Interview de M. Claude Goasguen, vice-président et porte-parole de Démocratie libérale, dans "La Croix" du 10 mai 2001, sur le projet de loi relatif à l'ouverture de l'Institut d'études politiques ("Sciences-Po") aux élèves défavorisés et plus généralement sur la question de l'autonomie des universités en matière de recrutement des étudiants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Claude Goasguen, vice-président et porte-parole de Démocratie libérale, dans "La Croix" du 10 mai 2001, sur le projet de loi relatif à l'ouverture de l'Institut d'études politiques ("Sciences-Po") aux élèves défavorisés et plus généralement sur la question de l'autonomie des universités en matière de recrutement des étudiants.

Personnalité, fonction : GOASGUEN Claude.

FRANCE. Démocratie libérale, vice président;FRANCE. Démocratie libérale, porte parole

ti : Quel est le sens des deux amendements que vous allez déposer sur le projet de loi qui conforte le statut d'autonomie de Sciences-Po et consacre sa légitimité à prendre des initiatives ?

Claude Goasguen : Nous voulons élargir le débats à la question de l'autonomie en général. Je trouve paradoxal qu'on permette à Sciences-Po - l'un des établissements universitaires les plus sélectifs de France - de passer des conventions pour diversifier son recrutement sans autoriser les universités à faire de même. L'université Dauphine, qui assure son propre recrutement, doit par exemple chaque année, jongler avec les textes et répondre de ses décisions en matière de modalités d'admission devant le tribunal administratif ou le Conseil d'Etat. Puisque Sciences-Po va bénéficier d'une dérogation à la loi de 1984 sur l'enseignement supérieur et que le ministre de l'éducation nationale renonce à fixer les modalités de sélection, nous souhaitons que l'université puisse bénéficier du même mécanisme qui lui permettrait d'organiser sa propre sélection en fonction de critères particuliers qui ne seraient pas forcément des critères élitistes. De la même manière, nous ne voyons pas pourquoi les universités ne pourraient pas, à côtés des cursus nationaux, signer des conventions ou ouvrir des cursus qui leur seraient propres. Pourquoi pas un diplôme d'université de sciences potiliques par exemple !

Votre deuxième amendement touche aux conventions signées avec les établissements situés en ZEP. En quoi ces conventions sont-elles critiquables ?

Nous voulons surtout attirer l'attention sur l'absence de réforme de grande ampleur du système éducatif. Avec l'initiative de Sciences-Po, le gouvernement s'en tire à bon compte. On va aller prendre par la main des élèves venus de lycées situés dans des quartiers défavorisés, handicapés par leur condition sociale et leur permettre, par un mode de sélection particuliers, d'intégrer Sciences-Po où plus de 80 % des étudiants appartiennent aux catégories les plus aisées. Le gouvernement exploite l'initiative comme s'il avait trouver le moyen de démocratiser notre système éducatif, mais c'est de la poudre aux yeux !

Pourquoi ?

Parce que le problème des ZEP, lui reste entier ! Ce n'est pas en donnant un bonus de barème important aux enseignants débutants et volontaires ou aux chefs d'établissement qui acceptent de travailler cinq ans dans un collège difficile que l'on va régler le problème. C'est un cautère sur une jambe de bois. Les établissements les plus sensibles ont besoins de vrais moyens, mais aussi de plus d'autonomie pour organiser leur pédagogie. Pourquoi un lycée de la Courneuve et Louis-le-Grand sont-ils organisés selon le même schéma ? Il faut absolument permettre aux établissements de s'adapter, d'organiser leurs filières en fonction des élèves qu'ils accueillent pour qu'à l'arrivée, tous les élèves puissent atteindre le même but, le baccalauréat.

Finalement, vous ne retenez aucun élément positif dans la réforme de Sciences-Po ?

Non, nous ne l'approuvons pas. On ne peut pas être à la fois pour un concours et contre un concours. Si la discrimination positive est une bonne chose, pourquoi tous les étudiants ne seraient-ils pas admis sur cette base ? Par ailleurs, une admission déterminée par le lycée d'origine, classé ZEP et ayant signé une convention avec Sciences-po, pose la question du choix de ces établissements et de la logique de ces recrutements déterminés prioritairement par l'établissement d'origine. Cela dit, dans le cadre de l'autonomie que nous défendons, nous n'avons pas à juger de l'initiative du directeur de Sciences-Po qui a mis au point ce dispositif pour diversifier sa population étudiante.


(Source http://www.claude-goasguen.org, le 22 mai 2001)

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