Interview de M. Hervé de Charette, président délégué de l'UDF, dans "Le Parisien" du 7 mai 2001, sur les aveux du Général Aussaresses sur la torture pendant la guerre d'Algérie et sur la situation en Algérie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Hervé de Charette, président délégué de l'UDF, dans "Le Parisien" du 7 mai 2001, sur les aveux du Général Aussaresses sur la torture pendant la guerre d'Algérie et sur la situation en Algérie.

Personnalité, fonction : CHARETTE HERVE De, MICOINE Didier.

FRANCE. PPDF, président;FRANCE. UDF, président délégué

ti : Pour l'UDF Hervé de Charette, les aveux du général Aussaresses sur la torture pendant la guerre d'indépendance, ne doivent en rien freiner la réconciliation entre les deux pays. D'autant qu'il s'inquiète de la situation actuelle en Algérie.


Président délégué de l'UDF et ministres des Affaires étrangères d'Alain Juppé entre 1995 et 1997, Hervé de Charette ne veut pas entendre parler de repentance. Et souhaite que cette sordide histoire ne porte pas préjudice à la nécessaire intégration des Algériens en France.

Comment jugez-vous les propos du général Aussaresses ?

Ce général est un minable ! Commettre le pire, salir l'uniforme qu'il a porté et, au soir de sa vie, se réveiller pour dénoncer fièrement ses propres turpitudes dans une espèce de débauche médiatique, c'est misérable. D'une certaine façon, il est rassurant de voir que l'ensemble des responsables politiques l'ont condamné sans ambiguïté.

Quelles sanctions doit-on prendre contre lui ?

Dès lors que ce triste sire raconte cette sordide histoire, il serait normal que la Garde des Sceaux saisisse le parquet et que celui-ci décide des poursuites éventuelles. On nous dit que les faits sont prescrits, qu'ils ont été amnistiés, qu'ils n'entrent pas dans la catégorie des crimes contre l'humanité. Peut-être. Mais c'est au pouvoir judiciaire d'en décider. De ce point de vue, je trouve anormale et choquante l'inaction de Madame Lebranchu.

Aussaresses affirme que François Mitterrand, alors Garde des Sceaux, était au courant¿

Je n'en sais rien. En tout cas, il ne s'agit pas d'étouffer l'Histoire, et je pense que le Président de la République serait avisé de demander, par exemple à l'Institut de France, de créer un comité d'historiens et d'intellectuels. Il serait chargé de fournir aux Français la somme aussi exhaustive et objective que possible des faits de cette période. Côté français et côté algérien. Il serait même excellent que ce travail soit mené avec le concours d'historiens algériens. Que l'Histoire reprenne ses droits et nous éviterait peut-être ces torrents de boue.

Une forme de repentance serait-elle utile ?

Sûrement pas. Il est important que la clarification soit menée jusqu'au bout, que rien ne soit caché, mais l'essentiel est de nous occuper du présent, de travailler à l'intégration pleine et entière de la population originaire d'Afrique du Nord qui vit en France et à la réconciliation franco-algérienne. Or, il existe des forces qui, en France et hors de France, ont intérêt à ce que notre pays ne réussisse pas cette réconciliation. Et le fait que cette affaire Aussaresses soit relancée aujourd'hui de façon organisée me laisse un peu perplexe.

Quel doit être aujourd'hui le rôle de la France vis-à-vis de l'Algérie ?

Il s'agir pour la première puissance en Méditerranée qu'est la France d'avoir avec ce grand pays qu'est l'Algérie des relations saines, équilibrées et sereines. Il est inimaginable qu'il n'y est pas dans le futur entre Français et Algériens des retrouvailles. Elles sont indispensables et pour eux et pour nous.

La France a encore son mot à dire sur ce qui se passe là-bas ?

Les dirigeants politiques français n'ont pas à se mêler des décisions des gouvernants algériens. Chaque fois qu'on le fait, on s'expose à donner le sentiment d'un retour colonial. En revanche, la société civile française ne tend pas suffisamment la main aux Algériens.

La situation en Algérie vous inquiète-t-elle ?

Après quelques mois d'espoir, le climat s'est à nouveau dégradé et la tragédie apparue depuis quelques semaines en Kabylie est une phase nouvelle de cette détérioration. La situation actuelle en Algérie n'est pas durable. Et je pense qu'il faut s'attendre à des changements politiques importants chez nos voisins dans la période qui vient.


Propos recueillis par Didier Micoine


(source http://www.udf.org, le 7 juin 2001)

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