Déclaration de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur les mesures prises pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, Paris le 21 mai 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur les mesures prises pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, Paris le 21 mai 2001.

Personnalité, fonction : SCHWARTZENBERG Roger-gerard.

FRANCE. Ministre de la recherche

Circonstances : Rencontre nationale de la recherche scientifique sur l'effet de serre, à Paris le 21 mai 2001

ti : Je suis heureux de vous accueillir aujourd'hui au ministère de la Recherche, à l'amphithéatre Poincaré, pour cette "Rencontre nationale de la recherche scientifique sur l'effet de serre", que le ministère a pris l'initiative d'organiser. En instituant cette "Rencontre nationale", notre objectif est de développer la concertation scientifique sur cette question majeure et d'assurer une visibilité accrue des recherches et des résultats obtenus par nos chercheurs.

Cette Rencontre, destinée aux équipes engagées dans ce domaine et à celles souhaitant s'y investir, est également ouverte aux scientifiques et technologues des secteurs industriels et socio-économique.
Elle vise à donner une nouvelle impulsion aux recherches sur l'effet de serre et poursuit quatre principaux objectifs :

synthétiser les résultats ;
renforcer la cohésion interdisciplinaire des approches des différents programmes ;
préparer des recommandations ;
identifier et mobiliser un noyau de compétences pour l'animation et la valorisation de la recherche nationale.
Je voudrais remercier particulièrement le Président du Comité de pilotage de cette Rencontre, Gérard MEGIE, Président du CNRS, et les membres de ce Comité : José ACHACHE (CNES), Benoît LESAFFRE (MATE), Jean JOUZEL (Institut Pierre-Simon Laplace), Jean-François MINSTER (IFREMER) et Pierre RADANNE (ADEME).

Je remercie également les services du ministère de l'aménagement du territoire et de l'environnement et ceux de la Mission interministérielle sur l'effet de serre, dirigée par Michel MOUSEL, qui collaborent très activement avec le ministère de la recherche et avec vos organismes.

Le changement climatique enjeu du XXIème siècle
Le changement climatique est aujourd'hui un défi majeur à relever par nos sociétés en ce début de XXIème siècle. Depuis 1861, la température à la surface de notre planète a augmenté en moyenne de 0,6° Celsius. La décennie 1990 a été la plus chaude du XXème siècle, et l'année 1998 a connu la température la plus élevée.
Le rapport rendu public le 19 février dernier par les experts du Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat, (le GIEC ou IPCC en anglais), estime que la température de la surface du globe devrait encore augmenter de 1,4 à 5,8° Celsius jusqu'en 2100.
Ces évolutions et les incertitudes qui entourent les conséquences de ce changement climatique pour l'humanité montrent combien il est aujourd'hui nécessaire d'agir vite et de façon déterminée.
Selon ce rapport, si rien d'efficace n'est fait, les conséquences du réchauffement climatique seront très préoccupantes : sécheresses, inondations, montée des eaux, érosion des sols¿

Face à cela je souhaite souligner deux points :

Plus nous tarderons à nous engager dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et plus le changement climatique qui en résultera sera important. Nous avons là une responsabilité très forte vis-à-vis des générations futures, qui auront à connaître les effets des décisions que nous allons prendre ou ne pas prendre dans les années à venir.
En la matière, le laissez-faire ou l'inertie constituerait pour les décideurs publics une faute politique grave. Gouverner, c'est préparer l'avenir. Ce n'est pas gérer au jour le jour, sans se préoccuper du futur.
"Après moi, le déluge" ne peut évidemment être la devise des responsables politiques.


La réduction des émissions de gaz à effet de serre doit intervenir dans un cadre international et concerner tous les Etats. D'abord, parce que cette évolution du climat se manifestera partout dans le monde et pas seulement dans les zones géographiques les plus génératrices de pollution. Ensuite parce qu'il suffirait qu'un seul grand pays, comme les Etats-Unis ou la Chine, refuse de faire les efforts nécessaires pour anéantir ou amoindrir ceux des autres nations.
Sans cette nécessaire coordination des efforts au plan international, nous ne pourrons parvenir à maîtriser ce phénomène.
A cet égard, les positions de la nouvelle administration américaine sont très préoccupantes, et je me félicite de la détermination affichée par l'Europe et par nos principaux partenaires du G8 face à celles-ci.
L'Europe, car c'est bien au niveau communautaire que nous pouvons peser sur de telles négociations, doit disposer d'une capacité propre d'analyse et de suivi de ces questions pour préparer les décisions publiques appropriées au niveau national et communautaire et pour cerner les enjeux des négociations qui se situent dans un cadre international. C'est un enjeu politique, mais aussi économique et stratégique, qui correspond à une attente forte et légitime de nos concitoyens.

Réconcilier recherche et environnement
La recherche a un rôle essentiel à jouer dans cette mobilisation contre les effets du réchauffement climatique.
Dès mon arrivée au ministère de la Recherche en mars 2000, j'ai souhaité agir pour réconcilier science et environnement. Parmi les trois priorités que j'ai arrêtées pour la recherche, figurent les sciences de la vie, les sciences et technologies de l'information et de la communication (STIC) et les recherches sur l'environnement et l'énergie.
Celles-ci doivent être au c¿ur de la notion de "développement durable" et sont déterminantes pour l'héritage que nous laisserons aux générations futures. Ma conviction, c'est que la recherche peut et doit contribuer à une meilleure protection de l'environnement et au développement durable.

Plusieurs mesures ont été prises en ce sens depuis ma prise de fonction.

J'ai d'abord créé trois nouveaux réseaux de recherche et d'innovation technologiques, associant recherche publique et opérateurs privés, directement consacrés aux questions environnementales :

- le réseau "Eau et technologies de l'environnement", créé en septembre 2000, pour mieux protéger et gérer cette ressource naturelle trop rare ;
1,5 milliard d'habitants de la planète -soit 1 sur 4 - n'ont pas accès à l'eau potable. Et plus de 2,5 milliards ne sont pas raccordés à un réseau d'assainissement. Selon l'OMS, chaque année 5 millions de personnes meurent et 30 millions sont malades du fait de l'insalubrité de l'eau.

- le réseau "Terre et Espace", créé en octobre 2000, qui est consacré à l'observation de la Terre et aux applications des technologies spatiales à la protection de l'environnement. En effet, l'observation spatiale de la Terre par satellites de haute précision peut améliorer la prévision et donc la prévention des risques naturels et perfectionner la gestion des ressources en eau.

- le Réseau "Pollutions marines accidentelles et conséquences écologiques sur le littoral", créé en avril dernier et dont la nécessité apparaît évidente après les naufrages de l'Erika et du Ievoli Sun.


De même, pour montrer ma volonté de faire de la protection de l'environnement une des priorités de la recherche publique, j'ai nommé à la présidence du CNRS M. Gérard MEGIE, grand climatologue, spécialiste de la couche d'ozone et de l'effet de serre.


Enfin j'ai tenu à ce que le BCRD 2001 augmente de 23 % les crédits de recherche du ministère de l'environnement, dont les services coopèrent très étroitement avec ceux du ministère de la recherche.


·Cette priorité devra également figurer en bonne place au sein du 6ème Programme Cadre de Recherche et de Développement de l'Union, le PCRD, que nous allons commencer à élaborer au sein du Conseil et du Parlement européen.
Vos organismes dont les moyens ont également été augmentés de façon importante en 2001, avec 10 % de croissance des moyens des EPST et de la recherche universitaire, doivent aussi donner une forte priorité aux recherches sur l'environnement et plus particulièrement sur le réchauffement climatique et ses conséquences.

Je sais que vous êtes déjà fortement présents sur ces enjeux, qui nécessitent le recours à de multiples disciplines : les sciences de la Terre, de l'atmosphère et des océans, les mathématiques appliquées, les science de l'ingénieur, la chimie, la physique, les sciences de la vie au sens large et enfin les sciences humaines et sociales. La diversité des intervenants et des animateurs de cette Journée illustre bien cette diversité disciplinaire.
Il importe de donner une nouvelle impulsion à vos travaux et à vos propositions, en amplifiant les synergies entre les programmes et les actions existantes et en dégageant de nouvelles idées afin de créer une force de proposition active. Il est également indispensable de développer les lieux de concertation et de dialogue entre les chercheurs et les experts, d'une part, et les décideurs publics et les négociateurs des conventions internationales d'autre part.

Le Plan National de Lutte Contre le Changement Climatique ne rend compte aujourd'hui que partiellement des efforts faits aujourd'hui par la recherche française sur cette question. Je souhaite qu'elle trouve toute sa place dans l'action conduite par le Gouvernement sur l'effet de serre et qu'elle dispose des moyens de développer son action. Je peux vous assurer que je m'y emploie activement.

Les axes de la recherche sur le changement climatique
Cette mobilisation de la recherche doit porter sur les quatre axes suivants :

Mesurer les évolutions de notre environnement, comprendre les mécanismes du changement climatique et les modéliser :
Les évolutions de notre climat sont en effet extrêmement complexes. Elles sont régies par de multiples interactions entre l'atmosphère, les océans, les sols et la végétation, la biosphère¿
Les scientifiques ont cependant été en mesure d'alerter assez tôt les autorités publiques sur ces évolutions et sont à l'origine des discussions qui ont conduit à la signature de la convention de Rio en 1992, puis du protocole de Kyoto en 1997.
Il est aujourd'hui indispensable de poursuivre notre effort de compréhension et de modélisation des évolutions du climat, de notre environnement et de l'impact des activités humaines sur ceux-ci.
Il est notamment nécessaire d'approfondir notre connaissance des cycles du carbone et des composés à effets de serre, et du rôle des océans, des sols et d'autres facteurs dans l'absorption de ceux-ci.
Le développement des sources d'observation et de recueils de données sur l'environnement est également une priorité, qu'il s'agisse de la recherche des données du passé ou du suivi des évolutions en cours.

C'est pourquoi, présidant le Conseil des ministres de la Recherche, j'ai soutenu très activement pendant la présidence française de l'Union européenne, l'initiative de la Commission européenne GMES, Global Monitoring for Environment and Security (Surveillance globale de l'environnement et la sécurité). La direction générale de la recherche et celle de l'environnement de la Commission commencent aujourd'hui effectivement à lui donner un cadre concret.

Par ailleurs, j'installerai prochainement une Action concertée incitative "Observation de la Terre", animée par Anny CAZENAVE (CNES Toulouse) et par Patrick PINET (CNRS, Observatoire Midi-Pyrénées).

Les moyens spatiaux constituent naturellement un outil privilégié de l'observation de la Terre et de son environnement, car ils offrent des données de façon permanente et fiable, en couvrant toutes les échelles nécessaires d'espace et de temps.
Cependant les outils spatiaux comme le satellite ENVISAT de l'ESA, qui sera lancé cette année, ou le satellite TOPEX-POSEIDON et son successeur JASON qui ouvrent la voie à l'océanographie opérationnelle et ont permis la compréhension du phénomène El Nino, ne peuvent seuls répondre à l'ensemble des questions.

Tout ne peut être mesuré depuis l'espace. C'est par une fusion de ces données avec celles acquises au sol, dans les océans et le sous-sols que nous pourrons progresser davantage.
Je tiens donc ici à me féliciter du nombre très important et de la qualité des réponses à l'appel à propositions lancé par le ministère sur les "Observatoires de recherche sur l'environnement", les ORE, sur lequel l'INRA s'est tout particulièrement mobilisé. Ces ORE seront auprès d'instituts associant les universités et les organismes de recherche ayant une activité de recherche dans l'environnement.

Il reste un important travail à effectuer, dans le cadre du Comité de coordination des sciences de la planète et de l'environnement, afin de définir le cahier des charges de ces Observatoires et les outils de leur coordination, notamment avec les actions conduites au niveau européen. Ce travail doit être conduit activement, afin de permettre la mise en place effective des premiers Observatoires de recherche sur l'environnement dès le début de 2002


Etudier les conséquences du changement à venir sur les activités humaines, sur la santé et sur les milieux naturels (eau, cultures, forêts, biodiversité¿):
Il ne s'agit pas ici de céder au catastrophisme, les sociétés humaines disposant en effet de fortes capacités d'adaptation, mais nous devons étudier les conséquences des évolutions de notre environnement et des pollutions, dont les effets peuvent être multiples :
- sur la santé humaine, il y aura un impact direct dû aux variations de température et aux pollutions locales ; mais surtout il y a un risque de développement et de déplacement de certaines pathologies et de leur dissémination ;
- sur la nature au sens large et notamment sur les arbres et sur l'agriculture, qui devront aussi bien intégrer l'augmentation de la teneur en gaz carbonique que les variations de température ;

Les régions du globe qui disposent des ressources les plus réduites sont aussi celles dont les capacités d'adaptation sont les plus faibles. Celles-ci sont donc les plus vulnérables. Là encore, il faut agir pour empêcher le fossé Nord-Sud de se creuser.


Réduire les émissions de gaz à effet de serre et contribuer au développement durable :
Nous devons réduire nos consommations énergétiques, tout en maintenant notre qualité de vie. Il s'agit de produire mieux en consommant moins d'énergie et aussi de produire autrement, qu'il s'agisse de l'industrie ou de l'agriculture, de façon à engendrer moins de rejets polluants. Il faut également réfléchir aux modes de transport de personnes et de marchandises, et modifier nos comportements quotidiens.
Les choix à faire dépendent de l'acceptation de l'opinion publique, qu'il faut pleinement informer, et des décisions politiques qu'il faut avoir le courage de prendre.
La mobilisation de tous est ici nécessaire, chercheurs, industriels et citoyens. Le Gouvernement a lancé en ce sens un plan d'action en liaison avec l'ADEME portant sur les différents secteurs consommateurs d'énergie et notamment les transports. L'action du ministère de la Recherche porte principalement sur le développement de technologies de production d'énergie réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Le développement des énergies renouvelables fait ainsi partie des priorités du CEA comme de l'ADEME.
La filière Hydrogène, qui apparaît prometteuse notamment pour réduire sur le long terme la dépendance du secteur des transports vis à vis des énergies fossiles, fait notamment l'objet d'une attention particulière dans le cadre du Réseau de recherche et d'innovation technologique sur les piles à combustible.
D'un point de vue plus général, les technologies des véhicules propres doivent être une priorité de notre programme de recherche et de développement technologique dans le domaine des transports, dont le renouvellement est en préparation.
Par ailleurs, l'énergie nucléaire, qui assure aujourd'hui 80 % de la production électrique française, n'émet pratiquement pas de gaz à effet de serre. Cependant, elle soulève d'autres problèmes.
Il faut en particulier poursuivre les recherches sur la gestion des déchets nucléaires, sur la sûreté des installations et enfin sur les effets des activités nucléaires sur la santé et l'environnement.

D'importants progrès ont été accomplis depuis 1991 sur les différents axes de recherche fixés par la loi Bataille, notamment sur la séparation et l'extraction des différents types de déchets et sur les méthodes de conditionnement de ceux-ci dont il faut pouvoir garantir le comportement sur le long terme. Ces travaux sont réalisés en étroite collaboration avec nos partenaires européens notamment la Suède, la Suisse, et avec le Canada qui ont des préoccupations analogues.
Il nous faut également renforcer nos actions dans le domaine de la radiobiologie et de la radiotoxicologie pour mieux cerner qualitativement et quantitativement les effets sur de longues durées de faibles doses de rayonnements.

Enfin, les efforts se poursuivent, au niveau européen et en partenariat avec la Russie et le Japon, sur les recherches relatives à la fusion par confinement magnétique, qui offre des perspectives pour la production énergétique du futur, tout en présentant de nombreux avantages notamment en matière d'environnement : disponibilité du combustible, sûreté de fonctionnement et limitation à moins de cent ans de la durée de vie des déchets radioactifs.
Plus largement, les pollutions engendrées par la production, qu'elles soient industrielles ou agricoles, doivent être réduites et contrôlées. Nous devons nous orienter vers des procédés propres et contrôlés par une interaction renforcée entre le secteur de la production et de la recherche, même la plus amont. C'est une priorité que je tiens à favoriser par les actions du ministère de la recherche.


Les sciences humaines et sociales doivent également être mobilisées sur ces questions :
- il convient d'être en mesure d'apprécier pleinement les enjeux et les conséquences pour nos économies des négociations internationales en cours ;
- ces négociations devront également faire appel à des outils juridiques innovants sur lesquels nous devons développer une capacité d'expertise ;
- enfin, la mobilisation contre le réchauffement climatique nécessitera un changement profond de nos comportements, dont l'acceptabilité et les conséquences pour nos concitoyens doivent être analysées.
Afin de traduire cette priorité dans les faits, je souhaite mettre en place avant la fin de cette année une Action concertée incitative portant sur les dimensions juridiques et sociales d'une politique du développement durable. Celle-ci pourra utilement s'appuyer sur les propositions qui pourront être faites cet après-midi dans le cadre des ateliers prévus sur ces thèmes.

Vers une stratégie des recherches sur l'effet de serre et le développement durable
J'ai rappelé tout à l'heure les quatre objectifs principaux de cette Rencontre. Sans anticiper sur ses conclusions, je souhaite vous annoncer les décisions que j'ai prises pour contribuer à structurer les réflexions que vous engagez aujourd'hui.
Je souhaite mettre en place, d'ici l'été, un Conseil de la Recherche sur le Changement Climatique et le Développement Durable.
Ce Conseil, devra assurer la coordination des actions du ministère, des établissements de recherche et des universités et définir une stratégie visant à renforcer les synergies et développer de nouvelles initiatives dans ce domaine.
La première tâche de ce Conseil sera de préparer, en partant des propositions que vous ferez aujourd'hui et des réflexions en cours au sein de vos organismes, une stratégie et un plan d'action pour la recherche sur le changement climatique, ses conséquences et sur les solutions à développer pour répondre à ces enjeux.
Je souhaite pouvoir prendre des décisions sur la base de ces travaux avant la fin de cette année, afin que leurs conséquences puissent être prises en compte dans le cadre des budgets 2002 de vos différents organismes et dans la programmation des structures incitatives du ministère, le Fonds National de la Science et le Fonds de la Recherche et de la Technologie.
Ce Conseil de la Recherche, dont je souhaite qu'il soit fortement pluridisciplinaire, devra à mon sens reposer sur quatre piliers :
- les sciences de la Terre, de l'atmosphère et de l'océan ;
- les technologies en interaction étroite avec les sciences pour l'ingénieur, la physique, la chimie et les mathématiques appliquées ;
- les sciences humaines économiques et sociales ;
- la biologie et la santé.

Ce Conseil, visant à préparer et à coordonner des actions et des programmes de recherche sur le changement climatique et les évolutions possibles de nos modes de production permettant d'y remédier, sera constitué d'experts scientifiques et de représentants des établissements de recherche et des universités et d'industriels, en position d'engager leurs structures dans de telles actions.
Je souhaite en particulier qu'un effort soit effectué en faveur des technologies du développement durable en associant les laboratoires de recherche et les entreprises, qui ont les uns comme les autres un rôle clé à jouer dans ce dispositif en renforçant les synergies entre la recherche en amont et les technologies en aval.
Plusieurs organismes, notamment le CNRS et l'ADEME ont déjà ou sont en train de préparer des programmes pluridisciplinaires sur ces questions qui font également partie des priorités de nombreux organismes. Différents réseaux de recherche et d'innovation technologique que j'ai cité tout à l'heure sont déjà en place.
J'attends notamment de ce Conseil des propositions pour coordonner ces efforts et leur donner une impulsion nouvelle à laquelle les fonds incitatifs du ministère contribueront en 2002.

Le "village planétaire"
Il y a plusieurs décennies, Paul Valéry écrivait déjà : "Le temps du monde fini commence". Plus tard, dans les années 1970, Marshall Mac Luhan décrivait la terre comme un "village planétaire". Aujourd'hui, nous y sommes. La population mondiale prend conscience de son unité et du fait que l'humanité est une, par-delà les frontières, qui sont souvent des cicatrices de l'histoire. Ce qui est en jeu, c'est notre destin commun dans les décennies qui viennent et, au-delà, le sort des générations futures que nous ne pouvons hypothéquer par nos actes ou nos abstentions d'aujourd'hui.

Le protocole de Kyoto
La Convention sur les changements climatiques a été adoptée à Rio en 1992. Le protocole de Kyoto a été signé en 1997 par 84 pays : il fixe pour objectif aux pays industrialisés de réduire les émissions de CO2 et des principaux gaz à effet de serre de 5,2 % en moyenne en 2010 par rapport à 1990.

A ce jour, le protocole de Kyoto n'a été ratifié que par 30 pays du Tiers Monde (dont le Mexique pays émergeant), qui n'ont pas d'engagements de réduction quantifiés. Mais il n'a été ratifié par aucun des 38 pays occidentaux et est-européens (à l'exception de la Roumanie).
A cet égard, l'attitude prise par l'administration Bush est très préoccupante. Les Etats-Unis sont le premier pollueur de la planète : avec 5% de la population mondiale, ils rejettent 25% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ils sont le plus gros émetteur de gaz à effet de serre du monde. La plus grande puissance mondiale ne peut s'exonérer des engagements multilatéraux qu'elle a souscrits, pour se réfugier dans une attitude unilatéraliste, voire isolationniste. Il est indispensable, pour les Etats-Unis comme pour les autres pays, d'accepter un certain nombre de règles, qui assurent le devenir de la communauté internationale.
Comment sembler afficher cette indifférence pour cette forme indispensable de coopération internationale institutionnelle ? Et comment l'un des plus gros consommateurs d'énergies dans le monde peut-il refuser d'assurer ainsi ses responsabilités au plan environnemental ?
L'Amérique n'est pas seule au monde. Remettre en question, comme elle le fait le protocole de Kyoto, constitue une attitude inacceptable et très préoccupante.

Le plan de l'administration Bush
Le plan de l'administration Bush, annoncé le 17 mai 2001, vise à accroître la production énergétique.
Il entend relancer la production de combustible fossiles (pétrole, gaz, charbon) et revitaliser l'énergie nucléaire. Certes les Etats-Unis sont confrontés à la plus grave crise de pénurie depuis les années 1970. Certes, la Californie est confrontée à la pénurie d'électricité. Certes, les prix du gaz, de l'électricité et de l'essence sont en forte hausse. Cependant, le plan de l'administration Bush comporte beaucoup d'inconvénients au plan environnemental. Comment les Etats-Unis peuvent-ils envisager d'augmenter leur production d'énergie houillère et pétrolière sans porter atteinte à l'environnement ?
Plus de 50 % de la production d'électricité aux Etats-Unis, provient encore du charbon, et la combustion du charbon dégage la plus grande quantité de gaz responsable de l'effet de serre. Dans le cas du pétrole, la prospection de champs situés dans une zone protégée de l'Alaska est également préoccupante. Par ailleurs, le plan américain entend relancer l'énergie nucléaire, qui n'émet pas de gaz à effet de serre.
La France en tire 80 % de son électricité, contre seulement 20 % aux Etats-Unis.
Cependant, aux Etats-Unis aussi, le nucléaire rencontre les problèmes du retraitement des déchets et du stockage des combustibles usés, entreposés pour l'instant sur les sites des centrales dans les piscines de refroidissement. Quant au stockage envisagé à Yucca Moutain au Navada, il semble se heurter à l'opposition des habitants de cet Etat.

Les mesures envisageables
Pour lutter contre le réchauffement climatique, les pays industrialisés doivent mettre en ¿uvre un ensemble de mesures.

Nous devons mettre en ¿uvre un programme d'économies d'énergie. L'attitude "Save Energy" a disparu depuis les années 1970 . Il faut y revenir. Cela implique de modifier certains de nos modes de production et de transport les plus consommateurs d'energie. De même l'isolation thermique des logements permettrait d'économiser l'energie.
On observe d'ailleurs que les Etats-Unis, qui consomment déjà plus d'énergie que l'Europe, prévoient une croissance de leur consommation d'énergie substantiellement différente : 1,3 % de croissance annuelle jusqu'en 2020, tandis que les Européens tablent sur 0,5 %.

Nous devons aussi diversifier les sources d'énergie. Le Livre vert présenté par la Commission en novembre 2000 constitue une avancée. Et la proposition de la directive sur les énergies renouvelables, qui doit venir prochainement en 2ème lecture au Parlement européen, vise à doubler la part de l'électricité produite par les énergies renouvelables (de 6 % à 12 % de la consommation d'énergie).
Il faut développer les énergies alternatives.
En France, le " paysage " énergétique est jusqu'à présent dominé par le pétrole (41 % des besoins) et l'électricité (37 %) dont la majeure partie est d'origine nucléaire.
Selon un rapport que vient de publier l'IFEN ( Institut français de l'environnement) à l'occasion des Journées de l'énergie, la part que représenteront les énergies renouvelables, dans la production d'électricité française (électricité produite à partir d'éoliennes, etc¿) devrait être de seulement 15,5 % à l'horizon 2010.

Il est nécessaire de développer la part de l'énergie verte.
Nous devons aller progressivement vers des ressources énergétiques diversifiées ou "plurielles". Sans s'en remettre au "tout pétrole" ou au "tout nucléaire".
Nous devons moins recourir aux énergies fossiles et développer l'effort de recherche sur les énergies renouvelables : solaire, éolien, biomasse, géothermie, pile à combustible.

Nous devons aussi mettre en place une fiscalité énergétique, afin d'intégrer dans le prix de l'énergie les effets de celle-ci sur l'environnement. Début mai, l'OCDE a présenté un rapport intitulé "Les Perspectives de l'environnement dans l'OCDE" : ce rapport préconise l'instauration d'une telle taxe pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.
Il faut concilier le développement et le respect de l'environnement. Il n'y a aucune fatalité à voir la croissance économique se réaliser au détriment des préoccupations écologiques, comme cela à été trop souvent le cas au XXe siècle.
Le concept de "développement durable" doit conjuguer une double nécessité : celle de la croissance économique et celle de la protection de l'environnement.

La protection de l'environnement : une priorité politique
La protection de l'environnement doit être désormais une de nos principales priorités politiques.
C'est vrai au plan national où le gouvernement s'attache à agir pour le droit à un environnement préservé et où le Parlement a adopté début 2001 une proposition de loi qualifiant de "priorité nationale" la lutte contre l'effet de serre.
C'est vrai aussi au plan européen, où la Charte des droits fondamentaux, proclamée à Nice, inscrit l'environnement parmi ces droits. Cela doit être vrai aussi au plan international, où le protocole de Kyoto doit être ratifié et appliqué.

Le volontarisme politique doit s'appliquer à la défense de l'environnement, comme il s'applique à d'autres grandes priorités.

Face à l'urgence climatique, face aux autres défis écologiques, la recherche peut et doit contribuer à la prise de conscience et à la prise de décision. En contribuant à dessiner un nouvel horizon pour ce XXIème siècle qui vient juste de commencer.

Source http://www.recherche.gouv.fr, le 23 mai 2001)

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