Interview de M. François Hollande, Premier secrétaire du PS, le 11 janvier 2001 au journal "Le Parisien", sur les critiques de Jacques Chirac au gouvernement qu'il a accusé d'"immobilisme" et sur les perspectives du gouvernement et de la "majorité plurielle" en 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. François Hollande, Premier secrétaire du PS, le 11 janvier 2001 au journal "Le Parisien", sur les critiques de Jacques Chirac au gouvernement qu'il a accusé d'"immobilisme" et sur les perspectives du gouvernement et de la "majorité plurielle" en 2001.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François, MAZIERES Bernard.

FRANCE. PS, premier secrétaire

ti : Suite aux voeux de Jacques Chirac, François Hollande s'exprime dans un entretien accordé au journal "Le Parisien du 11 janvier 2001".


Si Lionel Jospin feint pour le moment d'ignorer les critiques à répétition du chef de l'Etat, ce n'est pas le cas du premier secrétaire du Parti socialiste. Ce dernier n'hésite pas, moqueur, à s'interroger sur l'utilité même du président.


" Chirac est immobile... "


PREMIER SECRÉTAIRE du Parti socialiste et député de la Corrèze, fief de la chiraquie qu'il entend bien mettre à mal lors des prochaines municipales et cantonales en mars prochain, François Hollande n'est pas tendre avec Jacques Chirac. Il reproche au président de se comporter en simple chef de parti.

Le procès en immobilisme fait au gouvernement par le chef de l'Etat est-il justifié ?

François Hollande. C'est un procès qu'il nous fait chaque année, à pareille époque, le temps des voeux, et qui au bout de quatre ans pourrait être lassant s'il n'était contredit par l'importance de notre bilan, notamment en matière d'emploi. Mais nous connaissons désormais le rite : c'est sa quinzaine. En janvier, il y a dans notre pays les soldes et les interventions de Jacques Chirac. J'ai le sentiment que les Français s'intéressent plus aux premières qu'aux secondes. Je dois même avouer que la répétition des salves à un rythme aussi accéléré, au prétexte de ne faire ni polémiques ni querelles, prête même à sourire. Il est toujours plaisant de se voir reprocher ce que nous n'avons pas fait depuis trois ans et demi. A savoir les erreurs du gouvernement Juppé : blocage de la croissance, amputation du pouvoir d'achat, augmentation du chômage, et j'en passe...

Vous vous interrogez donc sur l'utilité du président...

C'est une question qu'il devrait se poser. Chacun doit être utile à la place qu'il occupe dans la vie politique. Le gouvernement l'est par son action, les partis politiques doivent l'être par leurs propositions. Mais est-ce le rôle du chef de l'Etat dans nos institutions de se substituer à une opposition même désunie et atone. Pour parler clair : Jacques Chirac a mieux à faire que d'occuper le poste, certes prestigieux, de porte-parole de Michèle Alliot-Marie. Son utilité ne se mesure pas à sa capacité de nuisance.

Les sondages favorables à Lionel Jospin ne confortent-ils pas Jacques Chirac à poursuivre son " teasing " ?

D'abord, soyons prudents à l'égard des sondages sur la présidentielle. Nous sommes encore bien loin de l'échéance. Chacun sera alors jugé sur son bilan respectif et le respect de ses promesses. Et ce n'est pas en revêtant d'ores et déjà la tunique de candidat sous les habits de président de la République que Jacques Chirac parviendra à faire oublier sa propre responsabilité dans la conduite du pays de 1995 à 1997. Mais s'il a parfaitement le droit de partir en campagne et de chercher des noises au gouvernement, qu'il ait au moins la délicatesse de ne pas le faire au nom de l'intérêt général, mais au nom de son propre parti !

A quinze mois de la présidentielle, le gouvernement n'est-il pas tenté de ne pas engager les réformes qui fâchent ?

La question qui intéresse les Français est d'abord celle de l'emploi. Le gouvernement est-il immobile dans ce domaine ? La réponse est clairement non. Plus de 500 000 emplois ont été créés en 2000. Et le chômage a baissé de plus d'un million et demi de personnes depuis que nous sommes aux responsabilités. Avec la loi sur la modernisation sociale, nous allons poursuivre ce combat en luttant plus efficacement contre la précarité du travail.

2001 ne sera donc pas une année sabbatique pour la majorité...

Que le chef de l'Etat ait vécu un quinquennat sabbatique, c'est incontestable. Il est en effet immobile depuis la dissolution de 1997. Mais pendant que lui est dans cette situation, d'autres travaillent. Et le PS prépare déjà son projet pour l'avenir, pour 2002 et au-delà.

En attendant, le dispositif d'aide aux bas revenus fait tanguer le PS et la majorité plurielle...

Qu'il y ait débat sur ce sujet important est légitime dans un parti démocratique. Il n'a rien de théologique ou d'idéologique. Il n'y a pas d'un côté des mesures de droite et, de l'autre, des mesures de gauche. Il s'agit, quelle que soit la méthode adoptée, de redonner une dizaine de milliards de francs à des salariés payés jusqu'à 1,4 fois le Smic et d'amplifier cette prime de pouvoir d'achat en 2002 et 2003.

Mais Verts et communistes voulaient une augmentation du Smic...

Nos partenaires expriment leur point de vue, nous les entendons puis un choix est fait. Et dès lors qu'il s'agit de donner un supplément de pouvoir d'achat aux Français chacun considérera que la technique est secondaire et le résultat essentiel. Vous savez, entre nous, il n'y a pas comme à droite des pétitions pour savoir si on doit fusionner. Nous avons une forme de vie commune respectueuse de chacune des composantes et soucieuse de la cohérence d'ensemble. En ce début d'année, le climat de confiance au sein de la majorité plurielle n'a jamais été aussi serein qu'aujourd'hui.

Pas de scènes de ménage, même pour les municipales ?

Non. Nos bons résultats nous donnent l'envie collective de continuer ensemble.

De quoi rendre envieuse la droite ?

La droite est dans une telle confusion que je peux comprendre qu'Edouard Balladur rêve de fusion. Moi, je pense qu'elle va rester encore un certain temps dans l'infusion actuelle. Je ne m'en réjouis pas d'ailleurs pour la démocratie, même si je ne peux pas tout à fait m'en plaindre.

La mairie de Paris peut-elle devenir socialiste ?

Non. Paris ne sera pas socialiste. Le PS ne fera jamais main basse sur la capitale. La ville sera redonnée, avec Bertrand Delanoë et son équipe, aux Parisiens.

Et celle de Tulle, en Corrèze, où vous êtes candidat ?

Pourquoi ne pas gagner aussi ce que l'on a appelé le XXIe arrondissement de Paris ? A savoir la Corrèze. Elle a connu, elle aussi, le même système.

Pourquoi ce silence du PS sur l'affaire Jean-Christophe Mitterrand ?

Nous avons pour François Mitterrand un grand respect et une grande reconnaissance mais, pour autant, nous n'avons pas d'autre commentaire à faire. Nous n'avons pas à juger a priori qui que ce soit, quel que soit son patronyme. Que la justice travaille en toute indépendance, mais avec le souci de la présomption d'innocence. Pour cette famille comme pour toutes les autres.

Quand Danielle Mitterrand parle de " rançon " en évoquant la caution...

Je peux comprendre la douleur d'une mère.

Quant à l'affaire des marchés truqués d'Ile-de-France...

Je le répète ici. Nous sommes à la disposition de la justice pour livrer toutes les informations qui seront demandées sur le financement du PS de 1990 à 1996.

Propos recueillis par Bernard Mazières
Le Parisien du 11-01-2001

(Source http://www.parti-socialiste.fr, le 12 janvier 2001).

Rechercher