Interview de M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 28 mars 2001, sur la convocation du Président de la République comme témoin, l'arrivée de la gauche à la mairie de Paris, son regret de ne pouvoir être ministre et maire du 18ème arrondissement et l'abstention aux élections dans les quartiers populaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 28 mars 2001, sur la convocation du Président de la République comme témoin, l'arrivée de la gauche à la mairie de Paris, son regret de ne pouvoir être ministre et maire du 18ème arrondissement et l'abstention aux élections dans les quartiers populaires.

Personnalité, fonction : VAILLANT Daniel, CHABOT Arlette.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : A. Chabot Quelle est votre réaction en tant que simple citoyen - car si je vous demande quelle est votre réaction en tant que ministre, vous allez me dire que vous n'intervenez pas en tant que ministre ?

- "Il n'y a pas de différence entre le simple citoyen et le ministre. J'ai laissé P. Devedjian s'exprimer, mais d'une certaine manière, je pense que ce n'est pas aux hommes politiques de s'exprimer sur ce type de sujet. Il y a des procédures judiciaires. Je suis ministre depuis quatre ans mais avant d'être ministre, je ne suis jamais intervenu pour commenter, défendre, attaquer, interpréter. Laissons - c'est la règle qui a été fixée -, les juges faire leur travail."

Et le Président de la République dire qu'il ne veut pas se rendre à la convocation. Est-ce légitime de la part du Président ?

- "C'est leur problème, je n'ai pas à interférer. Vous savez, les Français ont, à mon avis, d'autres choses à penser ce matin. Evidemment, c'est dans l'actualité, je le comprends, mais je n'en dirai pas plus. Chacun fait ce qu'il pense devoir faire, que ce soit un juge "parmi 650" comme le dit monsieur Devedjian, parlant des juges d'instruction, que ce soit tel ou tel citoyen, ou le Président de la République."

Les affaires ne vont-elles pas empoisonner la campagne ?

- "De quelle campagne parlez-vous ?"

De la campagne des présidentielles.

- "Ah ! déjà ?!

C'est bientôt !

- "Je pensais que vous alliez me parler des élections municipales et de leurs conséquences."

On va en parler dans un instant, mais sur ce point?

- "Les Français attendent qu'on travaille, nous sommes à leur service. Quand les femmes et les hommes politiques auront compris que se faire élire, c'est d'abord travailler, remplir les engagements qu'on a pris, ce Gouvernement, comme l'a rappelé le Premier ministre hier, pendant l'année qui vient, va travailler avec comme première priorité le chômage qui n'est pas vaincu. Même quand on a créé 1,5 million d'emplois, qu'il y a 1 million de chômeurs de moins, il en reste 2 millions. Il faut continuer ce travail. Et puis je peux aussi vous parler de sécurité."

On va en parler. Dernière question à propos du statut du Président de la République : F. Hollande disait récemment qu'il faudrait sans doute changer la règle. Etes-vous d'accord ? Ce sera un élément du programme de L. Jospin ?

- "Il y sans doute des règles qu'il faut changer, celle-là ou une autre, je n'en sais rien. Il y a une Constitution, quand il y a des doutes, il y a des interprétations qui sont données par des hautes juridictions. Je crois qu'il faut savoir en rester à la règle au moment où elle est édictée. Et puis le jour où on décide d'en changer, on le fait ouvertement, tranquillement. F. Hollande est dans son rôle quand il propose éventuellement des évolutions. Mais ne confondons pas : s'il doit y avoir des évolutions, elles interviendront, si les Français le décident ou si ceux qu'ils élisent le décident. Pour l'instant, il y a des règles et je n'ai pas à rentrer dans ce débat d'application."

L'arrivée de la gauche à la mairie de Paris ne signifie-t-elle pas la recherche du dossier pour mettre en cause le Président de la République ?

- "L'arrivée de la gauche à la mairie de Paris, c'est d'abord la volonté des Parisiennes et des Parisiens, arrondissement par arrondissement, et au niveau de tout Paris, de changer ! Ils l'ont décidé, B. Delanoë installe son équipe et s'installe à l'Hôtel de ville, pour faire un travail pendant six ans, travail qui n'avait pas été fait auparavant, un travail au service de l'intérêt général des Parisiennes et des Parisiens. Il veut évidemment, c'est normal, se rendre compte de la situation exacte à la mairie de Paris, notamment au plan budgétaire, pour savoir quelle politique on pourra conduire. C'est le sens de l'audit qu'il souhaite, qui n'a pas pour but de solder des comptes mais de savoir d'où l'on part. C'est normal quand on démarre un mandat de savoir sur quelles bases on le démarre."

On vous a dit tout à l'heure : "Bonjour monsieur le ministre de l'Intérieur." Cela veut dire que vous restez ministre et que vous ne serez plus maire du 18ème arrondissement ?

- Je vais apporter un élément de réponse, même si ce n'est pas déterminant pour vos auditeurs. L. Jospin m'a confié la tâche d'être ministre de l'Intérieur voilà six mois. J'ai beaucoup de chantiers en route : la sécurité, la réforme de la police de proximité, la Corse, la décentralisation, la sécurité au quotidien ..."

Donc, vous restez au Gouvernement ?

- "Bien évidemment, je ne vais pas, six mois après, quitter le Gouvernement alors qu'il y a beaucoup de choses à faire. Vous savez, c'est un ministère très lourd, exaltant mais exténuant."

L. Jospin vous a joué un mauvais tour, il aurait pu vous dire avant : "tu sais, Daniel, si tu restes, tu n'es pas obligé d'abandonner la mairie."

- "Je vais parler franchement : il m'a surpris. C'est vrai que j'ai conduit cette campagne en disant clairement que je serai maire du 18ème arrondissement puisque depuis quatre ans j'ai pu l'être sans que cela ne pose aucune difficulté. Un maire d'arrondissement, ce n'est pas le maire d'une commune, il n'a pas de budget, il n'a pas la personnalité morale, il ne signe pas les permis de construire, il n'a pas d'indemnités en tant que telles. Donc, j'ai pensé légitimement que je pouvais continuer ce travail. Ceci étant, le Premier ministre considère que la règle doit s'appliquer aussi aux maires d'arrondissement."

Les électeurs doivent faire la tête car vous avez fait campagne sur le thème : "Avec nous, au moins on saura qui sera maire" ...

- "Je veux profiter de votre antenne pour les rassurer complètement. Je serai aux côtés d'A. Le Petit, qui deviendra maire du 18ème arrondissement. Elle me disait hier que cela la rassure d'avoir comme premier adjoint le ministre de l'Intérieur. Je le dis : je ne quitterai pas la mairie du 18ème arrondissement. J'y serai comme avant, pour servir le 18ème dont vous savez à quel point j'y suis attaché et dont les gens semble-t-il, me sont aussi attachés puisqu'ils m'ont reconduit avec 60,5 % des suffrages face à monsieur Séguin."

Depuis dix jours, la gauche s'interroge : pourquoi les milieux populaires n'ont-ils pas vraiment voté pour elle ? Cela veut-il dire que répéter inlassablement que le bilan est bon ne suffit pas pour être élu ?

- "D'abord, une des leçons à tirer, c'est qu'il arrive aux femmes et aux hommes politiques de se tromper d'élections, mais pas les électeurs. Ils avaient à élire des maires ou des équipes municipales."

Dans les quartiers populaires, on s'est abstenu, on n'a pas voté pour les candidats de gauche.

- "Je pense que ces élections cantonales et municipales ont été "d'une relative stabilité" au plan politique comme on dit, quand on voit les gains, les pertes des uns et des autres, même si je constate que la gauche a gagné Paris, Lyon et Ajaccio - ce qui n'est pas rien -, Dijon, Tulle, et quelques autres villes. Néanmoins, je crois qu'il y a véritablement un problème d'abstentions, notamment des couches populaires, qui souffrent dans un certain nombre de quartiers, de banlieues, ou de quartiers périphériques des villes."

Que faut-il faire alors ? Quelles mesures ? C'est la boîte à idées qui est ouverte.

- "Je pense que les gens ont une attente sociale qui n'est pas nécessairement quantitative. Ce ne sont pas simplement les revenus qui sont en cause, mais c'est la qualité de la vie. Ils sont en attente de tranquillité, de sécurité, de dignité. Je crois qu'il faut, de manière interministérielle ..."

Pas d'argent ? Pourtant face à l'abstention des jeunes, on annonce déjà une allocation pour les 18-25 ans. Est-ce une réponse ?

- "Je pense que tout ce qui peut contribuer à ce que les gens se sentent moins exclus de la redistribution des fruits de la croissance est une bonne chose. Je suis pour ce qui pourra être fait dans le sens de la redistribution, . Mais il faut de manière interministérielle et globale en même temps, que tous les acteurs de la société - l'Etat, les collectivités locales - agissent pour coproduire de la sécurité, de la tranquillité. Ce n'est pas uniquement une affaire de justice et de police. C'est l'affaire de tous, parce que sans tranquillité, sans sécurité il n'y a pas de liberté."

Réunion des ministres samedi. Y aura-t-il des décisions concrètes qui en sortiront ?

- "J'espère qu'il y aura un plan de travail d'un an pour ce Gouvernement. On connaît les priorités - lutte contre le chômage, la sécurité - ..."

C'est votre boulot.

- "C'est notamment mon travail mais pas seulement le mien. En tout cas, sachez que samedi, comme ministre de l'Intérieur, je ferai des propositions d'actions pour en faire encore plus que nous n'en faisons, même si je veux rendre hommage à la police qui fait tout ce qu'elle peut dans des conditions pas toujours simples."

L. Jospin a raison de dire que tout est ouvert pour 2002 ? C'est pas gagné ..

- "Mais non ! Rien n'est gagné, rien n'est perdu ! Les Français décideront. Et si on a un bon bilan ..."

Et un bon projet ...

- " ... un bon projet et par surcroît de bons candidats, je pense qu'effectivement c'est ouvert et que la gauche peut nourrir de vraies espérances."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 28 mars 2001)


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