Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur l'importance de l'oeuvre littéraire et du combat du Général de Gaulle pour le rayonnement culturel de la France, Nancy le 12 mai 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur l'importance de l'oeuvre littéraire et du combat du Général de Gaulle pour le rayonnement culturel de la France, Nancy le 12 mai 2001.

Personnalité, fonction : PONCELET Christian.

FRANCE. Sénat, président;FRANCE. RPR

Circonstances : Inauguration du Centre culturel de Lorraine "Charles de Gaulle" à Nancy (Meurthe-et-Moselle) le 12 mai 2001

ti : Monsieur le Premier Ministre, Chancelier de l'Institut de France,
Monsieur le Président du Conseil Constitutionnel,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs,

Nous vivons aujourd'hui un grand moment pour la Lorraine et un grand moment pour la ville de Nancy.

Notre région, dont l'histoire prestigieuse se lit dans les perspectives et les palais de cette ville éclatante, où l'art et la culture ont depuis longtemps trouvé un accueil bienveillant, a souffert plus que d'autres au cours de trois guerres européennes atroces dont elle a été l'un des enjeux.

Au plus profond du malheur national, la Lorraine était le symbole des souffrances du pays, de ses humiliations et le témoignage aussi, des erreurs, des abandons, des fautes de nos gouvernements. Elle fut aussi, à chaque fois dans l'épreuve, le symbole de la résistance.

C'est la Croix de Lorraine, choisie par le Général de Gaulle comme emblème, qui symbolisa dans les ténèbres de la deuxième guerre mondiale, dans les moments de honte de la collaboration, sur les champs de bataille, à El Alamein ou à Alger, la résistance de la France.

Dressée au milieu des couleurs nationales, des couleurs du Roi et de la Révolution, dressée au milieu de ces couleurs que Lamartine hissa au balcon de l'hôtel de ville de Paris, la Croix de Lorraine témoignait de la grandeur de la France, de sa liberté, de sa permanence.

Aujourd'hui, la ville de Nancy honore celui que le Président Coty avait appelé " le plus grand des Français ". Le centre culturel Charles de Gaulle de Lorraine porte sa mission dans son nom.

Demeurer fidèle à l'histoire de la Lorraine et faire rayonner encore cette région parfois méconnue.

Transmettre le message moral et spirituel du Général de Gaulle.

Répandre la culture, conformément à la mission que le Général de Gaulle et Malraux assignaient aux institutions culturelles : permettre à tous d'accéder aux oeuvres de l'esprit.

Comme l'a très justement relevé le Professeur Larcan, l'oeuvre du Général de Gaule est pétrie de culture.

Elle nous apparaît comme la lente filtration, la décantation et la distillation de plusieurs siècles de pensée française.

Dans le style, dans la rigueur de l'homme, dans les jugements moraux, on retrouve le lointain écho du dix-septième siècle français.

Dans l'attachement au rayonnement de notre pays, à sa mission universelle, à la République, on retrouve la trace d'une compréhension profonde de l'esprit des Lumières.

Dans sa croyance profonde, dans le progrès scientifique, dans son refus des lampes à huiles et de la marine à voile, on sent le souffle des grands espaces, la démiurgie de Chateaubriand ou Victor Hugo, l'optimisme technique de Comte, Pasteur ou Jules Verne.

Dans son attention aux formes changeantes du monde, aux formes subtiles d'un vingtième siècle mouvant, on sent l'intelligence acérée d'Henri Bergson ou de Paul Valéry.

Le Général de Gaulle a écrit que dans l'épreuve, la France n'a dû son salut que, d'une part, au " tronçon de l'épée " et d'autre part, à la " pensée française ". Toute son oeuvre est inspirée par la pensée française. Toute son action semble comme un effort solitaire et surhumain, dans l'adversité et malgré les faiblesses de ses contemporains, pour garder la possibilité d'une pensée française.

Lorsqu'il écrit qu'il se fait de la France " une certaine idée ", il évoque, comme l'a magnifiquement montré Romain Gary, la France comme une madone, chargée de spiritualité.

Mais ce pays en partie rêvé, pourrait-il encore donner des oeuvres de l'esprit aussi fortes s'il capitulait devant l'ennemi ou même s'il s'abandonnait seulement au cours tranquille du monde, renonçant ainsi à l'exigence de clarté et de vérité qui traverse toute la pensée française ?

Tel est le sens du combat de Charles de Gaulle, qui est avant tout un combat culturel. Goethe écrivait que " nul n'est digne de la liberté comme de la vie s'il ne se voue chaque jour à la conquérir ". Et comme c'est l'amour qui triomphe des forces du mal dans Faust, c'est la culture, c'est la pensée française qui, en définitive, à travers les armes, triomphent, avec le Général de Gaulle, des forces de la nuit.

Nul mieux que le Général de Gaulle, imprégné de Chamfort, de Péguy, de Vauvenargues, ne méritait de donner son nom à un centre culturel.

Je tiens donc à en féliciter les élus, qui ont contribué à ce projet et à souhaiter à ce centre culturel de tenir les promesses de son baptême.

Je vous remercie.

(Source http://www.senat.fr, le 21 mai 2001)

Rechercher