Interview de Mme Nicole Notat, secrétaire générale de la CFDT, dans "Libération" du 12 janvier 2001, sur la prime pour l'emploi, notamment le crédit d'impôt et le concept de redistribution fiscale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nicole Notat, secrétaire générale de la CFDT, dans "Libération" du 12 janvier 2001, sur la prime pour l'emploi, notamment le crédit d'impôt et le concept de redistribution fiscale.

Personnalité, fonction : NOTAT Nicole, NATHAN Hervé.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti : La CFDT a toujours annoncé son accord pour la "prime pour l'emploi". Qu'est-ce qui vous séduit dans ce dispositif ?

Cette prime pour l'emploi est intéressante pour les 3 millions de chômeurs et de bénéficiaires du RMI car elle représente une forte incitation financière, de l'ordre de 2 000 F par an, à reprendre un travail. C'est donc une mesure de plus pour aller vers le plein-emploi. L'autre caractère positif, c'est qu'il s'agit d'une mesure de redistribution fiscale qui va concerner 9 millions de personnes parmi les plus bas revenus. Elle n'interfère pas avec les politiques salariales, ni avec les prélèvements sociaux. Elle nous donne enfin l'assurance que la CSG demeure un prélèvement universel et citoyen, garantissant à tous une protection sociale de qualité.

Mais le dispositif n'est-il pas une usine à gaz ?

C'est la fiscalité française qui est compliquée. Et la difficulté est d'autant plus importante qu'il s'agit là de redistribuer de l'argent public dans un pays où un ménage sur deux ne paie pas l'impôt sur le revenu ! Alors la mesure la plus simple consiste à faire un chèque aux salariés qui n'en paient pas.

Ne craignez-vous pas que la prime apparaisse comme un complément de salaire, et donne raison à ceux qui disent que le travail est trop cher ?

Des trois mesures envisagées, le crédit d'impôt est la meilleure pour ne pas tirer les salaires vers le bas. La déduction de CSG auparavant envisagée apparaissait sur les fiches de paie. Les employeurs auraient pu en profiter pour peser sur les salaires. L'augmentation du Smic aurait été compensée par des allègements de charges, pour ne pas accroître le coût global du travail. Avec le crédit d'impôt, l'Etat donnera un chèque fiscal, en dehors du regard des entreprises. Cela laisse la négociation salariale entièrement ouverte.

Mais n'est-ce pas donner énormément de pouvoirs à l'Etat, qui aura dans sa main, non seulement le Smic, mais aussi la "prime pour l'emploi", pour décider des rémunérations des salariés ?

C'est vrai que l'Etat aura désormais un moyen supplémentaire. Mais il a déjà redonné du pouvoir d'achat aux hauts revenus par la baisse de l'impôt direct. Il s'agit de rétablir l'équilibre au profit des bas salaires. Au demeurant, les pouvoirs publics ont déjà des moyens considérables: avec le RMI, ils financent les moyens d'existence de près d'un million de personnes. Lorsque l'Etat diminue les charges patronales sur les temps partiels ou sur les bas salaires, cela a aussi une influence. A tout prendre, la redistribution directe de pouvoir d'achat par l'Etat n'est pas plus choquante que ces dispositifs.

Propos recueillis par Hervé Nathan.
(Source http://www.cfdt.fr, le 14 mars 2001).

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