Déclaration de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur les sciences du vivant, les groupements d'intérêt scientifique, Paris le 12 avril 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur les sciences du vivant, les groupements d'intérêt scientifique, Paris le 12 avril 2001.

Personnalité, fonction : SCHWARTZENBERG Roger-gerard.

FRANCE. Ministre de la recherche

Circonstances : Installation du nouveau comité de coordination des sciences du vivant au Collège de France le 12 avril 2001

ti : Mesdames et Messieurs


Je suis très heureux d'être parmi vous aujourd'hui pour installer le nouveau Comité de Coordination des Sciences du Vivant, un Comité aujourd'hui largement renouvelé. Je souhaite immédiatement la bienvenue parmi nous à ses nouveaux membres, et vous remercie tous par avance du travail important que vous allez consacrer au travail à venir.

Le CCSV a été installé pour la première fois le 18 septembre 1998, avec pour missions:

Evaluer les actions soutenues par le Fonds National pour la Science

Proposer de nouvelles actions concertées incitatives, les ACI 3

Animer la coordination entre les organismes de recherche dans le domaine des Sciences du Vivant.

En effet, la recherche biologique en France est assurée par de nombreux organismes publics (EPIC ou EPST comme le CNRS, l'INSERM, l'INRA, le CEMAGREPH, le CEA, le CIRAD, l'IRD, l'Institut Pasteur, l'INRIA, l'IFREMER...) auxquels s'ajoutent, naturellement, les Universités.

Je tiens à rendre hommage à Madame le Professeur Nicole Le Douarin, Secrétaire Perpétuelle de l'Académie des Sciences, pour le remarquable travail accompli au cours des deux années et demie de fonctionnement du CCSV, et à remercier le Pr Michel Lazdunski, récemment honoré par la Médaille d'Or du CNRS, d'avoir accepté de prendre cette difficile succession.

Les Actions Concertées Incitatives

Comme vous le savez, le gouvernement a inscrit les sciences du vivant parmi les priorités de la recherche dès le premier CIRST de Juillet 1998.

La création du CCSV fait partie des moyens pour mettre en ¿uvre cette politique. J'ai indiqué, dès mon entrée en fonction il y a un an, à quelques jours près, que j'entendais conserver cette priorité et lui donner un nouvel élan.

J'ai en particulier insisté sur l'importance de l'analyse du "post-génome", et indiqué tout l'intérêt que je porte aux aspects intégrés de la biologie.

De fait, l'une de mes toutes premières actions dans ce ministère a été, sur votre proposition, d'initier un nouveau chapitre du FNS en créant l'ACI Biologie Intégrative. Après l'analyse moléculaire, qui va nous conduire très prochainement à connaître la totalité de la séquence de notre patrimoine génétique, ainsi que de celui de nombreuses espèces animales et végétales, nous allons effectuer un retour vers la physiologie, une science née en France au début du 19ème siècle avec François Magendie et développée par les pionniers de la médecine expérimentale, en particulier Claude Bernard. Après l'analyse des pièces du puzzle du vivant, c'est un retour vers la complexité qui s'opère. A cet égard, le système nerveux paraît le plus complexe de tous: c'est pourquoi j'ai souhaité renforcer le dispositif de recherche en neurosciences, qui permettra de nouvelles approches.

Chacun de nos comportements reflète une fonction du cerveau. L'esprit, la pensée, la conscience peut être, sont des aspects de l'activité cérébrale, comme le sont les actions de courir, de sourire, d'apprendre ou de souffrir. Inversement, les troubles des émotions, de la pensée, ou des fonctions perceptives et motrices, caractérisent les maladies psychiatriques et neurologiques et résultent de lésions, fonctionnelles ou organiques, du cerveau. Quelles règles lient l'anatomie et la physiologie du cerveau aux actions de percevoir ou d'agir ? Cette frontière, peut-être ultime, de la connaissance de l'homme par lui-même est l'un des enjeux majeurs de la science.

Les ACI représentent l'une des façons pour le Ministère de la Recherche d'afficher clairement la priorité stratégique donnée à une discipline ou à un champ disciplinaire.

Le principe des ACI est d'apporter une impulsion, une stimulation forte à l'innovation scientifique dans un domaine précis, mais limitée dans le temps : l'action initiée par cette méthode devra, en effet, trouver son épanouissement dans les cadres institutionnels classiques. D'importants efforts ont été consacrés à la génomique, et ces efforts vont être poursuivis car nous n'en sommes qu'au tout début des connaissances issues du génome. Nous aurons à intensifier notre action en faveur des différents aspects de la biologie moléculaire : génomique fonctionnelle, transcriptome et protéome. Nous travaillons actuellement à la structuration institutionnelle de ces disciplines, qui allient de plus en plus science et développement technologique. Mais, dès à présent, nous devons aller de l'avant et amorcer le grand bond vers la physiologie moderne.

C'est donc sur la base du rapport que le CCSV a établi en juillet 1999 que j'ai initié le nouveau chapitre "Biologie Intégrative" dès le 4 Juin 2000, en créant les ACI Biologie du Développement et Physiologie Intégrative, présidées par le Dr. Daniel Louvard et dotées chacune d'un responsable : le Dr Christo Goridis pour l'action concernant le développement, et le Dr Jean Girard pour les aspects de biologie intégrative. En 2000, j'avais inscrit un budget de 10 MF pour chaque action.

Ce budget a été porté en 2001 à 15 MF pour tenir compte en particulier d'un appel d'offre spécifique consacrée aux cellules souches.

L'intention de cet appel d'offre est de développer les connaissances qui nous conduirons vers l'application de la médecine régénératrice en particulier au système nerveux. En effet, l'existence de cellules souches totipotentes dans le cerveau adulte ouvre de grands espoirs pour le traitement de plusieurs maladies neurologiques, dont la sclérose en plaque, la sclérose latérale amyotrophique, la maladie d'Alzheimer et la maladie de Parkinson.

Ces deux premières actions dans le domaine de la physiologie ouvrent la voie à la compréhension des mécanismes qui fondent la construction de l'individu, et nous engagent sur les chemins inexplorés d'une "physiopathologie en temps réel", grâce à l'étude des animaux transgéniques.

Je souhaite que l'ACI Neurosciences Intégratives et Computationnelles dont le Conseil Scientifique, que j'ai installé le 4 avril 2001, est présidé par le Dr. Jean Bullier et dirigé par le Pr. Alain Berthoz, s'inscrive en complément des actions déjà existantes. Je serais d'ailleurs heureux que des colloques communs soient envisagés afin de confronter les résultats des équipes soutenues par l'une ou l'autre action. Peut-être, Mr Lazdunski, pourriez-vous vous saisir de ce nouveau sujet donnant matière à "coordination" ?

En sélectionnant ces projets vous avez une double mission. D'une part bien sûr, financer une nouvelle approche. Je souhaite que vous ayez le courage d'indiquer aux responsables des ACI de ne financer qu'un petit nombre de projets, et que vous donniez ainsi à chaque projet, et à chaque équipe qui le porte, des moyens véritables pour le mener à bien. Il ne me paraît pas raisonnable d'accorder moins de 500 KF (75K euros) par projet, plus s'il le faut, vous en êtes juges. D'autre part, favoriser la structuration de la recherche en réseaux, et encourager la formulation d'une même demande par plusieurs groupes travaillant sur un même site.

Ces ACI sont en général prévues pour quatre ans. Vous vous êtes, avec une grande efficacité, consacrés à les susciter et à leur fournir l'impulsion nécessaire. Il vous restera - et c'est l'une des tâches essentielles qui vous ont été confiées - à évaluer leurs résultats et à préparer la future prise en charge de leur thématiques au sein des grands organismes.

Coordonner les efforts de recherche

Votre troisième axe de travail, en effet, consiste à améliorer la coordination de notre effort de recherche en sciences de la vie. Vous y avez particulièrement réussi et il s'agit, ici encore, d'un mécanisme que je souhaite renforcer.

Votre Comité a été, et doit rester, un organe exceptionnel de communication entre les responsables des grands organismes de recherche (EPST et EPIC) et des universités, et des scientifiques venus vous livrer leur expertise sur un domaine précis.

Il a pris la forme d'une structure de coordination opérationnelle, le RIO (pour Réunions Inter-Organismes) avec la participation initiale du CNRS, de l'INSERM, de l'INRA et du CEA. Ces réunions ont permis aux directions d'organismes d'étudier les modalités pratiques de mise en ¿uvre de vos recommandations, parmi lesquelles je citerai en exemples les thèmes des animaleries, des "biopuces", des thérapies humaines, de la mise en place de Comités d'Ethique et Expérimentation Animale. Sur ce dernier sujet, je souhaiterais d'ailleurs pouvoir prendre rapidement un certain nombre de dispositions précises, et j'attends de votre part des propositions concrètes.

Cette coordination de la recherche, que le Comité anime méthodiquement depuis 1998, constitue un modèle que je souhaite voir développer à travers la création de Groupements d'intérêt Scientifique, les GIS.

Ainsi, lors de votre séance du 27 octobre 1999, avez vous examiné la possibilité de créer un GIS "Bureau de la Biodiversité", et une ACI Biodiversité. Et, de fait, nous avons pu créer le premier, dont vous êtes, Mr le Pr Barbault, l'un des moteurs, et dont l'INRA assure maintenant la gestion. Je profite de cette occasion pour vous indiquer que j'ai mené une action énergique afin que notre pays puisse faire partie des fondateurs du Centre international d'information sur la biodiversité, le GBIF - ce qui s'est réalisé le 13 mars 2001.

Votre méthode d'animation de la recherche a donc fait des émules.

· L'exemple du GIS "Infections à prions"

Je prendrai, comme premier exemple, l'action maintenant bien connue concernant les maladies à prions. Un colloque récent tenu conjointement par l'Académie des Sciences française et l'Académie de Médecine britannique a constitué la première manifestation scientifique soutenue par le GIS "Infections à prion " que j'ai créé fin 2000 et installé officiellement le 24 janvier 2001. La capacité de travailler ensemble acquise au sein du RIO, et la souplesse de la convention GIS, ont permis de constituer cette structure et de la rendre opérationnelle en un temps record.

A ma demande, le Gouvernement français avait décidé, le 14 novembre 2000, le triplement des moyens publics consacrés à la recherche sur les ESST et les prions : ceux-ci passent de 70 MF en 2000 à 210 MF en 2001. Ces crédits permettront de poursuivre les objectifs suivants : renforcer les laboratoires de recherche sur les tests ; construire et aménager des animaleries et des banques de tissus infectés ; construire et aménager des laboratoires pour les recherches thérapeutiques sur l'homme ; recruter du personnel supplémentaire dans les organismes de recherche (120 chercheurs, ingénieurs et techniciens, dont 100 dès cette année). J'ai installé officiellement le Comité Directeur du GIS "Infections à Prions" seulement 10 semaines après la décision de le créer.


Le Conseil scientifique, composé de quinze membres dont trois étrangers (un Américain, Paul Brown, un Suisse, Klaus Wutricht, et un Belge, Arsène Burni), est opérationnel depuis le 6 mars et a élu Dominique Dormont à sa présidence. Le premier appel d'offres portant sur les animaleries protégées a été longuement analysé par le conseil scientifique le 30 mars.

Hier soir, le Comité Directeur du GIS s'est réuni pour déterminer le résultat final de cet appel d'offre, et je puis dès à présent vous donner quelques indications précises.

19 projets ont été analysés (certains n'ont pu l'être car ne répondant pas aux critères de l'appel d'offre). 7 projets ont été rejetés. 11 projets ont été classés en A+, catégorie d'excellence, et un projet en A, c'est-à-dire considéré comme intéressant mais demandant à être amélioré. Nous avions indiqué dès l'origine au Conseil Scientifique qu'il aurait un rôle de "porteur de projet", et c'est bien ce qu'il fera avec ce dernier projet qui concerne plus particulièrement la maladie humaine.

L'ensemble des CP engagés dès cette année sur cet appel d'offre sera de 67 MF en frais de construction, et 1,5 MF en frais de personnel. Les études et la réalisation des projets pourront commencer dans les jours qui viennent. Au total, ces infrastructures représenteront un investissement de près de 100 MF, auquel s'ajoute la rémunération de 27 ITA et 6 Post-doctorants. Et, dès à présent, le prochain appel d'offre concernant, cette fois, les travaux de recherche, est prêt et vous pouvez le consulter dès aujourd'hui sur le site web du ministère.

· Je prendrais un second exemple : l'Institut de la longévité

Vous savez certainement que, sur une proposition initiale du Pr E. Baulieu qui est venu vous présenter son projet, et auquel vous avez fait semble-t-il bon accueil, j'envisage la création d'un Institut de la Longévité, sous la forme d'un Institut sans murs, un Groupement d'Intérêt Scientifique. Un groupe de préfiguration, comprenant Jacques Epelbaum et Jean Mariani pour les neurosciences, Pierre Tambourin et Daniel Cohen pour la génomique, Jacques Demongeot pour la technologie, Henri Leridon pour les Sciences Humaines et Sociales, aideront le Pr. Baulieu dans la préparation de propositions concrètes qu'il doit me remettre en juin prochain. A la suite d'un séminaire de travail qui a réuni le 7 mars dernier une quarantaine de chercheurs au siège de l'INSERM, trois axes de recherche ont été privilégiés :

la génétique de la longévité et des maladies multifactorielles, afin de comprendre les facteurs génétiques de la longévité et de prévenir des affections comme le diabète ou les dégénérescences rétiniennes qui minent la qualité de vie des personnes âgées ;

la physiologie du sujet âgé : métabolisme des médicaments, éléments de galénique et de pharmacocinétique, développement des connaissances issues des neurosciences intégrées qui permettent de comprendre les troubles moteurs et de l'équilibre associés au vieillissement;

les applications des nouvelles technologies à la prise en charge des personnes âgées : télémédecine, appartements intelligents, etc¿

Les Sciences du Vivant restent plus que jamais une priorité

En ce qui concerne le budget 2002, nous sommes aujourd'hui au tout début des discussions, et je ne peux donc encore vous dire précisément ce que nous obtiendrons. Mais il est clair que j'espère poursuivre l'augmentation substantielle des dotations des laboratoires dans le domaine qui est le vôtre.

Je vous rappelle que nous engageons cette année près de 15 milliards dans les sciences du vivant dont 9 milliards de francs dans la recherche biomédicale, et environ 2 milliards en Neurosciences. Les budgets des laboratoires augmentent de 10 % en moyenne, avec un record à l'INSERM où la dotation de fonctionnement de base a été augmentée de 16 %.

De plus, j'ai engagé dès à présent la gestion pluriannuelle pour l'emploi scientifique qui devrait nous permettre de recruter aujourd'hui les jeunes chercheurs brillants et bien formés que nous possédons, sans les faire attendre des années, au risque de perdre les meilleurs. 305 postes de chercheurs et de techniciens ont été créés cette année, ce qui va permettre une campagne de recrutement de chercheurs : par exemple, à l'INSERM, 105 postes seront créés contre 62 en 2000. La campagne de recrutement sera également très bonne au CNRS.

Je terminerai par une dernière demande : que vos réflexions et que votre action de coordination ne se limite pas strictement à ce qui se passe dans les laboratoires.

Il est urgent, en effet de rapprocher science et société. Il faut "repolitiser la science", c'est-à-dire lui faire retrouver sa place dans la Cité, dans le débat civique et politique. Comme il importe en démocratie.

La démocratie ne peut s'arrêter aux portes de la science et de la technologie. Les citoyens ne veulent plus qu'on évacue du débat politique ce qui relève des sciences et des techniques. Ils veulent avoir leur mot à dire. Bref, ils veulent davantage de démocratie.

Leur attention se porte très légitimement vers des questions essentielles comme les applications de la génomique et de la post-génomique, les thérapies géniques et cellulaires, les recherches sur les cellules souches embryonnaires, l'ESB et la maladie de Creutzfeldt-Jakob, les OGM, l'effet de serre ou le devenir des déchets radioactifs.

Pour que la science redevienne citoyenne, il faut établir le tryptique information-débat-décision. Ce qui est en jeu, c'est le droit de savoir et de débattre, pour disposer du pouvoir de décider.

Nos concitoyens doivent être pleinement et loyalement informés des avancées, mais aussi des incertitudes de la recherche scientifique, pleinement et loyalement informés de ses enjeux. Je souhaite donc une action coordonnée des chercheurs également dans ce domaine.


(Source http://www.recherche.gouv.fr, le 23 avril 2001)

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