Conférence de presse conjointe de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, et de M. Laurent Fabius, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, sur les relations et la coopération entre l'Union européenne et la Russie, la présence du président Poutine au Conseil européen et la situation en Macédoine et en Tchétchénie, Stockholm, le 23 mars 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse conjointe de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, et de M. Laurent Fabius, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, sur les relations et la coopération entre l'Union européenne et la Russie, la présence du président Poutine au Conseil européen et la situation en Macédoine et en Tchétchénie, Stockholm, le 23 mars 2001.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Réunion du Conseil européen, à Stockholm, le 23 mars 2001

ti : (...)

Mesdames et Messieurs, quelques indications brèves sur deux autres sujets.

D'abord je crois qu'on peut dire qu'en répondant positivement à l'invitation du Premier ministre suédois le président Poutine a montré la grande importance qu'il accorde aux relations entre la Russie et l'Union européenne et que la façon dont il a abordé cette relation, notamment sur le plan économique, montre que c'est pour lui une relation à long terme, stratégique, fondamentale pour toute politique de modernisation de la Russie. Je dirai que, étape après étape, aussi bien dans les contacts entre le président Poutine et tel ou tel pays européen qu'entre la Russie et l'Union européenne en tant que telle, les choses progressent dans le sens des orientations que nous avions proposées, Laurent Fabius et moi-même, dans une lettre commune sur ce que peut être une politique à long terme de l'Union européenne envers la Russie, accompagnant une politique de modernisation, intégrant la nécessité pour la Russie de mettre en oeuvre réellement tous les principes de l'économie de marché mais en même temps réintroduisant dans le raisonnement l'idée qu'il faut pour cela un Etat véritable, démocratique bien sûr, mais moderne et efficace et qui remplisse les fonctions de tout Etat. Ce sont ces différents éléments qui progressivement, rendez-vous après rendez-vous, sont en train de constituer la base d'une nouvelle politique européenne par rapport à la Russie et on voit à chaque fois que le président Poutine se met sur un terrain de ce type - parce qu'on peut discuter naturellement des moyens employés en Russie et de la politique russe, mais on voit bien que cette question de la modernisation est au centre de tous leurs soucis.

C'était une remarque sur la venue du président Poutine.

Ma deuxième remarque porte naturellement sur la Macédoine, pour dire que ce Conseil européen est une nouvelle occasion d'une expression politique forte de l'Union européenne, liée à un certain nombre de choses ces derniers jours. Je n'y reviens pas, vous l'avez suivi à la fois par beaucoup de visites sur place de ministres européens et par les déclarations du Conseil Affaires générales. Mais là c'est le Conseil européen proprement dit qui manifeste à nouveau sa position, c'est-à-dire une fermeté unanime dans le refus de la violence, employée par certains groupes de terroristes albanais, dans le refus de voir remises en cause les frontières par ces moyens de violence. Aucun groupe albanais, aucun groupe de terroristes ne peut aujourd'hui spéculer sur une faiblesse quelconque, une complaisance quelconque, une ambiguïté quelconque de la part de l'Union européenne ou de la part de l'Alliance atlantique. D'ailleurs on a vu les décisions qui ont été prises en ce qui concerne le rôle et le renforcement de la KFOR, l'autorisation qui a été donnée à l'armée yougoslave de revenir dans une partie de la zone de Presevo. On a vu les aides bilatérales qui ont été accordées à l'armée macédonienne, notamment l'envoi de ce qu'on appelle des drones de la part de la France, sur un plan bilatéral mais d'autres ont également agi.

Le deuxième élément fort de ce message c'est une invitation aux autorités politiques de la Macédoine de traiter par des moyens politiques, normaux, la partie légitime des demandes de la communauté albanaise de Macédoine, ce qui n'a pas de rapport avec l'action de ces groupes venus du Kosovo et de Presevo et qui essayent d'agir maintenant en Macédoine. Il y a des questions d'ordre culturel par exemple, ou social ou autre, qui sont légitimement posées par la communauté albanaise de Macédoine et le Conseil européen, à travers différentes interventions, suite à ce qu'est venu dire tout à l'heure le président Trajkovski, l'a incité à agir sur ce plan. C'est un point qui sera réabordé tout à l'heure lors du dîner, où seront également abordées d'autres questions comme celle du Proche-Orient. Et le Conseil européen, sur la question de la Macédoine, adoptera tout à l'heure un texte.

(...)

Je précise que du côté des ministres des Affaires étrangères le déjeuner avec M. Ivanov, le ministre russe, a porté sur les Balkans.

Q - Une question sur la Macédoine. Pensez-vous que l'armée macédonienne fait un usage excessif de la force quand elle bombarde des zones où habitent des civils ?

R - L'armée macédonienne est confrontée à une situation difficile qui n'a pas été déclenchée par ses propres actions mais par des actions terroristes délibérées, appliquant les règles du terrorisme, c'est-à-dire d'agir à partir de zones où il est difficile de répliquer. Donc c'est tellement compliqué que je m'abstiendrai de porter un jugement sur ce que fait l'armée macédonienne. D'autant que nous souhaitons tous que la Macédoine puisse reprendre le contrôle de la situation, sans doute en utilisant le moins possible la force mais enfin, les Macédoniens sont confrontés à une situation de force délibérée qui est provocatrice et dangereuse par rapport à la Macédoine elle-même. Il faut donc comprendre cette situation dans laquelle ils sont. J'espère que tout cela pourra être contrôlé sans escalade.

(...)

Q - A propos de la Tchétchénie ou plus exactement de la visite de M. Poutine. D'abord pensez-vous que c'était une bonne idée que d'inviter M. Poutine lors de ce sommet européen ? On a eu l'impression que certains chefs d'Etat étaient un peu mis devant le fait accompli. Est-ce que d'une manière générale il faudrait recommencer cette opération, c'est-à-dire inviter à peu près systématiquement M. Poutine ? D'autre part, avez-vous l'impression que les engagements pris par M. Poutine, notamment vis-à-vis de la Tchétchénie, étaient autre chose que des engagements démocratiques très rituels en quelque sorte ?

R - Il faut juger les engagements à la façon dont ils sont tenus. Je ne peux pas faire d'autres commentaires que ceux que vous pouvez faire par rapport à ce qui est annoncé. Quant à la Tchétchénie vous connaissez notre analyse et notre souhait de voir la Russie trouver en elle-même les moyens de traiter cette question autrement que la façon dont elle a été traitée depuis l'origine, ce qui ne conduit pas à une solution, on le voit bien. Quant à l'invitation de M. Poutine, je n'ai pas entendu parler d'un projet d'invitation systématique, contrairement à ce que vous dites. Il était invité cette fois-ci par le Premier ministre suédois, les autres dirigeants européens ont apprécié, je crois, cette rencontre. Je disais tout à l'heure qu'elle a été l'occasion d'un certain nombre d'échanges que je crois, sur le fond, utiles et positifs sur ce que doit être dans la durée la relation Russie/Union européenne notamment dans la dimension économique/modernisation. Donc ça s'est avéré utile.

Q - Monsieur Védrine, pouvez-vous donner votre réaction à la comparaison que M. Poutine a faite entre la Macédoine et la Tchétchénie d'il y a quelques années ?

R - J'ai toujours pensé qu'il n'y avait jamais deux crises comparables.

Q - Avez-vous été intéressé par son "conseil", en filigrane, que l'on pouvait entendre tout à l'heure en tout cas en conférence de presse, d'intervenir ? Il a expliqué que la seule solution c'était d'éradiquer les terroristes, sinon les placer devant les tribunaux, et que si ça n'avait pas été fait en Tchétchénie il serait en bien plus mauvaise posture aujourd'hui. Et il considérait qu'en Macédoine on pourrait peut-être faire pareil. En tout cas c'était ce qui apparaissait en filigrane.

R - Oui. Même s'il n'y a pas deux crises comparables je ne pense pas qu'on puisse invoquer les résultats en Tchétchénie comme modèle à suivre où que ce soit. Mais ça ne fournit pas non plus, ni par comparaison ni à contrario une solution miracle sur la question de la Macédoine et sur la question albanaise, qui restent compliquées et pour lesquelles l'Europe a une approche qui me paraît la bonne.

(...)

Q - Monsieur Védrine, le Proche-Orient est aussi au menu du dîner ce soir. M. Solana va partir demain dans la région, partira-t-il avec une position européenne commune ? Si oui, quelle est-elle ?

R - Puisque c'est à l'ordre du jour du dîner, le mieux c'est qu'on vous réponde demain, après le dîner. Il y a forcément une position européenne commune et M. Solana partira forcément sur la base d'une position commune. Mais pour la détailler je vous renvoie à après le dîner./.


(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 28 mars 2001)

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