Déclaration de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur le développement des technologies de l'information, Paris le 26 avril 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur le développement des technologies de l'information, Paris le 26 avril 2001.

Personnalité, fonction : SCHWARTZENBERG Roger-gerard.

FRANCE. Ministre de la recherche

Circonstances : Premier colloque du réseau national de recherche et d'innovation en technologies logicielles, à Paris le 26 avril 2001

ti : Je suis très heureux de retrouver une fois de plus mon collègue Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'Industrie, pour traiter de l'avenir d'un domaine auquel nous ¿uvrons ensemble, et pour lequel nous avons décidé d'unir nos forces.
Le développement des technologies de l'information est l'une des priorités du Gouvernement. Il représente aujourd'hui plus de 6% du PIB français, et constitue l'un des principaux gisements d'emplois pour notre pays.
L'importance stratégique de la recherche dans ce domaine a été reconnue par le Conseil Interministériel pour la Recherche Scientifique et Technologique dès juin 1999. Au mois de juillet 2000 j'ai souhaité, à l'occasion du Comité Interministériel pour la Société de l'Information, en renforcer encore le potentiel, notamment en augmentant de 50%, dès 2001, les crédits d'intervention directs du ministère de la recherche consacrés à ce secteur. Les moyens des laboratoires de recherche (INRIA et CNRS en particulier) s'accroissent également de manière significative.

L'investissement en recherche et développement, public et privé, consacré aux TIC, incluant télécommunications et informatique, est maintenant passé en France au tout premier rang, devant l'automobile ou l'aéronautique.
Dans cette industrie très particulière, où les coûts de production restent relativement faibles, favoriser l'innovation nécessite non seulement l'entretien d'une recherche dynamique, mais aussi la rapidité du passage de la recherche fondamentale à l'entreprise : c'est ce que permet l'adoption d'une logique de réseaux. Ceux-ci permettent de relier de façon souple les différents acteurs (laboratoires de recherche publics et industriels), d'évaluer et de sélectionner conjointement les projets sur des thématiques prioritaires également définies en commun.
Depuis 1997, quatre réseaux ont été créés dans ce secteur : le Réseau National de Recherche en Télécommunications (RNRT), qui concerne les infrastructures réseaux, le Réseau des Micro et NanoTechnologies (RMNT), qui travaille sur les composants, le Réseau National de recherche et d'innovation en Technologies Logicielles (RNTL) consacré aux logiciels, et enfin le dernier-né, le Réseau pour la Recherche et l'Innovation en Audiovisuel et Multimédia (RIAM), que nous avons lancé il y a deux mois en compagnie de Catherine Tasca et de Christian Pierret.
Je me réjouis à cette occasion que, grâce au travail du Comité de pilotage de ce dernier réseau, son appel à projets puisse être lancé dès demain.

Nous avons donc parachevé la mise en place d'un dispositif complet dans le cadre de la convergence Informatique - Télécommunications - Audiovisuel. Si chacun des réseaux conserve sa spécificité, leur complémentarité entraîne un "effet réseau" démultiplicateur, capable de susciter et de soutenir des initiatives dans l'ensemble du champ des technologies des télécommunications, des composants, du logiciel et du multimédia - ainsi que de leurs usages.

Un an après sa création sous l'égide conjointe du secrétariat à l'Industrie et du ministère de la Recherche, le RNTL organise ce premier colloque. Il permettra de dresser le bilan des actions engagées et, conformément à sa vocation, d'animer la réflexion, avec tous les partenaires concernés, sur les enjeux technologiques et stratégiques du secteur des logiciels.

La première année de fonctionnement du réseau fait apparaître des résultats très positifs
Je rappelle que le RNTL s'est vu doter, la première année, d'un budget de 180 MF, qui a été porté à 235 MF en 2001. Cette nette augmentation répond au succès obtenu par le premier appel à projets, et par la création simultanée de plates formes ouvertes.

L'action du réseau en faveur des recherches coopératives s'organise autour d'un appel à propositions annuel qui débouche sur une sélection par le comité d'orientation. L'appel à projets 2000 a rencontré un large écho auprès des professionnels en technologies logicielles de l'industrie et de la recherche publique. Près de 140 projets, correspondant à plus de 300 participations, ont été recueillis : 123 émanaient de laboratoires publics, 148 de PME, et 52 de grands groupes distincts. 45 d'entre eux ont été labellisés. Le ministère de la recherche contribue à hauteur de 85 MF au soutien de ces premiers projets.
Cette forte mobilisation s'est accompagnée d'une bonne répartition géographique, et de nombreuses régions se sont impliquées : Ile-de-France, Rhône-Alpes, Bretagne, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Lorraine, Pays de Loire, Nord Pas-de-Calais, Aquitaine. On note par ailleurs une large représentation des secteurs industriels : aéronautique et spatial, automobile, défense, énergie, informatique, jeux, télécoms, transport maritime. La diffusion des STIC au sein de tous les autres secteurs économiques se trouve ainsi largement confirmée.

Un autre résultat très important des réseaux a été la mise en place de plate-formes ouvertes (aux laboratoires publics et aux industriels du secteur), dont deux exemples vous seront présentés tout à l'heure. Ces plate-formes permettent à d'autres projets de recherche et développement, notamment de services, de bénéficier d'infrastructures (logicielles et télécoms) émergentes.
C'est le cas de la plate-forme PERF-RV (PlatE-foRme Française de Réalité Virtuelle, bureau d'étude du futur), qui se consacre aux enjeux de la réalité virtuelle. L'objectif de ce projet est d'offrir un cadre de recherche et de développement, basé sur des dispositifs de réalité virtuelle interactifs et immersifs, pour répondre aux besoins industriels de réduction du temps de développement, du coût de l'industrialisation des produits à commercialiser, ainsi que des coûts de formation et de maintenance associés.

C'est aussi le cas du projet SALOME (Simulation numérique par Architecture Logicielle en Open source et à Méthodologie d'Evolution), qui définit une architecture logicielle sur des composants réutilisables pour construire une plate forme générique de liaison CAO-CALCUL (CAO = Conception Assistée par Ordinateur) à base de logiciel libre pour la simulation numérique. Réalisation encore unique en son genre, ce projet vise à améliorer la diffusion des logiciels de simulation numérique développés en France, en leur apportant une interface utilisateur générique, conviviale et efficace, qui facilite la réduction des coûts et délais de réalisation des études.

Le RNTL, qui est un réseau encore jeune, a donc réalisé ses premières ambitions avec une grande efficacité. Le succès déjà remporté est largement dû à l'implication des différents experts sollicités et aux services de nos ministères - que je tiens ici à remercier. Nous devons cependant veiller à améliorer sans cesse notre action, comme nous avons souhaité le faire pour le programme IST au sein du PCRD. Le domaine d'intervention du RNTL est en effet un secteur où, compte tenu de la concurrence et des enjeux, la réactivité est essentielle.

Nous souhaitons que l'engagement du RNTL s'accentue encore pour l'année 2001
Dans le contexte international, la compétition sur les STIC ne cesse de s'accentuer. Les Etats-Unis y consacrent une part très significative de leur effort de recherche - y compris fondamentale. Le secteur du logiciel est une de leurs premières priorités, les méthodes actuelles de développement étant considérées comme encore insuffisamment productives et fiables pour faire face à une demande croissante.

Outre l'effort financier accompli par les Pouvoirs publics, plusieurs directions doivent encore être creusées : les résultats de l'appel à projets 2001, qui vous seront communiqués en détail dans quelques instants par Gérard Roucairol, donneront lieu, au cours de ce colloque, à un approfondissement de la réflexion sur les directions de recherche à privilégier ; le soutien de la recherche aux entreprises, tant PME/PMI que grands groupes, ainsi que l'articulation du RNTL avec les autres réseaux devront être renforcés.
L'expérience de l'année 2000 a permis de mieux définir les grandes orientations de l'appel à projets 2001. En prenant en compte les enjeux des industries concernées et ceux mis en évidence par le rapport "Internet du Futur" établi par le RNRT, l'appel a été préparé sur la base des réflexions menées par six groupes de travail. Cinq objectifs ont été définis : anticiper sur la technologie des composants logiciels et les architectures d'intégration ; étendre les systèmes d'information industriels et commerciaux via Internet ; interagir via une information multimédia enrichie ; élaborer une nouvelle conception pour de nouveaux objets ; enrichir les objets et systèmes par des logiciels enfouis.

Un nombre sensiblement équivalent de projets (108 au lieu de 138) ont répondu à ce deuxième appel d'offres, et 40 ont été retenus par la commission d'évaluation qui s'est réunie ce matin même.
Gérard Roucairol vous tracera dans quelques minutes les grandes tendances des projets retenus cette année. Je note pour ma part avec intérêt la large place que continuent à occuper, au sein de ces projets, ceux relatifs aux logiciels libres ou aux standards de l'internet. Déjà, lors des projets soutenus au titre de l'année 2000, huit d'entre eux - pour un budget global de près de 100 MF, dont la moitié de subventions publiques - correspondaient à ce profil. Ces projets de recherche apportent les meilleures garanties pour qu'un grand nombre d'utilisateurs puissent bénéficier des résultats obtenus avec le soutien du RNTL. Plusieurs vous seront présentés à l'occasion de ces deux journées.
L'une des missions assignées au RNTL est de "contribuer à la structuration de la communauté de recherche académique dans le domaine des STIC et à sa coordination avec la recherche industrielle et avec les besoins des PME notamment." Si les réseaux viennent en soutien des activités de recherche des laboratoires, ils ont aussi un impact financier mesurable en direction de l'industrie.

Depuis la création des réseaux, les PME/PMI se sont montrées très réceptives à ces actions. On note cependant, au vu des projets soumis à l'appel d'offres 2001, un retour des grands groupes industriels, qui se sont portés candidats à la même hauteur que les PME. Cette implication des industriels, quelle que soit la taille de leur entreprise, marque une étape positive dans l'avancée de la recherche industrielle. Car si notre pays occupe, par rapport au PIB, le troisième rang mondial pour les dépenses de recherche publique, les investissements des entreprises n'atteignent pas le niveau de beaucoup de pays partenaires ou concurrents. Le rôle des réseaux est donc bien d'amorcer et de développer l'effort de recherche privée afin de rétablir un équilibre dans la coopération internationale.

Le RNTL doit se positionner en complément des programmes européens, dans le cadre du PCRD (principalement le programme IST) et des actions EUREKA (en particulier le programme ITEA). Nous étudions actuellement les modalités d'ouverture de nos réseaux à l'échelle européenne, en identifiant par exemple les réseaux similaires dans d'autres pays de la Communauté. Et je souhaite que des partenariats puissent être engagés d'ici la fin de cette année, afin que les initiatives nationales se valorisent par la mutualisation de leurs moyens - pour contribuer à la construction de cet "Espace européen de la recherche et de l'innovation" qui représente notre avenir.

***

Pour conclure, je tiens à affirmer ma satisfaction que le RNTL tienne ce premier colloque de concertation avec tous les partenaires susceptibles d'agir dans le secteur qui est le sien. Organisé dans le cadre d'ASTI'2001, les premières rencontres de l'Association française des technologies de l'Information, il profite ainsi d'un environnement de scientifiques de haut niveau qui représentent tous les domaines de recherche en STIC : le commerce électronique, le multilmédia, les nouvelles interfaces homme/machine, les plates formes et architectures de demain, les réseaux, l'informatique¿

La recherche menée en partenariat entre les établissements publics et les industriels ne peut se développer que sur la base d'une recherche fondamentale forte. Le ministère de la recherche y est particulièrement attentif. C'est pourquoi les moyens des laboratoires de recherche en STIC (notamment au CNRS et à l'INRIA) voient leurs moyens renforcés. J'ai par ailleurs créé l'an dernier une action concertée incitative en cryptologie et plus récemment dans le domaine du calcul et du stockage partagé (GRID), afin de renforcer nos capacités de recherche dans ces secteurs clés.
Ces premières rencontres de l'ASTI sont une bonne occasion de présenter de façon coordonnée les domaines de recherche les plus en pointe dans le domaine des technologies de l'information. Je tiens à remercier les organisateurs de cette manifestation pour cette initiative.

"Faire savoir ce que l'on fait" est une démarche essentielle dans un secteur qui se caractérise d'abord par le mouvement. Ce sont vos entretiens, vos analyses, l'échange de vos intuitions de l'avenir qui manifestent la valeur de la recherche française, et sa puissance d'innovation.

(source http://www.recherche.gouv.fr, le 2 mai 2001)

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