Interview de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, dans "Le Progrès de Lyon" du 10 janvier 2001, sur les diplômes de l'enseignement professsionnel, l'apprentissage et la formation et l'orientation des éléves dans les filières professionnellles. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, dans "Le Progrès de Lyon" du 10 janvier 2001, sur les diplômes de l'enseignement professsionnel, l'apprentissage et la formation et l'orientation des éléves dans les filières professionnellles.

Personnalité, fonction : MELENCHON Jean-Luc, FLORIN Muriel.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement professionnel

ti : Dans le cadre de sa politique de rénovation et de revalorisation de l'enseignement technique et professionnel, Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'Enseignement professionnel, veut garantir la qualité des diplômes sur le long terme quelle que soit la manière dont ils sont préparés.

Qu'est-ce qu'un métier ?

Pendant des années, on a opposé l'idée de métier à celle de profession et d'emploi. On sous entendait que la modernité était du côté des professions tandis que les métiers semblaient désuets, vieillots. Aujourd'hui, tout est différent, notamment sous l'impulsion des progrès technologiques et des profondes évolutions qui en ont résulté dans l'ensemble de l'économie. Du point de vue du travail, ces évolutions sont de deux ordres : d'une part elles ont entraîné la reconfiguration de métiers existants ; d'autre part elles ont fait émerger de nouveaux métiers. C'est une bonne chose de reparler de métier. Je crois pour ma part, qu'un métier fait la fierté de celui ou celle qui l'exerce.
Dans le cadre de la politique de rénovation et de revalorisation de l'enseignement technique et professionnel que je conduis depuis mon arrivée au ministère, j'ai précisément choisi d'aller dans ce sens. Pour moi, la filière technologique et professionnelle constitue une véritable voie des métiers.
Cela dit, un métier aujourd'hui a beaucoup changé par rapport à ce qu'il pouvait être il y a encore 20 ou 30 ans. On en parle peu, mais les nouvelles technologies ont profondément bouleversé l'ensemble des métiers. Celui de chaudronnier par exemple. Contrairement à ce que l'on pourrait croire ce n'est pas un métier qui appartient au passé : c'est le chaudron mais c'est aussi la fusée Ariane. Travailler dans la chaudronnerie aujourd'hui nécessite des qualifications élevées et une pratique d'excellence qui associent des savoirs fondamentaux et des connaissances techniques d'un très haut niveau. C'est vrai pour tous les métiers. C'est la raison pour laquelle un métier est une véritable science pratique.

Quelle est la différence entre les formations dispensées par l'Éducation nationale et celles par l'apprentissage ou promues par les branches professionnelles ?

Dans les filières professionnelles il y a, en effet, différentes situations de formation. Mais, toutes ces modalités d'organisation pédagogiques mènent aux mêmes diplômes. La diversité des voies de formation est une bonne chose. Évitons cependant qu'elles se concurrencent inutilement.

Cela dit, je ne considère pas que l'apprentissage soit la vie royale de l'enseignement professionnel, comme je l'entends parfois dire au motif qu'il serait mieux adapté aux besoins des entreprises. Toutefois, c'est une modalité de formation que l'on peut utiliser de manière positive. Ma responsabilité en tant que ministre, c'est de garantir la qualité de nos diplômes sur le long terme quelle que soit la manière que l'on a de les préparer. C'est pourquoi la voie des métiers doit s'appuyer sur l'idée de professionnalisation durable : c'est à cette condition que nos jeunes pourront faire de véritables projets de carrières qui ne se limitent pas seulement à leur première insertion sur le marché du travail.

Au contraire, ils évolueront d'autant mieux dans le sens du progrès des techniques que leurs savoirs fondamentaux et technologiques seront solides leur permettant de profiter pleinement, tout au long de leur vie des apports de la formation continue.

Les filières professionnelles attirent moins de candidats, qu'auriez-vous envie de dire à des jeunes pour les inciter à se diriger vers ces filières ?

Il est vrai que nous nous trouvons aujourd'hui devant une situation tout à fait paradoxale. La baisse des effectifs du secondaire se reporte pour les trois quart sur la voie professionnelle, alors que dans le même temps, de nombreuses entreprises nous alertent sur leurs difficultés à recruter de la main d'¿uvre qualifiée.

Je crois qu'il faut rendre notre offre de formation à la fois plus crédible en montrant la qualités de nos enseignements et plus lisible en établissant une carte des formations par métiers, sur le modèle de ce que nous avons fait pour la licence professionnelle. Parallèlement, à l'intérieur des collèges, il faut agir sur les flux et l'orientation des élèves, encourager les filles par exemple à se diriger vers les métiers de l'industrie. Pour cela nous pouvons dès à présent nous appuyer sur un dispositif actuellement expérimenté dans cinq académies et qui se généralisera dès la rentrée prochaine : l'entretien plan de carrière à 15 ans. Pour chaque élève, il sera l'occasion de faire le point et de préparer des choix d'avenir.

Enfin, il faut également favoriser la fluidité des parcours. Pour aller dans ce sens, nous voulons placer l'orientation des élèves de troisième dans l'optique de la préparation d'un baccalauréat professionnel, sans pour autant négliger l'offre des CAP. Le BEP alors, serait une étape dans une trajectoire vers le bac.

Que fait l'Éducation nationale pour les revaloriser. Va-t-on passer d'établissements fourre-tout à des établissements très identifiés ?

Pour ma part, je crois beaucoup au lycée des métiers. Il s'agit de regrouper dans un même lieu l'ensemble des formations de tout niveau qui mènent à un métier. Il en existe déjà à Paris au lycée Raspail où l'on prépare les élèves au métiers de la climatique et ailleurs dans diverses régions. L'intérêt de ces structures, c'est qu'elles mélangent des publics en formation initiales, en apprentissage et des adultes en formation continue. C'est profitable pour les élèves, et cela encourage ceux qui le souhaitent à poursuivre leurs études. Enfin, ces lycées sont organisés autour d'une plate-forme technologique permettant dès à présent de tisser des liens avec des entreprises qui crédibilisent les formations. Parallèlement, nous avons également le souci de conserver une offre de formation polyvalente, en particulier pour maintenir un maillage territorial fort en milieu rural isolé.

Où en est-on par rapport à la rémunération des lycéens professionnels ?

Il faut parler de rétribution plutôt que de rémunération : cela concerne les stages, c'est à dire des périodes de formation à par entière. De nombreuses entreprises le font déjà, mais je crois qu'il nous faut désormais généraliser progressivement ce dispositif. L'idée sur laquelle je travaille actuellement, consiste à mutualiser les sources de financement pour obtenir une rétribution équilibrée sur l'ensemble du territoire et dans les différents secteurs économiques. C'est une question importante pour moi parce qu'elle concerne le statut social des jeunes en formation.

Propos recueillis par Muriel Florin.

(source http://www.enseignement-professionnel.gouv.fr, le 17 janvier 2001)

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