Déclaration de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte ouvrière, sur les plans de licenciements, le chomage, les sans-papiers, les patrons, les travailleurs, les affaires, le communisme, Nancy le 18 janvier 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte ouvrière, sur les plans de licenciements, le chomage, les sans-papiers, les patrons, les travailleurs, les affaires, le communisme, Nancy le 18 janvier 2001.

Personnalité, fonction : LAGUILLER Arlette.

FRANCE. Luute Ouvrière, porte-parole; FRANCE. Lutte Ouvrière, porte-parole

ti : Intervention d'Arlette LAGUILLER

au meeting du Jeudi 18 janvier 2001 à Nancy

Travailleuses, travailleurs, camarades et amis,

Le plan de Danone de 3000 licenciements, dont 1700 en France, montre la réalité des choses alors que le gouvernement nous gave de discours optimistes sur l'amélioration de la situation économique. Voilà une grande entreprise, une des plus importantes du pays, qui fait des bénéfices importants et qui se prépare quand même à fermer 10 usines, dont 7 en France, en jetant leurs travailleurs à la rue.

La seule raison invoquée par la direction, c'est que le secteur biscuiterie de cette entreprise ne rapporte que 7,9 % de profit et que cela est trop faible par rapport aux 11 % des produits laitiers et des 12 et quelques pour cent des eaux minérales. Puisque ces messieurs les actionnaires ne veulent pas se contenter de 7,9 % d'augmentation du profit de leur entreprise et au moins autant sur leurs revenus déjà conséquents, il faut que 3000 travailleurs soient, eux, privés de tout salaire et poussés vers le chômage.

Et, devant ce scandale, les ministres lèvent les bras au ciel et le secrétaire d'Etat à l'emploi, Le Garrec, en appelle à "la raison" des dirigeants de Danone et les conjure "d'agir en citoyens conscients" !

Tout comme lors du plan de licenciements proposé par Michelin, le gouvernement se déclare impuissant. Il n'est pas question de menacer Danone de réquisition s'il maintient son plan, catastrophique pourtant pour 3000 travailleurs et pour leurs familles et aussi pour toutes les villes concernées, dont certaines déjà fortement frappées par le chômage, de Calais à Château-Thierry, de Jussy à Charleville, d'Evry à Besançon et Toulouse.

Il n'est même pas question d'exiger de Danone de rembourser immédiatement les subventions qu'il vient de toucher, notamment du Conseil régional d'Ile-de-France, pour l'aider à implanter un centre de recherches à Palaiseau.

Le journal Le Monde a rapporté hier des notes internes montrant que le plan de licenciements de la direction est élaboré depuis le mois d'août dernier et que c'est seulement sur la manière de l'annoncer que la direction hésitait. Cela montre d'une part la duplicité de la direction mais aussi qu'elle craint la réaction des travailleurs de l'entreprise, ne serait-ce que pour son image de marque. Aux dernières nouvelles, la direction de Danone porterait plainte contre le journal Le Monde qui a révélé, trop tôt au gré de la direction, le plan de licenciements prévu. Je ne sais pas si c'est au nom du secret des affaires que la plainte est portée mais cela prouve en tous les cas que ce secret n'est fait que pour cacher les ignominies des patrons aux yeux de la société et de leurs propres travailleurs.

Alors, les travailleurs de Danone, notamment ceux de Calais qui sont entrés en lutte dès l'annonce du plan de licenciements, ont mille fois raison ! Comme ont eu raison tous ceux qui, dans les autres entreprises du groupe, les ont rejoints aujourd'hui. Une seule journée ne suffira évidemment pas pour faire reculer le trust. Mais, ce qui est sûr, c'est que les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes et sur leurs propres luttes pour faire revenir en arrière ce trust aussi avide qu'arrogant.

Et ce qui se passe chez Danone rappelle que l'interdiction de supprimer des emplois, sous peine de réquisition, dans toute entreprise qui fait du profit doit être un des principaux objectifs des luttes futures de la classe ouvrière.

Oui, je tiens à exprimer ma solidarité avec les travailleurs de Danone. Comme je tiens à exprimer ma solidarité avec les traminots de Rouen en lutte pour la réintégration de leurs camarades licenciés pour fait de grève. Leur patron n'est autre que Vivendi, ex-Générale des eaux. C'est l'entreprise qui s'est enrichie et qui a enrichi ses actionnaires en volant les consommateurs sur la distribution de l'eau. Reconverti depuis quelques années dans les branches à la mode, de l'informatique et du multimédia, Vivendi continue cependant à tirer des profits élevés des secteurs classiques de la gestion de l'eau ou du transport public. Et j'en profite pour dire que les transports en commun comme la gestion de l'eau devraient être des services publics. Le patron de Vivendi, qui pose au patron moderne, avec des ambitions planétaires dans le domaine des médias, se comporte en fait comme un patron du XIXe siècle qui voudrait punir certains de ses travailleurs pour le simple fait d'avoir fait grève. Eh bien, j'espère que Messier et ses sous-fifres seront obligés de ravaler leur morgue et que les traminots de Rouen imposeront la réintégration de leurs camarades.

Alors, comment les travailleurs de Danone ou de Vivendi pourraient croire à l'amélioration de la situation économique ?

Comment pourraient y croire les familles ouvrières qui comptent un ou plusieurs chômeurs. La baisse du chômage dans les statistiques officielles, n'empêche pas qu'il y ait des travailleurs qui sont privés d'emploi depuis deux ans, ou cinq ans, voire plus.

Combien parmi eux savent qu'étant donné leur âge, ils n'ont pratiquement plus aucune chance de retrouver un jour du travail ?

Combien de jeunes commencent en chômeurs leur vie de travailleur ?

Combien de vies, combien de familles touchées, ici même en Lorraine, comme dans l'ensemble du pays ?

Il est bien difficile de dire dans quelle mesure les chiffres officiels sur la diminution du chômage sont exacts, tant ces statistiques ont donné lieu à de multiples manipulations au fil des années. Mais même si on accepte comme vrai la diminution du nombre de chômeurs dont se vante le gouvernement, qu'est-ce que cette société qui condamne près de 2.175.000 de ses membres au chômage, alors qu'on prétend que l'économie va bien ?

Qu'est-ce que cette société qui oblige nombre de ceux qu'elle condamne au chômage à vivre avec les 4.500 F de l'allocation chômage minimum, allocation dégressive avec le temps. Des chômeurs qui, lorsqu'ils ont épuisé leurs droits, doivent vivre avec les 2.608 F du RMI ?

Qu'est-ce que cette société où, à peine l'hiver commence-t-il à devenir rigoureux, on meurt dans les rues des grandes villes, de froid et peut-être de faim ? Les milliers de sans-logis qui errent dans ce pays à la recherche d'un abri aléatoire ne constituent une catégorie à part qu'en ceci qu'ils ont été poussés sur le chemin de l'appauvrissement plus loin que d'autres. Mais combien d'entre eux avaient, il y a quelques années, un travail, une famille, avant qu'un licenciement les transforme en chômeurs, puis les prive de la possibilité de payer leur loyer et à qui, leur logement perdu, la société ne laisse plus guère de chances de remonter la pente ?

Et parmi les travailleurs qui ont gardé du travail ou qui en ont retrouvé, combien sont ceux qui ne voient toujours aucune amélioration de leur situation économique ?

Parce que, dans cette société, l'économie n'est pas au service des hommes, de tous les hommes, à commencer par ceux qui la font fonctionner, qui produisent tout, mais au service exclusif d'une petite minorité qui bâtit des fortunes colossales, avec un parfait mépris pour ce qu'est la vie de ceux sur le dos desquels ils s'enrichissent ainsi, quand ce n'est pas pour leur vie même.

Tout le pays a été ému par la mort de notre camarade Jean-Luc Hulot, ce convoyeur de fonds qui a été froidement assassiné à Villejuif, il y a deux semaines. Mais qui pourrait prétendre qu'un tel drame n'était pas prévisible ?

Les convoyeurs ont déjà fait dans le passé plusieurs grèves pour réclamer des aménagements qui, au moins, assurent un minimum de sécurité, comme des sas entre leur véhicule et l'endroit où ils ont à prendre ou à déposer l'argent qu'ils transportent.

Au mois de mai dernier, leur grève avait été suffisamment déterminée pour que le gouvernement promette un décret qui oblige les banquiers à faire quelques aménagements.

Eh bien, depuis le mois de mai, rien n'a changé pour les convoyeurs qui continuent à mourir en transportant l'argent des autres.

D'abord, les ministres concernés, celui de l'Intérieur, Chevènement puis Vaillant, et celui des Transports, Gayssot, ont attendu jusqu'au 18 décembre dernier, c'est-à-dire sept mois, pour signer le décret d'application. Et ce décret donnait un délai de deux ans aux banques et aux supermarchés pour exécuter des travaux qui pourraient être faits en quelques jours ! Eh bien, les patrons des sociétés de convoyage et les banquiers, les propriétaires des super et hypermarchés trouvaient encore ce délai beaucoup trop court !

Les deux crapules qui ont tiré sur les convoyeurs de fonds à l'hôpital de Villejuif sont vraiment des assassins qui ne respectent rien, et surtout pas la vie des plus humbles.

Mais que dire des patrons des entreprises de transport de fonds, des banquiers, des dirigeants de ces grandes chaînes commerciales dont les propriétaires figurent au hit-parade de la fortune dans ce pays, mais pour qui la vie d'un travailleur ne vaut rien, pas même quelques aménagements au coût dérisoire ?

Que dire de ce gouvernement dont les ministres versent aujourd'hui quelques larmes de crocodile mais qui refusent de prendre des mesures contraignantes à l'égard des banquiers et des propriétaires des hyper et supermarchés ?

Que dire, sinon qu'ils sont au moins aussi coupables que les voyous qui assassinent ?

Tous les travailleurs doivent être solidaires de la lutte des convoyeurs de fonds qui réclament des conditions de travail qui leur permettent de vivre sans perdre leur vie.

Et, en dehors des convoyeurs de fonds, ils sont nombreux les travailleurs qui meurent d'accidents du travail. Et ils sont plus nombreux encore ceux qui sont tués à petits feux du fait de conditions de travail infectes ou qui sont usés par les cadences. Ils sont nombreux ceux qui meurent prématurément, simplement pour que les entreprises réalisent toujours plus de profits et pour que les actionnaires, les propriétaires empochent toujours plus de revenus.

Alors oui, qu'ils le fassent avec brutalité ou avec des manières, tous les patrons profitent d'un rapport de forces qu'ils croient favorables pour traiter les travailleurs, leur santé, leurs conditions d'existence, leur vie même, avec le mépris des riches bourgeois pour qui leurs ouvriers ou leurs employés ne sont que des esclaves salariés qui n'ont d'autre raison d'exister que de leur permettre, à eux les riches, de s'enrichir toujours davantage. Et il n'y aucune raison de les laisser faire.

Et puis, même pour ces 450.000 travailleurs qui, d'après les statistiques gouvernementales, ont retrouvé du travail au cours des douze derniers mois, il faut un sacré cynisme pour prétendre que leur situation s'est vraiment améliorée.

Ils ont retrouvé du travail peut-être, mais quel travail ! La plupart d'entre eux n'ont retrouvé qu'un travail précaire, en intérim, à temps partiel non choisi, en CDD, avec un salaire à peine plus élevé que l'allocation chômage ou le RMI, qu'ils touchaient lorsqu'ils étaient au chômage.

Le nombre de ceux qu'on a rayés des statistiques du chômage mais qui continuent à alterner des périodes d'emplois précaires avec des périodes de chômage a doublé en quelques années. Si l'on ajoute ceux qui n'ont que des emplois à temps partiel, on arrive aux faits suivants : un salarié sur six, près de trois millions de personnes, gagne aujourd'hui moins de 4.900 F net et un salarié sur dix gagne même moins de 3.600 F. Ce qu'on appelle pompeusement la diminution du chômage est, en fait, la diminution du salaire de ceux qui retrouvent un emploi !

Le gouvernement ne ment cependant pas tout à fait lorsqu'il parle de l'amélioration de la situation économique. La situation s'est amélioré, oui. Tout d'abord pour les patrons, les propriétaires et les actionnaires des grandes entreprises parce que ce sont eux qui sont les premiers bénéficiaires de l'envolée des profits des entreprises depuis des années.

La situation économique s'est amélioré aussi, bien plus largement, pour toute la piétaille de la bourgeoisie, pour ces bourgeois moyens et petits qui constituent la clientèle des restaurants et des boutiques de luxe, qui ont une vie aisée, des voitures haut de gamme, des propriétés un peu partout. Quand la presse parle de l'accroissement de la consommation des Français, elle parle de ceux-là, de ces centaines de milliers, voire des millions de privilégiés, petits ou grands, de ces gens qui, au-delà de leur diversité, ont en général une chose en commun : ils tirent leurs revenus, directement ou indirectement, de l'exploitation des travailleurs.

Alors, en se réjouissant de l'amélioration de la situation économique de tous ces gens-là et en identifiant la satisfaction de ces gens à celle de l'ensemble du pays, le gouvernement montre seulement qu'il est leur gouvernement, le gouvernement des bourgeois, le gouvernement des riches.

Mais ce sont précisément les raisons qui réjouissent la bourgeoisie qui font le malheur des travailleurs. Car l'accroissement de la richesse des premiers vient de la surexploitation et de l'appauvrissement des seconds.

La bourgeoisie, comme tous les parasites, vit au détriment de ceux sur le dos desquels elle s'engraisse. Au détriment de ceux qui sont encore au travail, mais aussi au détriment des retraités.

Le patronat vient de se livrer à une véritable provocation contre les retraités en suspendant ses cotisations au système de retraites complémentaires et en proclamant qu'il ne reviendra en arrière que si les syndicats acceptent le principe d'un allongement du temps de cotisation. Balladur, lorsqu'il était Premier ministre, avait déjà porté la durée de cotisation des travailleurs du privé à 160 trimestres, c'est-à-dire à 40 ans. Ses successeurs, Juppé et Jospin, ont repris à leur compte la décision. Mais le baron Seillière et ses semblables veulent plus : ils veulent que la durée de cotisation soit portée à 180 trimestres, c'est-à-dire 45 ans. Ce qui signifie que, pour avoir une retraite complète, il faudra travailler jusqu'à 65 ans. Et même au-delà pour ceux qui n'ont trouvé un emploi qu'à 25 ou 30 ans, ou qui ont connu de longues périodes de chômage sans allocation !

Proposer ainsi qu'on retarde l'heure du départ à la retraite, à un moment où il y a encore officiellement plus de deux millions de chômeurs, parmi lesquels justement de nombreux travailleurs déjà âgés, qui de ce fait ne retrouveront jamais un emploi, peut paraître parfaitement stupide. Mais les patrons ne sont pas fous. Ils savent tout cela. Ils préfèrent d'ailleurs, en particulier dans l'industrie, à la production, une main d'oeuvre jeune à des travailleurs déjà usés par des années d'exploitation. Mais pour augmenter encore leurs profits, ils veulent diminuer les retraites déjà insuffisantes.

Le patronat ne veut laisser aux travailleurs d'autre choix qu'entre crever au travail ou crever de misère avec une retraite incomplète. Et, encore, même ce choix n'est pas entre les mains des travailleurs. Ce sont les patrons qui décident qui ils considèrent trop usés, de qui ils veulent se débarrasser.

Aujourd'hui déjà, près de 800.000 vieux travailleurs en sont réduits aux 3.654 F du minimum vieillesse. C'est une ignominie ! Des retraites correctes pour tous les anciens travailleurs, c'est-à-dire une retraite équivalente au salaire, cela devrait faire partie des objectifs des luttes à venir, et cela en fera partie !

Et prétendre, comme le font les patrons, que c'est impossible car, avec le temps, il y a de plus en plus de retraités, c'est une mauvaise plaisanterie. Les progrès de la productivité permettraient de payer des salaires corrects et des retraites correctes, à la seule condition que les fruits de la productivité ne soient pas empochés par le seul patronat !

Même si les confédérations syndicales ont choisi les manifestations régionales au lieu d'une manifestation centrale avec appel à la grève, cela donne tout de même aux travailleurs l'occasion de montrer ce qu'ils pensent de la provocation du Medef.

Alors oui, il faut que les manifestations du 25 janvier contre le projet patronal soient des succès. La question des retraites concerne au plus haut point tous les travailleurs. Mais, bien au-delà de ces manifestations, les organisations qui se revendiquent de la classe ouvrière, aussi bien sur le plan politique que sur le plan syndical, devraient préparer une contre-offensive générale de tous les travailleurs. Parce que c'est ensemble, travailleurs chômeurs et retraités, que nous sommes en mesure de changer le rapport des forces et de faire revenir en arrière le patronat sur tous les mauvais coups qu'il nous a déjà donnés ou qu'il nous prépare pour l'avenir !

Les gouvernements de droite que nous avons connus dans le passé ne se donnaient même pas la peine de cacher leur haine et leur mépris des travailleurs. C'était dans l'ordre des choses. C'est du côté des bourgeois et des patrons, petits et grands, que les partis de droite glanent leurs voix. C'est à eux qu'ils cherchent à plaire.

Mais le gouvernement de la "gauche plurielle" ne mène pas une politique différente quant au fond. Il le fait seulement plus hypocritement, en essayant de présenter chacun de ses mauvais coups comme un geste "social", parce que la seule différence qui sépare les partis de la gauche gouvernementale de la droite, c'est que leur électorat est en grande partie du côté des travailleurs.

Car une fois au gouvernement, la gauche et la droite sont aussi dévouées, l'une que l'autre, aux intérêts du grand patronat.

Regardons le bilan du gouvernement Jospin. Il continue, comme ses prédécesseurs, à combler le patronat de subventions, d'aides de toute sorte, quitte à économiser sur le reste, sur les services publics indispensables. Il continue à accorder des dégrèvements sur la part patronale des cotisations sociales, quitte à invoquer ensuite les difficultés financières de la Sécurité sociale pour limiter les dépenses de santé des classes populaires. Il continue à faire des cadeaux fiscaux aux plus riches, comme vient de le faire Fabius en réduisant la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu, quitte à maintenir à un niveau élevé les impôts indirects, la TVA et les taxes pétrolières, qui frappent avant tout, là encore, les classes populaires. C'est pour donner toujours plus au grand patronat qu'on freine les dépenses pour l'éducation, pour la santé, qu'on limite l'embauche d'enseignants, d'animateurs, d'infirmières, de personnel médical et qu'on ferme des hôpitaux.

Et, même derrière les mesures que le gouvernement présente comme favorables aux travailleurs, il y a toujours une atteinte à leurs intérêts et un cadeau pour les patrons.

Les 35 heures coûteront dans les années à venir des centaines de milliards au budget de l'Etat, des milliards qui iront aux patrons pour les dédommager d'une loi des 35 heures qui, pourtant, non seulement ne leur fait aucun mal, mais comble leurs voeux en leur permettant d'imposer l'annualisation du temps de travail et la flexibilité des horaires. La meilleure preuve que cela se fait contre les travailleurs, c'est que la plupart des grèves qui se déroulent depuis plusieurs mois sont des grèves contre les modalités d'application des 35 heures dans leurs entreprises.

Et lorsque le patronat a voulu imposer le PARE, cette modification des conditions d'attribution de l'allocation chômage, qui vise à faire accepter aux chômeurs n'importe quel travail à n'importe quelles conditions, le gouvernement n'a fait mine de résister quelques semaines que pour la forme. Mais il a fini par cautionner le projet patronal.

La Couverture Maladie Universelle permet, certes, à un plus grand nombre de chômeurs ou de bas salaires de bénéficier d'un minimum de soins médicaux. Mais, en fixant le plafond pour bénéficier de cette couverture à 3.600 F, le gouvernement s'est débrouillé pour en écarter, à quelques dizaines de francs près, ceux qui perçoivent le minimum vieillesse ou l'allocation adulte handicapé ! Alors qu'il s'agit précisément de catégories qui ont le plus besoin de soins médicaux !

Mais, bien au-delà de cette mesquinerie, qu'est-ce que cette société où six millions de personnes ont besoin de cette Couverture Maladie Universelle pour pouvoir aller chez le médecin dans un pays qui est pourtant considéré comme un des plus riches du monde ?

Quant aux travailleurs immigrés, transformés en sans-papiers par les lois Pasqua-Debré, on sait ce qu'il est advenu de la régularisation promise par le Parti socialiste. Si certains d'entre eux ont été régularisés, il en reste 60.000 dont la situation s'est aggravée. Ayant donné leur adresse, ils paient aujourd'hui d'avoir cru aux promesses d'un Parti socialiste qui s'est renié, sur cette question comme sur bien d'autres. Aussi, je tiens à manifester ma solidarité avec leurs luttes pour obtenir enfin des conditions d'existence convenables.

Toute aussi significative de la politique de ce gouvernement est la polémique qui a agité les milieux politiques plusieurs semaines, concernant la suppression de la CSG sur les salaires inférieurs ou égaux à 1,4 fois le SMIC.

Cette mesure, était dans le budget présenté par Fabius cet automne, un petit geste démagogique pour contrebalancer l'important cadeau fiscal qui a été fait aux riches par l'abaissement de la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu et la baisse de l'impôt sur les sociétés. Elle a été annulée par le Conseil constitutionnel (un Conseil qui soit dit en passant n'est élu par personne) sous prétexte que cela irait à l'encontre du principe de l'égalité devant l'impôt. Ce Conseil constitutionnel, qui n'a rien eu à redire sur l'énorme cadeau fait aux seuls riches, a trouvé attentatoire à l'égalité la miette jetée aux travailleurs les plus mal payés.

Pour compenser le petit avantage qu'aurait représenté la suppression de la CSG pour les bas salaires, Jospin n'a même pas eu le courage d'augmenter le SMIC. Pourtant, ceux de son parti qui préconisaient l'augmentation du SMIC étaient tout aussi dévoués aux patrons que lui-même et voulaient que les patrons soient dédommagés pour les dérisoires 180 F par mois qu'ils auraient eu à verser ! Mais augmenter le salaire minimum, sous quelque forme que ce soit, parait bien trop dangereux à ces gens-là, parce que cela pourrait donner des idées aux salariés. Alors, Jospin a choisi la solution du crédit d'impôt, baptisé en la circonstance "prime à l'emploi", histoire de bien montrer aux possédants et à l'électorat de droite que ce n'est pas pour permettre aux petits salaires de vivre mieux, mais pour inciter les chômeurs à accepter des salaires dérisoires, qu'il a pris cette mesure.

Conséquence pour les patrons : c'est l'Etat qui paye, eux n'ont rien à débourser !

Conséquence pour les bas salaires : au lieu de toucher même cette somme dérisoire de 180 F mensuels dès maintenant, il leur faudra attendre septembre pour toucher ce qui leur sera dû !

Et autre mesquinerie du gouvernement : les chômeurs et les retraités ne bénéficieront pas du tout de cette prime.

Ces gens-là se fichent de nous car les seuls intérêts qu'ils défendent sont ceux de la bourgeoisie.

Mais ce n'est pas nouveau ! Depuis que le capitalisme existe, les travailleurs n'ont rien obtenu autrement que par leurs propres luttes. "Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes" disait déjà l'Internationale, il y a plus de 130 ans. Entre ceux qui vivent de leur propre travail et ceux qui vivent, et bien mieux, du travail des autres, seul compte le rapport des forces.

Et, même si, depuis les années de crise et de chômage, le patronat tient le bon bout avec la complicité du gouvernement, le rapport des forces, cela se change. Et cela se change par la lutte sociale, par la lutte collective des travailleurs, des chômeurs, des retraités, de toutes les victimes du capital !

Depuis la naissance du mouvement ouvrier, bien des choses ont changé. Les sciences, les techniques ont accompli des pas de géant. La productivité du travail aussi. La société est assez riche aujourd'hui pour assurer à chacun de ses membres une vie digne du XXIe siècle qui commence. Et, pourtant, la vie des ouvriers en comparaison de la vie des classes riches a peu changé depuis cette époque.

Car, s'il y a du progrès dans bien des domaines, il n'y en a pas eu dans le domaine, essentiel, de l'organisation de l'économie et de la société. Nous vivons aujourd'hui comme il y a plus d'un siècle, dans le capitalisme, cette organisation injuste et absurde de la société où ce sont précisément ceux qui travaillent, qui font vivre la société, qui sont réduits à la pauvreté tandis que s'engraissent les parasites des classes possédantes.

Oui, il y a plus d'un siècle déjà, nombre de travailleurs de l'époque étaient conscients qu'on ne pourrait améliorer vraiment la situation de la classe ouvrière qu'en changeant l'organisation sociale.

Le combat pour une société plus juste, une société égalitaire, aura été plus long qu'ils ne l'avaient espéré. Mais il n'en est que plus légitime et plus nécessaire aujourd'hui.

D'autant plus que le maintien d'une société basée sur l'exploitation où seul compte l'argent, et pas les hommes, pourrit toute la société, à commencer par la tête.

Il n'y a pas de mois sans qu'éclate une nouvelle "affaire" mêlant milieu d'affaires, milieu politique et milieu tout court. Il y a eu l'affaire des marchés publics de la région parisienne, qui a révélé comment le RPR, l'UDF et le Parti socialiste assuraient les travaux d'entretien et de rénovation des lycées de la région aux grandes entreprises du bâtiment et des travaux publics qui leur versaient des dessous-de-table et comment, tout clivage politique oublié, ils s'entendaient pour répartir l'argent de la corruption. Puis, voilà l'affaire du trafic d'armes en direction de l'Angola dont Jean-Christophe Mitterrand, fils de l'ancien président de la République, tient la vedette. Il a été pendant des années, sous la présidence de son père, chargé à l'Elysée des affaires africaines. Il a empoché, grâce aux relations qu'il s'y est fait 13 millions, c'est-à-dire plus que le salaire annuel de 160 smicards français, pour avoir servi d'intermédiaire dans ce trafic d'armes. Et pour que Pierre Falcone, le trafiquant d'armes, paie à Jean-Christophe Mitterrand 13 millions de francs de commission, on imagine les bénéfices qu'il a pu lui-même retirer de cette affaire.

Ce qui est le plus révoltant dans cette affaire de trafic d'armes vers l'Angola, c'est, plus encore que les sommes prélevées, le fait que, pour pouvoir les extorquer, on maintient les habitants d'un des pays les plus pauvres de la planète dans la misère, dans la guerre. Pour assurer le luxe à quelques-uns, on détruit la vie de millions de personnes !

Et quand on entend Jean-Christophe Mitterrand s'apitoyer sur ses petits malheurs, sur ses quinze jours d'incarcération dans le quartier VIP de la Santé, lui qui fait de l'argent sur la misère profonde de millions d'hommes, de femmes et d'enfants, on ne peut être qu'écoeuré par ces gens-là. Car combien d'hommes pourrait-on sauver de la famine ou de la mort par des maladies considérées ici comme bénignes, rien qu'avec la commission récupérée par le fils Mitterrand ?

Mais cette affaire lève aussi un tout petit coin du voile sur les relations entre l'impérialisme français et les pays pauvres de sa zone d'influence africaine. Derrière les mots anodins de "coopération française africaine", de "francophonie" ou encore "d'aide aux anciennes colonies de la France", se cachent une multitude de réseaux d'intérêts qui permettent à la bourgeoisie française, qui exploite les travailleurs de France, de continuer aussi à piller les pays pauvres d'Afrique.

Voilà ce que protège l'armée française déployée dans plusieurs pays d'Afrique. Et voilà aussi pourquoi, travailleurs français, travailleurs africains, ceux qui vivent et travaillent ici, en France, comme ceux qui tentent de survivre en Afrique, nos intérêts sont irrémédiablement liés.

Mais de nouvelles révélations ont été faites, la semaine dernière, par le PDG d'une société à participation d'Etat, la Sofremi, théoriquement sous le contrôle du ministère de l'intérieur, et dont la raison sociale est de pratiquer très officiellement le trafic d'armes, de vendre du matériel de répression et des équipements à des forces de police d'autres pays.

C'est que l'Etat français lui-même est un des trafiquants d'armes les plus importants de la planète. La fabrication d'armes est une des industries les plus florissantes dans ce pays et qui permet à Dassault, Lagardère et à bien d'autres de compter parmi les hommes les plus riches de ce pays. Grâce au soutien de l'Etat ils peuvent vendre leur production un peu partout dans le monde, y compris et surtout dans ces pays sous-développés dont la population crève de misère mais dont les dictateurs ont besoin d'armes pour se défendre contre leurs propres peuples.

Voilà leur monde, voilà comment cela fonctionne, à l'abri du secret d'Etat, du secret-défense, et plus généralement du secret des affaires, du secret industriel et bancaire. A l'abri de tous ces secrets inventés par la bourgeoisie pour cacher aux classes populaires ses petites et grosses vilenies qui coûtent des millions à la collectivité et pour cacher le coût autrement plus effarant du gaspillage que cette économie basée sur la recherche du profit impose à la société.

C'est la raison pour laquelle un autre objectif fondamental qu'il sera indispensable de mettre en avant lors des futures luttes de la classe ouvrière sera la levée du secret des affaires pour l'ensemble des entreprises, qu'elles soient privées ou qu'elles soient d'Etat.


(Source http://www.lutteouvrière.org, le 22 janvier 2001)
Si l'on veut empêcher les groupes financiers et industriels d'utiliser les profits gigantesques qu'ils réalisent sur le dos des classes laborieuses, à influencer la vie politique plus que les élections ne l'influencent, en corrompant et en achetant les hommes au pouvoir, imposer le contrôle des travailleurs, le contrôle des usagers, le contrôle des consommateurs, sur les comptabilités des entreprises est une mesure indispensable.

Cette société est pourrie au dernier degré. Il est indispensable, pour l'avenir de l'humanité, de la changer de fond en comble par l'expropriation de la classe bourgeoise, par la suppression de la propriété privée des moyens de production, par la réorganisation de l'économie pour qu'elle ne fonctionne pas pour le profit de quelques-uns, mais pour satisfaire les besoins de la collectivité.

Nous, Lutte ouvrière, nous nous revendiquons de la tradition du courant qui a toujours été présent dans le mouvement ouvrier, par moment sous forme de petits groupes, par moment comme la force dominante du mouvement ouvrier, et qui se donne comme but de transformer radicalement la société actuelle, nous nous revendiquons du courant communiste.

Ces idées, l'idée de l'émancipation des travailleurs par la révolution sociale, ont toute une histoire, jalonnée par la révolte ouvrière de juin 1848, la Commune de Paris, et toutes les luttes des travailleurs, petites et grandes, grâce auxquelles les choses ont un peu progressé pour les travailleurs et certains droits ont été conquis.

Au lendemain d'une Première Guerre mondiale aussi sanglante qu'absurde, de larges masses laborieuses se sont même emparées de ces idées, au point de disputer le pouvoir à la bourgeoisie régnante. Elles sont alors devenues une force qui a menacé le vieux monde capitaliste. Et, dans un pays au moins, la Russie, les ouvriers sont même parvenus à conquérir le pouvoir au nom de ces idées...

L'évolution ultérieure des choses n'a pas été favorable aux travailleurs. La révolution ouvrière a été défaite dans la plupart des pays où elle s'est produite car les partis dits socialistes en qui un grand nombre de travailleurs avaient placé leur confiance mirent toutes leurs forces au service de l'ordre capitaliste. Puis, c'est la Russie communiste elle-même, laissée isolée par la défaite de la révolution ailleurs, qui a subi une dégénérescence bureaucratique. Mais malgré tous ces reculs, le mouvement communiste, par le dévouement de ses militants, comme par les trahisons de ses dirigeants, a été un acteur marquant de tout le XXe siècle.

Malheureusement, le grand parti qui, dans ce pays, porte encore le nom de communiste s'est bien éloigné du communisme, et depuis très longtemps. Aujourd'hui, c'est un parti gouvernemental. Sa politique au gouvernement se confond avec celle du Parti socialiste qui, chaque fois qu'il est "aux affaires" comme l'on dit - et c'est manifestement vrai à tous les sens du terme - sert obséquieusement les intérêts de la bourgeoisie.

Mais, si les chefs du Parti communiste sont rigoureusement identiques à tous les hommes politiques de la bourgeoisie, la différence, c'est que, même aujourd'hui et malgré des dizaines d'années de trahison des idées communistes de la part de leurs dirigeants, il y a encore des milliers, de femmes et d'hommes qui sont dans ce parti parce ce qu'ils aspirent à combattre la bourgeoisie et les riches, et pas à les servir comme le font leurs dirigeants.

Ces femmes et ces hommes, ces militants, nous les considérons comme nos frères de combat. Et c'est justement pour cela que nous critiquons leurs dirigeants qui mènent une politique nuisible aux travailleurs et à leurs intérêts. Cette politique d'alignement derrière le Parti socialiste et, au-delà, derrière les intérêts de la bourgeoisie ne date pas de Robert Hue, ni même de Georges Marchais, mais bien du temps de Thorez, du "produire d'abord, revendiquer ensuite" qui permit à la bourgeoisie française d'imposer de lourds sacrifices aux travailleurs au lendemain de la guerre.

La direction du Parti communiste invoque le réalisme et prétend oeuvrer, même au sein du gouvernement, pour améliorer le sort des ouvriers. Mais les ministres communistes ne servent qu'à cautionner le gouvernement Jospin.

On ne peut pas tout à la fois servir la bourgeoisie au gouvernement et défendre les intérêts des travailleurs. Et, à pratiquer ce grand écart, le parti finit par écoeurer les travailleurs, à commencer par ses propres militants ouvriers. Or ces militants, malgré la politique de leur parti, continuaient à défendre des valeurs du mouvement ouvrier. Et ils sont malheureusement de moins en moins nombreux pour accomplir cette tâche.

Pourtant, la classe ouvrière a besoin de militants, a besoin d'organisations qui continuent à perpétuer le mouvement ouvrier organisé, dans les entreprises comme dans les quartiers populaires.

C'est ce que Lutte ouvrière essaie de faire, même avec bien moins de moyens que le Parti communiste.

C'est dans cette optique que Lutte ouvrière sera présente, partout où cela sera possible, aux prochaines élections municipales. Ici, à Nancy, c'est notre camarade Christiane NIMSGERN, qui travaille au C.H.U., qui conduira notre liste.

Nous ne nous présentons pas parce que nous aurions trouvé un moyen miraculeux pour mettre fin à la pauvreté et à l'exploitation dans le cadre d'une municipalité. Ce moyen n'existe pas. Les principaux problèmes des travailleurs, ici comme ailleurs, viennent du chômage, des bas salaires, de la morgue patronale. Et même pour ce qui est des problèmes qui sont du ressort de la municipalité, les possibilités du conseil municipal sont réduites. Je suis conseillère municipale aux Lilas, dans la banlieue parisienne. J'ai eu l'occasion de vérifier que les institutions municipales sont faites comme toutes les institutions de cette société bourgeoise : le contrôle en réalité est exercé de haut en bas, et non pas de bas en haut. Le maire a un pouvoir quasi absolu par rapport aux conseillers municipaux, tout en étant pratiquement sans pouvoir face au préfet.

Au lendemain des élections, les commentateurs compareront les résultats respectifs des grands partis, c'est-à-dire de ceux qui sont au gouvernement aujourd'hui et ceux qui sont susceptibles d'y être demain. C'est pourquoi il est important que le courant révolutionnaire soit présent pour démontrer la permanence, et nous l'espérons la progression, de son audience.

Nous nous présentons, nous, pour dénoncer la situation qui est faite aux travailleurs et pour dénoncer les responsables de cette situation.

Nous nous présentons pour faire entendre les exigences du monde du travail, fermement, sans que cela puisse être récupéré ni par la droite, ni par la gauche gouvernementale, ni au premier, ni au deuxième tour.

Nous nous présentons pour que les électeurs aient un autre choix qu'entre la droite et une gauche plurielle qui sont toutes deux au service de la bourgeoisie.

Non seulement, nous ne participerons au premier tour à aucune coalition électorale mais, si nous sommes présents au deuxième tour, nous ne ferons alliance avec aucune des formations qui ont une responsabilité quelconque dans les gouvernements d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

Les travailleurs n'ont peut-être pas, aujourd'hui, la force et la possibilité de mettre fin à leur esclavage mais ils peuvent refuser de baiser la main de ceux qui tiennent le fouet.

Alors, ce que nous vous demandons, c'est avant tout de faire un geste politique, en votant pour la liste conduite par Christiane NIMSGERN. Ce geste politique pourrait avoir une grande importance pour l'avenir et pour les combats à venir du monde du travail.

La loi électorale étant ce qu'elle est, même si une fraction importante de l'électorat se prononce pour la liste Lutte ouvrière, il n'est pas dit que nous aurons une représentation conséquente au conseil municipal, et encore moins que cette fraction puisse postuler à la mairie. Or, une opposition municipale a bien peu de pouvoirs face au maire, et le maire lui-même a bien peu de pouvoirs face à l'Etat.

Voilà pourquoi nous ne vous promettons pas une autre gestion municipale car ce serait des mots creux. Mais si les travailleurs élisent quelques candidats de la liste Lutte ouvrière, ils enverront au conseil municipal des représentants dont ils pourront être sûr qu'ils défendront les intérêts des travailleurs. Car ceux qui sont sur nos listes ne poursuivent pas une carrière, ils ne sont liés à aucun grand parti gouvernemental, ils n'ont aucun fil à la patte, aucun allié à ménager et ils sont libres de dénoncer tout ce que leur municipalité fait de mal par rapport aux intérêts des travailleurs.

Mais, évidemment, ce ne sont pas ces élections qui changeront grand-chose à la situation générale. Le véritable combat devra se dérouler ailleurs, avec les méthodes propres au mouvement ouvrier, les grèves, les manifestations. Pas seulement ici, bien sûr, mais à l'échelle de l'ensemble du pays. Cela arrivera, j'en suis sûre car c'est, peut-être, précisément le décalage, la contradiction flagrante entre les discours gouvernementaux et l'aggravation du sort des ouvriers qui poussera les exploités à la révolte.

Mais les élections elles-mêmes constituent ou peuvent constituer un petit pas dans le sens de l'émergence dans ce pays d'un parti représentant les intérêts politiques des travailleurs. C'est indispensable pour l'avenir.

Car, même les mouvements de révolte les plus décidés, même les vagues de grèves les plus amples, peuvent être dévoyés sur des voies de garage. Pour que ce ne soit pas le cas, il faut une organisation, un parti qui unifie les luttes des travailleurs des différentes entreprises, des différentes régions du pays, autour d'une même politique, autour d'une politique qui vise à améliorer la position des travailleurs, et pas à assurer une carrière à quelques-uns.

Alors, je vous demande d'aider Lutte ouvrière à défendre la politique au nom de laquelle elle se présente auprès de tous les travailleurs de cette ville, auprès de toute la population.

Et je vous demande, bien au-delà de ces élections municipales, de nous aider pour que se renforce un courant dont l'unique objectif est de défendre les intérêts politiques des travailleurs et des classes pauvres.


(source http://www.lutte-ouvriere.org, le 22 janvier 2001)

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