Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur la prévention et le dépistage des troubles du langage et des difficultés scolaires et l'apprentissage de la langue orale à l'école maternelle, Paris le 21 mars 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur la prévention et le dépistage des troubles du langage et des difficultés scolaires et l'apprentissage de la langue orale à l'école maternelle, Paris le 21 mars 2001.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Présentation du plan d'action pour les enfants atteints d'un trouble spécifique du langage à Paris le 21 mars 2001

ti : Monsieur le Ministre,
Madame la Secrétaire d'Etat,
Mesdames, Messieurs,

Le 5 juillet 2000, nous présentions ici même, le rapport "A PROPOS DE L'ENFANT DYSPHASIQUE ET L'ENFANT DYSLEXIQUE."

Par ignorance, par fatalisme ou par indécision, notre institution scolaire refusait semble-t-il de prendre la juste mesure des difficultés importantes, voire déroutantes, que rencontrent certains enfants atteints de troubles plus ou moins sévères de la parole, de la lecture et de l'écriture. Ces enfants étaient voués, pour la grande majorité d'entre eux, à l'échec scolaire. L'évocation du parcours de quelques hommes célèbres ayant surmonté leur dyslexie, loin d'éclaircir la question, ajoutait probablement au mystère. Les aides accessibles étaient à peu près toutes de nature thérapeutique. A l'école¿ rien¿ ou si peu¿ Pas de savoir pédagogique spécialisé qui aurait permis de conquérir autrement le langage, ses sortilèges et ses pouvoirs. Sans reconnaissance officielle, sans programme de recherche et de formation, les enseignants étaient démunis.

Il faut compter sur l'engagement des parents, réunis peu à peu en associations, pour que l'opinion publique soit sensibilisée voire alertée.

Je veux aujourd'hui leur rendre hommage. Grâce à leur mobilisation, les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités.

Au moment où l'Ecole est rappelée à son devoir essentiel d'introduire chaque élève à la maîtrise de la langue nationale, c'est-à-dire à l'exercice de la parole, de la lecture et de l'écriture, elle ne peut plus se dérober. C'est à Nantes, où Madame la Ministre Déléguée à l'Enseignement Scolaire préside aux travaux des Etats Généraux de la Lecture et de la Maîtrise des Langages, les 4 et 5 mai 1999, que la décision est prise de traiter résolument les problèmes posés par les élèves dyslexiques et dysphasiques. Madame ROYAL prend l'initiative de constituer avec vous, Madame la Secrétaire d'Etat, un groupe de travail interministériel dont l'animation est confiée à Monsieur Jean-Charles RINGARD, Inspecteur d'Académie, Directeur des Services Départementaux de l'Education Nationale de Loire Atlantique.

Les groupes de travail se mettent en place.

Le rapport de juillet 2000 contient un état complet de la question. J'ai pris l'engagement, lors de sa présentation, de ne pas laisser l'année scolaire se finir sans que soit construit et publié un plan d'action qui lui réponde terme à terme

Une cellule interministérielle s'est donc attachée, dès septembre, à traduire en mesures concrètes les pistes évoquées. Je remercie, une fois encore, Monsieur Jean-Charles RINGARD, ainsi que Madame le Docteur Florence VEBER, chargée de mission auprès du directeur général de l'hospitalisation et des soins, d'avoir conduit ce travail d'équipe à bonne fin et dans un délai fort court.

L'ensemble des propositions a été communiqué, pour avis, à tous les partenaires associatifs et syndicaux, ainsi qu'aux personnalités consultées depuis deux ans. Des suggestions et corrections ont été reprises. Cette concertation était nécessaire. Nous avons tenu à ce que tous nos partenaires soient invités aujourd'hui à cette présentation. Ce plan est aussi le leur.

Malgré la publication du rapport en juillet 2000 et les promesses faites, certains organes de presse ont semblé douter, au cours de l'automne, de notre détermination commune à aboutir. Certes les attentes des familles et des élèves sont légitimes. Le nombre et la teneur des courriers que nous recevons depuis une année en témoignent. Rien toutefois ne se fera subitement et dans la précipitation.

Dans le domaine hautement délicat des troubles du langage, il faut agir avec précaution.

I - ENJEUX

Rappelons, d'abord, que 1 % environ des enfants manifestent des troubles sévères du langage oral, et que 4 à 5 % présentent de grandes difficultés du langage écrit, en lecture notamment, dont 1 % sont des non-lecteurs. Il faut donc une confrontation assez longue de l'élève avec la langue orale et écrite, avant 8 ans, pour que les signes d'appel soient perceptibles.

Tout diagnostic précipité peut en effet entraîner une stigmatisation qui compromettrait l'avenir scolaire, voire social de l'enfant.

Quelles étaient les perspectives ouvertes par le rapport d'évaluation ?

Nous annoncions qu'il fallait :

*développer la prévention dès l'école maternelle ;
*favoriser le repérage des enfants présentant des signes d'alerte et organiser un dépistage des troubles ;
*améliorer les prises en charge pédagogiques, thérapeutiques et éducatives,
*augmenter la formation de tous les personnels ;
*renforcer le partenariat sur le plan national et sur le plan local.

Quelles sont aujourd'hui les principales actions, à court, moyen et long terme, que nous impulsons dans les établissements scolaires et dans les départements ?

Autour des cinq axes évoqués, nous conduirons ensemble 28 actions : 11 d'entre elles engagent plus particulièrement l'Education nationale, 11 autres le ministère de la santé et 6 nous sont étroitement communes.

Je laisserai le soin à mes amis du gouvernement de vous présenter les mesures qui appartiennent plus particulièrement à leur champ de compétence encore qu'un découpage trop strict en la matière soit artificiel. Pour chacune des cinq directives de travail, il nous faudrait parler à deux, voire à trois voix.

II - PREVENIR - REPERER - DEPISTER

Il s'agit d'abord de mieux prévenir les troubles du langage et les difficultés dès l'école maternelle.

Nous intégrerons, dans l'élaboration des nouveaux programmes de l'école primaire, des recommandations précises relatives aux objectifs d'apprentissage de la langue orale (action 1).

Les compétences des élèves seront mesurées, dans ce domaine, dès l'école maternelle. Ces éléments nouveaux seront systématiquement appliqués dès la rentrée 2002.

Des outils d'évaluation adaptés sont en cours d'expérimentation pour la grande section et le cours préparatoire. Les protocoles nationaux d'évaluation de la deuxième année du cours élémentaire seront enrichis.

Tous ces éléments permettront au maître de la classe, au maître chargé du soutien, au psychologue scolaire et au maître chargé de rééducation, qui constituent le réseau d'aides spécialisées, de repérer avec précision les difficultés des élèves (action 2).

Exemple : il y a déjà de nombreux exemples de projets de ce type. Ainsi à Gradignan, en Gironde, l'action des maîtres spécialisés et des maîtres de la classe consiste à mettre en évidence, chez certains enfants, les troubles persistants et fréquents du langage.

Le repérage est premier. Il est affaire de pédagogues avertis avec, évidemment, la contribution des parents. Le dépistage quant à lui n'est pas systématique. Il doit être ciblé sur des enfants présentant des signes d'alerte constatés (action 4).

Ce bilan est réalisé aussi précocement que possible, à 3-4 ans par le médecin de la protection maternelle infantile, et à 5-6 ans par le médecin de l'éducation nationale à l'occasion du bilan de santé obligatoire de la 6ème année (action 6).

Le dépistage sera effectué à la fois à partir de tests recommandés au niveau national et en veillant à recueillir toutes les informations utiles auprès des enseignants et de la famille (action 3).

Je le dis nettement : il n'y aura pas de dépistage systématique mais un repérage permanent et un dépistage ciblé tout au long de la scolarité. En effet, certains pays européens ont mis en place une telle mesure : les pourcentages d'élèves en difficulté de langage y sont démesurés ! La raison en est que, pour être uniforme, ce type de dépistage est superficiel. Enfin, il tendrait à réduire la vigilance et la responsabilité des non-spécialistes.

Des dispositions très importantes, qui nous seront présentées dans un instant, viendront, dans le domaine de la santé, étayer ces démarches.

III - PRENDRE EN CHARGE CHAQUE ENFANT

Comment répondre maintenant aux besoins de ces élèves ? Deux directions de travail, naturellement complémentaires, s'imposent à nous : mieux organiser les apprentissages, mieux former les personnels.

Je sais que les parents d'élèves sont nombreux à demander l'ouverture de classes spécifiques entièrement dédiées, et de manière pérenne, à l'accueil des élèves qui présentent les troubles les plus graves. Derrière cette revendication, dont on perçoit immédiatement la légitimité, il y a la demande de création de dispositifs pédagogiques nouveaux. Je ne crois pas toutefois que cela soit nécessaire sous cette forme.

Il faut en effet mesurer les risques encourus par la mise en place de filières trop étroites. On ne peut indéfiniment "spécialiser" des structures en fonction de troubles de plus en plus singuliers : ce mouvement, à terme, condamne l'intégration scolaire et compromet l'unité des établissements. En revanche, il convient d'utiliser autrement les classes d'intégration dans le premier degré et les nouvelles unités d'intégration dans le second degré

Je demande donc aux Recteurs et aux Inspecteurs d'Académie d'infléchir l'utilisation des moyens spécialisés qui leur sont attribués, ou qui le seront, pour permettre l'accueil des élèves qui présentent des troubles graves (action 9).

La scolarisation de ces élèves fera l'objet de projets individuels. Dans chaque département, l'ensemble de ces projets devra être soumis à concertation au sein des groupes Handiscol.

Madame la Secrétaire d'Etat et moi-même attachons une importance extrême à la réalisation de cette politique. Nous l'avons largement exprimé en réunissant ensemble, le 8 novembre 2000, les inspecteurs d'académie et les directeurs départementaux des affaires sanitaires et sociales.

IV - RECONNAITRE LES TROUBLES SPECIFIQUES

Nous donnerons de nouvelles consignes aux commissions de l'éducation spéciale pour une meilleure évaluation des besoins des enfants touchés par des troubles du langage (action 12).

Je précise aussi que les conditions de passation des examens seront aménagées. La circulaire relative à l'organisation des examens publics pour les candidats handicapés physiques, moteurs ou sensoriels doit être modifiée. Il est nécessaire que le cas particulier des élèves dyslexiques ou dysphasiques soit examiné dans ce cadre. Le diplôme national du brevet, les certificats d'aptitudes professionnelles, les brevets d'études professionnelles et le baccalauréat pourront être préparés et passés, par ces élèves, dans des conditions qui ne les pénalisent plus (action 10).

Exemple : la commission s'interrogera plus particulièrement sur le problème que pose l'évaluation de l'orthographe¿

V - DEVELOPPER LA RECHERCHE ET LA FORMATION

Pour terminer ce bref tour d'horizon des mesures qui concernent plus particulièrement l'Education nationale, je voudrais insister sur les innovations à conduire dans le domaine des formations.

Je vais arrêter avec Monsieur le Ministre de la Recherche les principes d'une étroite collaboration dans le cadre du programme de recherche intitulé COGNITIQUE. Nous conduirons également, avec nos propres ressources, des recherches centrées sur la pédagogie adaptée.

Le Centre National de Suresnes doit aujourd'hui se constituer en pôle de ressources pour les IUFM (action 20).

Tous les enseignants, du premier et du second degré, recevront une information sur le repérage des signes d'alerte, et la prise en charge quotidienne des élèves (action 17).

Quant aux personnels spécialisés, qu'ils soient en classe ou dans les réseaux d'aides, ils recevront une formation particulière sur les troubles spécifiques du langage (action 18).

Des mesures complémentaires et permanentes s'appliqueront pour la formation continue de tous (action 19).

CONCLUSION

Comme vous pouvez le constater ces actions engagent, peu ou prou, tous les enseignants, spécialisés ou non, et tous les personnels de santé. C'est dire l'ampleur des efforts annoncés. Le calendrier sera respecté et les efforts budgétaires consentis.

L'ensemble des mesures proposées requiert trois années pour une réalisation pleine et effective.

Pour accompagner cette mise en ¿uvre nationale un comité interministériel est institué. Ce comité sera destinataire des rapports des groupes départementaux Handiscol (action 27).

Le plan fera, dans les toutes prochaines semaines, l'objet d'une circulaire interministérielle pour que les premières mesures soient appliquées à la rentrée scolaire (action 28).

J'ai le plaisir de passer la parole à Monsieur le Ministre délégué et à Madame la Secrétaire d'Etat pour l'exposé des mesures extrêmement importantes qui relèvent de la politique de la santé.

(source http://www.education.gouv.fr, le 22 mars 2001)

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