Interviews de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, à RTL le 13 mars 2001 et à France-Inter le 19, sur la campagne des élections municipales à Blois et le cumul des mandats. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, à RTL le 13 mars 2001 et à France-Inter le 19, sur la campagne des élections municipales à Blois et le cumul des mandats.

Personnalité, fonction : LANG Jack, MAZEROLLE Olivier, APHATIE Jean-Michel, BEAUDONNET François.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti : O. Mazerolle A Blois, vous aviez frôlé l'élection au premier tour en 1995, cette fois-ci vous réalisez un peu moins de 35 %. C'est dur ?

- "C'est tout à fait explicable par le taux très élevé d'abstention, notamment dans les quartiers qui me sont fidèles et qui, j'en suis convaincu, retrouveront normalement le chemin des urnes dimanche prochain. Notez que j'arrive en tête : je suis le premier dans ce scrutin, ma liste est la première. Notez en second lieu que les deux listes de gauche totalisent un nombre de suffrages supérieurs aux deux listes de la droite conservatrice."

Mais la ligue communiste révolutionnaire ne vote quand même pas toujours pour le PS ?

- "Je peux vous dire que les contacts qui ont été pris montrent assez bien que les électeurs qui ont choisi cette liste, pour des raisons de sensibilité ou simplement par identité, sont décidés, dimanche prochain, à s'opposer aux conservateurs. Je crois donc que l'ensemble des suffrages de progrès vont se porter sur ma liste. Par ailleurs, un très grand nombre de personnes qui n'ont pas voté et qui appartiennent à des quartiers très proches de nos actions seront là et nous donnerons la victoire dimanche prochain. La droite conservatrice a fait le plein de ses voix."

A elles deux, elles font près de 40 % et elles vous opposent un adversaire qui montre l'impertinence de ses 34 ans.

- "L'impertinence n'est pas synonyme de compétence ni d'imagination. La personne dont vous parlez a été pendant quelques années au conseil municipal. Je ne l'ai pas entendue prononcer la moindre idée originale, le moindre projet, la moindre solution. Mais c'est une autre question. Je ne veux pas entrer en polémique avec qui que ce soit."

Les abstentions : on voit effectivement à Blois, mais c'est vrai dans beaucoup de villes en France, que l'électorat disons populaire s'est absenté. Pourquoi ?

- "Je crois d'abord que ce n'est pas un phénomène entièrement nouveau. Il est plus fort cette fois-ci. Relisez l'histoire des scrutins municipaux, parfois même de certains scrutins difficiles comme en 1983. Vous avez un phénomène d'attente au premier tour dans cet électorat et ensuite au deuxième tour, lorsqu'il y a un risque ou un danger, il se mobilise et inverse ou du moins soutient de manière claire les forces de changement et de progrès. Vous verrez dimanche prochain que dans de nombreuses villes l'électorat populaire se mobilisera pour que des équipes d'action qui partagent nos valeurs soient élues."

Vous ne croyez pas là qu'il y a un avertissement qui est lancé d'une façon plus générale au parti socialiste majoritaire à gauche : "occupez-vous davantage de nous." ?

"Ce n'est pas facile d'interpréter les abstentions. Je dirais que dans le cas de Blois Mais ce n'est pas brillant ?

que je connais un peu mieux, il y a des abstentionnistes qui me font tellement confiance qu'ils s'imaginaient que tout allait aisément se jouer sans leur participation. Il y a une sorte de confiance, j'allais dire excessive. Il y a ceux qui, par ailleurs, croient que c'est joué d'avance. Et puis, il y a ceux qui peut-être en effet veulent exprimer des inquiétudes, des désespérances auxquelles il faut mieux répondre. C'est clair que par exemple les citoyens attendent plus de sécurité - et ils ont raison -, ils attendent plus de proximité - et ils ont raison -, ils attendent une plus grande présence des élus - et ils ont raison. Cela réclame de la part des uns et des autres une organisation dans la gestion de la ville qui assure une présence, plus multiforme, quotidienne des représentants des services publics et des élus."

Un autre enseignement de cette élection : hormis L. Fabius, les ministres les plus en vue n'ont pas été flambants.

- "C'est une facilité de mettre tout le monde dans le même sac. Les situations sont extrêmement variables d'un endroit à l'autre."


- "Certains sont élus, comme G. Schwartzenberg qui a été élu dans la région parisienne ou M. Sapin qui a été brillamment élu dans le centre. Je crois qu'on ne peut pas généraliser. Je crois en outre que nos concitoyens, en effet, souhaitent que même ministre, un maire leur donne l'assurance qu'il sera auprès d'eux, avec eux, pour les aider à transformer la vie quotidienne."

Cela pose la question du cumul. La question d'ailleurs vous est directement adressée parce que vous n'avez pas l'intention de quitter le ministère de l'Education nationale ?

- "Dans mon cas, depuis un an, la mission que m'avait confiée le Premier ministre - mission d'apaisement de ce ministère en crise aujourd'hui réussie, je crois, dans l'ensemble - m'avait énormément accaparé, je dirais à 100 %. Du coup, je me suis trouvé un peu moins présent par rapport à l'habitude. Un maire avait été désigné, M. Valette, et donc du coup, je pouvais ne pas être aussi présent. Mon intention - c'est pourquoi j'ai proposé de redevenir maire, sentant bien que les gens souhaitaient que je sois comme avant beaucoup plus engagé dans la vie de la ville, beaucoup plus présent - est de redevenir maire et de m'organiser pour pouvoir, comme je l'ai fait dans le passé, mener les deux."

Cela ne remet pas le cumul en cause ?

- "Je crois que c'est une question qu'il faut absolument reposer. Pas dans la seconde, pas dans l'immédiat mais pour le futur."

Est-ce qu'à Blois certains ne vous font pas la tête aussi parce que vous avez pensé à Paris pendant un moment et puis vous êtes revenu à Blois.

- "Peut-être un certain nombre, mais je crois que c'est un petit nombre."

Que dites-vous à ceux-là ?

- "J'explique la décision que j'ai prise. Personne n'a jamais douté de mon attachement à Blois. J'ai prouvé tout au long des années par des actions par des transformations mon engagement permanent, même à Paris. Simplement, à un moment donné, deux missions difficiles étaient à accomplir : l'une sur Paris et quelques jours plus tard l'autre à la tête de l'Etat pour l'Education nationale. J'ai accepté la proposition du Premier ministre."

F. Hollande disait hier matin " c'est une leçon de modestie pour nous." L'humilité, c'est dur en politique...

"Je n'ai jamais été sûr de moi sur tous les sujets. L'humilité oui, mais en même temps, il ne suffit pas de prononcer des mots. Il faut aussi - j'en ai fait la preuve je crois tout au fil des années - s'organiser pour mener en même temps un combat local très proche des gens. Je crois qu'il est très important aussi, quelles que soient les solutions pour le cumul dans le futur, qu'un élu, qu'un ministre, ou qu'un homme de gouvernement ait un ancrage local. C'est pour lui une source d'information. Et en même temps, disons les chose très clairement, c'est pour la ville une source de liens avec l'Etat, une source de soutien. Je crois que nos concitoyens ont beaucoup de bons sens. Ce qu'ils veulent dans mon cas, c'est que d'un côté je puisse être, comme je le fus il y a quelques années, un maire présent, actif, entreprenant, disponible et en même tant qu'en ma qualité de serviteur de l'Etat, je puisse continuer à soutenir Blois qui, en quelques années, est une ville qui a gagné en expansion économique, en progrès social, en transformation. Ils serait absurde que cette dynamique soit cassée."


(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 13 mars 2001)

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