Conférence de presse de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur le bilan et les mesures en faveur de la politique de la recherche, Paris le 27 mars 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur le bilan et les mesures en faveur de la politique de la recherche, Paris le 27 mars 2001.

Personnalité, fonction : SCHWARTZENBERG Roger-gerard.

FRANCE. Ministre de la recherche

Circonstances : Bilan et perspectives après un an d'action à la recherche à Paris le 27 mars 2001

ti : Ayant été nommé ministre de la Recherche il y a exactement un an, le 27 mars 2000, je souhaite aujourd'hui dresser le bilan de cette première année et présenter les perspectives pour la nouvelle période qui s'ouvre.

Ces perspectives nouvelles doivent évidemment pouvoir se fonder sur de nouveaux moyens.


I - DE NOUVEAUX MOYENS POUR LA RECHERCHE

Mon action a visé à doter la recherche française des moyens dont elle a besoin pour être à armes égales avec d'autres grandes nations scientifiques et pour connaître un nouvel élan.

Cinq exemples de ces nouveaux moyens : le synchrotron, le budget 2001, les contrats quadriennaux avec les organismes de recherche, les nouvelles ACI et le renouvellement de la direction des organismes.

1. Le synchrotron de Saclay

Dès le 3 avril 2000, une semaine après ma nomination, j'ai exprimé publiquement mon intention de rouvrir le dossier du synchrotron.

J'avais le sentiment que la décision de construire en France un synchrotron de 3ème génération était scientifiquement nécessaire, financièrement possible et susceptible d'être arrêtée dans un délai de quelques mois.

Le 11 septembre 2000, cinq mois après, j'ai pu annoncer, en accord avec le premier ministre, la décision de construire un synchrotron de 3ème génération en France à Saclay.

L'accès au rayonnement synchrotron de 3ème génération est, en effet, indispensable tant pour la recherche fondamentale (biologie, physique, chimie, sciences de la Terre, sciences de l'environnement, etc) que pour la recherche appliquée (industrie pharmaceutique, microélectronique, micromécanique, métallurgie, etc.)

Il est spécialement nécessaire pour les sciences de la vie et la biologie, notamment la cristallographie des protéines en biologie structurale, avec applications à la conception de nouveaux médicaments.

Le projet franco-britannique NSS ne peut, à lui seul, offrir les capacités disponibles suffisantes et permettre de faire face à toutes les demandes d'accès au rayonnement synchrotron de 3ème génération émanant de nombreuses équipes de recherche.

Le projet de synchrotron de Saclay repose sur un double partenariat : partenariat avec les collectivités territoriales (Ile-de-France et Essonne, Région Centre, Lorraine) et partenariat avec des pays étrangers : l'Espagne (j'ai signé le 5 février 2001 à Madrid avec Mme Birules, ministre espagnole de la Recherche, une déclaration commune sur la coopération franco-espagnole pour les TGE : l'Espagne s'y engage à participer au synchrotron de Saclay), la Suisse, la République tchèque, la Hongrie et probablement le Portugal, à terme, et le Royaume-Uni.

La France projette de maintenir sa participation au projet NSS de Didcot (avec une participation financière moins importante) et le Royaume-Uni envisage de participer au projet SOLEIL.

SOLEIL aura une réelle dimension de coopération européenne. Je souhaite en effet que se développent de grandes infrastructures de recherche européennes. D'où le colloque de Strasbourg du 20 septembre 2000, organisé sous présidence française. Il faut dépasser l'approche purement nationale, en particulier pour les TGE, pour éviter les duplications d'investissements et, surtout, pour construire des lieux de convivialité scientifique, où les chercheurs de différents pays prennent l'habitude de vivre ensemble et souvent de travailler ensemble sur un même équipement.

J'ai proposé que l'UE participe au financement de la construction et au fonctionnement de ces grandes infrastructures. Celle-ci accepte désormais de financer une large partie des études et de la conception initiale des projets. C'est un premier pas, même s'il est encore insuffisant.


2. Le budget 2001

Cette même volonté de doter la recherche des moyens nécessaires inspire le budget 2001.

Le BCRD 2001 s'élève à 55,8 milliards de F en dépenses ordinaires et crédits de paiement, soit une progression de 2,2 %, alors que le BCRD 2000 avait progressé de 1,3 % par rapport à 1999.

Par ailleurs, le BCRD 2001 progresse de 6,4 % en autorisations de programme, alors que la progression moyenne des AP avait été seulement de 1,5 % par an depuis 1997 : 1,9 % en 1998, 2,5 % en 1999 et 0,1 % en 2000.

Cela permettra de donner un nouvel essor à la recherche publique.

305 emplois sont créés. Le soutien de base, les moyens de fonctionnement et d'investissement des laboratoires sont renforcés de manière très significative : ainsi, les AP des EPST et ceux de la recherche universitaire progressent de 10 %.


3. Les contrats quadriennaux

Par ailleurs, pour assurer aux organismes de recherche les moyens humains et financiers dont ils ont besoin sur la durée, j'ai conclu sept contrats quadriennaux avec ceux-ci :

- contrat Etat-INRIA, signé le 18 Juillet 2000 : d'ici à 2003, les effectifs de l'INRIA seront portés de 755 à 1180 personnes et l'Institut bénéficiera aussi d'une hausse importante de ses crédits.
- contrat Etat-CEMAGREF, signé le 7 novembre 2000.
- contrat Etat-INRETS, signé le 7 décembre 2000.
- contrat Etat-LCPC (Laboratoire central des Ponts et Chaussées), signé le même jour.
- contrat Etat-ANVAR, signé le 18 décembre 2000.
- contrat Etat-CEA, signé le 25 janvier 2001.
- contrat Etat-BRGM signé le 12 mars 2001.

Cette démarche de contractualisation avec les organismes de recherche se poursuivra durant cette année 2001, avec la signature du contrat de l'IRD, dès le 17 avril, de l'INRA en septembre, de l'INSERM, du CNES et du CNRS avant la fin de l'année 2001.

L'originalité de ces contrats quadriennaux par rapport aux traditionnels contrats d'objectifs est triple :

- fixer aux établissements des objectifs scientifiques précis en termes de nouvelles thématiques, de redéploiements disciplinaires, de développement de partenariats, afin de mettre en ¿uvre la politique scientifique du ministère ;

- donner aux établissements les moyens de remplir ces objectifs en leur donnant une véritable visibilité pluriannuelle en termes de moyens humains et/ou de crédits : les contrats signés avec les établissements contiennent tous des engagements précis de l'Etat ;

- s'assurer de la réalisation de ces objectifs par la définition d'indicateurs de résultats précis et la mise en place d'une évaluation rigoureuse.

Le fondement même de ces contrats pluriannuels est donc de définir les objectifs de l'établissement pour l'ensemble de ses activités et les engagements réciproques des deux parties : Etat et organisme de recherche.

Leur inspiration est claire : préférer le débat au diktat, le contrat à la contrainte.


4. Les nouvelles ACI

Par ailleurs, pour faire émerger les nouvelles thématiques choisies comme prioritaires par le CISRT, après avis du CNS, j'ai renforcé et développé les ACI (Actions Concertées Incitatives).

J'ai crée plusieurs nouvelles ACI, dont :

- ACI Cryptologie
- ACI Cognitique
- ACI Physiochimie de la matière complexe.
- ACI Surfaces, interfaces et conception de nouveaux matériaux.
- ACI Biologie intégrative, lancée en juin 2000, qui comporte 3 volets : Biologie du développement, Physiologie intégrative, Neurosciences intégratives et computationnelles.
- ACI GRID (Globalisation des ressources informatiques et des données), que j'ai installée le 28 février 2001.
- ACI Internationalisation des SHS, lancée en mars 2001.
- ACI Observation de la Terre, que j'installerai officiellement en avril 2001.

Par ailleurs, j'envisage de créer en 2002 cinq nouvelles ACI : " Physique des systèmes biologiques " ; " Structures pour l'intégration optique " (application aux télécommunications et à l'optique de l'information) ; " Chimie analytique " ; " Biologie moléculaire et Ecologie " et " Impact des OGM ".

Enfin, j'envisage de créer des " Observatoires de recherche en environnement " (ORE), au sein d'Instituts associant les universités et les organismes ayant une activité de recherche dans l'environnement.


5 - Le renouvellement de la direction des organismes de recherche

Enfin, pour donner à la recherche une nouvelle impulsion, j'ai renouvelé la direction des principaux organismes de recherche.

Sur ma proposition, la Conseil des ministres a nommé :

- Geneviève Berger directrice générale et Gérard Mégie président du CNRS ;
- Marion Guillou directrice générale de l'INRA ;
- Christian Bréchot directeur général de l'INSERM

Ces nominations, qui seront suivies par d'autres (notamment à la présidence de l'IRD, en avril) reposent sur une double volonté. Rajeunissement : Mmes Berger et Guillou, M. Bréchot sont âgés respectivement de 45, 46 et 48 ans, M. Mégie de 54 ans.

L'objectif : faire qu'une nouvelle génération accède aux responsabilités à la tête des établissements de recherche, pour leur donner un nouvel élan.

Second objectif : féminisation. D'une manière générale, j'ai présenté au colloque " Sciences et technologies : pourquoi les filles ? " , organisé par le Ministère le 26 octobre 2000, puis le 7 mars 2001, à la veille de la Journée internationale de la femme, 5 principales mesures visant à renforcer la représentation féminine dans les études et carrières scientifiques :

- améliorer l'information des filles et leur orientation vers les études supérieures scientifiques :
- lancer une nouvelle opération " 1000 classes, 1000 chercheurs et chercheuses " ;
- attribuer davantage d'allocations de recherche aux jeunes filles :
- assurer un meilleur équilibre des sexes dans les jurys de recrutement et les instances de promotion ;
- créer au ministère une Unité " Femmes, Sciences et Technologies " : cette unité administrative agira comme " cellule de veille et de suivi " et interviendra pour développer les bonnes pratiques.

Il est grand temps d'en finir avec l'hégémonie masculine dans les sciences " dures " et de faire toute leur place aux femmes dans le domaine scientifique.

L'objectif, c'est de passer d'une science masculine à une science mixte.


II. LA MISE EN ¿UVRE DES ORIENTATIONS PRIORITAIRES
(MARS 2000 - MARS 2001)

En prenant mes nouvelles fonctions, j'avais présenté les orientations prioritaires qui devaient guider l'action du ministère.

Je veux donc vous préciser où nous en sommes aujourd'hui dans la mise en ¿uvre de celles-ci, un an après, et ce vers quoi nous irons en 2001-2001.


1 - Rajeunir la recherche

Première priorité que j'avais fixée : "Rajeunir la recherche pour la renouveler, pour lui donner un nouveau dynamisme. Soutenir les jeunes chercheurs et leur donner des perspectives".

Nous avons décidé d'en finir avec le phénomène de " file d'attente ", avec la difficulté des jeunes docteurs à s'insérer rapidement dans notre appareil de recherche.

En finir aussi avec l'exil forcé des cerveaux, qui représente une perte de substance et presque un gâchis de matière grise.

L 'Etat investit des sommes importantes, pour former des docteurs, souvent de grande qualité, dont certains s'expatrient durablement - en particulier aux Etats-Unis -, faute de pouvoir trouver un emploi en France.

La France n'a pas vocation à servir d'institut de formation en faveur d'Etats étrangers, qui, au stade ultime, recueilleraient le bénéfice des efforts de formation qu'elle a consentis.

Pour remédier à cette situation préoccupante, qui est préjudiciable au renouvellement de la recherche, nous avons défini une véritable politique de l'emploi scientifique, dont la première traduction se trouve au budget 2001.

La nouvelle décennie constitue un moment privilégié pour cette opération de jouvence. Il y aura, en effet, des départs massifs à la retraite entre 2002 et 2012 et plus particulièrement autour de 2005-2008.

Nous avons choisi d'anticiper ces départs à la retraite, sans attendre qu'ils se produisent, et de mettre en place une gestion prévisionnelle et pluriannuelle des effectifs.

Dans ce but, le budget 2001 crée 305 emplois dans le secteur de la recherche, dont 265 dans les EPST.

Ces créations d'emplois sont nettement plus importantes qu'en 1999 (150 créations) et en 2000 (18 créations).

Les 265 emplois crées dans les EPST se répartissent ainsi : 130 emplois de chercheurs et 135 emplois d'ITA.

Ces créations d'emplois ont un triple objectif :

- engager une gestion prévisionnelle et pluriannuelle des effectifs ;
- offrir aux jeunes docteurs davantage de possibilités de recrutement et de débouchés dans la recherche publique ;
- renforcer les effectifs dans les disciplines prioritaires (sciences du vivant, STIC).

Je présenterai au Conseil des ministres en mai une communication visant à poursuivre durablement et sur plusieurs années cette politique nouvelle de l'emploi scientifique.

Soutenir les jeunes chercheurs, c'est aussi leur donner davantage d'autonomie scientifique et faciliter leur prise de responsabilité. Pour favoriser là aussi l'émergence des disciplines nouvelles et la recherche dans de nouveaux domaines. Les jeunes chercheurs doivent pouvoir se consacrer à des projets innovants, à des thématiques personnelles, éventuellement distinctes de celles de leur équipe de rattachement.

Pour aider les jeunes équipes qui présentent des projets innovants, qui explorent de nouveaux champs disciplinaires ou de nouvelles directions de recherche, pour favoriser la prise de responsabilité scientifique des jeunes chercheurs, j'ai donc poursuivi l'Action Concertée Incitative Jeunes Chercheurs en 2000 et je l'ai reconduite pour 2001. Là encore, il s'agit de favoriser la souplesse, l'initiative et la créativité.

Le ministère, qui a consacré plus de 130 MF à cette ACI en 1999 et 2000, poursuivra cet effort en 2001.

Cette ACI représente un peu les " Césars de la recherche " pour les jeunes chargés de recherche et maîtres de conférence nommés depuis moins de 3 ans.

La formule " Place aux jeunes " serait peut être excessive. Mais il s'agit en tout cas, de mettre le pied à l'étrier de jeunes chercheurs et de favoriser leur prise de responsabilité et leur autonomie accrue par rapport aux structures habituelles, jugées parfois trop traditionnelles, voire conformistes. Bref, cette ACI se veut une prime à l'initiative scientifique et au non- conformisme.


2 - Rapprocher Recherche et Entreprise : favoriser l'innovation et le transfert de technologie

Autre orientation : continuer de rapprocher la recherche publique et le monde économique, qui, désormais, ne sont plus séparés par un mur de défiance, continuer de rapprocher recherche et entreprise pour favoriser la valorisation de la recherche et le transfert de technologie, pour irriguer l'économie des résultats de la recherche.

Aujourd'hui, dans les pays avancés (Etats-Unis, Japon, Royaume-Uni, mais aussi Suède, Finlande, Suisse), la recherche est devenue le principal moteur de la compétitivité et de la croissance, le premier " booster " de l'économie et de l'emploi.

Cette politique de l'innovation et du transfert de technologie est un facteur essentiel de modernisation, de progrès économique et de création de nouvelles entreprises : les jeunes entreprises technologiques innovantes, les start-up.

La loi sur l'innovation et la recherche

La loi sur l'innovation et la recherche du 12 juillet 1999, votée à l'initiative de mon prédecesseur, constitue une avancée très importante. Ses décrets d'application ont été publiés en totalité à la seule exception du décret sur les SAIC, dont l'élaboration est en train de s'achever.

Les chercheurs doivent pouvoir créer leurs entreprises pour valoriser eux-mêmes les résultats de leurs travaux et doivent pouvoir prendre des participations au capital de sociétés.

Ainsi, 100 entreprises ont été créées par des chercheurs en 2000, contre 20 seulement en moyenne pour les années précédentes.

Les incubateurs

De même, pour accompagner et soutenir les porteurs de projets de création d'entreprises innovantes liées à la recherche publique, j'ai amplifié la politique des incubateurs et des fonds d'amorçage.

Nous avons aujourd'hui 31 incubateurs - soit au moins un par région continentale - pour soutenir la création d'entreprises innovantes.

Un incubateur est un lieu d'accueil et d'accompagnement, créé par des organismes de recherche ou des universités, pour fournir aux porteurs de projets de créations d'entreprises innovantes conseil, financement et hébergement initial. La plupart des incubateurs sont généralistes, mais certains sont spécialisés (biotechnologies, multimédias, etc.)

On peut citer à titre d'exemple :

- l'incubateur Paris-Biotech, incubateur dédié aux biotechnologies, créé par l'Université Paris V, l'INSERM, le CHU de Cochin, l'Ecole Centrale de Paris et l'ESSEC.
- l'incubateur " Multimédia Belle-de-mai ", spécialisé en multimédia éducatif et culturel, porté par les trois universités d'Aix-Marseille et le CRDP (Centre régional de documentation pédagogique).
- l'incubateur Eurasanté, implanté dans le Nord-Pas-de-Calais et consacré aux technologies de la santés.

Ces 31 incubateurs accueilleront d'ici deux ans 300 à 400 projets de création d'entreprises, susceptibles de générer plusieurs milliers d'emplois.

Par ailleurs, j'ai inauguré le 8 décembre 2000 l'Incubateur Pasteur Biotop, bioincubateur créé par l'Institut Pasteur.

Les fonds d'amorçage

De même, nous avons créé des fonds d'amorçage, qui sont spécialisés dans l'apport en capital à des entreprises innovantes. Créer une entreprise nécessite évidemment des capitaux. D'où l'idée de participer au premier tour de table financier, pour mettre le pied à l'étrier à ces jeunes entrepreneurs. Ainsi l'Etat se fait " business angel " pour ces " start up ".


Il existe trois fonds nationaux :

- le Fonds Bio-Am, que j'ai installé le 11 juillet 2000 avec le secrétaire d'Etat à l'Industrie, est spécialisé dans le financement des entreprises en biotechnologies (santé, alimentation, environnement) au premier stade de leur démarrage. Ce fonds d'amorçage, qui associe le CNRS, l'INSERM, l'INRA, la Caisse des Dépôts, Axa et la Caisse d'épargne Rhône-Alpes, a été doté, dès le départ, de 200 MF.

- le Fonds Télécom T-Source, Fonds pour les systèmes et services innovants de communication, porté par le Groupe des Ecoles de Télécommunications (GET),

- le Fonds C-Source pour le multimédia.

Par ailleurs, il existe 5 fonds d'amorçage régionaux : FAM ((Midi-Pyrénées), LANCEUR (Auvergne-Limousin), NORD-AMORÇAGE (Nord -Pas-de-Calais)j, RHÔNE-ALPES-AMORÇAGE (Rhône-Alpes) et Franche-Comté.

Ces fonds nationaux et régionaux devraient lever des capitaux pour un montant de plus de 900 MF.
Le concours national d'aide à la création d'entreprises technologiques innovantes

Dans le même but, a été créé le Concours national d'aide à la création d'entreprises technologiques innovantes. L'objectif est de favoriser la création ou le développement d'entreprises innovantes dans les divers secteurs technologiques.

Le concours 1999 a été doté de 100 MF de prix par le ministère de la Recherche. Le concours 2000 a vu sa dotation globale doublée et portée à 200 MF. Elle est du même montant en 2001.

Pour succéder à Jean-Louis Beffa, président de Saint-Gobain, à la présidence du jury, j'ai nommé Anne Lauvergeon, présidente de la COGEMA.

Les réseaux de recherche et d'innovation technologiques

Enfin, nous avons aujourd'hui 14 réseaux de recherche et d'innovation technologiques pour développer la recherche technologique dans plusieurs secteurs prioritaires, en favorisant le partenariat public-privé, en assurant le couplage recherche-industrie.

Ces réseaux associent en effet, d'une part, les laboratoires des organismes publics et des universités et, d'autre part, les centres de recherche de grandes entreprises et, dans certains cas, de PME-PMI innovantes.

La plupart de ces réseaux ont été créés par le ministère de la Recherche en association avec d'autres ministères : Economie, Finances et Industrie, Equipement, Aménagement du territoire et Environnement, Santé, Agriculture.

Au réseau PREDIT (réseau de recherche sur les transports terrestres) qui était le seul existant il y a quatre ans, se sont ajouté de juin 1997 à mars 2000 :

- deux réseaux consacrés aux sciences du vivant :
le réseau Génoplante (génomique végétale) et le réseau GenHomme (génomique humaine).

- trois réseaux consacrés respectivement aux Matériaux et Procédés, à la Pile à combustible et au Génie civil et urbain.

- enfin, trois réseaux dédiés aux technologies de l'information et de la communication : le Réseau National de Recherche en Télécommunications (RNRT), le Réseau National des Technologies Logicielles (RNTL) et le Réseau des Micro et Nanotechnologies.

Pour ma part, j'ai créé, en liaison avec d'autres ministres, cinq nouveaux réseaux :

- " Technologies pour la santé ", réseau que j'ai crée en avril 2000 ;
- " Eau et Technologies de l'environnement " (septembre 2000) ;
- " Terre et Espace " (observation de la terre et applications des techniques spatiales) (octobre 2000) ;
- " Recherche aéronautique sur le supersonique ", créé le 11 décembre 2000 avec Jean-Claude Gayssot, ministre des Transports. Son but : préparer, sur les cinq ans à venir, l'éventualité du développement du transport supersonique commercial et d'affaires ;

- " Recherche et innovation en audiovisuel et multimédia " (RIAM), réseau que j'ai installé le 20 février 2001 avec C. Tasca et Ch. Pierret. Ce réseau, présidé par Jean-Charles Hourcade, vice-président de Thomson Multimedia, est doté de 135 MF pour 2001 ; il fédère les recherches menées par les organismes publics et les industries du multimedia.

Les CNRT

Enfin, j'ai installé le 5 juillet 2000 les 12 premiers CNRT : Centres nationaux de recherche technologique.

Ces CNRT associent localement, sur un site bien défini et dans un domaine de compétence clairement ciblé, des laboratoires publics de recherche et des centre privés de recherche dépendant des groupes industriels et, dans certains cas, de PME-PMI.

Chacun de ces CNRT a vocation à devenir un pôle d'excellence de réputation nationale dans le secteur particulier qui est le sien. Les 12 premiers CNRT sont les suivants :

- Belfort-Montbéliard-Nancy : pile à combustible
- Caen : matériaux pour électronique
- Evry : génome
- Grenoble : micro-électronique
- Lyon : biologie moléculaire
- Marcoussis : optoélectronique
- Marseille : énergies
- Metz : métallurgie
- Rennes-Lannion : multimédia
- Rouen : combustion, moteurs propres
- Sophia-Antipolis : technologies de l'information et de la communication
- Tours : microélectronique de puissance

Depuis, j'ai créé 3 autres CNRT

L'Académie des technologies

Par ailleurs, pour marquer l'importance que j'attache à la technologie, j'ai installé le 12 décembre 2000 l'Académie des technologies, créée à partir du CADAS (Conseil pour les applications de l'Académie des sciences).

Cette nouvelle Académie, présidée par M. Castillon, exercera sa mission d'expertise et de prospective au bénéfice du gouvernement, des acteurs sociaux et aussi d'un large public.


3. Développer les sciences du vivant

Passons maintenant aux secteurs disciplinaires qui sont privilégiés par notre politique de recherche.

Les sciences du vivant sont notre première priorité. Pour leur impact économique et surtout pour leur capacité à répondre aux besoins fondamentaux de l'homme : santé, amélioration de la qualité de sa vie, sécurité de ses aliments, etc.

Le budget 2001 s'attache donc à dynamiser les sciences du vivant. Ainsi, j'ai créé 74 emplois à l'INSERM et augmenté son budget de 16 % pour les AP et 13,8 % pour les CP.

Je poursuis l'action engagée pour la génomique en structurant et en renforçant les génopoles, le secteur de la bioinformatique et en développant les deux réseaux de recherche et d'innovation technologiques, GenHomme (génétique humaine) et Génoplante (génomique végétale).

Cependant, d'autres opérations sont nécessaires et complémentaires. Le séquençage du génome humain est maintenant presque totalement achevé. Tout en poursuivant nos recherches sur le séquençage et la connaissance des gènes, il faut donc nous tourner vers les recherches qui définissent la fonction, c'est-à-dire l'utilité d'un gène, et concentrer nos efforts sur le " post-génome " qu'on appelle aussi l'après-séquençage, c'est-à-dire sur l'ensemble des applications susceptibles d'être tirées de ces nouvelles informations, sur la valorisation de ces connaissances, notamment en ouvrant la voie d'une véritable médecine moléculaire.

Le 27 novembre 2000, j'ai inauguré officiellement à Evry le Centre national de génotypage (CNG), dirigé par Mark Lathrop.

Pour faciliter le développement de la génomique, j'envisage de créer deux nouvelles structures.

D'une part, un GIP national de Génomique qui rassemble, avec des départements autonomes, les activités actuelles du Centre national de séquençage (CNS), du CNG et le réseau des Génopoles (Evry, Strasbourg, Montpellier, etc.) .D'autre part un GIP Génopole d'Ile-de-France, GIP régional, qui permettra d'amplifier la dynamique de la génomique en Ile-de-France. Une autre solution, encore plus ambitieuse, serait de créer un Institut de la Génomique.

J'ai aussi développé les technologies appliquées à la santé. J'ai mis en place, le 25 avril 2000, le Réseau national de recherche et d'innovation en Technologies pour la santé (RNTS).

Ce réseau rassemble la communauté des laboratoires publics et industriels et des équipes cliniques impliquées dans les technologies pour la santé. Il soutient les opérations de partenariat public-privé pour l'imagerie médicale, la télémédecine, la chirurgie assistée par ordinateur ou le développement de nouveaux types de prothèses.

Par ailleurs, j'ai créé en juillet 2000, le Fonds national de Bio-Amorçage
(Bio-Am) pour développer les transferts dans les biotechnologies, secteur clé de la compétivité nationale, et pour favoriser, par des supports en capital, la création d'entreprises innovantes et créatrices d'emplois.


4. Réussir la passage à la société de l'information : développer les sciences et technologies de l'information et de la communication

Les sciences et technologies de l'information et de la communication constituent une deuxième priorité. Beaucoup reste encore à faire pour que notre pays entre pleinement dans la société de l'information.

Mon décret de compétence me charge d'assurer " la promotion et la diffusion des nouvelles technologies ". Pour relever le défi de la société de l'information, il faut s'en donner les moyens.

* D'une part, j'ai signé en juillet 2000, en liaison avec le Secrétariat d'Etat à l'Industrie, un contrat quadriennal avec l'INRIA ( Institut national de recherche en informatique et automatique), qui portera d'ici à 2003 ses effectifs de 755 à 1180 personnes et augmentera fortement ses crédits.

* D'autre part, à ma demande, le CNRS a créé un Département des Sciences et de l'information et de la communication, regroupant les diverses sections concernées par la société de l'information. Ce département, dirigé par Francis Jutand, a été créé en octobre 2000.

Pour dynamiser les STIC, le budget 2001 crée 116 emplois à l'INRIA et le Département STIC du CNRS est doté de plusieurs emplois.

Le développement de la société de l'information est, bien sûr, un enjeu économique : rattraper les Etats-Unis, renforcer notre compétitivité, contribuer à la croissance et à l'emploi. Mais c'est aussi un enjeu social.

L'objectif, c'est une société de l'information pour tous, accessible à tous, qui mette ses atouts à la disposition de tous et pas seulement de quelques-uns. Il faut éviter la "fracture numérique", l'exclusion numérique, qui serait une nouvelle forme de l'exclusion sociale.

L'essor de la société de l'information ne doit pas s'accompagner de fractures sociales. Coupure entre les générations (entre les jeunes et les moins jeunes, et notamment les personnes âgées). Coupure entre les régions (entre les régions économiquement avancées et les régions périphériques ou rurales). Coupure entre le Nord et le Sud, les PVD ne devant pas être laissés au bord de l'autoroute de l'information.

Par ailleurs, j'ai renforcé les infrastructures STIC :

- Les capacités du réseau RENATER ont été multipliées par 16 en 2000 avec la mise en place de la deuxième génération de RENATER : RENATER 2.
- J'ai lancé le 6 novembre 2000, avec le commissaire européen Liikanen, le projet GEANT (Gigabite European Academic Network).

L'Europe disposera ainsi d'un réseau performant, avec dès 2001, une capacité de 2,5 Gigabits par seconde, reliant ses centres de recherche et d'enseignement supérieur, quel que soit leur domaine d'activité scientifique, et favorisant les échanges entre les différentes disciplines.
Ce réseau sera sans équivalent au plan mondial. Il couvrira, avec les réseaux nationaux, l'ensemble du territoire de l'Union Européenne. Il permettra de relier à grande vitesse la Sorbonne à Oxford ou Heidelberg et les centres de recherche français avec ceux de Stockholm ou de Rome.

- Parallèlement au développement de cette infrastructure de réseau, l'Union Européenne va se doter dans les prochaines années de capacités de calcul et de traitement de données décuplées, grâce à la mise en réseau de moyens de calcul. Ces grilles de calcul -comme DATAGRID- permettront d'analyser de grandes quantités de données en répartissant la charge entre les différents centres de calcul.

L'ACI GRID (Globalisation des ressources informatiques et des données), que j'ai lancé en février 2001 et qui est dotée de 15 MF pour 2001, vise à répondre à cet objectif.

- Enfin, nous avons accru la puissance de calcul des deux grands centres nationaux : IDRIS à Orsay et CINES à Montpellier.


5. Réconcilier Science et Environnement

Troisième priorité : les recherches en faveur de l'environnement et de l'énergie, qui sont au c¿ur de la notion de " développement durable " et qui sont déterminantes pour l'héritage que nous laisserons aux générations futures.

Nous devons réconcilier science et environnement, deux secteurs jusqu'ici animés par des préventions réciproques. D'un côté, les scientifiques se sentent incompris par les défenseurs de l'environnement. De l'autre, ceux-ci s'alarment parfois des risques que certaines inventions technologiques pourraient avoir pour l'équilibre écologique.

Il faut sortir de cette situation de double défiance, car la recherche peut et doit contribuer à une meilleure protection de l'environnement et au développement durable.

J'ai donc créé, en liaison avec les autres ministères concernés, deux réseaux de recherche et d'innovation technologies consacrés à ce secteur :

- un réseau " Eau et technologies de l'environnement ", en liaison avec le MEFI et le MATE, qui a été créé en septembre 2000. La quantité d'eau disponible reste constante alors que la demande croît. L'inégalité des régions et des pays devant cette ressource, la modification par l'homme de certaines caractéristiques du cycle de l'eau peuvent entraîner un déséquilibre critique (déforestation et désertification, imperméabilisation des zones urbaines, baisse du niveau des nappes, etc).

Nous devons répondre aux exigences sociales (sécurité face aux crues et sécheresses, face aux défaillances technologiques) et à l'apparition de nouveaux problèmes (eutrophisation des rivières, pollution par les eaux de ruissellement urbain).

- un réseau " Terre et Espace " ou " Observation de la Terre et applications spatiales " créé en octobre 2000 : l'observation spatiale de la Terre par satellites de haute précision peut améliorer la prévision et donc la prévention des risques naturels (dont les cyclones et les inondations), perfectionner la gestion des ressources en eau, apporter des informations océanographiques (climat, ressources naturelles, pêche) et comporter des applications agricoles et forestières. Le CNES est naturellement l'un des acteurs principaux de ce réseau, animé par José Achache.

- un réseau " Pollutions marines accidentelles et conséquences écologiques sur le littoral ", dont la nécessité est clairement apparue à la suite des naufrages de l'Erika et du Ievoli Sun, sera créé dans les prochaines semaines, avec la participation notamment de l'IFREMER.

Au BCRD 2001, les crédits de recherche du ministère de l'Environnement progressent de 23 % en DO + AP, hors IPSN, pour doter des moyens nécessaires, l'INERIS et la nouvelle Agence Française de sécurité environnementale (AFSE).


6. Rapprocher science et société

J'ai voulu aussi rapprocher science et société, notamment en accordant une attention accrue aux sciences humaines et sociales (SHS), qui ont beaucoup à nous dire sur l'homme et sur la vie sociale.

Les chercheurs ne vivent pas repliés dans des forteresses du savoir académique, pont levis relevé. Les chercheurs sont dans le siècle et dans la société. A l'écoute de ses besoins et de ses attentes.

Il existe aujourd'hui une forte demande sociétale à l'égard de la science. Cette expertise est particulièrement sollicitée en SHS, pour parvenir à une meilleure compréhension et maîtrise des enjeux sociaux : organisation du travail, ville, environnement, transports, exclusion.

La recherche doit aussi répondre à ces défis sociaux, avec des recherches à finalité sociale.

Les chercheurs et enseignants-chercheurs en SHS représentent un potentiel important avec 25,6 % de l'effectif total en 1998. Mais, il existe une séparation parfois trop rigide entre sciences dures et SHS.

Pour remédier à cette séparation, j'ai pris deux mesures :

- Nommer au Conseil national de la science (CNS) quatre représentants des SHS : Michel Serres, Maurice Godelier (anthropologue), Jean-Pierre Vernant (philosophe) et Robert Ilbert (historien) ;
- Nommer au Conseil national de coordination des sciences de l'homme et de la société deux représentants du CNS : Nicole Le Douarin (secrétaire perpétuelle de l'Académie des sciences, biologiste) et Gabriel Ruget (scientifique, directeur de l'ENS Ulm).

Par ailleurs, pour placer les SHS sur un pied d'égalité juridique et symbolique avec les sciences exactes, j'ai transformé le Conseil national pour le nouveau développement des sciences humaines et sociales, mis en place par mon prédécesseur.

Désormais, celui-ci est remplacé par le " Conseil national de coordination des sciences de l'homme et de la société " (CNCSHS). Le précédent Conseil avait été établi par un simple arrêté ministériel ; le nouveau Conseil est créé par un décret du Premier Ministre du 12 mars 2001. Ce qui le place à égalité avec le CNS, créé, lui, dès l'origine par décret.

J'ai installé ce CNCSHS le 22 mars 2001. Il est présidé par Robert Ilbert, historien, directeur de la Maison Méditerranéenne des sciences de l'homme d'Aix-en-Provence, et a pour vice-président l'anthropologue Maurice Godelier.

Il comporte également en son sein Michel Serres, Evelyne Pisier (politologue), Mireille Delmas-Marty (juriste), etc.

Il comporte à la fois des personnalités qualifiées françaises et étrangères (les membres étrangers représentent le quart des personnalités qualifiées) et des représentants des structures (DR, DESUP, MSU, CPU) et organismes de recherche (CNRS, INED, IRD).


Ce CNCSHS sera donc à la fois un comité de coordination et un conseil d'orientation stratégique.

Le rapprochement du CNS et du nouveau CNCSHS répond à la volonté de rapprocher les chercheurs des " sciences dures " et ceux des SHS, pour deux raisons.

D'abord, favoriser l'approche pluridisciplinaire, génératrice de découvertes, en retrouvant une tradition ancienne, mais largement perdue, Platon s'intéressait aussi aux mathématiques et Pythagore était aussi philosophe, Pascal a rédigé " Les Pensées ", mais a aussi inventé une machine à calculer. D'Alembert était à la fois philosophe et mathématicien. Comme beaucoup d'autres.

La connaissance est une. Et la pensée est sans frontières entre les disciplines.

Ensuite, mieux répondre à la demande d'éthique, fortement exprimée par notre société. Face au bouleversement des sciences et des techniques, qui est perçu de manière ambivalente comme étant à la fois un facteur de progrès et un facteur d'inquiétude.

Ainsi, les découvertes en cours sur le génome humain ont des effets très positifs pour l'invention des thérapies géniques et de nouveaux médicaments. Mais, en même temps, elles font craindre parfois soit des manipulations de la substance vivante, avec le clonage reproductif, soit une commercialisation, une " marchandisation " du vivant.

Les nouvelles découvertes seront bénéfiques si elles s'accompagnent d'un encadrement éthique adapté. Il faut dégager de nouvelles règles éthiques puis juridiques, qui, d'ailleurs, devraient être harmonisées au plan européen et au plan international. Pour faire image, le Pr Daniel Cohen, spécialiste de la génomique, parlait d'une nécessaire " ONU de l'éthique ".

Les 22 et 23 juin 2000, mon ministère a organisé à Bordeaux un colloque, placé sous la direction de Jean Dausset et de François Gros, qui a réuni biologistes et juristes. Pour réfléchir ensemble sur le sujet suivant : " Sciences du vivant, éthique et société ".

D'une manière générale, il est important de faire réfléchir ensemble scientifiques et philosophes, sociologues, juristes, économistes. Pour rapprocher science et conscience. Pour dégager de nouvelles règles éthiques et conserver une société humaine. Voire pour dégager un " nouvel humanisme ", adapté à la révolution scientifique et technologique de notre temps.


7. Dynamiser la politique spatiale

En tant que ministre chargé de l'espace, je considère que la politique spatiale doit rester l'une de nos priorités. La France, en partenariat avec les autres pays européens, se situe, en effet, au meilleur niveau mondial dans ce domaine.

La France est le leader de l'aventure européenne pour l'espace. Elle est le moteur de l'Europe spatiale.

Les exemples de notre excellence technologique sont nombreux : lanceurs Ariane, satellites d'observation de la Terre Spot et Hélios, satellites de météorologie, etc.

Depuis mars 2000, nous avons lancé le programme Pléiades Cosmo-Skymed (observation de la Terre),en coopération avec l'Italie, et le programme du satellite scientifique Corot.

Le 16 novembre 2000, le Conseil des ministres de la Recherche de l'Union Européenne, dont j'assurais la présidence, et le Conseil de l'ESA, présidé par Lord Sainsbury, ont adopté une stratégie spatiale commune à l'Union Européenne et à l'ESA.

Nous avons également franchi une étape importante dans le domaine des lanceurs, avec le retour de l'Italie dans les programme Ariane-5 et le lancement du démonstrateur technologique P 80, qui vise à améliorer la compétitivité de la filière Ariane.

Tout sera fait pour améliorer à la fois les performances technologiques d'Ariane-5 (en portant son emport à 11-12 tonnes d'ici 2005) et ses coûts afin de maintenir sa compétitivité.

Nous avons aujourd'hui deux ans d'avance par rapport à nos concurrents (Boeing, Lockheed Martin) : il faut " bétonner " cette avance.

Enfin, j'ai obtenu du ministre russe Dondoukov, que j'ai rencontré à Paris le 18 décembre 2000, que Claudie André-Deshays participe à un vol vers la Station spatiale internationale dès octobre 2001.

De même, j'ai obtenu de l'administrateur général de la NASA, Dan Goldin, que Philippe Perrin participe en mars 2002 à une mission de la navette spatiale vers la Station spatiale internationale (ISS).

Ce seront les 14ème et 15ème missions d'astronautes français.

La France s'est engagée durablement avec l'Europe dans les vols habités en décidant de participer au programme de Station spatiale internationale lors du Conseil de l'ESA de Toulouse en 1995. Le CNES consacrera en moyenne un milliard de francs par an à ce programme sur 2001-2004.

Ces montants sont élevés, même si d'autres pays comme les Etats-Unis ou l'Allemagne consacrent une part beaucoup plus importante de leur budget spatial aux vols habités. Aussi, même si la France respectera ses engagements, je serai attentif à ce que le programme de la Station spatiale internationale, tout comme son coût d'exploitation, reste à l'intérieur des enveloppes définies en 1995 à Toulouse.

Cette décision a été confirmée en 1998 par la signature de l'accord intergouvernamental relatif à la Station spatiale internationale.

Je souhaite donc que nous nous préparions à utiliser et à valoriser cette grande infrastructure publique et que nos scientifiques et nos industriels se mobilisent pour le développement de ses utilisations. Cette mobilisation passe également par le maintien et le développement des compétence de nos astronautes.

C'est la raison pour laquelle j'ai travaillé activement avec le CNES, en liaison avec l'Agence spatiale européenne, pour leur offrir de nouvelles opportunités de vols, dans l'attente de celles qui viendront pendant la phase d'exploitation de la station à l'horizon 2005. Il était difficilement envisageable qu'aucun vol ne soit réalisé pendant la période où notre effort budgétaire en faveur des vols habités est maximal, alors que nous en réalisons régulièrement depuis bientôt vingt ans.

Le vol de Claudie André-Deshays dès 2001, permettra aux astronautes français de gagner 4 ans sur la calendrier initialement prévu, et sera donc suivi du vol de Philippe Perrin en mars 2002.

Par ailleurs, avec mon accord, le CNES a signé avec la NASA, en octobre 2000 une déclaration d'intention relative à l'opération Retour d'échantillons de Mars. Ce document confie un rôle clé à notre pays dans cette opération, qui va contribuer à l'exploration de l'Univers et sans doute à la meilleure connaissance de l'origine de la vie.


III. L'ANNEE 2001-2002

Au fil du bilan des actions menées depuis un ans, j'ai déjà eu l'occasion de vous indiquer plusieurs perspectives relatives à l'action à mener en 2001-2002.

Je voudrais maintenant harmoniser la présentation de ces perspectives autour de ce que la recherche peut apporter à la société. En mettant l'accent sur six objectifs principaux pour celle-ci :
- améliorer la santé,
- renforcer la sécurité alimentaire,
- protéger l'environnement,
- favoriser l'innovation et donc l'emploi,
- contribuer à donner un sens à la société,
- élargir la démocratie.


1. AMÉLIORER LA SANTÉ

Améliorer la santé humaine, mieux prévenir et mieux guérir les maladies, tel est évidemment l'objectif de la recherche biomédicale, à laquelle l'Etat consacre environ 9 milliards de F en 2001. A cet égard, diverses initiatives vont être prises ou développées dans les prochains mois.

La révision des lois de bioéthique

D'abord, la révision des lois de bioéthique de 1994.

Un groupe de travail, constitué à ma demande et présidé par le Pr François Gros, m'a remis le 6 novembre 2000 le rapport que je lui avais commandé sur " Les cellules souches adultes et leurs potentialités d'utilisation ". Il en résulte que celles-ci n'ont pas a priori les mêmes capacités de différenciation et de multiplication que les cellules souches embryonnaires.

Il est donc nécessaire de poursuivre très activement l'effort de recherche sur les cellules souches adultes, mais aussi d'ouvrir la voie à des recherches sur les cellules souches embryonnaires. En prenant en compte deux impératifs éthiques. D'une part, l'attention à prêter à l'embryon, qui ne peut être réifié. D'autre part, le droit des malades à être soignés, le droit des personnes atteintes d'affections graves et souvent incurables à voir les recherches progresser et développer de nouvelles thérapeutiques, susceptibles de soulager leurs souffrances et de leur offrir des chances de guérison.

L'enjeu, c'est la médecine régénérative, remplaçant un jour cellules et organes défaillants. Ce sont les thérapies cellulaires, visant à remplacer des cellules malades ou en nombre insuffisant par des greffes de cellules.


Beaucoup de maladies humaines sont en effet liées à la dégénérescence cellulaire et à la destruction de tissus qu'on n'a pas aujourd'hui les moyens de remplacer : maladies neuro-dégénératives (Alzheimer, Parkinson, Huntington, sclérose en plaques, sclérose latérale amyotrophique), cardiaques, hépatiques, diabètes de type I, etc.

Pour remédier à ces affections, les cellules souches embryonnaires peuvent jouer un rôle-clé, qu'elles proviennent d'embryons surnuméraires devenus sans projet parental et conservés par congélation ou du transfert d'un noyau adulte dans un ovocyte énucléé (transfert de noyaux de cellules somatiques).

Ces recherches seront régies par un dispositif d'encadrement très strict :

- pré-embryons n'ayant pas atteint le stade de la différenciation tissulaire intervenant vers le 6e-7e jour,
- finalité thérapeutique, impossible à atteindre par une méthode alternative d'une efficacité comparable,
- protocole soumis à l'approbation préalable des ministres de la Recherche et de la Santé après avis public de l'Agence de la procréation, de l'embryologie et de la génétique humaine, comportant un Haut Conseil de 18 personnalités (scientifiques, magistrats, parlementaires, représentants des associations de malades).

Comme vous le savez, ce projet de loi a reçu l'avis favorable du Comité consultatif national d'éthique. Il sera soumis prochainement au conseil des ministres, puis au Parlement.

Vers un Institut de la longévité

Par ailleurs, à l'initiative du Pr Etienne-Emile Baulieu, j'envisage la création d'un " Institut de la longévité ".

Au recensement de 1999, les personnes âgées de plus de 60 ans représentaient déjà 21,3 % de la population française (dont 7,7 % âgées de 75 ans et plus).

Vivre plus vieux, ce doit être aussi mieux vieillir. Il s'agit de concilier durée de la vie et qualité de la vie. L'objectif, c'est à la fois vivre vieux et vivre mieux.

S'il est créé, comme cela est probable, l'Institut de la Longévité sera une institution sans murs mettant en ¿uvre un programme fédérateur et agissant par " networking ", en réseau.

Il devrait prendre la forme d'un Groupement d'intérêt scientifique (GIS) associant les divers partenaires concernés : le ministère de la Recherche et sans doute d'autres structures ministérielles, les organismes publics de recherche (INSERM, CNRS, CEA, INRA) et les associations de malades.

Cet Institut sera un institut d'impulsion et de coordination des recherches, qui favorisera toutes les synergies nécessaires. Pour prévenir, traiter ou guérir les maladies associées à l'âge.

Un groupe de travail s'est constitué autour du Pr Baulieu. Il comprend Daniel Cohen, Pierre Tambourin, Alain Prochiantz, Jacques Epelbaum, Jean Mariani et Jacques Demongeot. Ce groupe me remettra en juin ses premières conclusions, sur la base desquelles je prendrai ma décision.

Le sida

Il faut aussi continuer de faire avancer la recherche sur le sida. La France s'est dotée depuis plusieurs années d'une structure spécifique pour les recherches sur le Sida, l'ANRS, qui dispose de 241 MF au budget 2001.

Je considère que l'Europe doit faire de même. Celle-ci ne peut continuer ses efforts en ordre dispersé. Il faut donc créer une structure transnationale consacrée aux essais cliniques dans l'infection VIH et le SIDA.

J'ai confié au Pr Maxime Seligmann une mission sur la faisabilité de cette structure européenne. Le 21 décembre 2000, j'ai organisé avec lui au ministère un colloque sur ce " Projet d'une structure publique européenne consacrée aux essais thérapeutiques dans l'infection VIH et le SIDA. ", colloque qui a réuni les meilleurs spécialistes français et européens.

Le 16 novembre 2000, présidant le Conseil des ministres de la Recherche de l'Union européenne, j'ai invité la Commission à soumettre au Conseil Recherche au cours du premier semestre 2001 une note d'information précisant les modalités concrètes de la mise en ¿uvre de ce projet.

Je demande au commissaire Philippe Busquin d'agir rapidement en ce sens, pour que les concepts d' "Europe de la santé " et d' "Espace européen de la recherche " ne restent pas lettre morte.

L'ACI Biologie intégrative

Par ailleurs, j'ai créé L'ACI Biologie intégrative, que j'ai installée en juin 2000. Elle comportait initialement deux volets : Biologie du développement et Physiologie intégrative.

Chacun de ces deux volets disposait de 10 MF en 2000 et dispose de 15 MF en 2001 pour intégrer les appels d'offres en particulier sur les cellules souches.

Un nouveau volet a été créé : Neurosciences intégratives et computationnelles. Son comité s'est réuni le 21 mars 2001. Cette ACI est animée par Jean Bullier et Alain Berthoz.

J'installerai officiellement début avril cette nouvelle ACI, qui est dotée de 10 MF pour 2001.

La recherche française doit, en effet, figurer dans le peloton de tête pour les neurosciences. En ouvrant le 22 mars 2001 le Colloque " Maladies neurologiques : des bases moléculaires à la thérapeutique ", organisé au Collège de France par le Pr Jacques Glowinski, j'ai rappelé quelques chiffres qui montrent notre mobilisation en faveur des neurosciences.

A l'INSERM et au Département des sciences de la vie du CNRS, près du quart des chercheurs travaillent dans le domaine des neurosciences. Le BCRD 2001 consacre près de 9 milliards de F à la recherche biomédicale, dont plus de 2 Milliards concernent les neurosciences.

Les Centres de Ressources Biologiques

Par ailleurs, j'ai installé le 22 février 2001 le Comité consultatif des ressources biologiques, qui va piloter la création des Centres de ressources biologiques (CRB).

Ces CRB vont regrouper les collections d'organismes et d'éléments d'organismes, jusqu'ici disséminés en différents endroits, pour les acquérir, valider, étudier et distribuer, en respectant quatre exigences : rigueur scientifique, exigence éthique (avec élaboration d'une charte déontologique), sécurité et régulation économique (vu leur valeur patrimoniale).

Ces CRG constitueront des infrastructures stratégiques pour les biotechnologies.

Le budget consacré à cette action, prélevé sur le FRT, s'élève à 25 MF pour 2001.

En février 2001, l'OCDE a choisi la France pour assurer la coordination des missions de l'OCDE sur les CRB, la France ayant joué un rôle pilote dans les discussions multilatérales relatives à cette question.


2. RENFORCER LA SECURITE ALIMENTAIRE

La recherche doit agir aussi pour renforcer la sécurité alimentaire.

Comme vous le savez, j'ai obtenu du premier ministre, en novembre 2000, un triplement des moyens consacrés à la recherche sur les ESST et les prions : ceux-ci passent de 70 MF en 2000 à 210 MF en 2001. Cela permettra notamment de renforcer le potentiel de recherche par le recrutement de 120 chercheurs, ingénieurs et techniciens supplémentaires dans les organismes de recherche, dont 100 dès 2001.

Cet effort accru sert à renforcer les 3 axes de recherche suivants :

- mettre au point de nouveaux tests de détections : tests permettant de diagnostiquer plus tôt l'ESB, test ante mortem de la tremblante chez les ovins, test pour détecter chez l'homme le nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jacob.
- comprendre la nature de l'agent infectieux et la physiopathologie des maladies à prions.
- développer la recherche épidémiologique et thérapeutique.


Pour impulser la recherche sur les ESST et les prions, pour renforcer la coopération inter-organismes, j'ai créé le 23 novembre 2000 un GIS Infections à prions. Ce Groupement d'intérêt scientifique, que j'ai officiellement installé le 24 janvier 2001, rassemble tous les acteurs concernés :

- les ministères de la Recherche, de la Santé et de l'Agriculture ;
- les établissements de recherche : CNRS, INRA, INSERM, CEA, Institut Pasteur,
- les agences : AFSSA, AFSSAPS, InVS.

Par ailleurs, l'Académie des sciences de France et l'Academy of Medical Sciences du Royaume-Uni viennent de tenir, du 14 au 16 Mars 2001, à Paris, un symposium, que j'ai inauguré et clôturé, sur " Les Encéphalopathies spongiformes transmissibles ", pour faire le point sur les recherches en cours.


3. PROTEGER L'ENVIRONNEMENT

On l'a dit : la recherche peut agir pour la protection de l'environnement et le développement durable.

Aux deux réseaux consacrés à cet objectif que j'ai déjà créés à l'automne 2000 -" Eau et technologies de l'environnement " et " Terre et Espace " -va s'ajouter prochainement le réseau " Pollutions marines accidentelles et conséquences écologiques sur le littoral ".

Par ailleurs, le ministère de la Recherche a organisé à Lille le 17 octobre 2000, dans le cadre de la présidence de l'Union européenne, un colloque " Espace, surveillance et protection de l'environnement ", destiné à impulser l'initiative européenne GMES (Global Monitoring for Environment and Security).

Les techniques spatiales -et en particulier les satellites- doivent, en effet, servir à l'observation de la Terre et de son environnement, pour mieux protéger celui-ci.

Par ailleurs, j'ai créé une ACI Observation de la Terre . Son comité scientifique est constitué : il est présidé par Anny Cazenave (CNES, Toulouse) spécialiste de l'hydrologie continentale et des techniques spatiales, et sera également animé par Patrick Pinet (directeur de recherche au CNRS, Observatoire Midi-Pyrénées, spécialiste de spectroscopie, minéralogie, géomorphologie). J'installerai ce comité dans la première quinzaine d'avril.

J'envisage de créer des " Observatoires de recherche en environnement " (ORE), au sein d'Instituts associant les universités et les organismes ayant une activité de recherche dans l'environnement.


4. FAVORISER L'INNOVATION ET L'EMPLOI

La recherche est aujourd'hui le moteur principal de la compétitivité, de la croissance et de l'emploi. Elle doit irriguer de ses résultats le monde de l'économie, et devenir le booster n°1 de l'économie.

Sur les 3 % de croissance annuelle que connaît l'économie française, 1 % provient de la nouvelle économie.

J'entends continuer à renforcer l 'innovation technologique pour développer la croissance et l'emploi.

16 Réseaux de recherche et d'innovation technologique

Depuis septembre 2000, j'ai créé en liaison avec d'autres ministères, 5 nouveaux réseaux de recherche et d' innovation technologiques :

- " Technologies pour la santé (avril 2000) ;
- " Eau et technologies de l'environnement " (21 septembre 2000) ;
- " Terre et espace " (3 octobre 2000) ;
- " Recherche aéronautique sur le supersonique du futur " (11 décembre 2000) ;
- " Recherche et innovation pour l'audiovisuel et le multimédia " (RIAM) (20 février 2001).

Dans les prochaines semaines, je mettrai en place deux nouveaux réseaux :

- " Pollutions marines accidentelles " ;
- " Réseau Alimentation-Référence-Europe " (RARE) dans le secteur alimentaire.

Il y a quatre ans, un seul réseau existait : le PREDIT (Transports terrestres). Claude Allègre en a créé 9 et j'en ai créé ou crée 7. Ce qui portera leur nombre total à 16.

15 CNRT

Par ailleurs, après les 12 premiers CNRT (Centres nationaux de recherche technologiques) créés le 5 juillet 2000, je crée 3 nouveaux CNRT :

- Toulouse : Espace et aéronautique, lancé le 19 octobre 2000 ;
- Orléans- Bourges : Propulsion aérospatiale : sa création a été décidée le 20 décembre 2000 ;
- Saint-Cyr, L'Ecole : Soufflerie aèroacoustique, regroupant le CNAM, des laboratoires de recherche d'autres organismes, Renault et PSA.

L'Espace européen de l'innovation

Par ailleurs, il faut donner une dimension européenne à la politique de l'innovation.

Le 21 novembre 2000 à Lyon, sous la présidence française de l'UE, s'est tenu un colloque intitulé " Vers un espace européen de l'innovation " . Il faut, en effet, bâtir une Europe de l'innovation. Par des mesures concrètes :

- l'aide accrue à la mobilité des chercheurs au plan européen ;
- le développement de programmes communs entre recherche et industrie au plan européen, à l'image de nos réseaux de recherche et d'innovation technologiques ;
- la mise en place d'un réseau européen d'incubateurs , qui joueront un rôle stratégique eu premier stade de la création des entreprises ;
- la diffusion des technologies vers les PME, comme le fait en France l'ANVAR.

Si l'Europe veut rattraper les Etats Unis en matière d'innovation, elle doit agir avec vigueur dans ces cinq directions.


5 - CONTRIBUER A DONNER DU SENS A LA SOCIETE

La recherche doit aussi contribuer à donner davantage du sens à notre société. C'est en particulier le rôle des sciences humaines et sociales (SHS)

Celles-ci ne peuvent pas rester les parentes éloignées et les parentes pauvres dans l'Espace européen de la recherche.

Dans l'actuel PCRD, les SHS sont seulement considérées comme des instruments au service d'autres sciences et pour leur apport possible à d'autres disciplines, et non comme des disciplines devant développer leur problématique propre de recherche.

Il faut sortir les SHS de ce statut de disciplines d'appoint, de " disciplines ancillaires " placées au service d'autres sciences ;

Aujourd'hui, ni Sigmund Freud, ni Marc Bloch, ni Hans Kelsen ne pourraient bénéficier de crédits de recherche dans le cadre du PCRD.

Dans le cadre de la présidence française, j'ai donc organisé le 30 octobre 2000 à la Sorbonne un colloque sur " Les sciences de l'homme et de la société dans l'Europe de la recherche ".

Il est indispensable d'introduire les SHS -à part entière, comme disciplines de plein exercice- dans le 6ème PCRD, en cours d'élaboration.

L'apport de la géographie, de l'histoire, de la psychologie, de la linguistique ou des sciences juridiques, pour ne citer qu'elles, est indispensable pour mieux nous comprendre nous-mêmes et mieux éclairer nos choix. Il faut comprendre d'où nous venons et où nous en sommes, pour mieux tracer les chemins du futur.

De plus, il existe aujourd'hui une forte demande sociétale à l'égard de la science. Cette expertise est particulièrement sollicitée en SHS, pour parvenir à une meilleure compréhension et maîtrise des enjeux sociaux : organisation du travail, vie en ville, environnement, transports, exclusion ou intégration.

La recherche peut donc aussi répondre à ces défis sociaux, avec des recherches à finalité sociale.

Nous parlons souvent d'un " modèle social européen ", qui serait différent de celui d'autres continents développés. Ce " modèle social européen " peut-il se comprendre et se conforter sans l'apport des sciences sociales ?

Nous parlons souvent d'une " identité culturelle européenne ", qui, là aussi, serait spécifique. Cette " identité culturelle européenne " peut -elle persister et se fortifier sans les humanités, sans les sciences humaines, sans la philosophie, sans les lettres, sans les langues européennes ?
Si l'Europe continue à se détourner des sciences humaines et sociales, elle ne sera plus l'Europe. En entendant par là un espace culturel particulier, une civilisation spécifique.

Le déclin des SHS serait aussi le déclin d'une certaine idée de l'Europe.

Enfin, les SHS sont les mieux à même de répondre à la demande d'éthique, fortement exprimée par notre société.

Les nouvelles découvertes scientifiques seront bénéfiques si elles s'accompagnent d'un encadrement éthique adapté. Il faut dégager de nouvelles règles éthiques, puis juridiques, qui devraient être harmonisées au plan européen et international.

Il est important de faire réfléchir ensemble scientifiques et philosophes, sociologues, juristes. Pour rapprocher sciences et conscience. Pour conserver une société humaine. Voire pour dégager " un nouvel humanisme " adapté à la révolution scientifique et sociologique de notre temps.

Une science européenne, pratiquement amputée des sciences humaines et sociales, risquerait d'être une science sans conscience.

Ce n'est pas cela que nous voulons pour l'Europe du 21ème siècle. De la place que tiendront les sciences humaines et sociales dans l'espace européen de la connaissance dépend, pour beaucoup, le visage qu'aura la société européenne du futur.

Quelle Europe voulons-nous ? Quelle Europe ferons-nous ? Quelle Europe vivrons-nous ? La réponse dépend pour beaucoup de la capacité qu'ont les sciences humaines et sociales à humaniser le futur et à civiliser notre civilisation.

En outre, les SHS sont, plus spontanément que d'autres, des sciences citoyennes. La force d'observation, de critique et de proposition des SHS contribue à éclairer les grands enjeux, les grands choix politiques.

L'espace public - et pour tout dire la démocratie - ont besoin des SHS. Ces sciences qui interrogent, qui interpellent, qui critiquent le réel au nom d'une réalité supérieure.


6 - ELARGIR LA DEMOCRATIE

Enfin, la recherche peut, en effet, contribuer à renforcer la démocratie, à élargir l'espace de la démocratie. C'était le sens du colloque que j'ai organisé à la Sorbonne les 30 novembre et 1er octobre 2000 sur le thème " Science et société ", colloque international organisé par la présidence française de l'UE et ouvert aux pays d'Asie (Chine, Japon, Vietnam).

Pour une science publique

Aujourd'hui, la science et la société tendent à s'éloigner l'une de l'autre. Pour les rapprocher, il faut d'abord rendre la science publique.

La science ne peut vivre isolée de la société. Repliée dans une tour d'ivoire ou dans une forteresse du savoir académique. Elle ne peut plus cultiver l'hermétisme et communiquer seulement avec un petit cercle d'initiés. Elle ne peut plus continuer de séparer le savoir et le faire-savoir.

Il faut améliorer la connaissance de la science par les citoyens. Le public doit pouvoir connaître les résultats de la recherche et se faire une opinion sur l'état des ses avancées.

Surtout, il faut développer la culture scientifique et technique par tous les moyens disponibles : journaux et revues, émissions scientifiques sur les radios et les télévisions, films, expositions des musées scientifiques, festivals, journées portes ouvertes dans les universités et les organismes de recherche, " semaine de la Science ", etc.

C'est l'objet même de la " Fête de la science ", que le Ministère de la Recherche a organisé du 16 au 22 octobre 2000 : créer un sentiment de proximité et de familiarité avec la science. Une science qui doit être proche de tous. 2001 marquera le 10ème anniversaire de cette manifestation. A cette occasion, j'ai décidé de lui trouver une ampleur accrue et de l'ouvrir aux partenaires européens, dont l'Allemagne.

Partout, dans toutes les régions et dans 700 communes, ont été organisées des rencontres entres les chercheurs et le public, des expositions, des ateliers scientifiques, des animations, des spectacles, des visites, des colloques, des cafés des sciences.

Tous les organismes de recherche, les universités, les écoles d'ingénieurs, les associations scientifiques ont participé à cette " Fête de la science ", à cette opération qu'on aurait pu aussi dénommer " science partout, science pour tous ".

La science doit aller à la rencontre du public et " descendre dans la rue ". Elle doit être une science désanctuarisée. Elle doit être une science publique, une science vivante et conviviale. Bref, une science partagée par la société.

Pour une science citoyenne

Il importe que les citoyens se réapproprient les choix scientifiques et technologiques.

Nous devons développer une science citoyenne. Une science au contact direct des citoyens et de leurs interrogations.

Il faut rapprocher science et société. Il faut " repolitiser la science ", c'est-à-dire lui faire retrouver sa place dans la Cité, dans le débat civique et politique. Comme il importe en démocratie.

La démocratie ne peut s'arrêter aux portes de la science et de la technologie. Les citoyens ne veulent plus qu'on évacue du débat politique ce qui relève des sciences et des techniques. Ils veulent avoir leur mot à dire. Bref, ils veulent davantage de démocratie.

Que vaudrait une démocratie qui débattrait de l'accessoire et ferait silence sur l'essentiel ? Aujourd'hui, les politiques sont perçus comme concentrant leur attention et leurs discours sur des questions qui paraissent mineures à nos concitoyens, comme l'a montré la très faible participation au référendum sur la quinquennat.

En revanche, l'attention de nos concitoyens se porte très légitimement vers des questions essentielles comme les applications de la génomique et de la post-génomique, les thérapies géniques et cellulaires, les recherches sur les cellules souches embryonnaires, l'ESB et la maladie de Creutzfeldt-Jakob, les OGM, l'effet de serre ou le devenir des déchets radioactifs.

Mieux se soigner, mieux s'alimenter, mieux vivre en sécurité : ce sont les enjeux et les défis auxquels la recherche est confrontée et auxquels il faut faire participer nos concitoyens. Sans cela, le débat démocratique serait incomplet ou " décalé " par rapport aux véritables préoccupations de chacun.


Pour que la science redevienne citoyenne, il faut établir le tryptique information-débat-décision. Ce qui est en jeu, c'est le droit de savoir et de débattre, pour disposer du pouvoir de décider.

* Nos concitoyens doivent être pleinement et loyalement informés des avancées, mais aussi des incertitudes de la recherche scientifique, pleinement et loyalement informés de ses enjeux.

63 % des personnes sondées par la SOFRES en novembre 2000 ne s'estiment " pas suffisamment informées sur les découvertes scientifiques ". Ce pourcentage monte même à 74 % chez les 18-24 ans. D'où vient ce déficit d'information ? Des médias, surtout audiovisuels.

Ce désir de connaissance, cette volonté d'être informé se heurte donc à une fonction d'information scientifique mal assurée par les médias, surtout audiovisuels.

Je souhaite que les dirigeants des grands médias audiovisuels s'interrogent face à ces réponses et exercent mieux leurs responsabilités, en cessant de réduire la science à la portion congrue dans leurs programmes. Je souhaite aussi que le CSA, notamment à travers les cahiers des charges des sociétés audiovisuelles, engage celles-ci à assurer effectivement l'information scientifique des téléspectateurs et auditeurs, surtout quand ceux-ci financent les chaînes de service public par la redevance.

* Nos concitoyens doivent pouvoir débattre des choix scientifiques avec les chercheurs et avec les responsables politiques.

En réalité, la science est largement absente du débat public et des programmes politiques. Jaurès, Mendès France ou de Gaulle parlaient de la science. Aujourd'hui, les partis politiques n'en parlent plus guère.

Les enjeux scientifiques doivent faire leur entrée -ou plutôt leur retour- dans les programmes des partis politiques.

S'il y a aujourd'hui crise de la représentation et perte de confiance dans les institutions politiques, c'est notamment parce que le Parlement, qui devrait être le lieu naturel des grands débats de société, est parfois devenu le lieu de débats convenus et traditionnels, qui paraissent hors du temps présent.

Il appartient donc au Parlement de débattre davantage des choix scientifiques et technologiques, en organisant périodiquement des débats d'orientation qui leur soient spécifiquement consacrés.

* Etre informés, pouvoir débattre et, enfin, participer à la décision. Avec une nouvelle attitude des candidats et des partis politiques, qui inscriraient les choix scientifiques et technologiques dans les programmes qu'ils soumettent aux électeurs pour les présidentielles et les législatives.

A cet égard, si l'on veut que les électeurs puissent ressaisir le pouvoir de décider sur ces enjeux, la campagne présidentielle et législative de 2002 devra faire une place nettement accrue aux grands choix scientifiques.

Il est grand temps que les formations politiques réintègrent les enjeux scientifiques dans leur discours et leur projet. La politique est l'affaire de chacun. Elle doit donc englober aussi la science, qui concerne chacun.

Notre démocratie est politique, sociale et économique. Elle doit devenir aussi une démocratie scientifique.

La science et la technologie moderne modifient et parfois bouleversent - le quotidien de chacun et son avenir. Elles sont porteuses de changements profonds et parfois radicaux.

Ce changement doit être voulu et décidé. Il doit être choisi, consenti et non pas subi.

En réalité, il importe de rappeler cette vérité d'évidence : comme tout ministère, le ministère de la recherche est un ministère politique, qui contribue à arrêter, en accord avec le suffrage universel, les grandes orientations stratégiques pour notre pays et son avenir.


(source http://www.recherche.gouv.fr, le 28 mars 2001)

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