Interview de M. Laurent Fabius, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, au Grand Jury RTL "Le Monde" LCI le 20 mai 2001 sur la préparation du passage concret à l'euro pour le 1er janvier 2002, la réforme de l'Etat, la baisse des impôts, les retraites, la réduction du temps de travail. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Laurent Fabius, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, au Grand Jury RTL "Le Monde" LCI le 20 mai 2001 sur la préparation du passage concret à l'euro pour le 1er janvier 2002, la réforme de l'Etat, la baisse des impôts, les retraites, la réduction du temps de travail.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent, SEGUILLON PIERRE Luc, ARZT Richard, JARREAU Patrick.

FRANCE. Ministre de l'économie, des finances et de l'industrie

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Extrait de l'nterview de M. Laurent Fabius, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, au Grand Jury RTL "Le Monde" LCI le 20 mai 2001

"Si les gens veulent continuer à travailler au-delà d'un certain âge, il faut que cela soit possible"


"Le moral des ménages est un peu moins brillant, et l'optimisme des chefs d'entreprise est moins net. Anticipez-vous un fléchissement de la conjoncture en France d'ici la fin de l'année ?

- Je dirai deux mots : vigilance et confiance. Vigilance parce que c'est vrai qu'aux Etats-Unis, il y a un ralentissement très puissant. Quand la première économie du monde - 30 % de l'économie du monde - passe de 5 % à quasiment zéro, cela a beaucoup d'incidences. Au Japon, ce n'est pas brillant ; or, le Japon, c'est 15 % de l'économie mondiale. En Europe, un certain nombre de pays sont touchés, en particulier l'Allemagne qui, malheureusement pour elle et pour nous, a vu sa croissance réduite.

"Nous nous en sortons mieux parce que nous, notre croissance est tirée par la demande interne, c'est-à-dire, essentiellement, la consommation intérieure. Celle-ci reste forte à cause d'un pouvoir d'achat qui est bon, des baisses d'impôts, d'une amélioration de l'emploi. L'investissement aussi tire cette croissance, mais nous avons, en matière industrielle, certains fléchissements par rapport à nos prévisions. Je crois que l'année 2001 restera bonne et que nous devrions être parmi les plus hauts de l'Europe, mais on ne peut pas dire qu'il n'y ait pas d'incidence.

- Au cours d'un récent colloque sur la réforme de l'Etat, vous mettiez en garde contre la lourdeur des réglementations, dissuasive pour les investisseurs. Or le gouvernement et sa majorité sont en train d'adopter des mesures qui renforcent les contrôles sur les plans sociaux...

- Les mesures que nous prenons sont équilibrées. Il s'agit de responsabiliser les entrepreneurs et de ne pas pénaliser les entreprises. Maintenant, ce que j'avais à l'esprit, dans cette réunion, c'est que nous sommes dans un monde ouvert et qu'il y a une compétition. La question n'est pas de savoir si on est pour ou on est contre, elle existe. Et lorsqu'une entreprise a à choisir de se développer ou de s'implanter en France ou à l'étranger, même si la France est le plus beau pays du monde, elle fait ses comptes. Il y a beaucoup de réglementations, beaucoup de lois. J'ai parlé aussi de la fiscalité. Nous avons engagé un mouvement de baisse d'impôts qui était nécessaire et qui, en plus, soutient la demande en France et permet la relance de l'emploi. C'est un mouvement qu'il va falloir poursuivre au cours des années.

- En dépit de l'amélioration de l'emploi, le Conseil d'orientation des retraites confirme l'ampleur des futurs besoins de financement. Quand va-t-on prendre des décisions ?

- Le récent rapport de ce conseil fait vraiment justice de toute une série de discussions qui avaient lieu à ce sujet. Premier point : nous avons déjà pris un certain nombre de décisions, mais il faudra en prendre d'autres. Il existe un vrai problème d'équilibrage, qu'il va falloir résoudre, et ce sera un des axes de la prochaine présidence. Deuxième point : la répartition doit rester le socle des retraites, même s'il peut y avoir tel ou tel élément complémentaire. Troisième point : les progrès vers le plein-emploi. La France se caractérise par une population fortement employée entre vingt-huit et cinquante ans, mais par un nombre extraordinairement faible de personnes au-dessus de cinquante ans qui sont au travail. Il faut que ces personnes soient encouragées à continuer à travailler, et non pas pénalisées. Le quatrième point, c'est le caractère absolument central de la durée des cotisations, avec une certaine souplesse à établir dans l'âge de la retraite. Une personne qui a commencé à travailler à dix-huit ans, ce n'est pas la même chose qu'une personne qui a commencé à travailler à trente ans.

- Faut-il donc toucher à l'âge légal de la retraite ?

- Il faut rendre possible un certain nombre de souplesses. Si les gens veulent continuer à travailler au-delà d'un certain âge, il faut que cela soit possible.

- La durée de cotisation doit-elle concerner aussi les fonctionnaires ?

- C'est un point qui est tout à fait ouvert, effectivement. Et l'un des éléments très importants du rapport du Conseil d'orientation, c'est que la fameuse durée de trente-sept annuités et demie n'est en fait souvent pas pratiquée, parce que beaucoup de fonctionnaires partent à la retraite bien avant.

- Ces orientations doivent-elles figurer dans le programme du candidat socialiste à l'élection présidentielle ?

- Le candidat fera ce qu'il jugera bon, et vous savez que, dans mon esprit et dans mon souhait, ce candidat, c'est Lionel Jospin. Cette élection-là va être absolument décisive parce que, pendant cinq années, ensuite, il n'y aura plus d'élection majeure. Maintenant, l'élection présidentielle et les élections législatives sont séparées d'un mois. Cela veut dire que ce qui sera fait pendant ce quinquennat et, en particulier, au début du quinquennat, sera absolument décisif.

"Il y a quatre, cinq ou six réformes absolument majeures. Il y a l'équilibrage des retraites. Il y a l'éducation ou la culture tout au long de la vie, grande idée qui n'a pas encore été mise en application. Il y a la modernisation de l'Etat, qui a commencé mais qui doit se poursuivre en ce qui concerne les services publics, la décentralisation, les nouvelles pratiques de la démocratie, thèmes sur lesquels Lionel Jospin insiste souvent.

" Et puis l'écodéveloppement, c'est-à-dire le développement économique en même temps que la valorisation écologique, environnementale.

" Enfin, ce que j'appelle l'Europe-préférence, une Europe qui soit capable de faire face aux trois grands défis qui sont devant nous : la mondialisation ; le contenu de la construction européenne ; et le nombre, puisque nous allons passer de quinze à vingt-sept Etats membres."

Propos recueillis par Richard Arzt, Patrick Jarreau et Pierre-Luc Séguillon

(Source http://www.lemonde.fr, le 23 mai 2001).

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