celui de Drancy - la ville de Gayssot - a 33 ans."

Vous allez nous faire croire que c'est la génération Bayrou ?

- "Eh bien s'il y a de cela, on aura alors rendu un service."

Est-il possible qu'en 2002, ce soit un autre UDF que vous, F. Bayrou ?

- "Ne parlons pas de personne aujourd'hui..."

Répondez, soyez clair : est-ce que, si jamais il y a quelqu'un, ça peut être un autre que vous ?

- "La probabilité, c'est que le Président de l'UDF fasse son travail dans cette élection."

Il y a aussi des responsabilités pour Paris et Lyon. A Lyon, C. Millon dit qu'il y a trois responsables de l'échec : J. Chirac, R. Barre et surtout vous. Qu'est-ce que vous n'avez pas fait ? Vous n'avez pas cru en Millon, vous ne l'avez pas assez soutenu, vous ne vouliez pas de lui et vous ne le disiez pas suffisamment ?

- "Laissons l'amertume. "J. Chirac responsable de l'échec à Lyon, R. Barre et moi-même..." Un jour, C. Millon se demandera s'il n'est pas un peu responsable aussi lui-même de cet échec. Plus largement, lorsqu'il a eu des primaires au premier tour, plusieurs listes, on a généralement gagné au second. A Blois, il y avait deux listes : on a gagné au second ; à Aix-en-Provence, il y en avait trois : on a gagné au second tour contre tous les pronostics. La question est donc celle-ci : pourquoi est-ce que ça n'a pas marché à Paris et à Lyon ? Parce qu'il y avait une fracture trop profonde, parce que les électeurs ont eu le sentiment que les listes n'avaient pas les mêmes valeurs. C'est peut-être sur ce sujet qu'il faut s'interroger, il faut avoir une communauté de valeurs suffisante au premier tour pour que cela puisse marcher au second tour."

Pourquoi tant de divisons, de rancunes et de haine à droite, à Paris ?

- "Vous le savez bien ! C'est parce que c'était la fin d'une époque."

Vous ne désavouez pas ceux qui critiquent, dans les rangs de l'UDF, le Président de la République et qui disent que c'est le système Chirac et qu'il faut tourner la page ?

- "Je ne veux pas faire de polémique, mais on voit bien que c'était la fin d'une époque qui durait depuis 25 ans. On avait eu le sentiment que de mauvaises habitudes avaient été prises et qu'il fallait changer, tourner la page de cette époque. C'est ce que P. Séguin a voulu faire et ce n'était pas facile."

Le 28 mars et le 4 avril est prévu un grand rassemblement des élus de droite. Si on vous propose la fusion, que dites-vous ?

- "Je me prends la tête dans les mains et je dis : "Attendez ! On vient de gagner les municipales avec l'UDF et le RPR tels qu'ils sont. Va-t-on remonter une usine à gaz, en remettant des secrétaires et des présidents autour des tables..."

La réponse et simple : la fusion c'est non pour Bayrou ?

- "La fusion, c'est non parce qu'on a besoin qu'il y ait dans l'opposition au moins une force qui propose un renouvellement qui, pour l'instant, n'est pas acquis."

Et la confédération de toute l'opposition, c'est oui ou non ?

- "Les usines à gaz, c'est non !"

Quand vous entendez, comme on l'entend en ce moment de plus en plus, à droite comme à gauche, que rien n'est joué, est-ce que vous vous dites que pour vous tout est possible ?

- "Cela veut dire que pour le changement, tout est possible ; cela veut dire que les Français vont choisir le changement. Si l'on a le courage de leur proposer, ils vont le choisir. Ils l'ont choisi aux municipales contre tous les pronostics, contre les médias, contre les sondages, ils le choisiront de la même manière à la présidentielle."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 20 mars 2001)

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