Interview de Mme Catherine Tasca, ministre de la culture et de la communication, à RTL le 8 mars 2001 sur la condition féminine, la privatisation de France 2 et la suppression de la redevance. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Catherine Tasca, ministre de la culture et de la communication, à RTL le 8 mars 2001 sur la condition féminine, la privatisation de France 2 et la suppression de la redevance.

Personnalité, fonction : TASCA Catherine, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

ti : O. Mazerolle - Pour la Journée de la femme, L'Humanité a choisi de publier ce matin le récit d'une journée ordinaire d'une femme afghane. Elle sort faire ses courses le visage recouvert d'un voile grillagé, elle n'a pas le droit de parler aux commerçants. La femme, être inférieur, existe encore dans le monde !

- "Oui, malheureusement, et sur beaucoup de continents. Je crois que c'est le résultat du sous-développement. C'est aussi le poids de certaines religions qui prennent appui au fond sur la femme soumise pour asseoir un pouvoir sur les esprits. C'est un mal qui est encore très présent dans notre siècle. Je crois que nous avons à construire les signes de soutien à ceux qui luttent contre cette situation ; nous avons surtout à leur apporter les aides concrètes qui passent par l'éducation et le développement. On ne pourra pas avancer sur le statut de la femme, le droit des femmes tant qu'on n'aura pas aidé ces pays à sortir de leur profond sous-développement."

La France à côté évidemment est un pays de cocagne. Néanmoins, A. Duhamel en parlait tout à l'heure, il y a encore des disparités en France. Quels sont les points-clés de ces résistances ?

- "C'est la formation et l'insertion professionnelle. D'ailleurs, on peut faire un parallèle avec la situation des femmes afghanes : on voit bien que ceux qui veulent tenir les femmes sous le joug de l'autorité masculine, touchent en premier lieu au droit à l'éducation, au droit à la culture, au droit à l'activité professionnelle. Chez nous, fort heureusement, on est loin de cette situation mais les écarts restent considérables au plan de l'orientation des filles. Nous avons vraiment à faire beaucoup pour qu'elles soient aidées à choisir leur métier en toute liberté, comme le font depuis des générations les garçons."

Pourtant, on voit beaucoup de femmes apparaître à des postes importants.

- "Oui, mais on ne peut pas regarder que le haut de la pyramide. Ce qui est fondamental, c'est vraiment l'éducation à la base, c'est la formation dès le plus jeune âge, dans toutes les couches de la population. Certes, depuis longtemps, beaucoup de femmes accèdent à des responsabilités importantes, à des niveaux de qualification importants, heureusement. Mais même avec un niveau de qualification égal, elles sont rarement en position égale dans les entreprises et dans l'administration avec leurs collègues masculins. Et surtout, dès que la qualification est moindre, elles sont en position de faiblesse. Ce sont elles qui ont le plus subi le chômage par exemple, et qui le subissent encore."

A propos d'entreprises, j'ai vu qu'en Norvège il était question d'instaurer un quota de 25 % de femmes minimum dans les conseils d'administration des entreprises privées. Faudra-t-il en arriver là en France ?

- "On n'en est pas là en France. On a déjà, franchi un très grand pas en "matière de quotas", qui est la loi sur la parité dans la vie politique, qui se concrétise de façon superbe en ce moment dans les listes municipales. Dans les conseils d'administration, ce ne serait pas plus incroyable que dans un conseil municipal. Je crois simplement que les mentalités ne sont pas encore prêtes en France. J'ai envie de dire aux messieurs qui tiennent les conseils d'administration des sociétés : "un effort, un petit effort et ça ira mieux !""

Ils porteraient moins de costumes gris s'il y avait davantage de femmes ...

- "Ce n'est pas la seule différence. L'habit ne fait pas le moine. Il y a des hommes qui portent des couleurs et qui n'en sont pas moins machos pour autant."

Quand vous croisez F. Hollande dans les couloirs du PS, lui rappelez-vous que le PS n'a pu présenter que 14 % de femmes en tête de liste pour les élections municipales des villes de plus de 20 000 habitants ?

- "C'est très en-dessous de nos ambitions et de notre projet. Là aussi, peut mieux faire. Je considère tout de même que la loi sur la parité et sa traduction dans les élections municipales est un véritable chamboulement. Pas seulement aujourd'hui, au moment des élections, mais demain, dans les prises de responsabilités et les conseils. Il faut avancer, pas à pas. On a l'air aujourd'hui de considérer que cette loi, au fond, est acquise. Je rappelle que le débat sur l'introduction de la parité sur les listes municipales a été un débat très difficile, dans tous l'échiquier politique. Au Parti socialiste quand même, nous avons donné la preuve d'un vrai engagement dans ce sens. L. Jospin l'avait inscrit dans son programme présidentiel de 95, il l'a repris et nous l'avons repris en 97. Nous avançons bien, mais il est clair que nous devons continuer."

Le Monde publiait hier une enquête qui montrait que l'inégalité entre hommes et femmes finalement prend sa source dans les tâches domestiques qui sont encore le fait des femmes.

- "C'est vrai."

Faut-il légiférer là-dedans aussi ?

- "Non, je ne le crois pas. Cela se passe dans nos têtes, dans vos têtes messieurs. C'est souvent la nécessité qui fait loi jusqu'à présent. Et la période, encore récente, qu'il ne faut pas oublier, de crise économique - avant la reprise de la croissance, avant le Gouvernement de L. Jospin - était une période terrible pour les femmes, une période où certains prônaient leur retour à la maison pour dégager le marché de l'emploi. Il faut que ça bouge. Je ne pense pas que, spontanément, les nouvelles générations de filles et de garçons soient plus modernes que leurs parents. Mais comme les filles et les femmes s'engagent de plus en plus dans la formation, dans la vie professionnelle, il faudra bien que les hommes progressent dans la prise en charge des tâches domestiques."

Vous êtes ministre de la Culture. Dans le cinéma, on voit que, souvent, ce sont les femmes réalisatrices qui font les films les plus hardis, à tel point que vous allez rétablir l'interdiction des films aux moins de 18 ans. Pourquoi ce sont les femmes qui sont les plus hardies dans le cinéma ?

- "Ce ne sont pas les femmes qui sont les plus hardies, mais on en parle plus."

Il y a une polémique terrible !

- "Vous évoquez le film "Baise-moi."

Entre autres.

- "Par rapport à la panoplie des films hard, cela reste quand même très minoritaire. C'est vrai que les réalisatrices parlent volontiers, à travers leurs films ..."

Elles parlent cru .

- "Pas seulement cru. Parfois elles parlent cru mais surtout, elles parlent beaucoup plus volontiers de la situation des femmes, de la réalité de la condition féminine que ne le font les cinéastes masculins."

Vous êtes aussi ministre de la Communication. Il y a une idée qui circule en ce moment : suppression de la redevance et puis, par la même occasion, privatisation de France 2 ?

"C'est assez extraordinaire de voir à quel point l'information, les rumeurs ou les bavardages en ville se substituent très largement aux faits et aux déclarations - c'est notre société de l'information. Nous avons eu sur ce sujet des positions parfaitement claires du Gouvernement, du Premier ministre, du ministre de l'Economie et des Finances, de la ministre de la Culture et de la Communication. La privatisation de France 2 n'est pas à l'ordre du jour. Nous venons d'adopter une loi qui a renforcé le service public avec pour pivot ses deux grandes antennes : France 2 et France 3. Ce n'est pas pour casser cela ! Quant à la suppression de la redevance, là aussi notre Gouvernement est parfaitement clair. Il y a un problème global de financement du service public audiovisuel qui s'est appauvri et qui a besoin de nouvelles ressources, plus dynamiques, pérennes, mais cela doit venir en complément de la redevance et pas en substitution."


(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 8 mars 2001)

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