Déclaration de M. Jean-Pierre Masseret, secrétaire d'Etat à la défense, sur le putsch des officiers pendant la guerre d'Algérie et sur l'exigence morale de la carrière d'officier, Paris le 12 avril 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Masseret, secrétaire d'Etat à la défense, sur le putsch des officiers pendant la guerre d'Algérie et sur l'exigence morale de la carrière d'officier, Paris le 12 avril 2001.

Personnalité, fonction : MASSERET Jean-pierre.

FRANCE. SE à la défense chargé des anciens combattants

Circonstances : Clôture du 1er séminaire interarmées des grandes écoles militaires et remise du prix "Marc Flament", Paris le 12 avril 2001

ti : Merci mon général, je voudrais naturellement saluer les personnalités civiles et militaires qui partagent cette conclusion dans ce prestigieux " temple " de la Sorbonne.

Monsieur le gouverneur militaire de Paris,
Messieurs les officiers généraux,
Monsieur le ministre,
Mesdames, Messieurs

Durant une dizaine de jours, cela nous a été rappelé à l'instant, vous avez assisté à des tables rondes animées par des personnalités de haut niveau, vous avez participé à des travaux de réflexion et découvert l'environnement dans lequel évolue le ministère de la Défense. Ce 1er séminaire interarmées des grandes écoles militaires avait pour but d'enrichir votre culture de futurs officiers et de citoyens. La qualité et la spontanéité de vos interventions dans les débats - j'ai pu mesurer quelques-unes de ces interventions la semaine passée avec France Culture sur un sujet consacré à la féminisation dans les armées professionnelles - l'intérêt et l'ouverture d'esprit dont vous avez su faire preuve nous montrent déjà que l'objectif fixé est atteint.

J'ai le privilège aujourd'hui, en ce lieu prestigieux, de conclure ce séminaire et de m'adresser à vous qui avez embrassé la carrière des armes en affirmant votre vocation à devenir officier. Cette occasion m'est donnée à travers la remise du prix "Marc FLAMENT" grand photographe qui s'est illustré par ses reportages sur la guerre d'Indochine et d'Algérie. Le rappel de ce dernier conflit et la finalité de ce séminaire prennent pour moi, qui suis en charge du devoir de mémoire et du lien entre la nation et ses armées, une dimension toute particulière à quelques jours du quarantième anniversaire de l'échec du putsch d'ALGER. Cet événement exceptionnel dans l'histoire de notre pays a en effet marqué la rupture, provisoire, d'une partie de l'armée avec la nation.

Si je veux, quarante ans après les faits, revenir sur ces événements du passé c'est pour vous inviter à prolonger cette évocation par une réflexion sur la dialectique entre le devoir et l'honneur qui restent les fondements de votre vocation d'officier.

Il y a quarante ans, le 22 avril 1961, de hautes personnalités militaires ont défié la République pour tenter d'imposer leur vision politique sur la résolution de la question algérienne. Pour entraîner l'armée dans leur aventure, ils se sont arrogés le droit d'invoquer " le serment de l'armée de garder l'Algérie " alors même que le 8 janvier précédent un référendum avait apporté la preuve du large soutien de la nation française à la politique d'autodétermination préconisée par le chef de l'Etat. Ces officiers se sont crus libres de rejeter l'expression démocratique, se faisant forts d'obtenir par la force une solution conforme à leurs v¿ux. Ils ont essayé de forcer le respect de la discipline et de la hiérarchie militaire pour obtenir le soutien des autres unités militaires présentes en Algérie.

Face à eux se sont dressés d'autres officiers qui se sont opposés à leur tentative d'imposer leur volonté à la nation par la force. Je veux également souligner ici le rôle important joué par les militaires du contingent présents en Algérie qui ont refusé, au nom de la loyauté à la République d'obtempérer aux ordres des putschistes. Ils ont ainsi démontré que le respect de la discipline n'exclut pas le devoir de désobéissance face à un ordre illégal. Ainsi lorsque le chef de l'Etat s'adresse à la nation le soir du 23 avril 1961, il exhorte l'armée à ne pas suivre ceux qui se sont, en dehors de toute légalité et légitimité, érigés comme leurs chefs.

Cette évocation d'événements tragiques pour notre pays vous rappelle que la discipline et l'obéissance sont indispensables à l'usage de la force et au métier des armes mais ne vous privent pas de votre responsabilité de citoyen et du respect des lois de la République et des valeurs universelles qu'elle incarne. Cette responsabilité vous est rappelée aujourd'hui dans les textes et règlements qui guideront votre action. Mais plus que dans les textes, face aux situations extrêmes auxquelles vous pouvez demain être confrontés, vous trouverez la voie à suivre dans la conviction de votre responsabilité personnelle d'homme et de citoyen dans vos actes de chefs.

Les auteurs de la tentative de putsch de 1961 ont invoqué à tort " le serment de l'armée " et se sont égarés car c'est au service de la République française que la nation avait confié à ces officiers la maîtrise des armes. Là est le véritable honneur, dans cette confiance que la nation manifeste à ses soldats en leur déléguant l'usage de la force légitime. Permettez-moi ici de citer la proclamation de Victor Hugo adressée à l'armée en décembre 1851 : " il y a deux choses saintes : le drapeau national qui représente l'honneur militaire et la loi qui représente l'honneur national. Soldats ! Le plus grand des attentats, c'est le drapeau levé contre la loi. "

A travers l'exemple de ce propos, qui peut vous paraître bien grave, je voulais vous montrer, en conclusion de ce séminaire où vous avez pu mesurer l'importance de votre place dans l'Etat et la nation, combien était grande l'exigence morale de votre carrière d'officier. Vous avez choisi le métier des armes et aspirez à en exercer les plus hautes responsabilités. Vous avez choisi de servir votre pays, la République, la démocratie qu'elle incarne. Demain, l'exercice de vos responsabilités dans les situations extrêmes et complexes que l'emploi de la force armée peut vous amener à connaître, plus encore aujourd'hui qu'hier, pourra vous confronter à ce qui pourra vous apparaître comme une contradiction entre le devoir et l'honneur. Puissiez-vous alors guider votre conduite sur cette conviction qui doit être la vôtre : votre devoir et votre honneur sont de servir la République française et les valeurs universelles dans lesquelles elle se reconnaît.

Je déclare clos le premier séminaire interarmées des grandes écoles militaires.

REMISE DU PRIX MARC FLAMENT

La dimension civique de l'institution de défense se traduit par plusieurs modes d'expression artistiques : expression littéraire, expression photographique, expression cinématographique.

Ainsi, lors de l'ouverture de votre séminaire, le ministre de la défense, Alain RICHARD, remettait le prix des libres réflexions d'Armées d'aujourd'hui.

On va récompenser les cinq lauréats du prix de la photographie Marc FLAMENT. Ce prix honore le travail de photographes professionnels ou amateurs, civils ou militaires qui nous apporte un regard concret et personnel sur les actions des armées et sur les hommes et les femmes qui les composent.

Acteurs engagés de l'image, ils sont les héritiers de Marc FLAMENT qui à travers ses travaux symbolise une certaine éthique de la photographie au service de l'Histoire et des histoires d'hommes et de femmes inconnus dont les actions incarnent le courage, la solidarité, le service de l'autre.

En raison du succès de ce prix, le ministre de la défense, Alain Richard, a souhaité lui conférer, pour sa sixième édition, une dimension européenne et l'a baptisé " regards européens sur la défense ". Ainsi pour la première fois plus d'une trentaine de candidats citoyens de l'Union européenne sur l'ensemble des 150 concurrents ont soumis leurs travaux aux membres du jury ; Pour la première fois également une nouvelle catégorie, " regards citoyens ", récompense des photographes amateurs.

Pour remettre le prix, j'ai l'honneur d'appeler maintenant Monsieur Robert Jean SEGUIN, président de l'Association pour la promotion de l'image et président du jury, à me rejoindre pour remettre leurs prix aux lauréats.

Je vous souhaite une bonne carrière au service de la République.



(source http://www.defense.gouv.fr, le 17 avril 2001)

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